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IA générative : l’intelligence artificielle a-t-elle un coût climatique trop lourd ?

Entre fascination technologique et dérive énergétique, la promesse de l’IA générative soulève une question dérangeante : à quel prix faisons-nous fonctionner nos machines pensantes ?

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L’intelligence artificielle générative, célébrée comme le symbole du progrès technologique, cache une face moins glorieuse : sa voracité énergétique. Selon une estimation reprise par L’Humanité, l’usage quotidien des outils d’IA générative consommerait autant d’énergie que 1,5 million de foyers.
Une donnée spectaculaire, certes, mais surtout révélatrice d’un paradoxe majeur : la transition numérique mondiale est en train de freiner la transition écologique.

Une explosion énergétique silencieuse

Derrière chaque requête adressée à ChatGPT, Gemini ou Claude, se cache une opération coûteuse en électricité et en eau.
Les immenses data centers nécessaires à l’entraînement et à l’exécution de ces modèles mobilisent des infrastructures énergivores, souvent alimentées par des sources non renouvelables.

Jusqu’ici, c’était l’entraînement des modèles qui concentrait les inquiétudes. Mais aujourd’hui, l’usage quotidien ou “inférence” devient le principal moteur de la consommation.
Des milliards de requêtes sont envoyées chaque jour aux serveurs, multipliant la dépense énergétique dans des proportions que même les concepteurs peinent à mesurer.

Selon des projections citées par Polytechnique Insights, la consommation électrique mondiale de l’IA générative pourrait atteindre 134 TWh par an d’ici 2027, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’un pays comme l’Argentine.

Le paradoxe du progrès

Cette consommation démesurée contredit la promesse d’un numérique « vert ». Les géants du secteur vantent des initiatives de compensation carbone ou d’optimisation énergétique, mais la réalité reste opaque : peu d’entre eux publient des chiffres vérifiables.
Dans les faits, plus l’IA se démocratise, plus elle alourdit son empreinte écologique.

Ce paradoxe souligne une tension fondamentale : nous utilisons l’intelligence artificielle pour optimiser le monde, mais nous ne l’optimisons pas elle-même.
Et alors que les grandes puissances se disputent la suprématie technologique, le coût climatique de cette course reste largement absent des débats publics.

L’Afrique à la croisée des tensions numériques

Pour le continent africain, ce défi prend une dimension particulière.
Alors que les data centers se multiplient au Maroc, au Nigeria, au Kenya ou en Afrique du Sud, la question énergétique devient cruciale.
Dans des pays où les réseaux électriques sont déjà sous pression, l’implantation d’infrastructures gourmandes en électricité pose un dilemme : faut-il sacrifier une part de souveraineté énergétique au profit du développement numérique ?

L’Afrique, qui ne contribue qu’à une faible part des émissions mondiales, subit pourtant de plein fouet les effets du dérèglement climatique.
Le risque est donc double : devenir le terrain d’expansion d’une technologie qui aggrave un problème que le continent ne crée pas.

Penser une intelligence durable

La question n’est pas de diaboliser l’IA, mais de redéfinir les conditions de son développement.
Des pistes émergent :

  • IA frugale, privilégiant des architectures légères et moins consommatrices ;
  • Hébergement décentralisé, limitant les transferts massifs de données ;
  • Régulations éthiques imposant transparence énergétique et traçabilité carbone.

Ces solutions, encore marginales, traduisent une prise de conscience : le génie numérique doit apprendre la sobriété.

Car dans un monde où l’énergie devient le nerf de toutes les transitions, le véritable progrès ne se mesurera pas à la puissance de calcul, mais à la capacité d’intelligence écologique.

L’IA générative, miroir de nos ambitions, révèle aussi nos contradictions.
Elle promet un avenir plus efficace, mais exige des ressources que la planète ne peut plus offrir sans coût.
Face à cela, le rôle des médias, des chercheurs et des décideurs est clair : dépasser la fascination pour interroger la finalité.

Et si, au fond, le défi n’était plus de rendre les machines intelligentes…
mais de rendre l’humanité plus lucide ?

Celine Dou

Une faille géante se creuse en Afrique : ce que révèle vraiment la formation d’un futur océan

Un phénomène géologique avéré, mais instrumentalisé par le sensationnalisme médiatique

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Une faille de plusieurs dizaines de kilomètres continue de s’ouvrir dans la région d’Afar, au nord-est de l’Éthiopie. Ce phénomène, observé depuis plus d’une décennie, est confirmé par une étude publiée en décembre 2024 dans la revue Nature Geoscience. Les chercheurs y décrivent une activité mantellique intense, sous la forme de remontées pulsées de magma, qui fragilisent la croûte terrestre.
Selon les mesures GPS et sismiques, les plaques africaine, somalienne et arabique s’écartent à une vitesse moyenne de 2 à 5 centimètres par an, un rythme comparable à celui observé entre l’Afrique et l’Amérique du Sud avant la formation de l’Atlantique.

Ce processus, connu sous le nom de rift est-africain, marque le stade précoce d’une désintégration continentale. À terme, il pourrait donner naissance à un nouvel océan, séparant la Corne de l’Afrique du reste du continent.
Mais contrairement à ce qu’avancent plusieurs titres de presse occidentaux, la transformation complète se compte en millions d’années, non en décennies.

Une déformation lente, mais décisive

Les travaux dirigés par la géophysicienne britannique Emma Watts (Université d’Oxford) confirment que la région d’Afar est soumise à un étirement progressif et à des injections répétées de magma. Ces “pulsations” du manteau profond provoquent des fissures, des séismes localisés et un volcanisme diffus.

« Le processus de rifting est bien en cours, mais il s’agit d’une évolution géologique lente. L’expression “plus vite que prévu” ne veut pas dire “imminente”, elle signifie simplement que nous comprenons mieux les dynamiques internes qui l’accélèrent localement », précise la chercheuse.

À court terme, les risques concernent surtout les populations installées à proximité des zones volcaniques : émissions de gaz, affaissements de terrain et micro-séismes fréquents.
Des programmes de surveillance géophysique sont déjà en place, notamment autour des volcans Dabbahu et Erta Ale, en Éthiopie.

Entre fascination et désinformation

L’annonce d’un “nouvel océan africain” a été largement relayée par des médias généralistes, souvent sans précision scientifique.
La confusion vient d’une traduction hâtive des données géologiques. Parler d’un océan “en formation” est exact au sens géologique, mais erroné dans sa portée temporelle.
L’article d’Ouest-France du 27 décembre 2024 illustre cette dérive : la découverte est authentique, mais la formulation “plus vite que prévu” donne l’impression d’un bouleversement soudain, voire imminent.
Or, les études sismiques situent la transition complète vers une croûte océanique entre 1 et 10 millions d’années, selon l’évolution des flux magmatiques et des contraintes tectoniques.

Cette confusion pose question sur la responsabilité des médias dans la vulgarisation scientifique. En privilégiant l’émotion à la rigueur, une partie de la presse alimente des perceptions fausses du changement naturel, et détourne l’attention des enjeux concrets : la surveillance des zones à risque, la sécurité des habitants et la recherche géothermique durable.

Un enjeu scientifique, humain et environnemental

La région du rift n’est pas un désert scientifique. C’est un territoire habité, traversé par des routes, des villages et des activités minières et géothermiques.
Pour les populations locales, l’enjeu n’est pas l’apparition d’un océan hypothétique, mais la gestion du risque volcanique et sismique.
Selon le Centre de recherche géologique d’Addis-Abeba, plus de 6 000 personnes ont dû être déplacées depuis 2010 à cause d’effondrements ou d’éruptions mineures.
L’autre enjeu, plus stratégique, réside dans l’exploitation énergétique : la chaleur géothermique issue de ce rift constitue un potentiel majeur pour la production d’électricité propre.
Plusieurs consortiums internationaux, dont KenGen (Kenya) et Reykjavik Geothermal (Islande), ont déjà investi dans la région.

Au-delà des aspects scientifiques et économiques, la faille est-africaine interroge notre rapport au temps et à la planète.
Loin d’une catastrophe, elle illustre la dynamique permanente de la Terre : un continent qui se transforme, lentement mais sûrement.

Lecture critique : ce que révèle ce débat

L’épisode médiatique de la “faille africaine” met en lumière un déséquilibre persistant dans la manière dont l’Afrique est racontée.
Souvent décrite sous le prisme du spectaculaire catastrophes, crises, mystères naturels, elle reste rarement présentée comme acteur scientifique de sa propre histoire géologique.
Pourtant, les universités éthiopiennes, kényanes et érythréennes participent activement aux recherches de terrain.
Il serait juste que leurs voix, leurs données et leurs interprétations trouvent la même place dans la narration globale.

La faille d’Afar n’annonce pas la fin d’un continent, mais la continuité de son évolution.
Les faits sont établis : un processus de rifting actif, une croûte qui s’amincit, et une transformation lente qui s’inscrit dans le temps long.
Ce que l’on observe aujourd’hui est moins un événement qu’une leçon : celle de la précision scientifique face au sensationnalisme médiatique.

