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Libye : à Benghazi, le chef du renseignement de Haftar assassiné dans une attaque soupçonnée d’être jihadiste

Le général Fauzi al-Mansouri, chef des services de renseignement militaire de l’Est libyen, a été tué lundi 11 août à Benghazi par l’explosion de son véhicule. Les autorités du camp Haftar soupçonnent une attaque jihadiste. La mort de cet officier, ancien acteur de la guerre contre les groupes armés à Benghazi, frappe l’appareil sécuritaire du maréchal au moment où celui-ci cherche à consolider son pouvoir au-delà de l’Est.

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La voiture de Fauzi al-Mansouri a explosé alors qu’il quittait une mosquée après la prière du soir, dans un quartier résidentiel de Benghazi. Le général de brigade, âgé d’une cinquantaine d’années, a été tué sur le coup. L’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par Khalifa Haftar, a dénoncé un « acte lâche et criminel ».

Un haut responsable militaire de l’Est cité par l’Agence France-Presse (AFP), agence de presse internationale française, a indiqué que les autorités soupçonnaient une attaque jihadiste, tout en attendant les conclusions de l’enquête. Khaled Haftar, fils du maréchal et l’un des principaux responsables de l’ANL, a lui aussi parlé d’une attaque « terroriste ».

Les autorités de l’Est ont annoncé, par ailleurs, l’arrestation à Benghazi d’une cellule qualifiée de « terroriste », qui aurait préparé des actes de sabotage. Elles n’ont pas établi publiquement de lien entre cette cellule et l’assassinat du général.

L’homme qui traquait les jihadistes

Le choix de la cible donne un relief particulier à l’affaire. Fauzi al-Mansouri dirigeait le renseignement militaire de l’ANL. Entre 2014 et 2017, il avait participé aux opérations conduites par les forces de Haftar contre les groupes jihadistes qui avaient pris pied à Benghazi.

À cette époque, la ville était devenue l’un des principaux champs de bataille de la guerre libyenne. Ansar al-Charia et l’organisation État islamique y affrontaient les forces de Haftar. Après plusieurs années de combats, l’ANL avait repris le contrôle de Benghazi en 2017.

Depuis, le camp Haftar présente la ville comme l’un des symboles de la stabilité retrouvée dans l’Est. Le général al-Mansouri vient pourtant d’y être tué dans une attaque à l’explosif.

Si la piste jihadiste se confirme, le message serait difficile à ignorer : les réseaux combattus par Haftar ne seraient pas complètement éliminés et conserveraient une capacité à atteindre un haut responsable militaire dans le principal bastion du maréchal.

Une faille dans le dispositif de Haftar

L’assassinat soulève aussi une question plus immédiate : comment un responsable placé à la tête du renseignement militaire a-t-il pu être pris pour cible dans une ville aussi étroitement contrôlée par les forces de Haftar ?

Pour Hamish Kinnear, analyste du cabinet Verisk Maplecroft cité par l’AFP, la sophistication de l’attaque et son déroulement à Benghazi constituent un sérieux revers pour le dispositif de sécurité du camp Haftar.

La difficulté est aussi politique. Le pouvoir de l’Est s’appuie fortement sur les structures militaires contrôlées par la famille Haftar. Khaled Haftar occupe une place centrale dans le commandement de l’ANL et son frère Saddam, vice-commandant, est considéré comme l’un des principaux successeurs possibles de leur père.

Les deux hommes ont assisté aux funérailles de Fauzi al-Mansouri à Benghazi.

Washington veut rapprocher l’Est et Tripoli

L’assassinat survient à un moment délicat pour la Libye. Le pays reste partagé entre le gouvernement installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et le pouvoir de l’Est soutenu militairement par Haftar.

Les États Unis d’Amérique cherchent actuellement à rapprocher les deux camps. Leur émissaire Massad Boulos défend un projet de réunification des institutions libyennes. Selon les éléments rapportés par plusieurs médias, ce projet prévoit notamment une nouvelle organisation du pouvoir autour de Syrte, avec Saddam Haftar appelé à jouer un rôle central dans le futur exécutif.

Cette stratégie repose en partie sur la capacité du clan Haftar à garantir la sécurité de la zone qu’il contrôle.

L’attentat de Benghazi complique cette démonstration. Il ne frappe pas seulement un homme : il touche l’appareil chargé précisément d’empêcher ce type d’attaque.

Pour Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye au Royal United Services Institute, la mort d’al-Mansouri risque de perturber le projet porté par Massad Boulos. L’un de ses postulats était que Benghazi offrait une sécurité suffisamment solide et que les responsables militaires proches de Haftar pouvaient y être protégés.

La question qui se pose désormais au clan Haftar est donc simple : peut-il continuer à présenter l’Est comme la partie la plus sûre et la mieux contrôlée de la Libye si un responsable aussi important de son appareil sécuritaire peut être assassiné au cœur de Benghazi ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Sénégal : l’incident de Bulock pousse Dakar et Banjul à solder un vieux dossier frontalier

Il aura suffi d’une clôture détruite dans un village frontalier méconnu pour remettre au premier plan une question que le Sénégal et la Gambie tentaient de régler depuis des années. L’incident survenu à Bulock n’a pas provoqué de rupture entre Dakar et Banjul. Il a, en revanche, accéléré un chantier longtemps repoussé : celui de la matérialisation de leur frontière commune.

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En annonçant la reprise des opérations de bornage après les tensions de Bulock, les autorités sénégalaises et gambiennes ne se contentent pas de répondre à un incident militaire. Elles cherchent à refermer une faille administrative héritée de l’époque coloniale avant qu’elle ne se transforme en véritable contentieux diplomatique. Derrière ce dossier technique se dessinent des enjeux de souveraineté, de sécurité et de stabilité régionale.

Pendant plusieurs jours, les versions de Dakar et de Banjul se sont opposées sans jamais rompre le fil du dialogue.

Le 16 juillet, des militaires sénégalais interviennent dans le secteur de Bulock, une localité située à proximité de la frontière entre les deux pays. Selon le gouvernement gambien, ils détruisent une partie de la clôture entourant un poste militaire implanté sur son territoire. Banjul dénonce une atteinte à sa souveraineté et convoque les mécanismes diplomatiques prévus entre les deux voisins.

Le Sénégal, de son côté, ne conteste pas l’intervention, mais en donne une lecture différente. Les autorités sénégalaises soutiennent que la zone concernée appartient à un secteur dont la matérialisation de la frontière demeure inachevée. Elles évoquent des installations réalisées dans un espace faisant encore l’objet de vérifications techniques, tout en réaffirmant leur attachement à une résolution concertée.

À première vue, l’affaire pourrait passer pour un différend frontalier de plus sur le continent africain. Pourtant, les faits racontent une autre histoire.

Ni Dakar ni Banjul ne remettent en cause le tracé juridique de leur frontière. Les deux États reconnaissent les limites héritées des accords conclus entre la France et le Royaume-Uni à la fin du XIXᵉ siècle, puis consacrées après les indépendances par le principe africain de l’intangibilité des frontières. Ce qui pose difficulté n’est donc pas la frontière elle-même, mais son inscription concrète sur le terrain.

Dans plusieurs secteurs, les bornes installées il y a plusieurs décennies ont disparu, se sont dégradées ou ne correspondent plus aux réalités du terrain. L’extension des villages, les activités agricoles, les mouvements des populations et les infrastructures de sécurité ont progressivement rendu certaines portions plus sensibles. Bulock appartient précisément à l’une de ces zones où les repères physiques ne permettent plus d’écarter toute ambiguïté.

L’incident a ainsi joué le rôle d’un révélateur.

Quelques jours seulement après les tensions, les deux gouvernements ont choisi de transformer un épisode potentiellement conflictuel en levier de coopération. Réunis dans le cadre des mécanismes bilatéraux existants, les responsables des deux pays se sont accordés sur une accélération des opérations de matérialisation de la frontière. Les travaux doivent reprendre par des vérifications conjointes, suivies de l’installation de nouvelles bornes dans les secteurs jugés sensibles.

Cette décision traduit une approche pragmatique. Plutôt que de laisser s’installer une confrontation politique autour de versions contradictoires, Dakar et Banjul cherchent à supprimer les zones d’incertitude qui favorisent ce type d’incident.

