Le mercredi 29 juillet 2026, Xenia Fedorova a reçu un arrêté ministériel d’expulsion du territoire français. La journaliste russe, ancienne responsable de RT France et aujourd’hui chroniqueuse dans plusieurs médias français, conteste cette décision et prévoit de saisir la justice. Pour les autorités françaises, sa présence en France représenterait une menace grave pour l’ordre public et les intérêts fondamentaux de l’État.
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Cette décision administrative place une professionnelle des médias au centre d’un affrontement qui dépasse son parcours personnel. Depuis la fermeture de RT France après l’invasion de l’Ukraine, les États européens cherchent à redéfinir leur réponse face aux médias qu’ils considèrent comme des instruments d’influence étrangère. Le dossier Fedorova concentre désormais une question délicate : comment protéger l’espace démocratique sans transformer la lutte contre les ingérences en restriction du débat public ?
Une journaliste face à une procédure exceptionnelle
Le courrier qui a changé la situation de Xenia Fedorova tient en quelques pages : un arrêté ministériel lui demandant de quitter le territoire français.
La décision, révélée par plusieurs médias et confirmée par le ministère de l’Intérieur, s’appuie sur une appréciation particulièrement sévère de son activité publique. Selon les éléments cités dans l’arrêté, son comportement porterait atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État et sa présence en France constituerait une menace grave et actuelle pour l’ordre public.
Les autorités françaises lui reprochent notamment de contribuer à la diffusion de récits qu’elles considèrent comme liés aux campagnes d’influence menées par les autorités russes.
Xenia Fedorova rejette cette lecture. Elle entend contester la décision devant les juridictions compétentes, dans une procédure qui devra déterminer si les arguments avancés par l’État français justifient une mesure aussi exceptionnelle.
De Moscou à Paris : le parcours d’une journaliste devenue une figure controversée
Avant que son nom ne soit associé à une procédure d’expulsion, Xenia Fedorova était d’abord une journaliste russe ayant construit une partie de sa carrière dans l’univers des médias internationaux.
Elle devient connue en France lorsqu’elle prend la direction de RT France, lancée en 2017 comme déclinaison française de Russia Today. La chaîne ambitionnait alors de proposer un regard russe sur l’actualité internationale et de s’installer durablement dans le paysage audiovisuel français.
Après le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, l’Union européenne interdit la diffusion de RT et de Sputnik sur son territoire, estimant que ces médias participent aux opérations d’influence de Moscou. RT France cesse alors ses activités.
Mais la carrière médiatique de Xenia Fedorova ne s’arrête pas avec la disparition de la chaîne. Elle poursuit son activité en France comme chroniqueuse, notamment dans des médias appartenant au groupe de Vincent Bolloré.
Ce nouveau chapitre de son parcours nourrit rapidement la controverse. Pour ses détracteurs, son passage de RT France vers des médias français pose la question de la continuité d’une influence russe sous une autre forme. Pour ses soutiens, il s’agit simplement de la poursuite d’une activité journalistique dans un cadre pluraliste.
Pourquoi Paris intervient aujourd’hui
La décision française intervient dans un climat où la question des influences étrangères occupe une place croissante dans les politiques de sécurité européennes.
Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les gouvernements occidentaux ont renforcé leur surveillance des réseaux susceptibles, selon eux, de servir les intérêts d’États étrangers. L’information n’est plus considérée uniquement comme un espace de confrontation des idées : elle est également devenue un terrain stratégique.
Dans ce contexte, Paris affirme ne pas sanctionner une opinion politique, mais agir contre ce qu’il présente comme une activité de relais d’influence étrangère.
La nuance est au centre du débat. Une journaliste peut-elle être expulsée en raison du rôle qu’un État lui attribue dans une stratégie d’influence, même si elle affirme exercer simplement son métier ? C’est précisément cette frontière que la justice devra examiner.
Une vieille bataille avec de nouveaux outils
L’histoire des relations internationales est traversée par les affrontements autour de l’information.
Pendant la guerre froide, les grandes puissances utilisaient déjà les radios, les journaux et les agences de presse pour défendre leurs visions du monde. La différence actuelle tient aux moyens : une chaîne de télévision, une plateforme numérique ou une personnalité médiatique peuvent aujourd’hui toucher des millions de personnes en quelques heures.
La Russie n’est pas le seul État accusé de chercher à influencer les opinions étrangères. Les puissances internationales investissent toutes dans la bataille des récits, qu’il s’agisse de diplomatie publique, de médias internationaux ou de communication numérique.
Le cas Xenia Fedorova intervient donc dans un moment où les démocraties européennes cherchent à répondre à une nouvelle réalité : les affrontements entre États se déroulent aussi dans l’espace médiatique.
La liberté d’expression face au défi des ingérences
L’affaire divise parce qu’elle oppose deux principes difficiles à concilier.
D’un côté, les autorités françaises estiment qu’un État démocratique doit pouvoir se protéger contre des opérations destinées à fragiliser ses institutions et sa cohésion sociale.
De l’autre, les défenseurs de Xenia Fedorova rappellent qu’une démocratie se mesure aussi à sa capacité à accepter des voix contestées et des opinions minoritaires.
La question n’est donc pas seulement celle d’une journaliste russe et de son avenir en France. Elle touche à une interrogation plus large : jusqu’où un État peut-il aller pour se protéger sans affaiblir les libertés qu’il cherche à défendre ?
Avec l’arrêté d’expulsion visant Xenia Fedorova, la France ouvre un dossier où se rencontrent une trajectoire journalistique individuelle et une préoccupation devenue majeure en Europe : la maîtrise de l’espace informationnel.
La journaliste russe devra désormais défendre son maintien sur le territoire français devant la justice. Mais au-delà de son cas personnel, son dossier pourrait devenir un repère dans la manière dont les démocraties européennes traiteront demain les figures médiatiques associées à des puissances étrangères.
Celine Dou, pour la Boussole-infos