Informer, c’est choisir de dire le vrai rythme du monde, même lorsqu’il échappe à l’immédiateté.

Celine Dou

Ouragan Mélissa : les Caraïbes face aux vulnérabilités révélées par la catastrophe

L’ouragan Mélissa, qui a traversé les Caraïbes fin octobre 2025, a frappé avec une intensité exceptionnelle la Jamaïque et Cuba, tandis que Haïti subissait les conséquences indirectes de pluies diluviennes et d’inondations. Au-delà du bilan humain et matériel, cet événement expose les fragilités structurelles et sociales de ces États, ainsi que les limites de leur préparation face aux catastrophes naturelles.

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Formé au large des îles du Cap-Vert le 13 octobre, Mélissa a rapidement gagné en intensité pour atteindre la catégorie 5 au moment où il a touché le sud-ouest de la Jamaïque le 28 octobre. Les vents dépassant les 295 km/h ont provoqué des destructions massives, arasant des quartiers entiers et privant la majorité de la population d’électricité. Les routes et infrastructures de communication ont été lourdement endommagées, tandis que le secteur touristique, pilier de l’économie jamaïcaine, se trouve désormais confronté à un choc sans précédent.

En Haïti, où l’œil de l’ouragan n’est pas passé directement, les fortes précipitations ont provoqué des inondations et des glissements de terrain dans les départements du Sud et de l’Ouest. À Petit-Goâve, plusieurs dizaines de maisons ont été détruites et au moins vingt-cinq personnes ont trouvé la mort, dont de nombreux enfants. Ces pertes viennent s’ajouter à une vulnérabilité structurelle déjà chronique : infrastructures fragiles, accès limité aux services essentiels, précarité économique et insécurité alimentaire persistante. Mélissa révèle à nouveau combien les catastrophes naturelles exacerbent les inégalités et fragilisent les populations déjà vulnérables.

Cuba, pour sa part, a anticipé le passage de l’ouragan et procédé à l’évacuation de plus de 735 000 personnes dans la région orientale. Cette préparation a permis de limiter les pertes humaines, mais les dégâts matériels restent importants. Les cultures de banane et de café ont été endommagées, les réseaux électriques et de communication sont perturbés, et les infrastructures rurales sont lourdement affectées. La reprise économique et la remise en état des services publics s’annoncent longues et coûteuses.

Au-delà des conséquences immédiates, Mélissa met en lumière des vulnérabilités structurelles communes aux trois pays : l’insuffisance des infrastructures face à des phénomènes climatiques extrêmes, la dépendance à des économies locales fragiles, la concentration des populations dans des zones exposées et la difficulté à mobiliser rapidement des moyens de secours adéquats. Les enfants et autres groupes vulnérables sont particulièrement affectés, avec des perturbations dans l’accès à l’éducation, à l’eau potable et aux soins.

L’ouragan s’inscrit également dans une dynamique climatique préoccupante. Le réchauffement des eaux de l’Atlantique favorise l’intensification des cyclones tropicaux et augmente la fréquence des phénomènes extrêmes. Pour des pays aux moyens limités, cette intensification climatique transforme chaque tempête majeure en une catastrophe disproportionnée. Mélissa illustre ainsi la convergence entre risques naturels, vulnérabilité sociale et insuffisance structurelle, soulignant la nécessité d’une approche globale pour la gestion des catastrophes.

Enfin, les implications économiques et géopolitiques seront durables. La reconstruction nécessitera des financements importants, souvent dépendants de l’aide internationale et régionale. Les économies touristiques et agricoles seront affectées sur le moyen terme, tandis que la coordination de l’aide humanitaire reste un défi pour Haïti et la Jamaïque. Cet ouragan rappelle que les États les plus exposés, malgré des préparations parfois efficaces, restent profondément vulnérables face à des catastrophes d’ampleur exceptionnelle.

L’ouragan Mélissa n’est pas seulement un événement météorologique. Il constitue un révélateur des fragilités sociales, économiques et institutionnelles des pays touchés et souligne l’urgence de stratégies de prévention, de renforcement des infrastructures et de soutien international face aux conséquences croissantes du changement climatique.

Celine Dou

Corse du Sud (France) : face à la sécheresse, des habitants soumis à des mesures radicales

Le sud de la Corse traverse un épisode de sécheresse exceptionnel. Les réserves d’eau des communes littorales comme Bonifacio, Porto‑Vecchio ou Figari sont à des niveaux historiquement bas, obligeant les autorités à imposer des restrictions strictes sur l’usage domestique et touristique de l’eau.

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Réchauffement climatique et biodiversité : l’Islande découvre ses premiers moustiques

Pour la première fois, des moustiques ont été observés en Islande, un territoire jusque-là exempt de ces insectes. Ce phénomène inédit illustre la rapidité du réchauffement climatique et ses effets inattendus sur la biodiversité des régions jusqu’ici préservées.

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1. Un phénomène inédit

Début octobre 2025, dans la vallée glaciaire de Kjós, à une trentaine de kilomètres au nord de Reykjavik, trois moustiques ont été capturés : deux femelles et un mâle. Ils ont été identifiés comme appartenant à l’espèce Culiseta annulata, connue pour sa capacité à résister à des températures basses. Cette observation, confirmée par l’Institut islandais d’histoire naturelle le 20 octobre 2025, marque un tournant pour un territoire jusque-là considéré comme l’un des rares bastions mondiaux sans moustiques.

Jusqu’à présent, le climat rigoureux et l’absence de zones propices à la reproduction rendaient l’Islande inhospitalière pour ces insectes. L’arrivée de Culiseta annulata est donc un signal fort des transformations environnementales en cours.

2. Réchauffement climatique : moteur du changement

L’Islande se réchauffe à un rythme quatre fois supérieur à la moyenne mondiale, selon les données climatiques récentes. Cette accélération entraîne la fonte des glaciers et l’apparition de nouvelles zones humides qui offrent désormais des habitats favorables à certaines espèces jusque-là absentes.

Les scientifiques soulignent que ce phénomène n’est pas isolé : il s’inscrit dans un contexte global de migration d’espèces vers des latitudes et altitudes plus élevées. L’apparition des moustiques en Islande constitue ainsi un indicateur avancé des impacts du réchauffement climatique.

3. Impact sur la biodiversité et les écosystèmes

Culiseta annulata possède une remarquable capacité d’adaptation : elle peut survivre pendant l’hiver dans des structures telles que les granges et se reproduire dès le retour des températures plus clémentes. Cette faculté pourrait lui permettre de s’établir durablement en Islande.

L’introduction d’une nouvelle espèce peut perturber les chaînes alimentaires locales, affecter la faune indigène et modifier la biodiversité de l’île. Les chercheurs islandais observent déjà les premiers impacts potentiels sur les écosystèmes aquatiques et terrestres.

4. Santé publique et risques potentiels

Pour l’instant, Culiseta annulata n’est pas connue pour transmettre de maladies graves. Néanmoins, l’apparition de moustiques dans une région jusque-là exempte d’insectes piqueurs pose de nouveaux défis pour la santé publique et la gestion environnementale.

L’évolution de la situation nécessitera un suivi attentif, afin d’anticiper l’impact éventuel sur la population humaine et sur les pratiques agricoles locales.

5. Perspective internationale

Ce phénomène islandais s’inscrit dans une tendance observée dans d’autres régions nordiques ou subarctiques, comme l’Alaska ou certaines parties de la Scandinavie, où le réchauffement climatique favorise la migration et l’adaptation d’espèces jusque-là confinées à des climats plus tempérés.

Il illustre également la rapidité avec laquelle les écosystèmes peuvent se transformer et rappelle que les effets du changement climatique ne se limitent pas aux événements extrêmes, mais touchent également la biodiversité et la répartition des espèces.

L’arrivée des moustiques en Islande symbolise la fragilité des derniers bastions naturels face au réchauffement climatique. Ce phénomène inédit incite à observer de près l’évolution de la faune et de la flore dans les régions arctiques, et souligne la nécessité d’anticiper les transformations écologiques à l’échelle globale.

Celine Dou

Australie : des forêts tropicales qui émettent plus de CO₂ qu’elles n’en absorbent

Pour la première fois, des forêts tropicales humides australiennes sont devenues des sources nettes de dioxyde de carbone. Cette inversion révèle les effets concrets du changement climatique et alerte sur la vulnérabilité des écosystèmes mondiaux dans la lutte contre le réchauffement.

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Les forêts tropicales du Queensland, un puits de carbone en danger

Une étude publiée le 16 octobre 2025 dans Nature montre que les forêts tropicales humides de l’est de l’Australie perdent aujourd’hui plus de carbone qu’elles n’en stockent. L’analyse de 11 000 arbres sur 20 sites forestiers, couvrant près de cinquante ans de données, met en évidence un déséquilibre inédit : la mortalité des grands arbres dépasse leur croissance, tandis que la régénération naturelle ne compense plus ces pertes.

Les chercheurs attribuent cette évolution à des températures plus élevées, des sécheresses plus fréquentes et des épisodes climatiques extrêmes, qui affaiblissent les arbres et modifient leur capacité à séquestrer le carbone. Ces forêts, longtemps considérées comme des puits de carbone essentiels, contribuent désormais au réchauffement.

Des conséquences planétaires

Cette inversion a des implications globales. Les forêts tropicales jouent un rôle crucial dans la régulation du climat en absorbant des milliards de tonnes de CO₂ chaque année. Si d’autres écosystèmes suivent la même trajectoire que ceux du Queensland, la progression du réchauffement pourrait s’accélérer, compliquant les efforts pour atteindre la neutralité carbone.

Sur le plan local, la mortalité accrue des arbres menace la biodiversité, perturbe les cycles hydrologiques et augmente le risque d’incendies. L’Australie, déjà frappée par des vagues de chaleur extrêmes et des incendies destructeurs, illustre la vulnérabilité des écosystèmes aux changements climatiques rapides.

Une alerte scientifique et politique

Les auteurs de l’étude soulignent l’urgence d’adapter les politiques de conservation et de gestion forestière. Il devient indispensable d’intégrer ces nouvelles données dans les modèles climatiques et les bilans mondiaux de carbone. La situation australienne démontre que même les forêts les plus robustes ne sont pas à l’abri des effets cumulés du changement climatique, et que les engagements internationaux doivent tenir compte de cette fragilité.

Perspectives

Pour limiter l’impact sur le climat, la protection et la restauration des forêts existantes sont cruciales. Les stratégies doivent inclure le reboisement, la régénération des zones dégradées et la surveillance accrue des écosystèmes vulnérables. Cette étude australienne constitue un signal d’alerte pour le monde entier : la lutte contre le réchauffement climatique repose autant sur la préservation des puits de carbone que sur la réduction des émissions anthropiques.

Celine Dou

Mexique : pluies torrentielles font au moins 64 morts et 65 disparus, Hidalgo et Veracruz particulièrement touchés

Entre le 6 et le 12 octobre 2025, des pluies exceptionnelles ont frappé plusieurs États du Mexique, provoquant des inondations et des glissements de terrain qui ont fait au moins 64 morts et 65 disparus, selon le bilan provisoire des autorités. Les États d’Hidalgo et de Veracruz sont particulièrement touchés. Cette catastrophe met en lumière la vulnérabilité du pays face aux phénomènes climatiques extrêmes et soulève des questions sur la résilience des infrastructures et la gestion des risques.

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Les précipitations ont été causées par une dépression tropicale, un phénomène courant dans la saison des ouragans (juin-novembre). Leur intensité exceptionnelle s’explique également par les effets du changement climatique, qui accentue la fréquence et la violence des épisodes pluvieux dans la région.

Les zones touchées présentent une géographie complexe : Veracruz, sur la côte est, est régulièrement exposé aux tempêtes tropicales, tandis que les reliefs montagneux d’Hidalgo et Puebla sont particulièrement vulnérables aux glissements de terrain. Les sols déjà saturés par les pluies précédentes ont amplifié les destructions et isolé plusieurs villages, compliquant l’accès des secours.

Le gouvernement mexicain, en coordination avec la protection civile et l’armée, a mobilisé des équipes pour retrouver les disparus et fournir assistance aux populations affectées. Des centres d’accueil temporaires ont été installés afin d’assurer hébergement, alimentation et soins médicaux aux sinistrés.

Le président mexicain a annoncé des fonds d’urgence pour la reconstruction des infrastructures, alors que plusieurs routes et ponts ont été détruits, ralentissant l’acheminement de l’aide humanitaire.

Au-delà du bilan humain immédiat, cette catastrophe révèle la fragilité des infrastructures et des dispositifs de prévention face aux phénomènes extrêmes. Les experts identifient plusieurs axes prioritaires :

  • Planification urbaine adaptée, pour limiter l’exposition des populations aux zones à haut risque.
  • Systèmes d’alerte précoce renforcés, pour anticiper crues et glissements de terrain.
  • Gestion des bassins versants et sols, afin de réduire l’impact des pluies torrentielles.

Cette situation s’inscrit dans un contexte régional plus large : plusieurs pays d’Amérique latine, exposés aux mêmes phénomènes climatiques, sont confrontés à des défis similaires en matière de résilience et de protection des populations.

Les pluies torrentielles d’octobre 2025 rappellent que la préparation et la résilience face aux catastrophes naturelles sont essentielles pour réduire l’impact humain et matériel. Si les opérations de secours et les fonds d’urgence sont indispensables à court terme, la prévention et l’adaptation aux changements climatiques seront déterminantes pour limiter le nombre de victimes à l’avenir.

Celine Dou

Afghanistan, crise climatique prolongée : la sécheresse de 2018 encore meurtrière en 2025

Sept ans après la sécheresse la plus grave qu’ait connue l’Afghanistan depuis des décennies, le pays peine toujours à s’en remettre. Pénurie d’eau, insécurité alimentaire, déplacements massifs : les cicatrices de 2018 demeurent béantes. Une tragédie climatique, mais aussi humaine et politique, qui illustre la fragilité d’un pays pris au piège entre guerre, pauvreté et dérèglement climatique.

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En 2018, l’Afghanistan connaissait sa pire sécheresse depuis quarante ans. Les terres craquelées du nord et de l’ouest voyaient disparaître les récoltes, le bétail mourait faute de pâturages, et des centaines de milliers de familles fuyaient leurs villages pour chercher de l’eau.
Sept ans plus tard, le pays reste enlisé dans une crise humanitaire et environnementale que ni les changements politiques, ni l’aide internationale, n’ont permis de surmonter. Les effets combinés du réchauffement climatique, de l’insécurité et de la misère ont fait de cette sécheresse un tournant durable dans la survie du pays.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 22 des 34 provinces afghanes avaient été frappées par la sécheresse de 2018.
Les régions de Badghis, Herat et Ghor furent les plus touchées : les pluies avaient chuté de plus de 70 %, et les récoltes de blé, principale ressource vivrière, s’étaient effondrées.

Au total, plus de 3 millions d’Afghans furent directement affectés, et plus de 250 000 déplacés internes durent rejoindre des camps improvisés autour des grandes villes, notamment à Herat.
L’eau potable devint un bien rare, les prix des denrées explosèrent et les enfants furent parmi les premières victimes de la malnutrition.

« La sécheresse a tué notre terre avant de tuer notre bétail », témoignait en 2018 Gul Bibi, agricultrice de la province de Badghis.
« Nous avons marché des jours avec nos enfants pour trouver de l’eau. »

La sécheresse de 2018 n’est pas née d’un hasard climatique : elle a frappé un pays déjà meurtri par quarante années de guerre, où les infrastructures hydrauliques et agricoles étaient délabrées.
Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), l’insécurité et la pauvreté structurelle ont empêché la mise en place de politiques d’adaptation durables.

En 2025, plus de 23 millions d’Afghans soit plus de la moitié de la population dépendent toujours de l’aide humanitaire pour se nourrir.
La combinaison des effets du changement climatique et du repli économique après le retour des talibans au pouvoir en 2021 a aggravé la vulnérabilité des populations rurales.

Les femmes, en particulier, paient le plus lourd tribut. Privées d’accès à la terre et à l’emploi, elles subissent de plein fouet la raréfaction de l’eau et la dégradation des conditions de vie.
« Quand les ressources se font rares, les inégalités s’accentuent », résume une représentante du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) à Kaboul.

La crise née en 2018 a eu des effets en cascade : exode rural, perte des savoirs agricoles, dépendance accrue à l’aide extérieure.
Des zones entières naguère cultivées sont désormais stériles, tandis que les nappes phréatiques s’épuisent.

L’ONU estime que l’Afghanistan a perdu 40 % de ses terres arables en une décennie.
Les agriculteurs tentent de s’adapter, en recourant à des cultures moins gourmandes en eau, mais les moyens techniques manquent.
Parallèlement, la disparition des pâturages a accéléré l’appauvrissement des éleveurs nomades, pilier de l’économie rurale.

Cette sécheresse prolongée s’inscrit dans un contexte mondial où le réchauffement climatique exacerbe les tensions locales. L’Afghanistan illustre la situation des pays du Sud, souvent les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre, mais les premiers à en subir les conséquences.

Sept ans après, la situation reste critique. Les rapports conjoints du PAM et de la FAO en 2025 indiquent que près de 15 millions d’Afghans souffrent toujours d’insécurité alimentaire sévère.
Les régions de l’ouest connaissent une recrudescence de la malnutrition infantile, tandis que les réserves d’eau souterraine atteignent des niveaux historiquement bas.

Les projections climatiques sont sombres : selon la Banque mondiale, les températures moyennes du pays pourraient augmenter de 2,5 °C d’ici 2050, réduisant encore le débit des rivières.
Les experts appellent à un plan de reconstruction écologique centré sur la gestion communautaire de l’eau, la reforestation et la diversification agricole.

Mais dans un pays où les priorités immédiates sont la survie, la paix et la sécurité, la question environnementale reste reléguée au second plan.