Cette prudence s’explique également par le caractère singulier des relations entre les deux pays.

La Gambie constitue une étroite bande de territoire qui s’enfonce au cœur du Sénégal en longeant le fleuve Gambie. Cette configuration géographique, héritée du partage colonial, fait de la frontière sénégalo-gambienne l’une des plus longues et des plus fréquentées d’Afrique de l’Ouest. Chaque jour, commerçants, transporteurs, familles et travailleurs la franchissent dans les deux sens, tandis que les forces de sécurité coopèrent étroitement pour lutter contre les trafics transfrontaliers et préserver la stabilité de la Casamance.

Dans un tel contexte, un incident local peut rapidement dépasser son cadre initial s’il n’est pas traité avec retenue.

C’est sans doute l’enseignement principal de l’affaire de Bulock. Les deux capitales ont défendu leurs positions respectives sans renoncer aux canaux diplomatiques. Aucune surenchère verbale, aucune démonstration de force, aucun gel de la coopération bilatérale n’est venu transformer un désaccord technique en crise politique.

Cette séquence contraste avec d’autres différends frontaliers observés sur le continent, où des incidents comparables ont parfois débouché sur des tensions durables. Ici, la réponse a consisté à renforcer les mécanismes de coopération plutôt qu’à les contourner.

Pour autant, le chantier qui s’ouvre ne se résume pas à la pose de nouvelles bornes.

La matérialisation de la frontière devra tenir compte des réalités humaines, économiques et sécuritaires qui caractérisent cette région. Les populations riveraines vivent souvent de part et d’autre de la limite internationale, entretiennent des liens familiaux anciens et partagent des espaces d’activité qui ignorent les découpages administratifs. Toute opération de bornage devra donc conjuguer précision technique et dialogue avec les communautés concernées.

L’épisode de Bulock rappelle enfin une évidence souvent reléguée au second plan : plus de soixante ans après les indépendances, les frontières africaines continuent de demander un travail patient d’entretien, de clarification et de coopération. Leur existence ne fait plus débat ; leur gestion, en revanche, demeure un exercice permanent.

En choisissant de relancer un dossier longtemps laissé en suspens plutôt que de s’enfermer dans une logique d’affrontement, le Sénégal et la Gambie ont privilégié une solution qui dépasse la seule question de Bulock. Le véritable enjeu n’était pas de savoir qui avait raison sur quelques mètres de terrain, mais d’empêcher qu’une incertitude cartographique ne fragilise une relation bilatérale essentielle à l’équilibre de cette partie de l’Afrique de l’Ouest.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

En annonçant la reprise des opérations de bornage après les tensions de Bulock, les autorités sénégalaises et gambiennes ne se contentent pas de répondre à un incident militaire. Elles cherchent à refermer une faille administrative héritée de l’époque coloniale avant qu’elle ne se transforme en véritable contentieux diplomatique. Derrière ce dossier technique se dessinent des enjeux de souveraineté, de sécurité et de stabilité régionale.

Pendant plusieurs jours, les versions de Dakar et de Banjul se sont opposées sans jamais rompre le fil du dialogue.

Le 16 juillet, des militaires sénégalais interviennent dans le secteur de Bulock, une localité située à proximité de la frontière entre les deux pays. Selon le gouvernement gambien, ils détruisent une partie de la clôture entourant un poste militaire implanté sur son territoire. Banjul dénonce une atteinte à sa souveraineté et convoque les mécanismes diplomatiques prévus entre les deux voisins.

Le Sénégal, de son côté, ne conteste pas l’intervention, mais en donne une lecture différente. Les autorités sénégalaises soutiennent que la zone concernée appartient à un secteur dont la matérialisation de la frontière demeure inachevée. Elles évoquent des installations réalisées dans un espace faisant encore l’objet de vérifications techniques, tout en réaffirmant leur attachement à une résolution concertée.

À première vue, l’affaire pourrait passer pour un différend frontalier de plus sur le continent africain. Pourtant, les faits racontent une autre histoire.

Ni Dakar ni Banjul ne remettent en cause le tracé juridique de leur frontière. Les deux États reconnaissent les limites héritées des accords conclus entre la France et le Royaume-Uni à la fin du XIXᵉ siècle, puis consacrées après les indépendances par le principe africain de l’intangibilité des frontières. Ce qui pose difficulté n’est donc pas la frontière elle-même, mais son inscription concrète sur le terrain.

Dans plusieurs secteurs, les bornes installées il y a plusieurs décennies ont disparu, se sont dégradées ou ne correspondent plus aux réalités du terrain. L’extension des villages, les activités agricoles, les mouvements des populations et les infrastructures de sécurité ont progressivement rendu certaines portions plus sensibles. Bulock appartient précisément à l’une de ces zones où les repères physiques ne permettent plus d’écarter toute ambiguïté.

L’incident a ainsi joué le rôle d’un révélateur.

Quelques jours seulement après les tensions, les deux gouvernements ont choisi de transformer un épisode potentiellement conflictuel en levier de coopération. Réunis dans le cadre des mécanismes bilatéraux existants, les responsables des deux pays se sont accordés sur une accélération des opérations de matérialisation de la frontière. Les travaux doivent reprendre par des vérifications conjointes, suivies de l’installation de nouvelles bornes dans les secteurs jugés sensibles.

Cette décision traduit une approche pragmatique. Plutôt que de laisser s’installer une confrontation politique autour de versions contradictoires, Dakar et Banjul cherchent à supprimer les zones d’incertitude qui favorisent ce type d’incident.

Cette prudence s’explique également par le caractère singulier des relations entre les deux pays.

La Gambie constitue une étroite bande de territoire qui s’enfonce au cœur du Sénégal en longeant le fleuve Gambie. Cette configuration géographique, héritée du partage colonial, fait de la frontière sénégalo-gambienne l’une des plus longues et des plus fréquentées d’Afrique de l’Ouest. Chaque jour, commerçants, transporteurs, familles et travailleurs la franchissent dans les deux sens, tandis que les forces de sécurité coopèrent étroitement pour lutter contre les trafics transfrontaliers et préserver la stabilité de la Casamance.

Dans un tel contexte, un incident local peut rapidement dépasser son cadre initial s’il n’est pas traité avec retenue.

C’est sans doute l’enseignement principal de l’affaire de Bulock. Les deux capitales ont défendu leurs positions respectives sans renoncer aux canaux diplomatiques. Aucune surenchère verbale, aucune démonstration de force, aucun gel de la coopération bilatérale n’est venu transformer un désaccord technique en crise politique.

Cette séquence contraste avec d’autres différends frontaliers observés sur le continent, où des incidents comparables ont parfois débouché sur des tensions durables. Ici, la réponse a consisté à renforcer les mécanismes de coopération plutôt qu’à les contourner.

Pour autant, le chantier qui s’ouvre ne se résume pas à la pose de nouvelles bornes.

La matérialisation de la frontière devra tenir compte des réalités humaines, économiques et sécuritaires qui caractérisent cette région. Les populations riveraines vivent souvent de part et d’autre de la limite internationale, entretiennent des liens familiaux anciens et partagent des espaces d’activité qui ignorent les découpages administratifs. Toute opération de bornage devra donc conjuguer précision technique et dialogue avec les communautés concernées.

L’épisode de Bulock rappelle enfin une évidence souvent reléguée au second plan : plus de soixante ans après les indépendances, les frontières africaines continuent de demander un travail patient d’entretien, de clarification et de coopération. Leur existence ne fait plus débat ; leur gestion, en revanche, demeure un exercice permanent.

En choisissant de relancer un dossier longtemps laissé en suspens plutôt que de s’enfermer dans une logique d’affrontement, le Sénégal et la Gambie ont privilégié une solution qui dépasse la seule question de Bulock. Le véritable enjeu n’était pas de savoir qui avait raison sur quelques mètres de terrain, mais d’empêcher qu’une incertitude cartographique ne fragilise une relation bilatérale essentielle à l’équilibre de cette partie de l’Afrique de l’Ouest.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Gaza : un comité technocratique palestinien formé sous l’égide de l’Égypte

Un consensus inédit entre factions palestiniennes

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RDC-Rwanda : Washington scelle un accord fragile, l’Afrique jauge le prix de la paix

Le 4 décembre 2025, Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont signé un protocole de coopération à Washington, dans une cérémonie orchestrée par les États-Unis d’Amérique. Derrière le spectacle diplomatique, la paix reste incertaine : sur le terrain, la violence perdure et les enjeux stratégiques et économiques mettent à l’épreuve la stabilité de la région des Grands Lacs.

