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Colombie : plusieurs villes secouées par des manifestations après la victoire d’Abelardo de la Espriella

L’élection n’aura laissé aucun répit au pays. Quelques heures après l’annonce de la victoire d’Abelardo de la Espriella à l’élection présidentielle, des milliers de personnes se sont rassemblées dans plusieurs grandes villes colombiennes pour exprimer leur rejet du président élu. Si les manifestations traduisent les profondes divisions qui traversent la société colombienne, elles soulèvent également une question plus large : comment les démocraties contemporaines vivent-elles l’alternance lorsque celle-ci porte au pouvoir une personnalité jugée inacceptable par une partie de l’opinion ?

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À Bogotá, Cali, Medellín et dans plusieurs autres centres urbains, les images ont rapidement circulé. Banderoles, slogans hostiles au président élu, appels à la « résistance » : la mobilisation a commencé avant même qu’Abelardo de la Espriella ne prenne officiellement ses fonctions.

Le phénomène est d’autant plus remarquable que la contestation intervient dans la foulée d’un scrutin dont la validité n’a pas été remise en cause par les institutions électorales. L’élection a été organisée selon les règles constitutionnelles en vigueur et les résultats ont été proclamés par les autorités compétentes. Ce n’est donc pas tant le déroulement du vote qui est contesté que son issue politique.

La rapidité de la réaction témoigne de la place singulière qu’occupe désormais le président élu dans le débat public colombien.

Avocat médiatique devenu figure politique, Abelardo de la Espriella a bâti sa campagne sur un discours de fermeté en matière de sécurité, de lutte contre les groupes criminels et de restauration de l’autorité de l’État. Admirateur assumé de Donald Trump, du président salvadorien Nayib Bukele et du dirigeant argentin Javier Milei, il a fait de la rupture avec l’héritage de Gustavo Petro l’un des axes majeurs de sa candidature.

Pour ses partisans, il incarne une réponse à la montée de l’insécurité et aux frustrations accumulées au cours des dernières années. Pour ses opposants, il représente au contraire le risque d’un durcissement politique susceptible de fragiliser certains équilibres démocratiques.

Cette opposition frontale explique en partie l’intensité des réactions observées depuis l’annonce des résultats.

Une contestation qui dépasse la personne du président élu

Les manifestations ne traduisent pas uniquement le rejet d’un homme ou d’un programme. Elles révèlent également l’état de polarisation atteint par une partie de la société colombienne.

Depuis plusieurs années, le débat politique dans le pays s’est structuré autour de clivages de plus en plus marqués : sécurité contre libertés publiques, ordre contre réformes sociales, conservatisme contre progressisme. La campagne présidentielle a souvent donné l’impression que deux visions du pays s’affrontaient davantage que deux projets de gouvernement.

Dans un tel contexte, la victoire d’un camp est parfois vécue par l’autre non comme un épisode normal de la vie démocratique mais comme une défaite existentielle.

C’est précisément ce qui ressort de nombreux discours entendus depuis l’élection. Une partie des manifestants ne critique pas seulement les orientations du futur gouvernement ; elle exprime la conviction que l’arrivée au pouvoir de son adversaire constitue en elle-même un danger pour le pays.

Cette évolution n’est pas propre à la Colombie. Elle s’observe, sous des formes différentes, dans plusieurs démocraties où les oppositions idéologiques se sont durcies au point de rendre l’alternance plus difficile à accepter.

Le paradoxe des démocraties polarisées

La manifestation constitue l’un des droits fondamentaux des sociétés démocratiques. Pouvoir contester un gouvernement, dénoncer une décision ou exprimer une inquiétude collective relève de l’exercice normal des libertés publiques.

La situation devient plus complexe lorsque la mobilisation intervient immédiatement après une élection reconnue comme régulière.

La question n’est pas de savoir si les opposants à Abelardo de la Espriella ont le droit de descendre dans la rue. Ce droit est incontestable. La véritable interrogation porte sur le rapport entretenu avec le verdict des urnes.

Dans les démocraties contemporaines, un phénomène de plus en plus visible tend à brouiller la frontière entre opposition politique et remise en cause de la légitimité du vainqueur. L’adversaire n’est plus seulement perçu comme porteur d’idées différentes ; il est présenté comme intrinsèquement illégitime, voire comme une menace qu’il faudrait empêcher d’exercer le pouvoir obtenu par les urnes.

Cette logique nourrit un climat où chaque élection apparaît moins comme un arbitrage démocratique que comme une confrontation dont le résultat est difficilement accepté par les perdants.

Une épreuve pour les institutions colombiennes

L’avenir dira si les manifestations observées ces derniers jours relèvent d’une réaction ponctuelle ou du début d’un mouvement plus durable.

Une chose est déjà certaine : le prochain mandat s’ouvrira dans un climat de défiance réciproque. Les soutiens du président élu attendent une rupture avec les politiques précédentes. Ses opposants se préparent à exercer une vigilance constante à l’égard du nouveau pouvoir.

Entre ces deux camps, les institutions colombiennes seront appelées à jouer un rôle essentiel. Leur capacité

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Présidentielle au Chili : un second tour entre gauche et extrême droite sous tension

Le Chili se prépare à un second tour présidentiel qui oppose deux visions radicalement différentes de la société. Après un premier tour serré, Jeannette Jara, candidate de gauche, devance de peu José Antonio Kast, figure de l’extrême droite nostalgique de la dictature de Pinochet. Cette confrontation reflète une polarisation profonde, où sécurité, immigration et mémoire historique cristallisent les tensions sociales et politiques du pays.

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Le premier tour a placé Jeannette Jara en tête avec environ vingt-sept pour cent des voix, devant José Antonio Kast avec vingt-quatre pour cent. La marge étroite souligne la fracture idéologique qui traverse le Chili. Jeannette Jara, membre du Parti communiste chilien et ancienne ministre du Travail, porte un programme social ambitieux, axé sur l’inclusion et la justice économique. Son défi sera de séduire les électeurs modérés pour élargir sa base et l’emporter au second tour. José Antonio Kast, leader du Parti républicain, incarne une droite radicale et ultraconservatrice, défendant des positions fermes sur la sécurité, l’immigration et les valeurs traditionnelles.

Kast est souvent présenté comme un nostalgique de la dictature de Pinochet, ce qui accentue les inquiétudes sur un possible retour à des politiques autoritaires. Son programme repose sur le renforcement de la police et de l’armée pour lutter vigoureusement contre la criminalité, ainsi que sur des mesures strictes envers les migrants irréguliers, notamment vénézuéliens, comprenant expulsions et infrastructures frontalières. Il défend également un ordre social conservateur en s’opposant à l’avortement et au mariage homosexuel. Cette posture lui assure un soutien important parmi l’électorat conservateur, tout en suscitant des préoccupations quant au respect des droits fondamentaux et des libertés publiques.

Le second tour, prévu pour le 14 décembre, sera décisif pour l’orientation future du Chili. Les reports de voix en faveur de Kast pourraient consolider sa position, tandis que Jara devra mobiliser et séduire les électeurs modérés et de gauche pour compenser cette dynamique. Ce scrutin met en évidence la polarisation sociale et idéologique qui divise profondément le pays, où les visions d’une société inclusive et progressiste s’opposent à un projet conservateur autoritaire.

La mémoire de la dictature militaire reste un enjeu central dans le débat politique. Le retour possible d’un candidat nostalgique de Pinochet questionne la résilience démocratique du Chili et la capacité des institutions à préserver les libertés publiques. L’immigration et la perception de l’insécurité servent de leviers électoraux puissants, révélant à la fois des inquiétudes sociales réelles et des perceptions amplifiées par les discours politiques. Cette configuration traduit la polarisation croissante et la fracture idéologique qui traverse la société chilienne.

Le second tour oppose ainsi deux visions de société radicalement opposées. D’un côté, l’inclusion sociale et les droits progressistes portés par Jeannette Jara, de l’autre, l’autoritarisme conservateur de José Antonio Kast, marqué par une nostalgie de la dictature. L’issue du scrutin aura des conséquences non seulement politiques, mais également sociales et symboliques, déterminant l’orientation du Chili pour les années à venir.

Celine Dou