Au-delà du cas afghan, la crise révèle l’incapacité du système international à répondre durablement aux chocs climatiques.
Les aides d’urgence affluent après les catastrophes, mais les programmes de prévention, de gestion des ressources et d’adaptation demeurent sous-financés.

L’Afghanistan, symbole tragique d’un pays piégé entre pauvreté et climat, pose une question fondamentale :
comment bâtir une résilience véritable sans stabilité politique, ni infrastructures de base ?

L’avenir du pays dépendra autant de sa capacité à restaurer la paix que de celle à réapprendre à vivre avec une nature transformée.

La sécheresse afghane n’est pas un simple souvenir de 2018. Elle demeure le symbole d’une humanité incapable d’anticiper les effets d’un dérèglement qu’elle a pourtant provoqué.
Ce drame silencieux rappelle que la crise climatique n’a pas de frontières, mais que ses premières victimes sont toujours les plus vulnérables.

Dans les plaines de Badghis comme ailleurs, l’eau est devenue plus qu’une ressource : une ligne de vie, un enjeu de paix, un test moral pour l’humanité.

Celine Dou

Tourisme de luxe contre nature protégée : l’Albanie joue une dangereuse partie

Alors que l’Albanie connaît une forte croissance touristique, le gouvernement autorise des projets immobiliers dans des zones jusqu’ici protégées. Le pays mise sur un tourisme haut de gamme au prix d’un sacrifice environnemental aux conséquences potentiellement irréversibles.

C’est une île à la beauté brute, nichée dans la mer Ionienne, au large de la côte albanaise. Sazan, autrefois base militaire, est aujourd’hui au cœur d’un projet touristique porté par Jared Kushner, gendre de Donald Trump, via la chaîne d’hôtels de luxe Aman Resorts. Le site fait pourtant partie du parc national de Karaburun-Sazan, une zone classée. Ce projet emblématique, loin d’être isolé, cristallise un choix politique de plus en plus contesté en Albanie : sacrifier une partie de son patrimoine naturel pour attirer une clientèle haut de gamme.

Depuis la sortie du régime communiste, l’Albanie a misé sur le tourisme pour dynamiser son économie. Ce pari semble partiellement réussi : le pays a accueilli plus de 10 millions de visiteurs en 2023, contre 6 millions en 2019. Les recettes touristiques ont dépassé les 4 milliards d’euros l’an dernier. L’image de « nouvelle Riviera des Balkans » séduit agences de voyage et influenceurs.

Mais cette croissance rapide s’est accompagnée d’un développement peu encadré. Le long du littoral adriatique et ionien, de Velipoja à Saranda, l’urbanisation galopante a transformé des villages côtiers en zones bétonnées. La forêt de pins centenaires de Velipoja a cédé la place à des hôtels bon marché. Les écosystèmes, déjà fragilisés par le changement climatique, sont sous pression.

En février 2024, le Parlement albanais a adopté un amendement controversé à la loi sur les zones protégées. Celui-ci permet la construction d’infrastructures hôtelières de catégorie cinq étoiles et plus au sein même de ces zones, sans que l’État ait l’obligation de mener des consultations publiques. Une brèche légale qui ouvre la voie à des investissements massifs dans des territoires jusqu’ici inaccessibles aux promoteurs.

Le delta de la Vjosa, dernier fleuve sauvage d’Europe, est lui aussi menacé. Bien que récemment classé parc national, ses abords sont convoités pour des projets d’infrastructures et de loisirs. La lagune de Narta, située dans le même secteur, constitue un refuge vital pour des espèces en danger comme le pélican frisé ou la tortue caouanne. ONG locales et internationales, dont EuroNatur et Riverwatch, dénoncent une politique qui fragilise délibérément les équilibres écologiques.

Le cas albanais illustre une dynamique plus large : celle d’un tourisme mondialisé où les pays en périphérie de l’Union européenne, en quête de devises, cèdent du terrain à des intérêts étrangers. L’implication de Jared Kushner n’est pas anodine. Elle souligne les ambitions stratégiques d’acteurs états-uniens dans les Balkans, région historiquement instable et désormais convoitée pour ses ressources naturelles, son foncier bon marché et sa position géographique.

Cette situation interroge la souveraineté réelle d’un État qui, pour séduire les investisseurs, assouplit sa législation au détriment de l’intérêt collectif et des engagements environnementaux. L’Albanie a pourtant rejoint le Conseil mondial du tourisme durable (GSTC) en décembre 2024 et affiché l’ambition de consacrer 30 % de son territoire à la préservation d’ici 2030.

Mais ces déclarations restent difficilement compatibles avec une libéralisation foncière aussi massive dans les zones naturelles.

Le cas albanais n’est pas isolé : du Monténégro à la Grèce, de nombreux pays cherchent à concilier attractivité touristique et protection de la biodiversité, souvent sans réel arbitrage en faveur de la nature. Le tourisme haut de gamme, présenté comme plus durable, repose néanmoins sur des infrastructures énergivores, des flux aériens croissants et des consommations d’eau disproportionnées, surtout dans des zones sensibles.

À terme, c’est la viabilité même du modèle qui est en cause : un pays peut-il espérer devenir une destination d’élite sans compromettre les écosystèmes qui en font le charme ?

L’Albanie se trouve à la croisée des chemins. L’effervescence touristique actuelle lui offre une visibilité nouvelle sur la scène internationale. Mais le prix à payer pourrait être élevé. Des voix s’élèvent, dans le pays comme à l’étranger, pour réclamer un moratoire sur les constructions en zones classées, une réelle transparence des appels d’offre, et une refonte de la législation qui replace la préservation de l’environnement au cœur des priorités nationales.

Le choix à faire n’est pas seulement technique ou économique : il engage une vision du développement, du territoire et de l’avenir. Préserver les zones sauvages de la Vjosa et du littoral ionien, ce n’est pas freiner la modernité. C’est peut-être, au contraire, garantir à l’Albanie un développement digne, durable, et respectueux de ses racines.

Concentration extrême des richesses : Oxfam alerte sur une accumulation hors norme au sommet

Selon un rapport publié ce 26 juin par l’ONG Oxfam, le 1 % des individus les plus riches de la planète a capté à lui seul 33 900 milliards de dollars de richesse supplémentaire entre 2015 et 2024. Un chiffre vertigineux qui, selon l’organisation, met en lumière l’accélération d’un processus de concentration patrimoniale incompatible avec les objectifs de justice sociale et de stabilité mondiale.

À partir de données issues de Forbes, Credit Suisse, UBS, ou encore de la Banque mondiale, Oxfam établit que sur les 77 000 milliards de dollars de richesse nouvelle créée à l’échelle mondiale durant cette période, près de 44 % ont été accaparés par le seul 1 % le plus fortuné.
En parallèle, les 99 % restants de la population mondiale ont dû se partager les 56 % restants avec des inégalités importantes au sein même de ce groupe.

L’ONG souligne que cette captation de valeur ne relève pas uniquement d’un effet d’enrichissement global, mais d’un déséquilibre structurel dans les mécanismes de création et de redistribution de la richesse.

Le rapport insiste sur le décalage entre cette accumulation au sommet et la précarisation croissante des populations vulnérables. À titre de comparaison, il suffirait de 2 % de cette richesse nouvellement captée (soit environ 678 milliards de dollars) pour sortir durablement de l’extrême pauvreté l’ensemble des personnes vivant avec moins de 2,15 dollars par jour, selon les estimations de la Banque mondiale.

Cette polarisation se traduit aussi par une montée des tensions sociales, la désaffection politique dans de nombreuses démocraties occidentales, et un affaiblissement des États dans leur capacité à fournir des services publics fondamentaux. Des effets qui, s’ils perdurent, pourraient éroder la cohésion sociale dans plusieurs régions du monde.

Dans ce contexte, Oxfam appelle à une réforme fiscale ambitieuse, notamment à travers :

  • Une taxation exceptionnelle des patrimoines extrêmes,
  • Une fiscalité progressive plus équitable au niveau mondial,
  • Et un renforcement de la lutte contre l’évasion fiscale, particulièrement dans les juridictions offshore.

L’organisation propose également que les revenus issus de ces nouvelles recettes fiscales soient prioritairement affectés à l’accès universel à l’éducation, aux soins de santé, et à la lutte contre le changement climatique.

Oxfam n’est pas seule à tirer la sonnette d’alarme. Le FMI, l’OCDE, et même certaines institutions financières comme la Banque mondiale ont récemment mis en garde contre l’instabilité que peuvent engendrer des écarts de richesse aussi marqués, aussi bien sur le plan économique que politique.

Les inégalités, lorsqu’elles atteignent de tels niveaux, ne sont plus un simple symptôme des déséquilibres économiques, mais un facteur structurant de désordres sociaux, affectant la capacité des sociétés à se projeter dans un avenir durable.

À l’heure où les défis globaux exigent une solidarité accrue qu’il s’agisse de climat, de santé ou de paix sociale la concentration extrême des richesses dans les mains d’une infime minorité interroge. Le rapport d’Oxfam, en chiffrant cet écart, appelle à repenser non seulement la fiscalité mondiale, mais aussi le sens même du développement économique.