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L’accord signé dans la capitale américaine illustre la complexité de la diplomatie africaine contemporaine : un texte symbolique, certes ambitieux, mais dont la mise en œuvre concrète déterminera si la paix pourra réellement s’installer. Les populations congolaises, premières victimes des conflits, attendent des actes plutôt que des mots.

Un protocole sous haute surveillance internationale

À Washington, l’Institut des États-Unis pour la Paix, récemment rebaptisé Institut Donald-Trump pour la Paix, a été le théâtre d’une signature formelle entre les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda. La cérémonie s’est déroulée en présence de délégations régionales et internationales, venues du Togo, de l’Ouganda, du Qatar et des Émirats arabes unis, conférant une dimension diplomatique élargie à un texte avant tout piloté depuis les États-Unis d’Amérique.

Le protocole prévoit le désarmement des groupes armés, la protection des populations déplacées, la coopération sécuritaire et le développement économique conjoint. Les dirigeants ont exprimé leur volonté de tracer un « nouveau chemin » vers la stabilité, mais ont reconnu les défis à surmonter. Félix Tshisekedi a souligné la difficulté du processus, tandis que Paul Kagame a rappelé que des décennies de méfiance et de conflits ne se résolvent pas par un geste protocolaire.

Sur le terrain, cependant, la situation reste critique. Dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, le M23 contrôle toujours des zones stratégiques et les déplacements forcés, la violence et l’insécurité persistent. Pour les habitants, la paix demeure un objectif lointain et abstrait, et l’accord signé à Washington n’apporte pas de réponse immédiate aux réalités quotidiennes des populations.

Un équilibre fragile entre diplomatie et réalités africaines

L’accord met en lumière une tension entre symbolique diplomatique et enjeux concrets. Les États-Unis d’Amérique apparaissent comme un médiateur central, cherchant à stabiliser la région pour des motifs à la fois politiques et économiques. Les ressources minières de la République démocratique du Congo, essentielles pour l’industrie technologique mondiale, sont un facteur déterminant de la diplomatie, révélant que l’intérêt économique et la sécurité régionale sont intimement liés.

La fragilité de l’accord réside dans son éloignement des réalités locales. La confiance entre Kinshasa et Kigali, éprouvée depuis des décennies de conflits, ne se construit pas uniquement par des signatures ou des déclarations. Elle nécessite des engagements effectifs, des concessions concrètes et un contrôle strict sur la cessation réelle des hostilités. Sans cela, le protocole restera essentiellement symbolique.

Par ailleurs, cet épisode souligne la complexité de la diplomatie africaine dans un contexte globalisé. Les acteurs extérieurs, bien qu’influents, ne peuvent remplacer la responsabilité des États africains et la participation des communautés locales. La mise en œuvre effective du texte exigera une coordination rigoureuse, un suivi constant et une volonté politique forte, au-delà du théâtre protocolaire de Washington.

Enfin, l’accord rappelle que la paix est un processus long et fragile, qui ne se décrète pas par la signature d’un document mais se construit dans la durée, avec la participation active des populations et la prise en compte des intérêts stratégiques, sécuritaires et économiques de la région.

Un pari diplomatique à confirmer par les actes

L’accord entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame illustre le paradoxe des initiatives internationales en Afrique : des textes ambitieux et médiatisés, porteurs d’espoir, mais fragiles face aux réalités du terrain. La communauté internationale, tout comme les dirigeants africains, devra démontrer que les engagements signés peuvent se traduire en actions concrètes et durables.

Pour la République démocratique du Congo et le Rwanda, ce protocole est un premier pas, conditionnel et incertain, vers la paix. Pour l’Afrique, il constitue un test de lucidité et de capacité à transformer les mots en actes tangibles. La vigilance, la patience et la rigueur seront essentielles pour que l’espoir diplomatique devienne réalité sécuritaire et sociale.

Celine Dou, La Boussole-infos