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États-Unis d’Amérique : Donald Trump invite Vladimir Putin au G20 de Miami, le dialogue avec la Fédération de Russie reprend malgré la guerre en Ukraine

Donald Trump invite Vladimir Putin à Miami. Le président des États-Unis d’Amérique veut maintenir le contact direct avec son homologue russe alors que les discussions sur la guerre en Ukraine n’ont toujours pas débouché sur un accord. Pour l’Union européenne, cette ouverture ne modifie pas sa position : les sanctions contre la Fédération de Russie restent en place et le soutien à l’Ukraine se poursuit.

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Marco Rubio, secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique, a annoncé le 23 septembre l’invitation adressée à Vladimir Putin pour le sommet du G20 des 14 et 15 décembre à Miami. Le Kremlin a confirmé avoir reçu la proposition et dit l’examiner, sans annoncer la venue du président russe. Une éventuelle participation de Vladimir Putin serait sa première présence physique à un sommet des dirigeants du G20 depuis Osaka, au Japon, en 2019. Quelques semaines plus tôt, Anton Silouanov, ministre russe des Finances, avait déjà participé à une réunion financière du G20 aux États-Unis d’Amérique.

Donald Trump élargit le canal de dialogue avec Vladimir Putin

Marco Rubio a annoncé l’invitation après avoir rencontré Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Le secrétaire d’État états-unien a présenté le sommet de Miami comme une occasion pour Vladimir Poutine de rencontrer Donald Trump et d’échanger avec les autres dirigeants du G20.

Le Kremlin n’a pas fermé la porte. Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, a déclaré que l’invitation était examinée. Il n’a cependant annoncé ni déplacement de Vladimir Poutine aux États-Unis d’Amérique ni rencontre programmée avec Donald Trump.

Donald Trump et Vladimir Putin s’étaient rencontrés à Anchorage, en Alaska, en août 2025 pour discuter de la guerre en Ukraine. Cette rencontre n’avait pas permis de parvenir à un accord. Depuis, les échanges diplomatiques ont continué sans produire de règlement du conflit.

L’entretien de New York entre Marco Rubio et Sergueï Lavrov, le 23 septembre, constitue l’un des derniers épisodes de ce dialogue. L’invitation adressée au président russe donne désormais à ces contacts un cadre plus large : celui d’un sommet réunissant les principales puissances économiques mondiales.

Une présence russe déjà réapparue dans les réunions du G20

L’annonce de Donald Trump prend une autre dimension lorsqu’elle est rapprochée d’un événement survenu quelques semaines plus tôt.

Anton Silouanov avait participé fin août à la réunion des ministres des Finances du G20 à Asheville, en Caroline du Nord. Plusieurs responsables européens avaient contesté cette présence. Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, avait notamment exprimé ses réserves, tandis que plusieurs ministres européens avaient menacé de ne pas participer à la photographie officielle du groupe.

La Fédération de Russie n’a pourtant jamais été exclue du G20. Après l’annexion de la Crimée en 2014, les autres membres avaient suspendu le format du G8, dont elle faisait partie. Le G20 avait, lui, conservé la Fédération de Russie parmi ses membres.

Ce qui changerait à Miami serait donc la présence de Vladimir Putin lui-même au sommet des dirigeants. Le président russe n’a plus assisté physiquement à une réunion des chefs d’État et de gouvernement du G20 depuis 2019.

Le passage d’une représentation ministérielle à une invitation adressée directement au chef de l’État russe donne une nouvelle portée au dialogue entre les États-Unis d’Amérique et la Fédération de Russie.

L’Ukraine reste loin d’un règlement

Cette évolution diplomatique ne signifie pas que Donald Trump et Vladimir Putin se sont rapprochés sur le fond du dossier ukrainien.

Les discussions menées depuis plusieurs mois n’ont pas permis de mettre fin à la guerre. Les désaccords restent importants sur les conditions d’un éventuel règlement et sur les garanties qui accompagneraient un cessez-le-feu.

Volodymyr Zelensky souhaite lui aussi que le dossier ukrainien reste au centre des discussions. Le président ukrainien a déclaré à New York qu’il était prêt à envisager une rencontre avec Vladimir Putin à Miami dans un format réunissant les États-Unis d’Amérique, l’Ukraine et la Fédération de Russie, si un tel rendez-vous était organisé. Aucune rencontre de ce type n’est toutefois programmée à ce stade.

Le sommet pourrait donc réunir, dans un même espace diplomatique, Donald Trump, Vladimir Putin et éventuellement Volodymyr Zelensky. Leur présence simultanée ne suffirait toutefois pas à rapprocher leurs positions.

Le précédent d’Anchorage reste significatif : Donald Trump et Vladimir Putin avaient déjà choisi la rencontre directe pour tenter de débloquer les discussions. Elle n’avait pas produit l’accord recherché.

L’Union européenne maintient la pression sur la Fédération de Russie

Pendant que Donald Trump cherche à maintenir un contact direct avec Vladimir Putin, l’Union européenne conserve sa politique de sanctions.

Le Conseil de l’Union européenne a prolongé jusqu’en septembre 2029 les mesures restrictives visant plus de 3 000 personnes et entités liées, selon les institutions européennes, à des actions portant atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Ces mesures comprennent notamment des gels d’avoirs et des interdictions de déplacement.

La Commission européenne a également fait savoir que l’Union européenne continuerait de condamner la guerre menée par la Fédération de Russie contre l’Ukraine au sommet du G20, que Vladimir Putin accepte ou non l’invitation de Donald Trump.

Deux démarches diplomatiques vont donc se retrouver dans la même salle. Donald Trump cherche à conserver un dialogue direct avec le président russe. Les dirigeants européens veulent maintenir la pression économique et politique sur la Fédération de Russie tout en poursuivant leur soutien à l’Ukraine.

Miami, un rendez-vous diplomatique sans garantie de résultat

La présence de Vladimir Putin au G20 ne réglerait pas la guerre en Ukraine. Elle pourrait cependant offrir un cadre pour de nouveaux échanges entre dirigeants qui disposent aujourd’hui de peu d’espaces de discussion directe.

Pour Donald Trump, le sommet représente une nouvelle occasion de parler avec Vladimir Putin au-delà des échanges entre diplomates. Pour le président russe, une participation lui permettrait de retrouver physiquement les dirigeants du G20 après plusieurs années d’absence personnelle à ce niveau.

Pour Volodymyr Zelensky, la réunion pourrait offrir la possibilité de présenter directement les positions ukrainiennes face au président russe. Pour les dirigeants européens, elle constituera une nouvelle enceinte où défendre leur ligne sur les sanctions et le soutien à l’Ukraine.

Le fait nouveau est donc le passage d’un dialogue bilatéral entre les États-Unis d’Amérique et la Fédération de Russie vers une enceinte multilatérale où leurs désaccords seront exposés devant d’autres puissances.

Après la présence d’Anton Silouanov à une réunion financière du G20, Donald Trump propose maintenant à Vladimir Putin de venir lui-même au sommet des dirigeants.

Le président russe n’a pas encore accepté. S’il se rend à Miami, le sommet pourrait devenir l’un des principaux rendez-vous diplomatiques de la fin de l’année autour de la guerre en Ukraine. Mais entre une rencontre, des discussions et un accord de paix, le chemin reste entier.

Celine Dou

Russie : le parti de Vladimir Putin décroche un record de 355 sièges à la Douma, 49 vétérans de la guerre en Ukraine élus

Russie Unie sort renforcé des législatives russes des 18 au 20 septembre. Selon les résultats préliminaires, le parti de Vladimir Putin obtient 355 des 450 sièges de la Douma, son meilleur résultat depuis sa création. Parmi ses nouveaux députés, 49 sont des participants à la guerre en Ukraine.

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Le scrutin était le premier renouvellement de la Douma depuis le début de l’offensive russe à grande échelle contre l’Ukraine en 2022. Russie Unie conserve largement la majorité des deux tiers, tandis que la principale formation russe ouvertement opposée à la guerre n’a pas pu présenter de liste nationale.

Une majorité encore plus large

Avec plus de 95 % des bulletins dépouillés, Russie Unie recueille 57,83 % des voix sur les listes fédérales, contre 49,8 % en 2021. Ses candidats sont également arrivés en tête dans 208 des 225 circonscriptions uninominales.

Le Parti communiste de la Fédération de Russie obtient 40 sièges, le LDPR 25 et Novye Liudi 20, selon la répartition provisoire. Russie Unie dépasse ainsi largement les 301 députés nécessaires pour disposer seule d’une majorité des deux tiers.

Le Kremlin y voit une confirmation de la cohésion du pays autour de Vladimir Putin. Dmitri Medvedev, président de Russie Unie, a pour sa part promis de poursuivre la ligne fixée par le chef de l’État.

49 anciens combattants à la Douma

L’un des faits nouveaux de cette législature est l’arrivée annoncée de 49 participants à la guerre en Ukraine parmi les élus de Russie Unie.

Le chiffre a fait l’objet d’une confusion au cours de la journée. Le parti avait d’abord évoqué 86 vétérans avant de retirer cette annonce. Vladimir Yakushev, secrétaire du Conseil général de Russie Unie, a ensuite confirmé le nombre de 49.

Cette arrivée prolonge une politique menée depuis plusieurs mois par le pouvoir russe pour favoriser l’entrée d’anciens combattants dans la vie publique. Le programme « Temps des héros » a notamment été créé pour préparer certains d’entre eux à des fonctions administratives et politiques.

La prochaine Douma comptera donc davantage de responsables dont le parcours est directement lié à la guerre.

Une opposition anti-guerre absente du scrutin national

Le résultat doit aussi être regardé à travers les conditions de la compétition électorale.

Iabloko, formation libérale qui s’oppose ouvertement à la guerre en Ukraine, n’a pas été autorisée à présenter une liste fédérale. Le parti a toutefois conservé des candidats dans certaines circonscriptions individuelles.

Les autres formations ayant obtenu des sièges à la Douma n’ont pas fait de l’opposition à la guerre leur ligne nationale. Le Parti communiste, le LDPR et Novye Liudi restent ainsi les principales forces parlementaires situées derrière Russie Unie.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe n’a, par ailleurs, pas déployé de mission d’observation électorale.

Un scrutin sous tension

La Commission électorale centrale annonce une participation de 59,3 %, présentée par sa présidente Ella Pamfilova comme un record pour des législatives de ce niveau.

Le vote s’est déroulé pendant trois jours et a également eu recours au vote électronique. Les autorités russes défendent la régularité du scrutin, tandis que des opposants et plusieurs gouvernements étrangers contestent les conditions dans lesquelles il s’est déroulé.

La Russie a en outre organisé des opérations de vote dans les territoires ukrainiens qu’elle contrôle et revendique. L’Union européenne conteste la légalité de ces opérations et a annoncé envisager des sanctions contre les personnes impliquées.

Une Douma profondément alignée sur le pouvoir

Au terme du dépouillement, le rapport de force parlementaire reste donc très largement favorable à Vladimir Putin. Mais le résultat ne se limite pas au nombre de sièges.

La nouvelle Douma sera marquée par deux évolutions : une majorité encore plus importante pour Russie Unie et l’entrée d’un nombre significatif de participants à la guerre en Ukraine.

Les résultats définitifs doivent encore être proclamés. Ils permettront de préciser la composition de cette nouvelle assemblée et la place exacte qu’y occuperont les anciens combattants.

Celine Dou

Ukraine : pourquoi le Vatican retourne à Moscou alors que la guerre s’éternise

La guerre dure, les armes continuent de parler et les négociations peinent à trouver une issue. Dans ce paysage diplomatique fermé, le Vatican a choisi de reprendre le chemin de Moscou. Du 24 au 28 août, Mgr Paul Richard Gallagher, responsable des relations internationales du Saint-Siège, a rencontré plusieurs responsables russes, dont le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. À Moscou, son message a été direct : la guerre doit prendre fin et les deux parties doivent retrouver le chemin des négociations.

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Cette visite est la première d’un haut responsable de la diplomatie pontificale en Russie depuis novembre 2021, quelques mois avant le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine. Elle ne constitue pas l’ouverture d’une négociation de paix conduite par le Vatican. Elle traduit plutôt la volonté du Saint-Siège de conserver un contact avec Moscou et de proposer ses bons offices, alors que les canaux diplomatiques restent fragiles.

À Moscou, Mgr Paul Richard Gallagher n’est pas venu présenter un plan de paix. Il l’a d’ailleurs clairement expliqué après sa rencontre avec Sergueï Lavrov : le Saint-Siège ne souhaite pas entrer dans les détails d’un éventuel accord. La responsabilité d’une négociation appartient d’abord aux belligérants.

Le Vatican demande en revanche que les conditions d’un dialogue soient préservées. Pour Mgr Gallagher, une guerre ne peut pas se terminer uniquement sur le champ de bataille. Il faut, à un moment donné, revenir à la diplomatie et parvenir à un accord.

Le responsable du Saint-Siège a également insisté sur le coût humain du conflit. Civils, blessés et prisonniers de guerre figurent parmi les dossiers que Rome souhaite voir avancer. Cette dimension humanitaire est aujourd’hui l’un des rares terrains sur lesquels un travail avec Moscou semble possible.

Sergueï Lavrov a lui-même qualifié la rencontre de « très utile ». Le ministre russe a salué la volonté du Saint-Siège de maintenir le dialogue et s’est dit favorable à une coopération renforcée sur les questions humanitaires liées à la guerre.

La visite ne s’est pas limitée au Kremlin et au ministère russe des Affaires étrangères. Mgr Gallagher a également rencontré le métropolite Antonij de Volokolamsk, chargé des relations extérieures du Patriarcat de Moscou. Il s’est ensuite adressé à la petite communauté catholique de Russie, célébrant notamment une messe à la cathédrale de l’Immaculée Conception à Moscou.

C’est précisément là que se trouve l’intérêt politique de cette visite.

Depuis le début de la guerre, les relations entre Moscou et une grande partie des capitales occidentales se sont fortement dégradées. Le Vatican conserve pourtant des relations diplomatiques avec la Russie et continue de parler aux deux camps. Cette position donne au Saint-Siège une place particulière, même si elle ne lui confère pas le pouvoir de faire accepter un accord à Moscou ou à Kiev.

