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Afrique du Sud : la violence contre les mineurs et les jeunes non accompagnés devient une urgence nationale

Les violences touchant les enfants et adolescents en Afrique du Sud, ainsi que la présence croissante de mineurs non accompagnés aux frontières, révèlent une crise sécuritaire et sociale persistante, qui interpelle les autorités et les organisations de protection de l’enfance.

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Alors que le pays affiche l’un des taux de meurtre les plus élevés au monde, les mineurs sud‑africains sont particulièrement exposés à des violences graves, qu’il s’agisse d’agressions dans les zones urbaines, de recrutement par des gangs ou de déplacements dangereux vers le territoire sud‑africain depuis les pays voisins. Cette situation illustre des défaillances structurelles et la fragilité des mécanismes de protection de l’enfance, tout en reflétant des enjeux sociaux, économiques et migratoires complexes.

La violence envers les mineurs en Afrique du Sud se manifeste sous différentes formes et touche des enfants de tous âges. Les données policières et les rapports de la société civile montrent que plusieurs mineurs sont tués ou gravement blessés chaque jour, dans des contextes allant des violences de rue aux conflits liés aux gangs. Dans certaines provinces, comme le Western Cape, les adolescents sont régulièrement recrutés par des réseaux criminels pour assurer le transport de drogue ou participer à des affrontements armés, ce qui expose des jeunes vulnérables à des situations de mort précoce et d’exploitation.

En parallèle, les services frontaliers sud‑africains constatent une augmentation des mouvements de mineurs non accompagnés, notamment à la frontière avec le Zimbabwe. Ces jeunes, souvent très jeunes, voyagent sans parent ni tuteur légal et sont exposés aux dangers du trafic d’êtres humains, à l’exploitation économique et aux violences physiques. Les autorités sont confrontées à un double défi : protéger ces enfants tout en gérant les pressions migratoires et sécuritaires sur le territoire national.

La situation s’inscrit dans un contexte plus large d’insécurité. L’Afrique du Sud conserve l’un des taux de meurtres les plus élevés au monde, avec une forte concentration de crimes violents dans certaines zones urbaines et périurbaines. Les violences touchent à la fois les adultes et les enfants, mais ces derniers sont particulièrement vulnérables en raison de la pauvreté, du chômage, de la fragmentation communautaire et du manque d’accès à des services sociaux de qualité.

Cette situation traduit des déséquilibres structurels profonds hérités de l’histoire du pays et accentués par les inégalités sociales et économiques contemporaines. La marginalisation de certains quartiers, la pauvreté persistante et l’absence de perspectives pour les jeunes créent un environnement dans lequel la criminalité et la violence deviennent des réalités quotidiennes. Les mineurs, qu’ils soient recrutés par des gangs ou en déplacement pour des raisons économiques, se trouvent pris dans un cercle où sécurité, protection sociale et opportunités de développement sont insuffisantes.

Le phénomène des mineurs non accompagnés aux frontières illustre également les dynamiques régionales de migration forcée et de vulnérabilité. Il ne s’agit pas seulement de mouvements individuels, mais de structures de trafic et d’exploitation transfrontalière qui mettent en danger la vie des enfants. Cette dimension internationale souligne la nécessité d’une coordination entre États de la région pour protéger les mineurs tout en assurant la sécurité nationale.

Enfin, le phénomène met en évidence la fragilité des mécanismes de protection de l’enfance en Afrique du Sud. Les institutions chargées de la sécurité et de l’assistance sociale se trouvent souvent dépassées par l’ampleur des besoins et la complexité des situations. La violence, qu’elle soit domestique, de rue ou liée aux gangs, et l’exposition à des conditions extrêmes de migration constituent des signaux d’alerte sur la vulnérabilité systémique des jeunes dans le pays.

La situation sud‑africaine invite à réfléchir sur la manière dont les États confrontés à une violence élevée peuvent combiner protection sociale, prévention de la criminalité et gestion des migrations de mineurs. Elle interroge également sur le rôle des communautés, des ONG et des organisations internationales dans la création de réseaux de soutien efficaces pour les enfants exposés à la violence. La réponse à ces défis nécessitera non seulement des mesures de sécurité immédiates, mais aussi des politiques de long terme visant à réduire les inégalités et à offrir des perspectives aux jeunes dans les quartiers vulnérables.

La violence touchant les mineurs en Afrique du Sud et l’augmentation des mineurs non accompagnés aux frontières révèlent une crise sociale et sécuritaire complexe, où sécurité publique, protection de l’enfance et migration se croisent. L’ampleur et la gravité de la situation appellent à une approche intégrée, combinant mesures immédiates de protection et politiques structurelles de prévention. Au-delà de l’urgence, cette crise illustre les défis persistants liés aux inégalités, à la fragilité institutionnelle et à la vulnérabilité des populations jeunes dans un contexte de violence endémique.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, les décès surpassent les naissances en 2025

En 2025, la France franchit un seuil démographique historique. Avec plus de décès que de naissances, le pays observe un phénomène inédit depuis 1945. Ce retournement n’est pas le fruit d’un événement ponctuel, mais la conséquence de tendances structurelles lourdes : vieillissement de la population, recul prolongé de la natalité et vulnérabilité conjoncturelle des personnes âgées.

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Le solde naturel français est devenu négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : 645 000 naissances contre 651 000 décès. Si la population globale continue d’augmenter légèrement grâce à un solde migratoire positif, ce basculement met en lumière des défis sociaux, économiques et politiques majeurs pour l’avenir du pays.

Une natalité en déclin depuis plus d’une décennie

La baisse des naissances n’est pas un phénomène isolé de 2025. Depuis 2010, le nombre de naissances a chuté d’environ 24 %, et l’indice conjoncturel de fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme, un niveau historiquement bas.

Plusieurs facteurs contribuent à cette dynamique :

  • Décalage entre maternité et carrière professionnelle : de nombreux couples retardent ou renoncent à avoir des enfants pour poursuivre leurs ambitions professionnelles.
  • Crainte de l’incertitude mondiale : certains Français expriment une appréhension face aux tensions internationales et aux guerres, un phénomène déjà observé historiquement après des périodes de conflit, comme à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
  • Facteurs économiques et sociaux : coût du logement, pression sur le pouvoir d’achat et équilibre travail‑famille influent sur les décisions de parentalité.

Ces facteurs combinés créent un contexte où la natalité reste structuralement faible, malgré les politiques publiques de soutien à la famille (allocations, congés parentaux, services de garde).

Une morbidité accentuée par le vieillissement et les épidémies

Le nombre de décès a augmenté pour atteindre 651 000 personnes en 2025. Ce chiffre s’explique par :

  • Vieillissement de la population : les générations du baby‑boom approchent ou dépassent les 65 ans, ce qui augmente naturellement la mortalité.
  • Épidémie de grippe hivernale : des analyses épidémiologiques indiquent que la grippe de début 2025 a contribué à une surmortalité chez les plus vulnérables.
  • Vulnérabilités structurelles : insuffisance de personnel soignant dans certaines régions et accès inégal aux soins pour les personnes âgées isolées.

Ainsi, la combinaison de population vieillissante et fragilisée par la santé conjoncturelle a contribué à un nombre de décès supérieur aux naissances.

Conséquences sociales et économiques

Ce basculement démographique a des implications concrètes pour la France :

  • Systèmes sociaux et retraites : le ratio entre actifs et retraités se réduit, mettant sous pression le financement des retraites et des services sociaux.
  • Marché du travail : le vieillissement accentue le risque de pénuries de main-d’œuvre, notamment dans les secteurs à forte demande.
  • Politiques publiques : les mesures de soutien à la parentalité restent essentielles, mais elles peinent à inverser des tendances profondément structurelles et sociétales.

À long terme, ce phénomène rappelle que la France partage désormais les mêmes défis démographiques que d’autres pays européens, confrontés à une population vieillissante et à une natalité historiquement basse.

Perspectives et enjeux

Si le solde migratoire positif permet de maintenir la population globale à 69,1 millions d’habitants, le solde naturel négatif invite à une réflexion stratégique sur l’avenir démographique du pays. Il s’agit de combiner politiques de soutien familial, aménagement du territoire et organisation des soins, tout en prenant en compte l’évolution des comportements sociaux et économiques.

La France se trouve à un tournant historique, et ce phénomène ne constitue pas un simple chiffre statistique : il pose la question de la cohésion sociale, de l’équilibre économique et de la viabilité des systèmes publics dans les décennies à venir.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Mali : arrestation d’un marabout pour promesse mystique de victoire à la CAN 2025, illustration d’un charlatanisme persistant

Au Mali, l’interpellation d’un marabout ayant affirmé pouvoir garantir la victoire des Aigles à la Coupe d’Afrique des Nations 2025 dépasse le cadre d’un simple fait divers. Elle met en lumière la persistance du charlatanisme et les fragilités sociales sur lesquelles il prospère.

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Après l’élimination du Mali en quart de finale de la CAN 2025, un marabout basé à Bamako, accusé d’avoir extorqué d’importantes sommes d’argent à des supporters en échange de promesses mystiques, a été arrêté pour escroquerie. Cette affaire soulève des interrogations plus larges sur le rapport à la rationalité, à la foi et à la responsabilité collective.

L’homme, identifié sous le nom de Sinayogo, s’était présenté comme détenteur de pouvoirs occultes capables d’influencer l’issue de la compétition continentale. Selon les éléments communiqués par les autorités, il aurait convaincu plusieurs citoyens de financer des rituels censés assurer la victoire du Mali à la CAN 2025, recueillant au passage des dizaines de millions de francs CFA.

La défaite des Aigles en quart de finale a provoqué la colère de certains supporters, qui se sont rendus devant le domicile du marabout pour exiger des comptes. L’intervention des forces de l’ordre a conduit à son arrestation et à son placement en garde à vue pour escroquerie, dans un pays où le charlatanisme est théoriquement encadré par la loi.

Mais l’affaire interroge au-delà de la sanction judiciaire. Elle pose la question de la facilité avec laquelle un discours irrationnel peut s’imposer dans l’espace public, mobiliser des ressources financières conséquentes et bénéficier d’une crédibilité sociale, parfois renforcée par la circulation rapide de l’information sur les réseaux sociaux.

Le recours à des promesses mystiques dans le cadre d’un événement sportif majeur ne relève pas d’un phénomène isolé. Il s’inscrit dans un contexte marqué par la précarité économique, l’incertitude politique et une défiance persistante envers les institutions. Dans ce cadre, le football devient un exutoire collectif, un espace où s’accumulent espoirs nationaux et attentes symboliques, offrant un terrain propice aux manipulations.

Le charlatanisme prospère précisément dans ces zones de fragilité, là où l’accès à une information fiable reste limité et où la pensée critique peine à s’imposer. Loin d’être une survivance folklorique, il constitue un mécanisme d’exploitation structuré, capable de générer des profits significatifs en s’appuyant sur la foi, la détresse ou l’enthousiasme populaire.

Il ne s’agit pas de remettre en cause la spiritualité ou les pratiques culturelles en tant que telles, mais de distinguer clairement ce qui relève de la croyance personnelle et ce qui s’apparente à une manipulation frauduleuse. Lorsque la promesse spirituelle devient une transaction financière fondée sur le mensonge, elle cesse d’être un fait culturel pour devenir un problème social et juridique.

L’arrestation de ce marabout au Mali agit comme un révélateur d’un charlatanisme encore profondément enraciné, nourri par les vulnérabilités sociales et l’absence de garde-fous suffisants. Elle rappelle l’importance du rôle de l’éducation, de la régulation et de la responsabilité des institutions dans la protection des citoyens. Sans un effort durable pour renforcer l’esprit critique et encadrer les dérives, ce type de pratiques continuera de se reproduire, au détriment des populations les plus exposées.

Céline Dou, pour La Boussole – infos

Des témoins filment des situations de danger au lieu de fuir : un comportement observé de Crans-Montana à Phuket

À Crans-Montana, lors d’un incendie, des témoins ont filmé le départ du feu au lieu de quitter les lieux. Un comportement loin d’être isolé, déjà observé lors de catastrophes majeures comme le raz-de-marée de Phuket en 2004. De l’urgence ignorée à la captation systématique, ces scènes interrogent une transformation profonde du rapport humain au danger.

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Face à un danger immédiat, l’instinct devrait commander la fuite ou l’assistance. Pourtant, de plus en plus souvent, c’est un téléphone qui se lève.

Crans-Montana : le danger observé avant d’être évité

Les vidéos tournées à Crans-Montana montrent une scène désormais familière : un départ de feu clairement visible, une menace potentielle, et des témoins qui restent sur place pour filmer. L’urgence est connue, perceptible, mais elle ne déclenche ni mouvement de retrait immédiat ni organisation spontanée de l’aide. Le danger est d’abord regardé, enregistré, documenté.

Ce comportement, attesté par les images elles-mêmes, constitue le point de départ de l’analyse. Il ne relève pas d’une interprétation morale, mais d’un fait observable : face à un risque réel, certains individus choisissent la captation plutôt que la protection.

Phuket 2004 : filmer la catastrophe qui arrive

Ce phénomène n’est pas né avec les réseaux sociaux. Le 28 décembre 2004, lors du raz-de-marée provoqué par un séisme sous-marin dans l’océan Indien, Phuket devient l’un des lieux les plus filmés d’une catastrophe naturelle majeure. De nombreuses vidéos montrent des touristes filmant la mer qui se retire, puis la vague immense qui s’approche.

Sur ces images, un élément frappe rétrospectivement : l’absence de fuite. Certains filment, d’autres regardent sans caméra, mais beaucoup restent immobiles, comme spectateurs d’un événement qu’ils ne semblent pas encore intégrer comme une menace immédiate pour eux-mêmes. La catastrophe est perçue avant d’être comprise.

Phuket constitue ainsi un précédent fondateur : le danger est visible, identifiable, mais traité comme un spectacle en cours.

Sidération ou basculement du réflexe ?

La sidération psychologique est souvent invoquée pour expliquer ces comportements. Elle existe, indéniablement. Mais elle ne suffit pas à rendre compte de la durée de l’observation, ni du passage à l’acte consistant à filmer.

Filmer suppose une action : sortir un appareil, cadrer, maintenir l’attention sur la scène. Il ne s’agit plus seulement d’être figé par la peur, mais d’adopter une posture d’observateur actif. Le danger n’interrompt pas l’action, il la redirige.

Quand le réel devient image

Dès 1967, Guy Debord décrivait une société où le rapport au monde passe par la représentation. Le réel n’est plus vécu directement, il est médiatisé, transformé en image, en spectacle.
Les scènes de Crans-Montana et de Phuket illustrent cette intuition : l’événement dangereux n’est plus seulement une situation à affronter, mais un contenu à enregistrer.

Le téléphone devient un filtre. Il crée une distance symbolique entre l’individu et le danger, comme si le fait de filmer transformait l’événement en quelque chose de moins immédiat, de moins personnel.

L’homo festivus face à l’urgence

Philippe Muray, à la fin des années 1990, décrivait l’avènement de l’homo festivus, un individu pour qui tout devient événement, animation, expérience. Dans ce cadre, la gravité s’efface. Même la tragédie peut être intégrée à une logique de consommation émotionnelle.

Incendies, agressions, catastrophes naturelles : tout peut devenir matière à images, à circulation, à visibilité. Le danger n’est plus seulement subi, il est intégré à une narration collective où l’on participe en filmant.

Réseaux sociaux : un accélérateur, pas une origine

Les plateformes numériques n’ont pas créé ce comportement, mais elles l’ont renforcé. La promesse implicite de vues, de partages et de reconnaissance sociale encourage la captation immédiate. Être témoin ne suffit plus ; il faut être celui qui montre.

Dans ce contexte, l’assistance recule. La responsabilité se dilue dans la multitude des regards. Chacun filme, donc personne n’agit.

De Crans-Montana à Phuket, les images racontent la même histoire : face au danger, une partie de l’humanité contemporaine hésite entre réagir et enregistrer. Ce basculement n’est ni anecdotique ni purement technologique. Il révèle une transformation profonde du rapport au réel, où le monde est d’abord regardé avant d’être vécu.

Le danger, désormais, n’interrompt plus toujours le spectacle. Il en fait parfois partie.

Celine Dou, Christian Estevez, pour la boussole-infos

Enseignement catholique : quand des familles plébiscitent l’école mais contestent son identité religieuse

De plus en plus de parents choisissent l’enseignement catholique pour la qualité de son encadrement et de sa pédagogie, tout en rejetant sa dimension spirituelle. Une contradiction qui met sous tension les établissements, interroge le sens du « caractère propre » et révèle un malaise plus large autour de la laïcité et de l’éducation.

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Ils inscrivent leurs enfants dans des établissements catholiques, mais refusent d’en accepter la référence religieuse. Ce paradoxe, longtemps marginal, devient aujourd’hui un sujet central pour l’enseignement privé sous contrat, pris entre attractivité scolaire et affirmation identitaire.

Un choix de plus en plus pragmatique

L’enseignement catholique accueille aujourd’hui une population scolaire de plus en plus hétérogène sur le plan religieux. Si ces établissements restent historiquement liés à l’Église, une part croissante des familles qui les fréquentent ne s’inscrit plus dans une démarche spirituelle.

Les motivations avancées sont connues : discipline, suivi individualisé, stabilité du cadre scolaire, sentiment de sécurité éducative. Dans un contexte de crise de confiance envers l’école publique, l’enseignement catholique apparaît comme une alternative jugée plus efficace.

Mais ce choix pragmatique se heurte à une réalité institutionnelle : ces établissements ne sont pas de simples écoles privées, ils revendiquent un projet éducatif fondé sur une vision chrétienne de l’homme et de la société.

Une contradiction devenue structurelle

Le cas du collège Sainte-Geneviève de Courbevoie, rapporté par Le Figaro, illustre cette tension. L’invitation d’un témoin abordant la notion de pardon à travers la foi chrétienne a suscité l’opposition de certains parents, dénonçant une forme d’endoctrinement.

Pourtant, juridiquement, l’établissement n’a pas outrepassé son rôle. La loi Debré garantit explicitement le maintien du « caractère propre » des établissements sous contrat. Le problème n’est donc pas légal, mais culturel.

Une partie des familles semble vouloir bénéficier des avantages de l’enseignement catholique tout en le vidant de ce qui fonde son identité. L’école est alors perçue comme un service éducatif neutre, détaché de toute vision du monde, ce qui entre en contradiction avec la nature même de ces institutions.

Lecture sociétale : La laïcité en question

Cette situation révèle une interprétation de plus en plus restrictive de la laïcité, confondue avec l’effacement de toute expression religieuse. Or, la laïcité française repose sur la neutralité de l’État, non sur l’interdiction des identités religieuses dans la société civile.

L’enseignement catholique se trouve ainsi pris entre deux exigences contradictoires :

  • répondre à une demande sociale forte,
  • sans renoncer à son projet éducatif fondateur.

Jusqu’où peut aller la déconfessionnalisation ?

À force de pressions, certains établissements pourraient être tentés d’édulcorer leur identité pour préserver leur attractivité. Une évolution qui poserait une question fondamentale : que resterait-il de l’enseignement catholique s’il cessait d’assumer ce qu’il est ?

À l’inverse, un recentrage identitaire plus affirmé pourrait entraîner un tri plus clair des adhésions, au risque de réduire l’audience de ces écoles.

Le débat ne porte pas seulement sur l’enseignement catholique, mais sur notre rapport collectif à l’éducation, aux valeurs et à la pluralité des modèles scolaires. Vouloir une école performante sans accepter le sens qui la structure révèle une tension profonde de nos sociétés : celle d’exiger des institutions qu’elles fonctionnent, tout en refusant ce qui les fonde.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Violences sexuelles en milieu scolaire : le retour du « jeu de l’olive », symptôme d’une crise du consentement chez les adolescents

Présenté comme une plaisanterie anodine, le « jeu de l’olive » réapparaît dans plusieurs établissements scolaires français. Derrière cette appellation trompeuse se dissimule pourtant une pratique à caractère sexuel non consenti, révélatrice d’un brouillage inquiétant des repères entre jeu, humiliation et agression. Au-delà des faits, ce phénomène interroge la compréhension du consentement, le rôle des réseaux sociaux et la capacité de l’institution scolaire à nommer et encadrer les violences entre pairs.

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Il y a, dans certains mots, une puissance d’euphémisation qui anesthésie la conscience collective. En qualifiant de « jeu » un geste qui porte atteinte à l’intimité corporelle d’autrui, la société scolaire se trouve confrontée à une question fondamentale : à quel moment la transgression cesse-t-elle d’être perçue comme telle ? Le retour du « jeu de l’olive » dans les cours de récréation n’est pas un simple fait divers. Il agit comme un révélateur brutal d’un désordre plus profond, où la notion même de consentement semble vaciller chez une partie de la jeunesse.

Un phénomène ancien remis au goût du jour

Le « jeu de l’olive » désigne une pratique consistant à toucher de manière intrusive la région anale d’un camarade, par surprise et sans son accord, généralement par-dessus les vêtements. L’acte, souvent commis en public, est fréquemment justifié par ses auteurs comme une plaisanterie ou un défi ludique. S’il n’est pas nouveau, le phénomène connaît depuis plusieurs mois une recrudescence signalée dans certains établissements scolaires, notamment en France.

Cette réapparition s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’une circulation massive de contenus sur les réseaux sociaux, où des gestes transgressifs sont mis en scène, banalisés, parfois valorisés par la viralité. Le passage de l’écran à la cour de récréation s’opère alors sans filtre, sans médiation adulte, sans réflexion sur la portée réelle des actes reproduits.

Derrière le « jeu », une violence sexuelle objectivement caractérisée

Sur le plan juridique comme sur le plan éthique, la qualification du geste ne souffre guère d’ambiguïté. Un attouchement imposé, ciblant une zone intime, réalisé sans consentement et souvent sous l’effet de la surprise, relève de la violence sexuelle. La qualification pénale peut varier selon les circonstances, l’âge des protagonistes et la répétition des faits, mais le caractère sexuel de l’atteinte demeure.

L’usage du terme « jeu » agit ici comme un écran de fumée. Il permet de neutraliser la gravité de l’acte, de diluer la responsabilité individuelle et de déplacer la charge du malaise vers la victime, sommée implicitement de « ne pas exagérer ». Cette banalisation lexicale constitue en elle-même un problème majeur : ne pas nommer la violence, c’est contribuer à sa normalisation.

Une banalisation inquiétante des violences sexuelles entre pairs

Le phénomène du « jeu de l’olive » s’inscrit dans une dynamique particulière : celle des violences sexuelles entre adolescents, souvent reléguées à l’arrière-plan du débat public. Parce qu’elles ne correspondent pas aux schémas classiques de domination adulte-enfant, elles sont plus facilement minimisées.

Or, ce type de pratiques repose sur des mécanismes bien identifiés : rapport de force, humiliation publique, recherche de reconnaissance au sein du groupe. La sexualité n’y est pas vécue comme relation, mais comme instrument de domination symbolique. Le corps de l’autre devient un support de mise en scène, un objet de dérision, parfois un trophée social.

Cette logique est d’autant plus préoccupante qu’elle s’installe à des âges où les repères identitaires et relationnels sont encore en construction. L’absence de réaction claire des adultes peut alors être interprétée comme une validation tacite.

Une crise manifeste de la notion de consentement

Au cœur de cette problématique se trouve une incompréhension profonde de ce qu’est le consentement. Beaucoup d’adolescents semblent associer l’agression à la violence physique manifeste, à la contrainte explicite ou à l’intention sexuelle assumée. Tout ce qui échappe à ces critères est relégué dans la catégorie du « pas si grave ».

Cette perception erronée révèle un déficit éducatif préoccupant. Le consentement n’est ni l’absence de refus, ni la tolérance contrainte, ni le rire nerveux d’une victime humiliée. Il suppose une adhésion libre, éclairée et réversible. En l’absence de cette compréhension, les comportements transgressifs trouvent un terrain favorable à leur reproduction.

Les réseaux sociaux comme amplificateurs, non comme causes uniques

Il serait réducteur d’attribuer la responsabilité exclusive de ce phénomène aux réseaux sociaux. Toutefois, leur rôle d’amplification est indéniable. En transformant des gestes transgressifs en contenus viraux, ils contribuent à déplacer les normes, à valoriser la provocation et à brouiller la frontière entre fiction, défi et réalité.

La logique algorithmique favorise l’imitation rapide, la surenchère et la déresponsabilisation collective. L’acte n’est plus seulement commis : il est rejoué, commenté, parfois célébré. Cette exposition renforce la pression du groupe et rend plus difficile l’émergence d’une parole dissidente, notamment celle des victimes.

Le malaise institutionnel face à la nomination des faits

L’un des aspects les plus sensibles de cette affaire réside dans la difficulté de l’institution scolaire à nommer clairement ces pratiques. Par crainte de la stigmatisation, de la judiciarisation ou du scandale médiatique, les faits sont parfois requalifiés en « gestes déplacés » ou en « comportements inadaptés ».

Ce choix lexical n’est pas neutre. Il prive les victimes d’une reconnaissance symbolique essentielle et empêche la mise en place de réponses éducatives et disciplinaires à la hauteur des enjeux. En refusant de qualifier, on entretient le flou ; en entretenant le flou, on laisse prospérer la répétition.

Un enjeu éducatif et sociétal majeur

Le retour du « jeu de l’olive » ne doit pas être abordé comme une dérive marginale, mais comme un signal d’alarme. Il interroge la manière dont la société transmet ou échoue à transmettre les notions fondamentales de respect du corps, de limites et de responsabilité collective.

L’école ne peut porter seule cette charge. Familles, institutions, plateformes numériques et pouvoirs publics sont conjointement concernés. L’enjeu n’est pas de punir pour punir, mais de reconstruire un cadre de compréhension partagé, où la dignité corporelle n’est ni négociable ni sujette à l’humour.

En apparence anodin, le « jeu de l’olive » révèle une fracture profonde dans la perception des violences sexuelles chez les adolescents. Il met en lumière une crise du consentement, une banalisation de l’humiliation et une difficulté institutionnelle à nommer l’inacceptable. Refuser de regarder ce phénomène en face, c’est accepter que la transgression s’installe durablement dans les normes scolaires. À l’inverse, l’analyser avec rigueur et lucidité constitue un premier pas indispensable vers une réponse éducative à la hauteur des enjeux contemporains.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Afrique du Sud : la justice ordonne à l’État d’empêcher les actions xénophobes devant les hôpitaux, révélant les défaillances de l’action publique

En Afrique du Sud, une décision de justice a contraint l’État à intervenir face à des actions xénophobes menées devant des établissements de santé publics. En rappelant l’obligation de garantir un accès aux soins sans entrave, la juridiction met en lumière les insuffisances de l’action publique dans la gestion des tensions migratoires et sociales.

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Une décision judiciaire fondée sur le droit et les obligations de l’État

La justice sud-africaine a ordonné aux autorités nationales, provinciales et locales de mettre fin aux actions illégales menées devant certains hôpitaux et cliniques publics, où des groupes informels entravaient l’accès des patients aux soins.
Ces pratiques consistaient notamment à exiger des documents d’identité ou à dissuader l’entrée de personnes perçues comme étrangères, sans aucune base légale.

La juridiction a rappelé que la gestion de l’ordre public, du contrôle migratoire et de l’accès aux services essentiels relève exclusivement des institutions de l’État. En conséquence, toute action menée par des acteurs non habilités constitue une violation du droit et engage la responsabilité des pouvoirs publics lorsqu’elle n’est pas empêchée.

Les hôpitaux, nouveaux espaces de conflictualité sociale

Le choix des établissements de santé comme lieux d’action n’est pas anodin.
Les hôpitaux publics sud-africains sont soumis à une pression structurelle persistante : sous-financement, pénurie de personnel, saturation des infrastructures. Dans ce contexte, la question migratoire est progressivement devenue un vecteur de tensions sociales, certains groupes assimilant, à tort ou à raison, la dégradation des services publics à la présence de populations étrangères.

La justice a toutefois souligné un point central : les dysfonctionnements des politiques publiques ne sauraient justifier la substitution de l’État par des initiatives privées ou communautaires, a fortiori lorsqu’elles reposent sur des critères discriminatoires.

Une mise en cause indirecte de l’inaction institutionnelle

Au-delà de l’interdiction des actions xénophobes, la décision judiciaire constitue une mise en cause implicite de l’inaction des autorités.
En laissant ces pratiques se développer devant des infrastructures publiques sensibles, l’État a laissé s’installer une forme de tolérance de fait, fragilisant le principe de monopole légitime de l’action publique.

La justice rappelle ainsi que l’État de droit ne se mesure pas uniquement à l’existence de normes constitutionnelles, mais à leur application concrète, en particulier lorsque les droits fondamentaux en l’occurrence l’accès aux soins sont menacés.

Une problématique aux résonances internationales

Si cette affaire est sud-africaine dans sa forme, elle s’inscrit dans une problématique plus large, observable dans de nombreux États confrontés à des pressions migratoires, économiques et sociales cumulées.
La tentation d’externaliser le contrôle, de fermer l’accès à certains services ou de tolérer des pratiques informelles constitue une dérive récurrente lorsque les institutions peinent à répondre aux attentes sociales.

La décision sud-africaine rappelle que le droit à la santé demeure un service public essentiel, qui ne peut être subordonné à des considérations identitaires sans remettre en cause les fondements mêmes de l’ordre juridique.

En ordonnant à l’État d’empêcher les actions xénophobes devant les hôpitaux, la justice sud-africaine ne se limite pas à régler un contentieux ponctuel. Elle réaffirme le rôle central des institutions dans la gestion des tensions sociales et migratoires, tout en soulignant les limites actuelles de l’action publique.

Reste désormais à savoir si cette décision sera suivie d’une application effective et durable, ou si elle demeurera un rappel juridique dans un contexte où les fragilités sociales continuent de mettre à l’épreuve la capacité de l’État à imposer son autorité.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Alcool, cannabis, cocaïne : l’usage de substances addictives chez les jeunes, symptôme d’un malaise sociétal

En France et ailleurs, des comportements addictifs révèlent une génération confrontée au stress, à l’anxiété et à la pression sociale

En France comme dans plusieurs pays occidentaux, un nombre croissant de jeunes adultes consomment de l’alcool, du cannabis, voire de la cocaïne, non plus seulement à des fins récréatives mais pour dormir, gérer le stress ou tenir face aux exigences sociales. Ce phénomène, révélateur de tensions plus larges dans la société, interpelle à la fois les acteurs de santé publique et les chercheurs en sciences sociales.

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Selon une récente étude, plus d’un jeune adulte sur cinq utilise de l’alcool ou du cannabis pour s’endormir. Dans le même temps, la consommation de cocaïne connaît une banalisation en France, touchant désormais des populations diverses et élargissant le spectre des risques sanitaires. Ces évolutions ne sont pas uniquement des chiffres : elles constituent un signal du malaise sociétal et générationnel.

1. Cannabis et alcool utilisés comme « somnifères »

Une enquête récente indique qu’environ 18 % des jeunes adultes utilisent le cannabis et 7 % l’alcool pour favoriser le sommeil. Parmi ceux qui consomment du cannabis, plus de 40 % déclarent y recourir régulièrement pour dormir. Ce comportement, longtemps marginal, devient une stratégie fréquente face à l’insomnie, au stress ou à l’anxiété.

2. La banalisation de la cocaïne en France

Les données de l’OFDT montrent que près d’un adulte sur dix a déjà expérimenté la cocaïne, avec une hausse notable depuis 2017. La drogue dépasse désormais le cannabis en valeur sur le marché illicite français, avec des prix plus accessibles et une diffusion touchant des populations variées jeunes actifs, employés, classes moyennes et milieux festifs.

3. Élargissement sociologique et international

L’usage de substances addictives n’est plus cantonné à un milieu social particulier. En France comme dans d’autres pays occidentaux, on observe une consommation étendue parmi des jeunes adultes stressés, souvent exposés à des cadences de travail intenses ou à des conditions économiques précaires. Ce phénomène n’est pas seulement récréatif : il traduit un mal-être latent, un besoin de régulation psychologique et physique face à la pression sociale.

Conséquences et enjeux sociétaux

Un indicateur du mal-être des jeunes

Le recours à l’alcool ou au cannabis pour dormir, ou à la cocaïne pour « tenir » dans le quotidien, n’est pas anodin. Il illustre un malaise profond : insomnie chronique, anxiété, solitude, fatigue liée au travail ou aux études, précarité économique. La substance devient un outil de coping face à un environnement perçu comme exigeant et stressant.

Des risques sanitaires et sociaux élevés

  • Physiques et psychologiques : troubles du sommeil persistants, tolérance accrue, dépendance, anxiété ou dépression.
  • Sociaux et professionnels : altération des performances, isolement, conflits interpersonnels.
  • Économie et santé publique : hausse des passages aux urgences, besoins de soins spécialisés, pression sur les structures de prévention et de traitement.

Une banalisation inquiétante

L’usage de la cocaïne, en particulier, tend à se normaliser. Il ne se limite plus aux milieux festifs ou élitistes mais touche un public plus large, ce qui rend la perception de danger moins immédiate. La disponibilité accrue et la baisse des prix accentuent ce phénomène. Dans ce contexte, la prévention doit s’adapter à des comportements désormais intégrés dans la vie quotidienne.

Facteur culturel et sociétal

Ce recours aux substances addictives traduit aussi des tensions sociales et générationnelles : perte de repères, isolement, pression académique ou professionnelle, difficulté d’accès à un soutien psychologique. Les jeunes expriment ainsi un mal-être qui dépasse la simple expérimentation de drogues.

Vers une approche globale de prévention

La consommation de substances addictives chez les jeunes n’est pas uniquement un problème individuel : elle reflète un malaise sociétal plus large. Alcool, cannabis et cocaïne apparaissent comme des indicateurs d’un stress généralisé, de difficultés d’adaptation et d’une fragilité psychologique chez une partie de la jeunesse.

Pour y répondre, il ne suffit pas d’une répression stricte. Une approche globale est nécessaire : sensibilisation, prévention, accompagnement psychologique et programmes éducatifs adaptés. Comprendre les causes profondes de ce phénomène est essentiel pour éviter que l’usage de substances ne devienne une réponse quasi-automatique aux tensions de la vie moderne.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Au Royaume‑Uni, des entreprises reculent sur la diversité et l’inclusion : un signal politique et économique fort

Au Royaume‑Uni, plusieurs grandes entreprises abandonnent ou révisent leurs politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), sous l’effet d’un contexte politique international marqué par la montée de critiques à l’encontre des “politiques wokistes”. Ce mouvement suggère un recul de l’engagement corporate en matière de pluralisme et de justice sociale; un recul qui ne se limite pas à la sphère britannique, mais traduit des recompositions idéologiques et économiques à l’échelle transatlantique.

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Quand la réussite financière prime sur les engagements éthiques, la diversité devient un luxe. Au Royaume‑Uni, des entreprises de premier plan choisissent de mettre fin à des politiques DEI qu’elles jugent désormais coûteuses, polémiqueuses ou dangereuses pour leur image. Le phénomène, observé dans un contexte global de rejet croissant du wokisme, révèle l’impact tangible des dynamiques idéologiques sur les pratiques managériales.

Recul des politiques DEI : un constat d’après enquête

Selon une étude conduite par le cabinet d’avocats britannique (comme rapporté par la presse), plus de la moitié des grandes entreprises britanniques se disent en train de revoir leurs politiques DEI, certaines allant jusqu’à les abandonner complètement. Parmi les entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions de livres sterling, une proportion significative affirme avoir modifié ou supprimé des initiatives d’équité, diversité ou inclusion. Pour certaines, les critiques venues des États‑Unis d’Amérique accusant les politiques “woke” de favoriser des “privilèges identitaires” ont joué un rôle déterminant dans ce revirement.

À titre d’exemple, un grand opérateur de télécommunications a supprimé tout lien entre ses politiques DEI et son système de primes pour cadres intermédiaires, tout en affirmant préserver une “attache” aux valeurs de diversité. Ce type d’annonce illustre la tension entre communication, image publique, et décisions internes réellement contraignantes.

Ces chiffres et décisions dessinent une tendance nette : un nombre non négligeable d’entreprises britanniques considère désormais que les politiques DEI sont non seulement contestables sur le plan idéologique, mais aussi potentiellement en opposition avec les objectifs de rentabilité ou de “neutralité” perçue.

Contexte international : le reflux des politiques “woke” et l’impact des pressions idéologiques

Ce recul ne se comprend qu’à la lumière d’un contexte global marqué par la montée des critiques contre les politiques identitaires en particulier dans le monde anglo-saxon. Aux États‑Unis d’Amérique, l’administration en place et certains acteurs politiques ont ouvertement dénoncé le “wokisme” comme source de division, de discrimination “inversée” ou de favoritisme sociopolitique. Ces discours, relayés médiatiquement, trouvent un écho chez des dirigeants d’entreprises au Royaume‑Uni, soucieux d’éviter toute controverse ou accusation de “politisation” de l’entreprise.

De surcroît, le contexte économique, incertitudes post‑pandémie, crise du coût de la vie, inflation pèse sur les arbitrages des entreprises : les moyens (financiers, humains, organisationnels) consacrés à la DEI peuvent apparaître comme des postes “non essentiels” lorsque les priorités se resserrent. Dans ce contexte, l’argument du profit contre l’éthique redevient sérieux.

Ainsi, loin d’être un phénomène strictement britannique, ce mouvement s’inscrit dans un glissement idéologique et économique global : la recomposition des priorités, l’érosion de certaines avancées sociétales, la montée du conservatisme identitaire autant de dynamiques qui pèsent sur les décisions privées.

Enjeux et risques : ce qui est en jeu quand on abandonne la DEI

Abandonner ou affaiblir les politiques de diversité et d’inclusion n’est pas une simple décision interne à une entreprise c’est un choix qui peut avoir des conséquences profondes et durables.

D’abord, cela fragilise les efforts d’équité sociale : pour les minorités ethniques, les femmes, les personnes issues de milieux défavorisés ou marginalisés, la DEI représentait une porte d’accès certes imparfaite à l’égalité des chances. Le recul de ces politiques risque de rétablir des barrières structurelles invisibles, creuser des inégalités latentes, et réduire la mixité sociale et ethnique des élites économiques.

Ensuite, c’est la culture d’entreprise et le climat social au travail qui peuvent être affectés. Sans politique consciente de diversité, les biais qu’ils soient liés au genre, à l’origine, à l’âge, ou au statut socio‑économique risquent de reprendre le pas, sans contrôle ni remise en question.

Enfin, à l’échelle sociétale, ce recul envoie un message idéologique : celui que l’égalité sociale, l’équité et l’inclusion seraient des choix “optionnels”, dépendant des sensibilités du moment et des pressions extérieures. Cela pourrait alimenter la division, renforcer les inégalités structurelles, et nourrir le sentiment pour les populations concernées d’être renvoyées au second plan.

« Une question plus large : recul progressif ou simple retournement tactique ?

Il convient d’interroger la nature de ce recul. S’agit-il d’un simple ajustement tactique une réponse ponctuelle à des pressions idéologiques et à des contextes économiques difficiles ou observe‑t‑on un changement de paradigme, un glissement durable dans la manière dont les sociétés envisagent la diversité ?

Si beaucoup d’entreprises justifient leurs reculs par des impératifs économiques ou la volonté de “ne pas s’immiscer dans le débat sociétal”, le résultat effectif reste le même : un affaiblissement des mécanismes de promotion de l’égalité. À long terme, cette tendance pourrait marquer un tournant : celui d’un retour discret mais systémique vers des modèles de gestion corporative centrés sur le “mérite” traditionnel, sans aucune garantie d’équité réelle.

Ce renversement, s’il se confirme, modifie aussi la donne pour les mobilisations sociales, les engagements des associations et la législation : la pression sur les États et les régulateurs pourrait s’intensifier pour compenser un retrait privé.

Le recul des entreprises britanniques sur les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion ne peut être vu comme un simple phénomène de mode ou une réaction ponctuelle. Il s’agit d’un signal fort d’un tournant idéologique et économique, avec des conséquences profondes pour l’équité sociale, la justice dans l’emploi et la cohésion sociétale.

Dans un contexte international de montée des discours anti‑wokes, de crise économique et de recomposition des priorités corporatives, ce mouvement appelle à une vigilance renouvelée. Si la diversité et l’inclusion sont laissées au bon vouloir des entreprises, sans cadre robuste ni régulation, les progrès sociaux acquis ces dernières décennies risquent de s’éroder.

Pour la société, pour les salariés, pour les générations à venir il reste essentiel de maintenir la question de l’équité et de l’inclusion à l’agenda public, parce que derrière les chiffres et les bilans, ce sont des vies, des parcours, des chances concrètes qui se jouent.

Celine Dou

Corée du Sud : une génération qui décroche du travail / Mauvais salaires, pression hiérarchique, désillusion : pourquoi des centaines de milliers de jeunes choisissent volontairement l’inactivité

En Corée du Sud, l’une des économies les plus avancées du monde, un phénomène social majeur inquiète les autorités : un nombre croissant de jeunes, pourtant diplômés, quittent volontairement leur emploi ou renoncent à chercher du travail. Leur décision n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe d’un marché du travail devenu, selon eux, toxique, sous-rémunéré et incompatible avec un mode de vie équilibré**. Au-delà d’un fait divers social, c’est un *signal d’alarme* sur les limites d’un modèle économique bâti sur la performance et la pression hiérarchique.

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Un phénomène massif et durable

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, près de 700 000 jeunes Sud-Coréens de 15 à 39 ans sont classés dans la catégorie “resting”, c’est-à-dire ni en emploi, ni en recherche active. Un niveau jamais atteint auparavant.
Plus frappant encore : plus de 80 % de ces jeunes ont déjà travaillé, parfois plusieurs années, mais ont démissionné ou mis fin à leur recherche faute de conditions jugées acceptables.

Cette réalité est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient alors que la démographie sud-coréenne s’effondre : la population jeune diminue, mais la part des jeunes inactifs par choix continue, elle, de croître.

Mauvais salaires et explosion du coût de la vie

Le premier motif évoqué par ces jeunes est l’inadéquation entre les salaires proposés et le coût réel de la vie.
Dans les grandes villes comme Séoul, les loyers ont bondi, les frais de transport et de restauration ont augmenté, et les emplois d’entrée de carrière souvent précaires ne permettent plus de vivre décemment.

La réalité sud-coréenne contraste avec l’image d’un pays prospère : pour de nombreux jeunes, travailler ne garantit plus de pouvoir vivre, ni d’épargner, ni de progresser socialement.

Pression hiérarchique et culture du travail oppressante

La Corée du Sud est réputée pour sa culture professionnelle stricte :

  • longues heures de travail non payées,
  • hiérarchie rigide,
  • faible reconnaissance,
  • pression émotionnelle,
  • compétition interne permanente.

Plusieurs témoignages montrent des jeunes épuisés par un modèle où l’obéissance prime sur la créativité, où l’on attend des employés qu’ils fassent preuve de loyauté indéfectible, et où la critique est peu tolérée.
Cette pression constante conduit à un burn-out massif, souvent identifié comme l’une des raisons majeures de la démission volontaire.

Un paradoxe : des jeunes très diplômés… mais sans perspective

La Corée du Sud possède l’un des taux de diplômés universitaires les plus élevés au monde. Pourtant, ces jeunes peinent à trouver un emploi qui corresponde :

  • à leurs compétences,
  • à leurs attentes salariales,
  • à leur niveau d’études,
  • et à leurs aspirations personnelles.

Ils dénoncent un marché du travail où les postes qualifiés sont rares, monopolés par les grandes entreprises, tandis que la majorité des offres concerne des emplois temporaires, peu rémunérés ou peu attractifs.

Ainsi se crée un profond mismatch entre les études et la réalité professionnelle, menant à la frustration, puis au désengagement.

Conséquences psychologiques : fatigue, isolement, perte d’espérance

La vague de désengagement s’accompagne d’effets psychologiques marqués :

  • anxiété,
  • perte d’estime de soi,
  • isolement social,
  • sentiment d’échec malgré les diplômes,
  • impression d’être piégé dans un système injuste.

De nombreux jeunes affirment ressentir un défaut d’avenir dans une société où les efforts scolaires colossaux ne sont plus récompensés par une ascension sociale tangible.

Une inquiétude nationale face aux risques démographiques et économiques

Les autorités sud-coréennes s’inquiètent :

  • Le retrait massif des jeunes pèse sur la productivité nationale.
  • L’inactivité prolongée menace la stabilité économique du pays.
  • Le malaise social alimente la crise de natalité, déjà l’une des plus graves du monde.
  • À long terme, il risque de provoquer une rare “génération perdue” dans un pays développé.

Malgré des programmes de soutien à l’emploi, les réponses restent insuffisantes tant que la qualité des emplois ne s’améliore pas et que la culture du travail demeure inchangée.

Lecture géopolitique et mondiale

Ce qui se joue en Corée du Sud dépasse ses frontières.
Ce phénomène interroge les modèles de croissance basés sur :

  • la compétition extrême,
  • l’hyper-productivité,
  • la pression sociale comme moteur de performance.

Il révèle aussi une tendance mondiale : les jeunes générations de l’Asie à l’Europe, jusqu’à l’Amérique refusent de plus en plus les emplois jugés indignes, mal payés ou dévalorisants, même si cela signifie rester sans emploi.

La situation sud-coréenne est ainsi un miroir grossissant de questions globales :
➡️ quelle place accorder au bien-être dans le travail ?
➡️ comment garantir des emplois valorisants et équitables ?
➡️ que devient la “méritocratie” quand le travail ne garantit plus la mobilité sociale ?

Un pays face à un choix de société

La Corée du Sud est aujourd’hui confrontée à un défi historique : réinventer son marché du travail pour ne pas perdre les forces vives de sa jeunesse.
Le malaise actuel n’est pas une simple crise du chômage, mais une crise de sens et une remise en cause profonde d’un modèle de réussite fondé sur l’endurance et le sacrifice.

À travers cette génération qui “arrête de travailler”, c’est toute la société sud-coréenne qui envoie un message :
la dignité, la santé mentale et la qualité de vie ne peuvent plus être sacrifiées sur l’autel de la performance.

Celine Dou