Archives du mot-clé #RessourcesNaturelles

Intelligence artificielle : le coût environnemental d’un progrès présenté comme immatériel

L’intelligence artificielle, souvent perçue comme une innovation abstraite, repose sur une infrastructure matérielle considérable. Derrière les algorithmes et les serveurs se cache une réalité tangible : l’épuisement de territoires et de ressources, principalement dans les régions périphériques du monde, tandis que les centres de décision technologique demeurent concentrés dans le Nord global.

Lire la suite: Intelligence artificielle : le coût environnemental d’un progrès présenté comme immatériel

Afrique, Asie du Sud-Est et Amérique latine portent aujourd’hui le poids environnemental et social d’une révolution présentée comme immatérielle. Extraction minière, centres de données énergivores et surexploitation des ressources hydriques révèlent les fractures structurelles d’un modèle de développement technologique profondément asymétrique.

Une infrastructure matérielle invisible mais exigeante

Contrairement à l’image d’un progrès dématérialisé, l’intelligence artificielle repose sur des infrastructures physiques extrêmement lourdes. Chaque modèle d’IA, chaque serveur, chaque centre de données exige des métaux rares, de l’électricité et de l’eau en volumes considérables. Cette dépendance matérialise une géographie de l’épuisement, concentrée sur les zones qui fournissent ces ressources.

Les flux matériels révèlent une asymétrie systémique : l’Afrique fournit cobalt, cuivre et manganèse ; l’Asie du Sud-Est livre terres rares et lithium ; l’Amérique latine extrait lithium et cuivre. Les bénéfices économiques et décisionnels se concentrent dans les sièges des entreprises technologiques situés aux États-Unis d’Amérique, en Europe occidentale et dans certaines puissances asiatiques.

L’Afrique : premier foyer de l’extractivisme numérique

L’Afrique centrale, notamment la République démocratique du Congo, constitue le principal réservoir mondial de cobalt, un composant indispensable des batteries et des serveurs. Le lithium du Zimbabwe et le cuivre du Zambia complètent cette dépendance. Or, l’exploitation intensive de ces ressources entraîne une dégradation sévère des écosystèmes : pollution des nappes phréatiques, contamination des sols et déforestation accélérée.

À ces coûts matériels s’ajoutent des tensions sociales : les communautés locales subissent les effets de l’extraction sans bénéficier d’un transfert technologique ou d’une valeur ajoutée locale significative. Les centres de données qui commencent à s’implanter sur le continent, bien qu’attirés par des coûts énergétiques relativement faibles, aggravent le stress sur l’eau et l’électricité, accentuant la fragilité des infrastructures locales.

Asie du Sud-Est : relocalisation et externalisation de la pollution

En Asie du Sud-Est, des zones comme le Myanmar, le Laos et certaines provinces indonésiennes subissent la pression de l’extraction de terres rares. La déforestation massive et la pollution des cours d’eau y sont documentées, souvent dans des contextes de gouvernance fragile. Ces activités montrent que la logique de l’externalisation des coûts environnementaux s’étend au-delà de l’Afrique, confirmant une structuration globale de la dépendance technologique.

Amérique latine : dualité extraction-infrastructure

L’Amérique latine illustre une combinaison d’impacts matériels et infrastructurels. Les bassins de lithium et de cuivre du Chili, du Pérou et de Bolivie alimentent les chaînes de valeur de l’IA, tandis que les centres de données au Brésil et au Mexique consomment d’importantes quantités d’électricité et d’eau dans des zones souvent affectées par la sécheresse. Cette double pression extraction minière et consommation énergétique accentue les tensions sur les ressources locales et fragilise les populations rurales dépendantes de l’agriculture et de l’eau potable.

Une fracture systémique Nord-Sud

L’intelligence artificielle illustre une fracture persistante : les pays producteurs de ressources paient l’addition écologique et sociale, tandis que les pays consommateurs concentrent les bénéfices économiques et le contrôle technologique. L’Afrique et certaines parties de l’Asie et de l’Amérique latine demeurent les périphéries d’un système dont les centres de décision restent éloignés.

Cette asymétrie soulève des questions de souveraineté et de responsabilité : la gouvernance mondiale de l’IA ne peut ignorer les zones qui en subissent le poids. La soutenabilité de cette technologie dépend de la capacité des États et des institutions internationales à réguler, redistribuer et intégrer les populations concernées dans la chaîne de décision.

Vers une gouvernance équitable et durable

L’intelligence artificielle ne peut être dissociée des territoires qui la rendent possible. Une gouvernance responsable implique :

  • la transparence sur l’empreinte environnementale ;
  • le respect des droits des communautés locales ;
  • l’intégration des pays producteurs dans les processus de décision technologique.

Sans ces mesures, la révolution numérique risque de reproduire les schémas historiques d’exploitation et de marginalisation, cette fois à l’échelle mondiale.

L’essor de l’intelligence artificielle n’est pas neutre : il concentre ses coûts sur des zones spécifiques du globe, particulièrement en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. Si la promesse d’un progrès universel doit être crédible, elle ne peut se construire sur l’épuisement silencieux des territoires producteurs. Décrire cette réalité est un impératif pour repenser la technologie comme un outil véritablement inclusif et durable.

Celine Dou, pour la boussole-infos

RDC-Rwanda : Washington scelle un accord fragile, l’Afrique jauge le prix de la paix

Le 4 décembre 2025, Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont signé un protocole de coopération à Washington, dans une cérémonie orchestrée par les États-Unis d’Amérique. Derrière le spectacle diplomatique, la paix reste incertaine : sur le terrain, la violence perdure et les enjeux stratégiques et économiques mettent à l’épreuve la stabilité de la région des Grands Lacs.

Lire la suite: RDC-Rwanda : Washington scelle un accord fragile, l’Afrique jauge le prix de la paix

L’accord signé dans la capitale américaine illustre la complexité de la diplomatie africaine contemporaine : un texte symbolique, certes ambitieux, mais dont la mise en œuvre concrète déterminera si la paix pourra réellement s’installer. Les populations congolaises, premières victimes des conflits, attendent des actes plutôt que des mots.

Un protocole sous haute surveillance internationale

À Washington, l’Institut des États-Unis pour la Paix, récemment rebaptisé Institut Donald-Trump pour la Paix, a été le théâtre d’une signature formelle entre les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda. La cérémonie s’est déroulée en présence de délégations régionales et internationales, venues du Togo, de l’Ouganda, du Qatar et des Émirats arabes unis, conférant une dimension diplomatique élargie à un texte avant tout piloté depuis les États-Unis d’Amérique.

Le protocole prévoit le désarmement des groupes armés, la protection des populations déplacées, la coopération sécuritaire et le développement économique conjoint. Les dirigeants ont exprimé leur volonté de tracer un « nouveau chemin » vers la stabilité, mais ont reconnu les défis à surmonter. Félix Tshisekedi a souligné la difficulté du processus, tandis que Paul Kagame a rappelé que des décennies de méfiance et de conflits ne se résolvent pas par un geste protocolaire.

Sur le terrain, cependant, la situation reste critique. Dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, le M23 contrôle toujours des zones stratégiques et les déplacements forcés, la violence et l’insécurité persistent. Pour les habitants, la paix demeure un objectif lointain et abstrait, et l’accord signé à Washington n’apporte pas de réponse immédiate aux réalités quotidiennes des populations.

Un équilibre fragile entre diplomatie et réalités africaines

L’accord met en lumière une tension entre symbolique diplomatique et enjeux concrets. Les États-Unis d’Amérique apparaissent comme un médiateur central, cherchant à stabiliser la région pour des motifs à la fois politiques et économiques. Les ressources minières de la République démocratique du Congo, essentielles pour l’industrie technologique mondiale, sont un facteur déterminant de la diplomatie, révélant que l’intérêt économique et la sécurité régionale sont intimement liés.

La fragilité de l’accord réside dans son éloignement des réalités locales. La confiance entre Kinshasa et Kigali, éprouvée depuis des décennies de conflits, ne se construit pas uniquement par des signatures ou des déclarations. Elle nécessite des engagements effectifs, des concessions concrètes et un contrôle strict sur la cessation réelle des hostilités. Sans cela, le protocole restera essentiellement symbolique.

Par ailleurs, cet épisode souligne la complexité de la diplomatie africaine dans un contexte globalisé. Les acteurs extérieurs, bien qu’influents, ne peuvent remplacer la responsabilité des États africains et la participation des communautés locales. La mise en œuvre effective du texte exigera une coordination rigoureuse, un suivi constant et une volonté politique forte, au-delà du théâtre protocolaire de Washington.

Enfin, l’accord rappelle que la paix est un processus long et fragile, qui ne se décrète pas par la signature d’un document mais se construit dans la durée, avec la participation active des populations et la prise en compte des intérêts stratégiques, sécuritaires et économiques de la région.

Un pari diplomatique à confirmer par les actes

L’accord entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame illustre le paradoxe des initiatives internationales en Afrique : des textes ambitieux et médiatisés, porteurs d’espoir, mais fragiles face aux réalités du terrain. La communauté internationale, tout comme les dirigeants africains, devra démontrer que les engagements signés peuvent se traduire en actions concrètes et durables.

Pour la République démocratique du Congo et le Rwanda, ce protocole est un premier pas, conditionnel et incertain, vers la paix. Pour l’Afrique, il constitue un test de lucidité et de capacité à transformer les mots en actes tangibles. La vigilance, la patience et la rigueur seront essentielles pour que l’espoir diplomatique devienne réalité sécuritaire et sociale.

Celine Dou, La Boussole-infos

Iran : découverte d’un gisement de 61 millions de tonnes et enjeux géopolitiques face aux puissances internationales

L’Iran a annoncé la découverte d’un gisement minier estimé à 61 millions de tonnes dans la province de Shadan, au sud-est du pays. Cette révélation intervient dans un contexte de sanctions économiques prolongées et de tensions persistantes avec les États‑Unis d’Amérique, relançant les interrogations sur la souveraineté iranienne, la sécurité régionale et les équilibres stratégiques au Moyen-Orient.

Lire la suite: Iran : découverte d’un gisement de 61 millions de tonnes et enjeux géopolitiques face aux puissances internationales

Dans un monde où la maîtrise des ressources naturelles conditionne la puissance et l’autonomie des États, la découverte de Shadan ne se limite pas à un enjeu économique. Pour l’Iran, ce gisement représente un levier de développement et de renforcement de son autonomie industrielle. Pour les observateurs internationaux, il soulève la possibilité d’une attention particulière de la part des grandes puissances, notamment des États‑Unis d’Amérique, qui pourraient invoquer des motifs politiques ou démocratiques dans leurs interactions avec Téhéran.

1. Nature du gisement et implications économiques

Le gisement découvert par le ministère iranien de l’Industrie, des Mines et du Commerce contient 61 millions de tonnes de minerai. Cette estimation correspond à la quantité de minerai identifiée, mais ne reflète pas nécessairement la réserve exploitable économiquement, laquelle dépend de la teneur métallique et des contraintes techniques d’extraction. Sur le plan économique, la valorisation de ce gisement pourrait permettre à l’Iran de diversifier ses sources de revenus, de renforcer ses industries minière et manufacturière, et de limiter l’impact des sanctions internationales qui pèsent sur son économie depuis plusieurs années. À titre de comparaison, le Chili utilise ses réserves de cuivre pour renforcer son influence économique tout en consolidant ses alliances stratégiques, tandis que l’Afrique du Sud a exploité ses gisements de platine et de manganèse pour développer ses capacités industrielles et accroître son autonomie vis-à-vis des circuits économiques internationaux. Ces exemples montrent que la maîtrise de ressources stratégiques peut transformer l’économie d’un pays et renforcer sa position sur la scène internationale.

2. Hypothèse de réactions internationales : le rôle potentiel des États‑Unis d’Amérique

Historiquement, les États‑Unis d’Amérique ont parfois justifié des interventions ou pressions sur des pays riches en ressources stratégiques en invoquant la promotion de la démocratie ou la stabilité régionale. Les interventions en Irak en 2003 ou en Syrie, par exemple, illustrent la coexistence entre discours officiel et motivations géopolitiques ou économiques sous-jacentes. Dans le cas de l’Iran, il n’existe aucune preuve d’une intervention américaine directe en lien avec le gisement de Shadan, mais il est plausible que la découverte attire l’attention internationale. Les États‑Unis pourraient formuler publiquement des préoccupations sur la stabilité régionale ou les normes démocratiques, tout en défendant simultanément leurs intérêts stratégiques et économiques. Cette analyse ne prétend pas anticiper une action concrète, mais repose sur des schémas historiques observés dans d’autres contextes où les ressources naturelles ont été au cœur de la diplomatie internationale.

3. Ressources naturelles et puissance stratégique

Les minerais stratégiques ne se limitent pas à leur valeur commerciale : ils alimentent l’industrie de haute technologie, la défense et les infrastructures critiques. Leur maîtrise confère à un État un levier de négociation dans ses relations internationales et contribue à la protection de sa souveraineté. La découverte du gisement iranien pourrait transformer le rapport de forces régional, à l’instar des stratégies de gestion de ressources observées au Nigéria, en Angola ou au Congo, où la richesse naturelle influence directement la diplomatie et les alliances. Cette dynamique souligne que la valorisation des ressources stratégiques est indissociable des choix géopolitiques et des interactions avec les puissances extérieures.

4. Perspectives pour l’Iran et les pays émergents

La découverte du gisement de Shadan offre plusieurs enseignements pour la région et au-delà. L’Iran doit sécuriser l’exploitation et la transformation du minerai pour préserver sa souveraineté et sa capacité d’action autonome. La maîtrise des ressources stratégiques permet également de renforcer les partenariats internationaux, notamment avec des puissances non occidentales, tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des circuits dominés par les grandes puissances. Les pays émergents et africains peuvent tirer des leçons de cette situation en intégrant des stratégies de gestion souveraine de leurs propres ressources, afin de renforcer leur développement et leur influence sur la scène internationale. La gestion prudente et stratégique des ressources naturelles devient ainsi un élément clé de la diplomatie et de la sécurité nationale.

Le gisement de Shadan illustre l’intersection entre économie, géopolitique et souveraineté nationale. S’il peut renforcer l’autonomie iranienne et ses alliances stratégiques, il peut aussi attirer l’attention internationale, notamment celle des États‑Unis, pour des motifs officiellement politiques mais potentiellement liés à des intérêts stratégiques. Cette situation rappelle aux pays émergents et africains l’importance d’une gestion prudente et souveraine des ressources naturelles, condition essentielle pour protéger leur développement et renforcer leur influence dans un monde multipolaire.

Celine Dou

Corse du Sud (France) : face à la sécheresse, des habitants soumis à des mesures radicales

Le sud de la Corse traverse un épisode de sécheresse exceptionnel. Les réserves d’eau des communes littorales comme Bonifacio, Porto‑Vecchio ou Figari sont à des niveaux historiquement bas, obligeant les autorités à imposer des restrictions strictes sur l’usage domestique et touristique de l’eau.

Lire la suite Corse du Sud (France) : face à la sécheresse, des habitants soumis à des mesures radicales

Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse : l’autre crise planétaire qui avance en silence

Le 17 juin marque, chaque année, la « Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse ». L’occasion de braquer les projecteurs sur une crise environnementale souvent éclipsée par des phénomènes climatiques plus spectaculaires, mais qui affecte, lentement et inexorablement, les équilibres alimentaires, économiques, sociaux et géopolitiques de la planète entière.

Lire la suite Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse : l’autre crise planétaire qui avance en silence