Mgr Gallagher l’a reconnu lui-même : le Vatican a déjà proposé ses « bons offices » pour faciliter le dialogue, mais cette proposition n’a pas encore débouché sur une implication directe de sa diplomatie dans les négociations. Rome reste donc disponible sans prétendre disposer d’un rôle que les parties ne lui ont pas accordé.

Cette prudence est importante. Présenter le Vatican comme le prochain médiateur de la guerre serait aller trop loin. Pour l’instant, Moscou accepte de parler avec Rome. Cela ne signifie pas que le Kremlin accepte une médiation pontificale, encore moins les conditions d’un règlement politique.

Le dossier humanitaire pourrait cependant servir de point de départ. Le cardinal Matteo Zuppi, déjà engagé dans les démarches du Saint-Siège concernant la guerre, doit poursuivre cette mission auprès des autorités russes. Le Vatican espère notamment obtenir des résultats concernant les personnes directement touchées par le conflit.

Pour Rome, ces avancées auraient une portée qui dépasse les seuls dossiers humanitaires. Restaurer un minimum de confiance entre les parties pourrait permettre, à terme, de parler d’autres sujets.

La question est désormais de savoir jusqu’où Moscou acceptera d’aller.

Le Kremlin continue de défendre ses propres conditions pour une sortie de guerre. Le gouvernement russe affirme vouloir traiter ce qu’il présente comme les causes profondes du conflit, tandis que Kiev réclame une paix fondée sur le respect de son intégrité territoriale et de sa souveraineté.

Entre ces positions, le Vatican ne dispose pas d’un levier militaire ou économique. Il possède autre chose : un réseau diplomatique et une capacité à maintenir le contact lorsque les relations politiques sont presque rompues.

La prochaine mission du cardinal Matteo Zuppi en Russie sera donc particulièrement suivie. Elle permettra de voir si le dialogue repris à Moscou peut produire des résultats concrets, notamment sur le terrain humanitaire.

En retournant à Moscou, le Vatican ne promet pas de mettre fin à la guerre. Il fait un choix plus modeste : continuer à parler lorsque beaucoup d’autres interlocuteurs ont du mal à le faire.

La rencontre entre Mgr Gallagher et Sergueï Lavrov n’a pas ouvert de négociation de paix. Elle a néanmoins confirmé que Rome veut rester dans le jeu diplomatique ukrainien et conserver un contact direct avec les autorités russes.

Dans une guerre qui s’éternise, cette présence ne garantit aucune issue. Mais pour le Saint-Siège, couper le dernier fil du dialogue reviendrait à accepter que la paix ne puisse plus être discutée.

Celine Dou

Russie : Putin libère un ancien Marine états-unien détenu depuis 2022, un geste adressé à Trump

Pendant plus de quatre ans, Robert Gilman n’était qu’un nom de plus sur la liste des citoyens états-uniens enfermés en Russie. Puis son état de santé s’est effondré. Lorsqu’il a finalement quitté le pays, le 11 août, ce n’est pas à la faveur d’un échange de prisonniers, comme cela s’était produit tant de fois entre Moscou et Washington. Putin l’avait gracié. Sans contrepartie annoncée. Après avoir parlé avec Donald Trump.

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Dans les relations entre la Russie et les États-Unis d’Amérique, les prisonniers ont souvent une valeur diplomatique. On les échange, on les négocie, on les garde parfois pendant des années avant de les remettre contre un ressortissant russe détenu à l’Ouest. Robert Gilman est rentré chez lui sans que Moscou réclame officiellement quoi que ce soit en retour. Cette singularité donne à sa libération une portée qui dépasse largement son cas personnel : elle dit quelque chose du canal direct que Trump et Putin ont choisi de maintenir, malgré la guerre en Ukraine et les tensions entre leurs deux pays.

Cette fois, il n’y a pas eu de marché

La Russie et les États-Unis d’Amérique connaissent bien la diplomatie des prisonniers. Ces dernières années, plusieurs ressortissants détenus de part et d’autre ont retrouvé la liberté après des négociations longues et souvent secrètes.

Robert Gilman n’a pas suivi ce chemin.

Aucun prisonnier russe n’a été remis à Washington. Aucune concession états-unienne n’a été annoncée. Les autorités des États-Unis d’Amérique parlent d’une libération pour raisons humanitaires et d’un « geste de bonne volonté ». Trump, lui, affirme que la décision a été prise après ses discussions avec Putin.

C’est ce détail qui distingue l’affaire Gilman des précédents dossiers.

Dans une relation où chaque geste est habituellement pesé, Moscou a accepté de rendre un détenu sans exiger publiquement de contrepartie.

Quatre ans derrière les barreaux

Robert Gilman avait été arrêté en janvier 2022 à Voronej. Ancien Marine âgé de 32 ans, il était alors en Russie lorsqu’un incident avec la police avait conduit à son arrestation. Les autorités russes l’ont accusé d’avoir agressé un policier alors qu’il était ivre.

Il a été condamné à quatre ans et demi de prison.

Puis les années de détention ont ajouté d’autres accusations. Des violences contre des membres du personnel pénitentiaire lui ont valu de nouvelles condamnations. Sa peine a fini par atteindre dix ans.

Sa famille conteste depuis longtemps la version russe des faits. Elle affirme que Gilman était malade au moment de son arrestation et que les accusations portées contre lui ne rendaient pas compte de ce qui s’était réellement passé. Les autorités états-uniennes ont, elles aussi, fini par le considérer comme injustement détenu.

Le prisonnier que l’on craignait de perdre

Au printemps, le dossier a pris une tournure dramatique.

La santé de Gilman s’est rapidement dégradée. Ses proches ont parlé d’un homme devenu presque incapable de bouger ou de communiquer. Il a été transféré dans un établissement psychiatrique après avoir passé plusieurs semaines dans un état décrit comme proche de la catatonie.

Sa famille craignait qu’il ne meure en Russie. Des organisations qui défendaient son dossier ont alerté les autorités états-uniennes sur l’urgence médicale.

C’est à ce moment que Washington a intensifié ses démarches auprès de Moscou.

Quelques semaines plus tard, Gilman était dans un avion à destination des États-Unis d’Amérique.

Trump met en scène la diplomatie personnelle

Donald Trump n’a pas laissé l’événement passer inaperçu.

Sur son réseau Truth Social, il a expliqué avoir parlé avec Putin et obtenu la libération de Gilman. Il a ensuite raconté avoir échangé quelques mots avec l’ancien Marine pendant son voyage de retour.

L’image a été soigneusement construite : un détenu amaigri, entouré de responsables états-uniens, puis la promesse d’un repas à son arrivée.

Trump aime les résultats visibles. Un citoyen qui rentre chez lui après quatre ans de prison en Russie en offre un, immédiatement compréhensible.

Mais derrière cette mise en scène se trouve une méthode diplomatique qu’il revendique depuis longtemps : privilégier les relations personnelles avec les dirigeants étrangers et chercher, par ce canal, à débloquer des dossiers que les administrations et les négociations classiques n’ont pas réussi à résoudre.

Ce que Moscou y gagne

Il serait naïf de considérer la décision russe comme un simple acte de compassion.

La situation médicale de Gilman rendait évidemment sa libération plus facile à justifier. Sa mort en détention aurait créé une affaire embarrassante pour Moscou.

Mais la décision intervient aussi alors que Putin continue de parler directement avec Trump, malgré les désaccords profonds entre les deux pays, notamment sur l’Ukraine.

Libérer Gilman sans échange permet au Kremlin de montrer qu’un dialogue reste possible avec la Maison-Blanche, sans rien céder sur les dossiers stratégiques.

Moscou ne modifie pas sa position sur la guerre. Elle ne retire aucune exigence. Elle accorde une grâce individuelle.

C’est un geste limité, mais lisible.

Une liberté qui ne change pas le rapport de force

La libération de Robert Gilman ne marque pas un rapprochement entre la Russie et les États-Unis d’Amérique.

Les tensions restent considérables. D’autres citoyens états-uniens sont toujours détenus en Russie. Marco Rubio a d’ailleurs demandé la libération de Stephen Hubbard et d’autres prisonniers que Washington considère comme injustement incarcérés.

Mais l’affaire Gilman montre qu’au milieu des grandes crises, les relations entre Moscou et Washington ne sont pas entièrement figées.

Il existe encore des dossiers sur lesquels les deux capitales peuvent parler. Et parfois, obtenir un résultat.

Robert Gilman a retrouvé sa famille parce que sa santé ne permettait plus d’attendre. Mais sa libération restera aussi comme un épisode diplomatique singulier : dans une relation où les prisonniers servent presque toujours de monnaie d’échange, Putin a choisi d’en rendre un sans réclamer publiquement son équivalent.

Pour Trump, c’est la preuve qu’un dialogue personnel avec le Kremlin peut produire des résultats.

Pour Moscou, c’est une manière de rappeler qu’elle peut faire un geste envers Washington sans rien abandonner de l’essentiel.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Japon-Russie : après la première visite de Vladimir Putin à Iturup, les États-Unis d’Amérique reconnaissent la souveraineté japonaise sur les quatre îles disputées

Jeudi 13 août, Vladimir Putin s’est rendu à Iturup, l’une des quatre îles des Kouriles méridionales que la Russie contrôle et que le Japon revendique. Le lendemain, George Glass, ambassadeur des États-Unis d’Amérique à Tokyo, a déclaré que son pays reconnaissait la souveraineté du Japon sur les « Territoires du Nord », le nom utilisé par les autorités japonaises pour désigner ces quatre îles. Entre Moscou et Tokyo, les protestations ont immédiatement suivi.

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La visite de Vladimir Putin à Iturup est une première pour un président russe. Tokyo y voit une provocation et a convoqué l’ambassadeur russe. Moscou affirme de son côté que sa souveraineté sur les quatre îles ne peut être contestée. La déclaration de George Glass, rendue publique le 14 août, ajoute les États-Unis d’Amérique à une dispute territoriale vieille de plusieurs décennies.

Vladimir Putin est arrivé à Iturup jeudi 13 août. Il a visité une usine de transformation de produits de la mer, un hôpital et une école. Pour le président russe, le déplacement est aussi une manière d’affirmer la présence de la Russie sur une terre que le Japon considère comme sienne.

Les quatre îles concernées sont Iturup, Kunashir, Shikotan et les îlots Habomai. Elles sont administrées par la Russie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tokyo les appelle les « Territoires du Nord » et demande leur restitution. La question empêche toujours la Russie et le Japon de signer un traité de paix définitif depuis 1945.

La réaction japonaise n’a pas tardé. La Première ministre Sanae Takaichi a qualifié la visite de « absolument inacceptable ». Le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a convoqué l’ambassadeur russe à Tokyo pour lui transmettre une protestation officielle.

Moscou a rejeté cette protestation. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a jugé les critiques japonaises infondées et réaffirmé que la Russie exerçait sa souveraineté et sa juridiction sur ces îles. Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité, a lui aussi assuré que les territoires resteraient russes.

Vendredi 14 août, George Glass a pris position à son tour. L’ambassadeur des États-Unis d’Amérique au Japon a écrit sur X que son pays maintenait son soutien au Japon, « son plus important allié », et reconnaissait la souveraineté japonaise sur les « Territoires du Nord ». Il a aussi déclaré que les deux pays s’opposaient à toute action susceptible de menacer la paix et la stabilité dans l’Indo-Pacifique.

Il ne s’agit pas d’une nouvelle revendication territoriale étatsunienne. Les États-Unis d’Amérique avaient déjà exprimé leur position sur ces îles. La déclaration de George Glass intervient toutefois quelques heures après la protestation japonaise contre la visite de Vladimir Putin. Elle donne donc un écho supplémentaire au différend.

La Russie et le Japon se disputent ces quatre îles depuis 1945. L’Union soviétique en avait pris le contrôle dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Le Japon affirme qu’elles lui appartiennent et continue d’en réclamer la restitution. La Russie refuse cette demande et considère les îles comme une partie de son territoire.

Cette querelle a empêché les deux pays de conclure un traité de paix après la guerre. Des négociations ont pourtant connu des périodes de rapprochement, notamment sous Shinzo Abe. L’ancien Premier ministre japonais avait développé une relation personnelle avec Vladimir Putin et tenté de trouver un compromis sur les îles.

La guerre en Ukraine a changé les rapports entre les deux pays. Tokyo a adopté des sanctions contre Moscou et renforcé son alliance militaire avec les États-Unis d’Amérique. La Russie a, de son côté, suspendu les négociations sur le traité de paix et renforcé sa présence militaire dans les Kouriles.

Iturup occupe une position stratégique. L’île se trouve au nord-est de Hokkaido et contrôle un passage entre la mer d’Okhotsk et le Pacifique. La Russie y maintient des installations militaires et des moyens de défense côtière. Pour le Japon, la présence militaire russe dans les quatre îles est devenue un sujet de sécurité, au même titre que l’évolution militaire de la Chine et les programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.

La visite de Vladimir Putin donne aussi à la dispute une forte portée symbolique. Il s’est rendu à Iturup quelques jours avant les cérémonies japonaises marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tokyo y voit un geste hostile. Moscou assume, au contraire, l’administration russe de l’île et refuse de considérer la question comme ouverte.

La réaction de George Glass montre surtout que Tokyo peut compter sur son principal allié dans ce différend. Les États-Unis d’Amérique reconnaissent la souveraineté japonaise sur les quatre îles, tandis que la Russie affirme qu’elles sont russes. Entre les deux positions, aucune solution diplomatique n’a encore été trouvée.

Le différend des Kouriles n’a donc pas changé de nature en quelques jours. Mais la visite de Vladimir Putin à Iturup, suivie le lendemain de la déclaration publique de l’ambassadeur des États-Unis d’Amérique, rappelle que cette vieille querelle territoriale reste un sujet sensible pour les trois puissances.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Syrie : après la chute du régime Assad, Damas condamne Bachar al-Assad à mort et ouvre le procès de son passé

Le verdict est historique autant que symbolique. Vingt mois après la chute du régime Assad, un tribunal syrien a condamné mardi 11 août Bachar al-Assad, son frère Maher et leur cousin Atef Najib à la peine capitale pour des crimes commis pendant les quatorze années de guerre. Mais l’ancien président vit en Russie : pour la nouvelle Syrie, la question de la justice commence donc par un condamné que Damas ne détient pas.

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Il aura fallu attendre la disparition du régime qui avait gouverné la Syrie pendant plus d’un demi-siècle pour voir ses principaux responsables répondre devant une juridiction syrienne.

Mardi, le Quatrième Tribunal pénal de Damas a condamné par contumace Bachar al-Assad et son frère cadet Maher al-Assad à mort. Leur cousin Atef Najib, ancien responsable de la Sécurité politique à Deraa, a reçu la même peine, après avoir comparu devant la cour. Le tribunal les a reconnus coupables notamment de meurtre prémédité, de torture et de crimes contre l’humanité.

Le verdict vise directement le fonctionnement de l’ancien pouvoir. Selon le juge Fakhareddine al-Aryan, Bachar al-Assad s’est servi des institutions de l’État pour commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Ce n’est donc pas seulement un ancien chef d’État qui vient d’être condamné : c’est la responsabilité de tout un système de répression que la justice syrienne cherche désormais à établir.

Deraa, le point de départ d’une guerre qui a dévasté le pays

La condamnation d’Atef Najib donne au verdict une portée particulière. En 2011, il dirigeait la branche de la Sécurité politique à Deraa, dans le sud du pays. L’arrestation et la torture d’adolescents accusés d’avoir inscrit des graffitis hostiles au pouvoir sur les murs d’une école avaient alors déclenché une vague de manifestations.

La répression de ces protestations a rapidement transformé une contestation locale en soulèvement national, puis en une guerre qui allait ravager la Syrie pendant quatorze ans.

Environ un demi-million de personnes ont péri dans le conflit et des millions d’autres ont été déplacées. Les forces du régime ont été accusées de bombardements contre des zones civiles, de détentions arbitraires, de torture et d’autres violations graves du droit international. Des procédures judiciaires menées en Europe avaient déjà abouti à des condamnations de responsables du régime, mais jamais encore une juridiction syrienne n’avait condamné Bachar al-Assad lui-même.

Ce premier verdict national change donc la portée du dossier. La justice syrienne ne cherche plus seulement à documenter les crimes de l’ancien régime : elle entend désormais établir une responsabilité pénale au nom de l’État syrien lui-même.

Une condamnation qui se heurte à l’exil russe

Le principal obstacle est cependant évident. Bachar al-Assad n’était pas dans le tribunal.

Après la chute de son régime en décembre 2024, l’ancien président a fui vers la Russie avec sa famille. Moscou lui a accordé l’asile politique. Son frère Maher s’y trouve également.

La peine prononcée à Damas ne signifie donc pas que l’ancien président sera prochainement exécuté. Elle crée surtout une situation nouvelle : un tribunal syrien le reconnaît coupable et réclame sa condamnation, tandis que le pays qui l’accueille n’a, à ce stade, aucune raison apparente de le remettre aux nouvelles autorités syriennes.

C’est là que le dossier judiciaire rejoint la politique étrangère. Damas peut juger Assad, mais ne peut pas encore le faire comparaître physiquement. La portée réelle du verdict dépendra donc, en partie, de la capacité du nouveau pouvoir syrien à obtenir la coopération de Moscou.

Pour la nouvelle Syrie, rendre justice sans ouvrir une nouvelle fracture

Le procès intervient dans une période où les nouvelles autorités cherchent encore à reconstruire un État après quatorze années de guerre et plusieurs décennies de pouvoir autoritaire.

La justice constitue l’un des dossiers les plus sensibles de cette transition. Les victimes et leurs familles réclament des comptes, tandis que le nouveau pouvoir doit éviter que les procès ne soient perçus comme de simples règlements de comptes entre vainqueurs et vaincus.

La condamnation de Bachar al-Assad pose précisément cette question : comment juger les crimes d’un régime sans transformer la justice en instrument d’une nouvelle vengeance politique ?

Le choix d’une procédure judiciaire, avec des accusations précises et des audiences publiques, sera donc aussi important que la sévérité des peines. La Syrie ne pourra durablement tourner la page de l’ère Assad si la justice reste réservée à quelques figures emblématiques. Elle devra établir les responsabilités à différents niveaux, protéger les témoins et les victimes et traiter les crimes commis par l’ensemble des acteurs du conflit.

Le verdict du 11 août marque ainsi un début plus qu’un aboutissement. Pour la première fois, l’ancien dirigeant syrien est condamné par une justice de son propre pays. Mais tant que Bachar al-Assad restera en Russie, cette condamnation restera, dans les faits, suspendue à une question qui dépasse les murs du tribunal de Damas : la nouvelle Syrie pourra-t-elle un jour juger réellement ceux qui ont dirigé l’ancien régime ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Syrie : après 18 mois de négociations, Damas reprend le contrôle des bases de Hmeimim et Tartous, mais Moscou reste sur place

Damas récupère la main sur les deux principaux points d’appui militaires russes en Syrie sans demander à Moscou de partir. Après dix-huit mois de négociations, un accord conclu entre les deux pays redéfinit le statut de Hmeimim et Tartous. Les anciennes bases russes doivent devenir des centres conjoints de formation, tandis que les installations civiles passent sous administration syrienne.

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L’accord marque la fin d’un dispositif militaire établi sous Bachar al-Assad, mais pas celle de la présence russe en Syrie. Le pouvoir de Damas récupère le contrôle des infrastructures civiles et modifie le statut des installations militaires. Moscou conserve toutefois une place dans ces sites à travers une coopération avec les forces syriennes. Le processus doit être achevé dans un délai de trois mois. Derrière cette formule se joue une question plus large : jusqu’où la nouvelle Syrie veut-elle rompre avec les arrangements de l’ancien régime sans se priver d’un partenaire dont elle a encore besoin ?

Les bases russes changent de statut

Pendant dix-huit mois, l’avenir de Hmeimim et Tartous a été négocié entre Damas et Moscou. Le compromis annoncé le 9 août prévoit une transformation profonde du dispositif russe.

Les installations militaires des deux sites ne doivent plus fonctionner comme des bases russes autonomes. Elles seront transformées en centres conjoints de formation et de qualification. Dans le même temps, les installations civiles, notamment l’aéroport de Hmeimim et le quatrième quai commercial du port de Tartous, doivent passer sous administration syrienne et être progressivement intégrées aux infrastructures civiles du pays.

Le délai fixé pour cette réorganisation ne dépasse pas trois mois.

Cette distinction permet de comprendre ce qui change réellement. Damas ne chasse pas les Russes de ces deux sites. Il met fin à leur statut de bases exclusivement russes et impose un nouveau cadre dans lequel la présence de Moscou doit désormais être partagée et négociée avec les autorités syriennes.

Moscou reste, mais dans une autre position

La formule retenue est loin d’être anodine pour la Russie.

Depuis son intervention militaire en Syrie en 2015, Moscou utilisait Hmeimim comme principale plateforme aérienne et Tartous comme point d’appui naval en Méditerranée. Ces deux installations avaient permis au Kremlin de soutenir Bachar al-Assad dans la guerre civile et de disposer d’une capacité de projection militaire bien au-delà de ses frontières.

La chute du régime, en décembre 2024, avait bouleversé cet équilibre.

Le nouveau pouvoir syrien aurait pu exiger le départ des forces russes. Il a préféré négocier avec Moscou. Des discussions sur l’avenir des installations militaires étaient déjà engagées avant l’accord annoncé en août. En juin, la Russie avait reconnu travailler avec Damas à une possible réorganisation de ses installations.

Le résultat est aujourd’hui connu : Moscou perd le privilège d’exploiter ces sites comme des bases militaires russes distinctes, mais conserve une présence à travers le nouveau dispositif conjoint.

Ce n’est donc ni le statu quo ni un retrait russe.

Pour Damas, récupérer le contrôle sans rompre avec Moscou

Le choix des nouvelles autorités syriennes répond à une logique de souveraineté, mais aussi de prudence.

Hmeimim et Tartous sont des infrastructures stratégiques. Leur contrôle touche directement à la capacité de Damas à exercer son autorité sur la façade méditerranéenne. La récupération des installations civiles constitue à ce titre un gain concret pour le pouvoir syrien.

Mais une rupture totale avec Moscou aurait un coût.

La Russie reste un acteur militaire important, un fournisseur historique d’armes à la Syrie et le pays qui accueille Bachar al-Assad depuis sa chute. Damas réclame l’extradition de l’ancien président, mais cela ne l’empêche pas de négocier avec le Kremlin sur les questions militaires et économiques.

Cette coexistence de deux dossiers montre la méthode du nouveau pouvoir : réduire l’emprise russe héritée de l’époque Assad sans transformer la Russie en adversaire.

Un recul stratégique pour Moscou

Pour le Kremlin, le changement est néanmoins réel.

Les accords conclus sous Bachar al-Assad avaient donné à la Russie une implantation militaire durable sur la côte syrienne. Tartous constituait son principal point d’appui naval en Méditerranée et Hmeimim sa plateforme aérienne. Les deux sites formaient le cœur de sa présence militaire au Moyen-Orient.

Le nouveau dispositif réduit cette autonomie.

Une base militaire russe permet à Moscou de décider directement de l’utilisation de ses infrastructures. Un centre conjoint de formation suppose, par définition, une autre relation avec l’État hôte. Les conditions d’accès, les activités et les responsabilités doivent être définies avec les autorités syriennes.

La Russie conserve donc une capacité d’influence, mais elle ne dispose plus du même rapport de force.

C’est une conséquence directe de la chute d’Assad : Moscou n’a pas été expulsé de Syrie, mais il a perdu la position privilégiée que lui garantissait l’ancien régime.

Pourquoi Damas laisse-t-il Moscou sur place ?

La réponse tient aussi au contexte régional.

La Syrie sort de plus d’une décennie de guerre. Son territoire reste soumis à plusieurs influences étrangères et son nouvel appareil d’État doit encore consolider son autorité. Dans ces conditions, expulser brutalement la Russie aurait pu ouvrir un nouveau front diplomatique sans apporter de bénéfice immédiat à Damas.

Le compromis permet au gouvernement syrien de récupérer les installations civiles, de modifier le statut militaire des deux sites et de conserver une relation avec Moscou.

Pour la Russie, l’intérêt est évident : elle évite de perdre totalement son implantation méditerranéenne.

Pour la Syrie, l’intérêt est différent : elle montre qu’elle peut désormais négocier les conditions de la présence étrangère sur son territoire.

La question qui reste ouverte

Le terme de « centres conjoints de formation » ne suffit toutefois pas à mesurer la future empreinte militaire russe.

Tout dépendra de la mise en œuvre de l’accord dans les trois prochains mois. Quels personnels russes resteront à Hmeimim et Tartous ? Quels moyens militaires pourront encore y être déployés ? Qui contrôlera concrètement les installations ? Quelle liberté d’action sera laissée aux forces russes ?

Les réponses à ces questions permettront de savoir si la transformation annoncée constitue une véritable réduction de la présence militaire russe ou une simple modification de son cadre juridique et opérationnel.

Pour l’instant, le constat est plus nuancé qu’un départ de Moscou : Damas reprend le contrôle des deux principaux sites russes, mais accepte que la Russie y conserve une présence sous une forme nouvelle.

Après la chute de Bachar al-Assad, la Syrie ne tourne donc pas complètement le dos à son ancien allié. Elle cherche plutôt à passer d’une relation de dépendance à une relation négociée.

C’est toute la portée de l’accord de Hmeimim et Tartous : la Russie reste en Syrie, mais elle n’y est plus dans les mêmes conditions.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Japon : Pékin et Moscou font le tour du pays avec leurs navires de guerre et adressent un avertissement à Tokyo et à Washington

Pendant près de deux semaines, des bâtiments de guerre chinois et russes ont contourné le Japon. Le parcours est inédit par son ampleur. Pour Tokyo, il ne s’agit pas d’une simple patrouille navale, mais d’une démonstration de force menée à quelques encablures de son territoire. Pour Pékin et Moscou, l’objectif est clair : montrer que leurs marines peuvent désormais évoluer ensemble autour du Japon et franchir sans difficulté la première chaîne d’îles, longtemps considérée comme l’un des principaux verrous stratégiques de la région.

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Le ministère japonais de la Défense a suivi chaque étape de cette opération. Le 16 juillet, des bâtiments de guerre chinois et russes ont franchi le détroit de Miyako, au sud d’Okinawa. Ils ont ensuite poursuivi leur route au large des îles Ogasawara avant de longer les eaux situées au sud puis à l’est du Japon. Le 27 juillet, ils ont atteint le détroit de La Pérouse, entre Hokkaido et l’île russe de Sakhaline. Quelques jours plus tard, le 3 août, trois autres navires chinois – deux destroyers lance-missiles de type 055 et 052D ainsi qu’un navire de soutien de type 903 – ont traversé le détroit de Corée, prolongeant cette présence navale autour du Japon.

Face à ces mouvements, les Forces maritimes d’autodéfense japonaises ont déployé des bâtiments et des avions de patrouille pour suivre les navires chinois et russes et recueillir des renseignements sur leurs activités. Les autorités japonaises ont également rendu publique une carte retraçant leur itinéraire, soulignant le caractère exceptionnel de cette navigation.

Pour Tokyo, le message ne prête pas à confusion. Le ministère japonais de la Défense considère que cette série d’opérations constitue une démonstration de force dirigée contre le Japon et une source de vive préoccupation pour la sécurité nationale. Ce n’est pas le passage d’un détroit qui retient l’attention des responsables japonais, mais l’ensemble de la manœuvre : des bâtiments chinois et russes naviguant de concert tout autour du pays.

Cette opération confirme le resserrement du partenariat stratégique entre Pékin et Moscou. Depuis plusieurs années, les deux puissances multiplient les exercices militaires conjoints. Les manœuvres navales « Joint Sea », organisées chaque année depuis 2012, ont progressivement changé d’échelle. Les zones d’entraînement se sont élargies, les déploiements se sont allongés et les scénarios sont devenus plus complexes. La coopération militaire entre les deux pays ne se limite plus à des exercices symboliques ; elle traduit une volonté d’agir ensemble sur les principaux théâtres maritimes de la région.

Pour Stephen Nagy, professeur de relations internationales à l’Université chrétienne internationale de Tokyo, cette patrouille poursuit un objectif politique autant que militaire. Pékin et Moscou veulent rappeler au Japon, mais aussi aux États Unis d’Amérique, qu’ils sont capables de coordonner leurs forces dans une zone où Washington demeure le principal garant de la sécurité japonaise. Selon lui, la Chine cherche également à accroître la pression sur les autorités japonaises en démontrant que sa marine peut évoluer librement dans des espaces qui limitaient autrefois son accès au Pacifique.

Cette démonstration vise aussi Taïwan. En parcourant les détroits qui jalonnent la première chaîne d’îles, Pékin cherche à montrer que cette barrière géographique ne constitue plus un obstacle à ses ambitions navales. Pour les stratèges chinois, la capacité à franchir cette ligne est un élément essentiel dans l’hypothèse d’une crise autour de Taïwan. La présence de bâtiments russes aux côtés de la marine chinoise renforce encore la portée politique de cette opération.

Benjamin Blandin, chercheur au Conseil de Yokosuka sur les études Asie-Pacifique, estime que les patrouilles conjointes sino-russes sont devenues plus longues, plus étendues et plus affirmées qu’auparavant. Selon lui, l’inquiétude de Tokyo ne tient pas uniquement à cette navigation autour du Japon. Elle résulte de l’accumulation d’exercices, de déploiements et de démonstrations militaires qui, année après année, modifient les équilibres de sécurité en Asie orientale.

Ce tour du Japon n’était pas une simple navigation. C’était un message. À Tokyo d’abord, à qui Pékin et Moscou montrent qu’ils peuvent évoluer ensemble tout autour du pays. À Washington ensuite, pour rappeler que la première chaîne d’îles n’est plus le verrou qu’elle représentait autrefois pour la marine chinoise. Derrière les bâtiments de guerre, c’est donc un nouveau rapport de force qui se dessine dans l’Indo-Pacifique.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Russie/Moscou : un attentat vise un haut gradé de l’armée, la guerre clandestine menée par Kiev franchit un nouveau cap depuis 2022

Une explosion en plein Moscou. Trois morts. Un haut responsable militaire russe pris pour cible. En quelques secondes, l’attentat a rappelé une réalité que le Kremlin tente de contenir depuis le début de la guerre en Ukraine : le conflit ne se limite plus aux tranchées. Il se joue aussi dans les capitales, dans les réseaux clandestins et contre des figures considérées comme stratégiques.

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Depuis 2022, plusieurs responsables militaires, sécuritaires ou proches de l’appareil d’État russe ont été visés dans des opérations attribuées aux services ukrainiens. L’attentat qui a frappé Moscou et ciblé un haut gradé de l’armée russe s’inscrit dans cette évolution : celle d’une guerre où les hommes deviennent des objectifs, où l’arrière n’est plus totalement protégé et où les opérations clandestines cherchent désormais à dépasser les frontières russes.

À Moscou, la guerre est entrée par une porte que le pouvoir russe voulait maintenir fermée.

L’explosion qui a fait trois morts dans la capitale russe n’a pas seulement frappé un lieu public. Elle a touché une figure de l’appareil militaire russe. Selon les informations disponibles, la cible était Alexandre Tchaïko, ancien commandant des forces russes en Syrie et haut responsable de l’armée.

L’attaque intervient dans un contexte particulier : depuis le début de l’offensive russe en Ukraine, les responsables liés à l’appareil militaire et sécuritaire russe sont progressivement devenus des cibles privilégiées.

Le champ de bataille ne se limite plus aux régions ukrainiennes bombardées ou aux lignes de front. Il s’est déplacé vers les centres de décision, les symboles du pouvoir militaire et les réseaux qui soutiennent l’effort de guerre.

Le passage d’une guerre territoriale à une guerre de cibles

Au début du conflit, l’affrontement semblait obéir aux règles classiques d’une guerre conventionnelle : conquérir du terrain, détruire des capacités militaires, affaiblir l’adversaire sur le front.

Mais une autre bataille s’est installée parallèlement.

Depuis 2022, plusieurs personnalités russes liées à l’armée, aux services de sécurité ou aux institutions chargées de soutenir la guerre ont été éliminées ou visées dans des opérations attribuées à Kiev.

L’objectif dépasse la neutralisation d’un individu. Il s’agit de créer une pression permanente sur l’appareil russe, de montrer que ses responsables ne bénéficient plus d’une protection absolue et de faire entrer l’incertitude au cœur même du système militaire.

Cette stratégie repose sur une idée simple : atteindre les responsables qui organisent, commandent ou incarnent la guerre peut avoir un effet psychologique supérieur à une frappe classique.

La Russie possède une puissance militaire considérable. Mais comme toutes les grandes armées, elle dépend aussi d’hommes, de structures et de chaînes de commandement.

C’est cette architecture que les opérations clandestines cherchent à fragiliser.

Moscou n’est plus un sanctuaire

Pendant longtemps, la capitale russe est restée largement éloignée des conséquences directes du conflit. Les combats se déroulaient en Ukraine, tandis que la majorité de la population russe vivait la guerre à distance.

Cette séparation est devenue plus fragile.

Les attaques contre des personnalités liées au pouvoir ou à l’appareil militaire ont progressivement modifié la perception du conflit. Elles montrent que la profondeur territoriale russe n’offre plus la même garantie de sécurité qu’auparavant.

Pour le Kremlin, cette évolution représente un défi politique majeur. La Russie veut apparaître comme une puissance capable de contrôler son territoire et de protéger ses dirigeants. Chaque attaque réussie fragilise cette image.

Pour Kiev, ces opérations répondent à une logique stratégique : démontrer que la Russie n’est pas hors d’atteinte et que la guerre peut atteindre ceux qui la dirigent.

Quand la guerre sort du territoire russe

L’autre évolution majeure concerne la géographie des opérations.

La confrontation ne se limite plus aux frontières russes ou ukrainiennes. Elle touche désormais d’autres espaces européens, où les services de renseignement, les réseaux clandestins et les acteurs liés au conflit s’affrontent dans l’ombre.

L’affaire de Monaco illustre cette nouvelle dimension.

Une femme soupçonnée d’avoir participé à une tentative d’assassinat à l’explosif contre un homme d’affaires ukrainien avait été identifiée par les autorités monégasques avant d’être retrouvée morte en Ukraine. Les autorités ukrainiennes ont ensuite annoncé l’arrestation de deux suspects dans cette affaire, dont un homme présenté comme appartenant au renseignement militaire ukrainien.

Cet épisode a renforcé les interrogations autour de l’expansion des opérations clandestines liées à la guerre.

Le conflit ne se contente plus de produire des combats. Il génère une confrontation parallèle entre services, réseaux et acteurs qui opèrent parfois loin des zones de guerre.

Une guerre invisible aux conséquences bien réelles

Les opérations clandestines offrent un avantage évident : elles permettent de frapper l’adversaire sans mobiliser de grandes forces militaires.

Mais elles ouvrent aussi une période plus instable.

Chaque attaque ciblée crée un risque de représailles. Chaque opération réussie encourage l’autre camp à chercher de nouvelles méthodes. La logique devient celle d’une confrontation permanente où les frontières entre renseignement, sabotage et action militaire deviennent de plus en plus floues.

Cette évolution inquiète également les pays européens. Car lorsque les opérations liées à une guerre se déplacent hors de son théâtre principal, les États voisins deviennent eux aussi concernés.

L’Europe découvre ainsi une nouvelle facette du conflit ukrainien : une guerre qui ne se joue pas seulement avec des chars et des missiles, mais aussi avec des réseaux, des informations et des opérations secrètes.

L’attentat de Moscou marque une nouvelle étape dans une transformation déjà visible depuis 2022.

La guerre russo-ukrainienne n’est plus uniquement une confrontation entre deux armées. Elle est devenue une bataille où les responsables militaires, les structures de pouvoir et les réseaux stratégiques sont eux-mêmes des cibles.

Le front reste en Ukraine. Mais la guerre, elle, a changé de dimension.

Elle se joue désormais partout où les deux camps pensent pouvoir atteindre l’autre.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : Xenia Fedorova, l’expulsion d’une journaliste russe devenue un enjeu de sécurité nationale

Le mercredi 29 juillet 2026, Xenia Fedorova a reçu un arrêté ministériel d’expulsion du territoire français. La journaliste russe, ancienne responsable de RT France et aujourd’hui chroniqueuse dans plusieurs médias français, conteste cette décision et prévoit de saisir la justice. Pour les autorités françaises, sa présence en France représenterait une menace grave pour l’ordre public et les intérêts fondamentaux de l’État.

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Cette décision administrative place une professionnelle des médias au centre d’un affrontement qui dépasse son parcours personnel. Depuis la fermeture de RT France après l’invasion de l’Ukraine, les États européens cherchent à redéfinir leur réponse face aux médias qu’ils considèrent comme des instruments d’influence étrangère. Le dossier Fedorova concentre désormais une question délicate : comment protéger l’espace démocratique sans transformer la lutte contre les ingérences en restriction du débat public ?

Une journaliste face à une procédure exceptionnelle

Le courrier qui a changé la situation de Xenia Fedorova tient en quelques pages : un arrêté ministériel lui demandant de quitter le territoire français.

La décision, révélée par plusieurs médias et confirmée par le ministère de l’Intérieur, s’appuie sur une appréciation particulièrement sévère de son activité publique. Selon les éléments cités dans l’arrêté, son comportement porterait atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État et sa présence en France constituerait une menace grave et actuelle pour l’ordre public.

Les autorités françaises lui reprochent notamment de contribuer à la diffusion de récits qu’elles considèrent comme liés aux campagnes d’influence menées par les autorités russes.

Xenia Fedorova rejette cette lecture. Elle entend contester la décision devant les juridictions compétentes, dans une procédure qui devra déterminer si les arguments avancés par l’État français justifient une mesure aussi exceptionnelle.

De Moscou à Paris : le parcours d’une journaliste devenue une figure controversée

Avant que son nom ne soit associé à une procédure d’expulsion, Xenia Fedorova était d’abord une journaliste russe ayant construit une partie de sa carrière dans l’univers des médias internationaux.

Elle devient connue en France lorsqu’elle prend la direction de RT France, lancée en 2017 comme déclinaison française de Russia Today. La chaîne ambitionnait alors de proposer un regard russe sur l’actualité internationale et de s’installer durablement dans le paysage audiovisuel français.

Après le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, l’Union européenne interdit la diffusion de RT et de Sputnik sur son territoire, estimant que ces médias participent aux opérations d’influence de Moscou. RT France cesse alors ses activités.

Mais la carrière médiatique de Xenia Fedorova ne s’arrête pas avec la disparition de la chaîne. Elle poursuit son activité en France comme chroniqueuse, notamment dans des médias appartenant au groupe de Vincent Bolloré.

Ce nouveau chapitre de son parcours nourrit rapidement la controverse. Pour ses détracteurs, son passage de RT France vers des médias français pose la question de la continuité d’une influence russe sous une autre forme. Pour ses soutiens, il s’agit simplement de la poursuite d’une activité journalistique dans un cadre pluraliste.

Pourquoi Paris intervient aujourd’hui

La décision française intervient dans un climat où la question des influences étrangères occupe une place croissante dans les politiques de sécurité européennes.

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les gouvernements occidentaux ont renforcé leur surveillance des réseaux susceptibles, selon eux, de servir les intérêts d’États étrangers. L’information n’est plus considérée uniquement comme un espace de confrontation des idées : elle est également devenue un terrain stratégique.

Dans ce contexte, Paris affirme ne pas sanctionner une opinion politique, mais agir contre ce qu’il présente comme une activité de relais d’influence étrangère.

La nuance est au centre du débat. Une journaliste peut-elle être expulsée en raison du rôle qu’un État lui attribue dans une stratégie d’influence, même si elle affirme exercer simplement son métier ? C’est précisément cette frontière que la justice devra examiner.

Une vieille bataille avec de nouveaux outils

L’histoire des relations internationales est traversée par les affrontements autour de l’information.

Pendant la guerre froide, les grandes puissances utilisaient déjà les radios, les journaux et les agences de presse pour défendre leurs visions du monde. La différence actuelle tient aux moyens : une chaîne de télévision, une plateforme numérique ou une personnalité médiatique peuvent aujourd’hui toucher des millions de personnes en quelques heures.

La Russie n’est pas le seul État accusé de chercher à influencer les opinions étrangères. Les puissances internationales investissent toutes dans la bataille des récits, qu’il s’agisse de diplomatie publique, de médias internationaux ou de communication numérique.

Le cas Xenia Fedorova intervient donc dans un moment où les démocraties européennes cherchent à répondre à une nouvelle réalité : les affrontements entre États se déroulent aussi dans l’espace médiatique.

La liberté d’expression face au défi des ingérences

L’affaire divise parce qu’elle oppose deux principes difficiles à concilier.

D’un côté, les autorités françaises estiment qu’un État démocratique doit pouvoir se protéger contre des opérations destinées à fragiliser ses institutions et sa cohésion sociale.

De l’autre, les défenseurs de Xenia Fedorova rappellent qu’une démocratie se mesure aussi à sa capacité à accepter des voix contestées et des opinions minoritaires.

La question n’est donc pas seulement celle d’une journaliste russe et de son avenir en France. Elle touche à une interrogation plus large : jusqu’où un État peut-il aller pour se protéger sans affaiblir les libertés qu’il cherche à défendre ?

Avec l’arrêté d’expulsion visant Xenia Fedorova, la France ouvre un dossier où se rencontrent une trajectoire journalistique individuelle et une préoccupation devenue majeure en Europe : la maîtrise de l’espace informationnel.

La journaliste russe devra désormais défendre son maintien sur le territoire français devant la justice. Mais au-delà de son cas personnel, son dossier pourrait devenir un repère dans la manière dont les démocraties européennes traiteront demain les figures médiatiques associées à des puissances étrangères.

Celine Dou, pour la Boussole-infos