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Éthiopie : au Tigré, des frappes de drones attribuées à l’armée fédérale font craindre une nouvelle guerre

Trois ans après la fin de la guerre qui a ravagé le nord de l’Éthiopie, des combats ont repris début août et une frappe de drone a été signalée dans le sud du Tigré. Le Front de libération du peuple du Tigré accuse l’armée fédérale d’avoir franchi un nouveau seuil. Addis-Abeba n’a pas confirmé la frappe. Mais, sur le terrain, les signes d’une nouvelle confrontation militaire se multiplient.

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Le 10 août, une frappe de drone a visé Merewa, dans le sud du Tigré, près de la frontière avec l’Amhara, selon les autorités tigréennes. Quatre combattants ont été blessés, d’après une source médicale citée par l’AFP. Quelques jours plus tôt, des combats avaient déjà opposé les forces fédérales et des combattants tigréens près de la frontière soudanaise. La succession de ces incidents inquiète d’autant plus que les deux camps ont recommencé à renforcer leurs moyens militaires après plusieurs mois de tensions politiques.

La scène est devenue familière dans cette région qui espérait ne plus revoir la guerre : des positions militaires face à face, des tirs, des combattants déplacés et, désormais, des drones dans le ciel.

Le 10 août, les autorités tigréennes ont accusé le gouvernement fédéral d’avoir mené une frappe de drone à Merewa, dans le sud du Tigré. Amanuel Assefa, numéro deux du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), a affirmé que l’attaque avait visé des troupes tigréennes et fait des victimes. Une source médicale de l’hôpital d’Alamata a fait état de quatre combattants blessés, dont une femme et trois hommes. L’un d’eux aurait déjà subi une intervention chirurgicale. L’armée fédérale n’avait pas répondu aux sollicitations de l’AFP. L’affirmation selon laquelle un lycée aurait également été touché n’a pas pu être vérifiée indépendamment.

Cette frappe est survenue neuf jours après des combats dans l’ouest du Tigré. Le 1er août, des forces fédérales et des combattants tigréens se sont affrontés autour de Shererina, près de Sheraro et de la frontière avec le Soudan. Des tirs d’artillerie et des drones ont été signalés. Des centaines de personnes, dont des combattants blessés, ont ensuite franchi la frontière soudanaise. Les combats ont finalement cessé, mais l’épisode a constitué l’un des incidents les plus graves depuis l’accord de Pretoria de novembre 2022.

Pour les habitants du Tigré, le souvenir de la précédente guerre reste pourtant très présent. Entre 2020 et 2022, le conflit entre le gouvernement d’Abiy Ahmed et le TPLF avait dévasté la région. L’accord signé à Pretoria, en Afrique du Sud, en novembre 2022, avait permis de faire taire les armes et prévu notamment le désarmement des combattants tigréens. L’Union africaine avait joué un rôle central dans sa négociation et continue de défendre sa mise en œuvre.

Mais les dispositions de l’accord n’ont jamais réglé les principales querelles entre les deux camps. La question des territoires de l’ouest du Tigré, le retour des personnes déplacées, le désarmement et le partage du pouvoir régional restent particulièrement sensibles. À cela s’est ajoutée une rupture politique entre le TPLF et le pouvoir fédéral.

Depuis le printemps, le TPLF a entrepris de reconstruire ses forces. Human Rights Watch affirme que les autorités tigréennes ont procédé depuis avril à des recrutements forcés de civils, parmi lesquels des mineurs âgés d’à peine 15 ans. L’organisation dit avoir documenté six cas à partir de 18 entretiens réalisés en juin. Le TPLF conteste ces accusations et affirme que les personnes mobilisées défendent volontairement la région.

Début juin, le mouvement avait également adopté une proclamation imposant le service militaire et prévoyant de lourdes sanctions contre certaines personnes qui chercheraient à s’y soustraire. Pour Human Rights Watch, ce texte donne aux autorités tigréennes des pouvoirs excessifs et menace les libertés civiles.

Addis-Abeba présente les choses autrement. Le gouvernement fédéral accuse depuis plusieurs mois le TPLF de reconstituer ses capacités militaires et de rechercher des alliances avec des forces hostiles au pouvoir central. Des responsables éthiopiens ont notamment dénoncé les liens entre le TPLF, certaines factions Fano de la région Amhara et l’Érythrée. Le conseiller du Premier ministre pour les affaires d’Afrique de l’Est, Getachew Reda, a récemment accusé le TPLF d’avoir choisi une voie qui pourrait conduire à une nouvelle confrontation.

Washington a lui aussi durci le ton. En juin, le département d’État des États-Unis d’Amérique a annoncé des restrictions de visa visant des membres considérés comme des éléments durs du TPLF et leurs proches, en les accusant de compromettre la paix dans le nord de l’Éthiopie.

Le problème dépasse désormais les frontières du Tigré. Les affrontements du début août se sont déroulés à proximité du Soudan, où des combattants et des civils ont trouvé refuge. Plus au nord, l’Érythrée entretient des relations de plus en plus tendues avec Addis-Abeba. La multiplication des acteurs armés dans cette partie de la Corne de l’Afrique donne donc à chaque affrontement local une portée qui peut dépasser largement les limites du Tigré.

Les Nations unies avaient déjà tiré la sonnette d’alarme en janvier. Le secrétaire général Antonio Guterres s’était dit profondément préoccupé par la dégradation de la situation sécuritaire dans le Tigré et par le risque d’un retour à un conflit plus large. Il avait appelé toutes les parties à la retenue et demandé l’application complète de l’accord de cessation des hostilités.

Aujourd’hui, la question n’est pas encore de savoir si une nouvelle guerre a officiellement commencé. Rien ne permet de l’affirmer. Mais les événements des deux premières semaines d’août montrent que la frontière entre la crise politique et l’affrontement armé est redevenue très mince.

La frappe de Merewa est, à ce titre, un signal sérieux. Elle intervient après des combats près du Soudan, alors que le TPLF reconstitue ses forces et que le gouvernement fédéral accuse le mouvement de préparer une nouvelle confrontation. Pour une population qui a déjà payé le prix d’une guerre dévastatrice, la perspective d’un retour des armes est lourde de conséquences.

Le Tigré n’a pas encore replongé dans la guerre de 2020. Mais les armes ont recommencé à parler. Et cette fois, elles résonnent dans une région où la paix n’avait jamais complètement réglé les différends qui avaient conduit au conflit.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

ONU : six candidats, six visions pour succéder à António Guterres

La campagne pour la succession d’António Guterres est entrée dans une nouvelle phase. Réunis au siège des Nations unies à New York, les six candidats à la fonction de secrétaire général ont exposé publiquement leur vision de l’organisation. Au-delà de l’exercice, ces auditions offrent un aperçu des priorités qui pourraient façonner l’ONU après le départ du diplomate portugais, dont le mandat s’achèvera le 31 décembre 2026.

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Réformer une organisation fragilisée par les divisions entre grandes puissances, répondre à une crise de financement, restaurer la confiance des États membres et préserver le multilatéralisme : les défis qui attendent le prochain secrétaire général des Nations unies sont considérables. Les six personnalités en lice partagent le constat d’une institution sous pression, mais chacune propose sa propre méthode pour tenter de lui redonner de l’élan.

Le choix du prochain secrétaire général ne dépendra pas uniquement des qualités personnelles des candidats. Comme le veut la procédure, le Conseil de sécurité devra d’abord s’accorder sur un nom avant de le recommander à l’Assemblée générale. Les cinq membres permanents disposent chacun d’un droit de veto, ce qui fait de cette désignation un exercice où les équilibres géopolitiques comptent autant que les compétences des prétendants.

Dans ce contexte, les auditions publiques organisées cette semaine ont permis aux candidats de défendre leur projet devant les États membres et la société civile.

Michelle Bachelet : remettre les droits humains au cœur de l’action des Nations unies

Ancienne présidente du Chili et ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet est l’une des figures les plus connues de cette élection. Son expérience politique, comme son parcours au sein du système onusien, lui confèrent une solide crédibilité.

Elle estime que l’ONU doit retrouver une capacité d’initiative face aux crises internationales. Pour y parvenir, elle plaide pour une diplomatie plus active, un renforcement de la prévention des conflits et une défense constante des droits humains, qu’elle considère comme le socle de la légitimité de l’organisation.

Rafael Grossi : faire de l’efficacité une priorité

Diplomate argentin et directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi s’est imposé ces dernières années comme un acteur incontournable des négociations sur les questions nucléaires.

Sa candidature repose sur une idée simple : une organisation efficace inspire davantage confiance. Il souhaite moderniser le fonctionnement des Nations unies, accélérer les prises de décision et rendre l’institution plus réactive face aux crises sécuritaires, qu’il s’agisse des conflits armés ou des risques liés à la prolifération nucléaire.

Rebeca Grynspan : replacer le développement au centre du débat

Économiste costaricienne et actuelle secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), Rebeca Grynspan met en avant son expérience des questions économiques.

Selon elle, les inégalités, la dette et les difficultés de financement du développement alimentent une grande partie des tensions internationales. Elle souhaite que l’ONU joue un rôle plus affirmé dans la recherche de solutions économiques, notamment en faveur des pays à revenu faible ou intermédiaire.

María Fernanda Espinosa : redonner toute sa place au multilatéralisme

Ancienne ministre équatorienne des Affaires étrangères et ancienne présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, María Fernanda Espinosa connaît les rouages de l’organisation.

Elle défend une ONU plus représentative des équilibres actuels du monde et appelle à renforcer le dialogue entre les États membres. Son projet repose sur la conviction que les grandes crises contemporaines ne pourront être résolues que par une coopération internationale plus étroite.

Carolyn Rodrigues-Birkett : restaurer la confiance des États membres

Ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana et actuelle représentante permanente de son pays auprès des Nations unies, Carolyn Rodrigues-Birkett concentre son discours sur la crédibilité de l’institution.

Elle juge indispensable d’améliorer la gouvernance interne, de renforcer la transparence administrative et de mieux répondre aux attentes des États membres. À ses yeux, une organisation crédible est une organisation capable de tenir ses engagements.

Macky Sall : porter la voix du continent africain

Ancien président du Sénégal, Macky Sall est le seul candidat africain en lice.

Son projet s’appuie sur une réforme de la gouvernance mondiale qu’il juge devenue indispensable. Il défend une représentation plus équilibrée des différentes régions au sein des instances décisionnelles, tout en plaidant pour un meilleur financement du développement, une coopération accrue avec les pays du Sud et une attention particulière aux effets du changement climatique sur les économies les plus vulnérables.

Des priorités différentes, un même diagnostic

Les auditions ont fait apparaître des sensibilités distinctes. Michelle Bachelet met l’accent sur les droits humains, Rafael Grossi sur l’efficacité institutionnelle, Rebeca Grynspan sur le développement, María Fernanda Espinosa sur le multilatéralisme, Carolyn Rodrigues-Birkett sur la confiance des États membres et Macky Sall sur une gouvernance mondiale davantage ouverte aux pays du Sud.

Malgré ces différences, tous dressent le même constat. L’ONU traverse une période où les conflits se multiplient, où les rivalités entre grandes puissances paralysent régulièrement le Conseil de sécurité et où les ressources financières de l’organisation sont soumises à de fortes tensions.

Le prochain secrétaire général héritera ainsi d’une institution confrontée à des attentes immenses. Son identité sera connue dans les prochains mois, à l’issue des consultations du Conseil de sécurité puis du vote de l’Assemblée générale. D’ici là, la campagne continuera de mettre en lumière deux questions qui dépassent les candidatures elles-mêmes : quelle ONU les États membres souhaitent-ils pour les années à venir, et jusqu’où sont-ils prêts à lui donner les moyens d’agir ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos