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ONU : six candidats, six visions pour succéder à António Guterres

La campagne pour la succession d’António Guterres est entrée dans une nouvelle phase. Réunis au siège des Nations unies à New York, les six candidats à la fonction de secrétaire général ont exposé publiquement leur vision de l’organisation. Au-delà de l’exercice, ces auditions offrent un aperçu des priorités qui pourraient façonner l’ONU après le départ du diplomate portugais, dont le mandat s’achèvera le 31 décembre 2026.

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Réformer une organisation fragilisée par les divisions entre grandes puissances, répondre à une crise de financement, restaurer la confiance des États membres et préserver le multilatéralisme : les défis qui attendent le prochain secrétaire général des Nations unies sont considérables. Les six personnalités en lice partagent le constat d’une institution sous pression, mais chacune propose sa propre méthode pour tenter de lui redonner de l’élan.

Le choix du prochain secrétaire général ne dépendra pas uniquement des qualités personnelles des candidats. Comme le veut la procédure, le Conseil de sécurité devra d’abord s’accorder sur un nom avant de le recommander à l’Assemblée générale. Les cinq membres permanents disposent chacun d’un droit de veto, ce qui fait de cette désignation un exercice où les équilibres géopolitiques comptent autant que les compétences des prétendants.

Dans ce contexte, les auditions publiques organisées cette semaine ont permis aux candidats de défendre leur projet devant les États membres et la société civile.

Michelle Bachelet : remettre les droits humains au cœur de l’action des Nations unies

Ancienne présidente du Chili et ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet est l’une des figures les plus connues de cette élection. Son expérience politique, comme son parcours au sein du système onusien, lui confèrent une solide crédibilité.

Elle estime que l’ONU doit retrouver une capacité d’initiative face aux crises internationales. Pour y parvenir, elle plaide pour une diplomatie plus active, un renforcement de la prévention des conflits et une défense constante des droits humains, qu’elle considère comme le socle de la légitimité de l’organisation.

Rafael Grossi : faire de l’efficacité une priorité

Diplomate argentin et directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi s’est imposé ces dernières années comme un acteur incontournable des négociations sur les questions nucléaires.

Sa candidature repose sur une idée simple : une organisation efficace inspire davantage confiance. Il souhaite moderniser le fonctionnement des Nations unies, accélérer les prises de décision et rendre l’institution plus réactive face aux crises sécuritaires, qu’il s’agisse des conflits armés ou des risques liés à la prolifération nucléaire.

Rebeca Grynspan : replacer le développement au centre du débat

Économiste costaricienne et actuelle secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), Rebeca Grynspan met en avant son expérience des questions économiques.

Selon elle, les inégalités, la dette et les difficultés de financement du développement alimentent une grande partie des tensions internationales. Elle souhaite que l’ONU joue un rôle plus affirmé dans la recherche de solutions économiques, notamment en faveur des pays à revenu faible ou intermédiaire.

María Fernanda Espinosa : redonner toute sa place au multilatéralisme

Ancienne ministre équatorienne des Affaires étrangères et ancienne présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, María Fernanda Espinosa connaît les rouages de l’organisation.

Elle défend une ONU plus représentative des équilibres actuels du monde et appelle à renforcer le dialogue entre les États membres. Son projet repose sur la conviction que les grandes crises contemporaines ne pourront être résolues que par une coopération internationale plus étroite.

Carolyn Rodrigues-Birkett : restaurer la confiance des États membres

Ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana et actuelle représentante permanente de son pays auprès des Nations unies, Carolyn Rodrigues-Birkett concentre son discours sur la crédibilité de l’institution.

Elle juge indispensable d’améliorer la gouvernance interne, de renforcer la transparence administrative et de mieux répondre aux attentes des États membres. À ses yeux, une organisation crédible est une organisation capable de tenir ses engagements.

Macky Sall : porter la voix du continent africain

Ancien président du Sénégal, Macky Sall est le seul candidat africain en lice.

Son projet s’appuie sur une réforme de la gouvernance mondiale qu’il juge devenue indispensable. Il défend une représentation plus équilibrée des différentes régions au sein des instances décisionnelles, tout en plaidant pour un meilleur financement du développement, une coopération accrue avec les pays du Sud et une attention particulière aux effets du changement climatique sur les économies les plus vulnérables.

Des priorités différentes, un même diagnostic

Les auditions ont fait apparaître des sensibilités distinctes. Michelle Bachelet met l’accent sur les droits humains, Rafael Grossi sur l’efficacité institutionnelle, Rebeca Grynspan sur le développement, María Fernanda Espinosa sur le multilatéralisme, Carolyn Rodrigues-Birkett sur la confiance des États membres et Macky Sall sur une gouvernance mondiale davantage ouverte aux pays du Sud.

Malgré ces différences, tous dressent le même constat. L’ONU traverse une période où les conflits se multiplient, où les rivalités entre grandes puissances paralysent régulièrement le Conseil de sécurité et où les ressources financières de l’organisation sont soumises à de fortes tensions.

Le prochain secrétaire général héritera ainsi d’une institution confrontée à des attentes immenses. Son identité sera connue dans les prochains mois, à l’issue des consultations du Conseil de sécurité puis du vote de l’Assemblée générale. D’ici là, la campagne continuera de mettre en lumière deux questions qui dépassent les candidatures elles-mêmes : quelle ONU les États membres souhaitent-ils pour les années à venir, et jusqu’où sont-ils prêts à lui donner les moyens d’agir ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos