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États Unis d’Amérique : Trump réduit la participation états-unienne aux exercices militaires avec la Corée du Sud pour ménager Pyongyang

À la veille des manœuvres annuelles entre les États Unis d’Amérique et la Corée du Sud, Donald Trump a demandé au Pentagone de réduire « considérablement » la participation des forces états-uniennes. Il juge ces exercices coûteux et estime qu’ils envoient à la Corée du Nord un signal « totalement inapproprié et hostile ». Il met aussi en avant sa « très bonne relation » avec Kim Jong-un.

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Les exercices Ulchi Freedom Shield ont pourtant commencé comme prévu ce lundi 17 août. Environ 18 000 militaires sud-coréens y participent jusqu’au 27 août. La décision de Donald Trump ne supprime donc pas les manœuvres : elle réduit l’engagement états-unien au moment où le président sud-coréen Lee Jae Myung cherche lui aussi à renouer le dialogue avec Pyongyang.

Donald Trump a choisi de parler de Kim Jong-un au moment même où ses forces doivent s’entraîner avec celles de la Corée du Sud.

Dimanche, le président états-unien a annoncé avoir demandé au Pentagone de réduire fortement la participation des États Unis d’Amérique aux exercices militaires conjoints. Il n’a pas demandé leur arrêt. Quelques heures plus tard, les manœuvres ont commencé comme prévu en Corée du Sud.

Pour justifier son choix, Donald Trump avance le coût des exercices et leur caractère, selon lui, inutilement provocateur. Mais son argument le plus politique concerne la Corée du Nord. Il affirme que Pyongyang s’est montré « non menaçant et respectueux » depuis son retour à la Maison-Blanche et rappelle sa « très bonne relation » avec Kim Jong-un.

La veille, Trump avait publié sur Truth Social une photographie de sa rencontre avec Kim Jong-un en 2019. Il voulait rappeler une relation personnelle qui avait marqué son premier mandat, lorsque les deux dirigeants s’étaient rencontrés à Singapour, à Hanoï puis à la frontière intercoréenne.

Le rapprochement de l’époque n’avait pourtant pas survécu au sommet de Hanoï, en février 2019. Les discussions sur le programme nucléaire nord-coréen avaient échoué et Washington comme Pyongyang avaient ensuite repris leurs positions de confrontation.

Une concession à Pyongyang, mais pas un retrait de Séoul

La décision de Trump répond à l’une des principales critiques de la Corée du Nord contre l’alliance entre Washington et Séoul. Pyongyang présente depuis des années les exercices conjoints comme des répétitions d’une invasion.

Avant le début des manœuvres, les autorités nord-coréennes avaient encore dénoncé leur caractère provocateur et menacé de renforcer leur dissuasion nucléaire.

Pour autant, Séoul n’a pas suspendu les exercices.

Le ministère sud-coréen de la Défense a confirmé lundi leur lancement conformément au calendrier prévu. Les deux armées continuent donc de s’entraîner ensemble, même si Washington doit réduire sa participation.

Cette distinction est importante. Donald Trump ne retire pas les forces états-uniennes de Corée du Sud et ne met pas fin à l’alliance militaire avec Séoul. Il réduit l’un de ses instruments d’entraînement commun au moment où il cherche à obtenir un nouveau contact avec Kim Jong-un.

Les exercices de cette année doivent notamment préparer les forces sud-coréennes et états-uniennes à des attaques de drones, des opérations informatiques et des perturbations des systèmes GPS. Les militaires tiennent aussi compte de ce que les conflits récents, notamment la guerre en Ukraine, ont changé dans la manière de combattre.

Séoul veut profiter du lien entre Trump et Kim

Le gouvernement sud-coréen ne ferme pas la porte à la démarche de Donald Trump.

La présidence de Lee Jae Myung a déclaré espérer que la relation entre les deux dirigeants puisse conduire à des discussions sérieuses entre Washington et Pyongyang. Lee avait lui-même appelé samedi à des négociations avec la Corée du Nord et à la recherche d’une coexistence pacifique.

Le président sud-coréen tente depuis son arrivée au pouvoir de réduire les tensions avec le Nord. Mais il doit en même temps préserver l’alliance militaire avec Washington.

C’est toute la difficulté pour Séoul : dialoguer avec Kim Jong-un sans donner l’impression d’affaiblir sa propre défense.

Pour Pyongyang, le geste de Trump est donc plus intéressant que les appels au dialogue venus de Séoul. Le président états-unien dispose d’un pouvoir que Lee Jae Myung n’a pas : celui de modifier directement la présence et les activités militaires des États Unis d’Amérique dans la péninsule.

Trump reproche aussi quelque chose à Séoul

Dans son message, Donald Trump ne s’est pas limité à la question nord-coréenne.

Il a également rappelé que Séoul avait refusé, selon lui, de participer aux efforts des États Unis d’Amérique concernant la dénucléarisation de l’Iran. Trump affirme avoir demandé à Lee Jae Myung si la Corée du Sud souhaitait se joindre à ces opérations et avoir reçu un « Non merci ! ».

Le président états-unien fait ainsi le lien entre son désaccord avec Séoul et la réduction des exercices militaires. Son message est clair : Washington attend davantage de ses alliés lorsque les États Unis d’Amérique leur demandent un soutien sur des dossiers militaires ou diplomatiques.

La Corée du Sud, elle, affirme continuer à discuter avec Washington de sa contribution aux efforts concernant l’Iran. Elle cherche donc à éviter que le désaccord ne déborde sur l’ensemble de l’alliance.

Kim Jong-un reste maître du calendrier

Il manque encore un élément essentiel à la stratégie de Donald Trump : la réponse de Kim Jong-un.

Pyongyang n’a pas annoncé de reprise des négociations avec Washington. La Corée du Nord continue de développer ses capacités militaires et a procédé récemment à de nouveaux tirs de missiles. Elle dispose aussi aujourd’hui d’une relation beaucoup plus étroite avec la Russie qu’en 2019.

Le calcul de Trump est donc différent de celui de son premier mandat. Il ne retrouve pas le même Kim Jong-un, ni la même Corée du Nord. Depuis l’échec de Hanoï, Pyongyang a renforcé son arsenal et resserré ses liens avec Moscou.

Le président états-unien parie malgré tout sur ce qu’il considère comme un avantage : son contact personnel avec Kim Jong-un.

La Corée du Nord n’a pas encore répondu. Si Kim accepte de reprendre les discussions, Trump pourra présenter la réduction des exercices comme le premier geste d’un nouvel échange. S’il reste silencieux, Washington aura fait une concession militaire sans obtenir de contrepartie.

Pour l’heure, les soldats sud-coréens et états-uniens continuent de s’entraîner ensemble. Mais Donald Trump vient de faire un choix politique qui ne passe pas inaperçu à Pyongyang : réduire l’engagement militaire états-unien tout en rappelant publiquement à Kim Jong-un que la porte du dialogue lui reste ouverte.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Russie : Putin libère un ancien Marine états-unien détenu depuis 2022, un geste adressé à Trump

Pendant plus de quatre ans, Robert Gilman n’était qu’un nom de plus sur la liste des citoyens états-uniens enfermés en Russie. Puis son état de santé s’est effondré. Lorsqu’il a finalement quitté le pays, le 11 août, ce n’est pas à la faveur d’un échange de prisonniers, comme cela s’était produit tant de fois entre Moscou et Washington. Putin l’avait gracié. Sans contrepartie annoncée. Après avoir parlé avec Donald Trump.

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Dans les relations entre la Russie et les États-Unis d’Amérique, les prisonniers ont souvent une valeur diplomatique. On les échange, on les négocie, on les garde parfois pendant des années avant de les remettre contre un ressortissant russe détenu à l’Ouest. Robert Gilman est rentré chez lui sans que Moscou réclame officiellement quoi que ce soit en retour. Cette singularité donne à sa libération une portée qui dépasse largement son cas personnel : elle dit quelque chose du canal direct que Trump et Putin ont choisi de maintenir, malgré la guerre en Ukraine et les tensions entre leurs deux pays.

Cette fois, il n’y a pas eu de marché

La Russie et les États-Unis d’Amérique connaissent bien la diplomatie des prisonniers. Ces dernières années, plusieurs ressortissants détenus de part et d’autre ont retrouvé la liberté après des négociations longues et souvent secrètes.

Robert Gilman n’a pas suivi ce chemin.

Aucun prisonnier russe n’a été remis à Washington. Aucune concession états-unienne n’a été annoncée. Les autorités des États-Unis d’Amérique parlent d’une libération pour raisons humanitaires et d’un « geste de bonne volonté ». Trump, lui, affirme que la décision a été prise après ses discussions avec Putin.

C’est ce détail qui distingue l’affaire Gilman des précédents dossiers.

Dans une relation où chaque geste est habituellement pesé, Moscou a accepté de rendre un détenu sans exiger publiquement de contrepartie.

Quatre ans derrière les barreaux

Robert Gilman avait été arrêté en janvier 2022 à Voronej. Ancien Marine âgé de 32 ans, il était alors en Russie lorsqu’un incident avec la police avait conduit à son arrestation. Les autorités russes l’ont accusé d’avoir agressé un policier alors qu’il était ivre.

Il a été condamné à quatre ans et demi de prison.

Puis les années de détention ont ajouté d’autres accusations. Des violences contre des membres du personnel pénitentiaire lui ont valu de nouvelles condamnations. Sa peine a fini par atteindre dix ans.

Sa famille conteste depuis longtemps la version russe des faits. Elle affirme que Gilman était malade au moment de son arrestation et que les accusations portées contre lui ne rendaient pas compte de ce qui s’était réellement passé. Les autorités états-uniennes ont, elles aussi, fini par le considérer comme injustement détenu.

Le prisonnier que l’on craignait de perdre

Au printemps, le dossier a pris une tournure dramatique.

La santé de Gilman s’est rapidement dégradée. Ses proches ont parlé d’un homme devenu presque incapable de bouger ou de communiquer. Il a été transféré dans un établissement psychiatrique après avoir passé plusieurs semaines dans un état décrit comme proche de la catatonie.

Sa famille craignait qu’il ne meure en Russie. Des organisations qui défendaient son dossier ont alerté les autorités états-uniennes sur l’urgence médicale.

C’est à ce moment que Washington a intensifié ses démarches auprès de Moscou.

Quelques semaines plus tard, Gilman était dans un avion à destination des États-Unis d’Amérique.

Trump met en scène la diplomatie personnelle

Donald Trump n’a pas laissé l’événement passer inaperçu.

Sur son réseau Truth Social, il a expliqué avoir parlé avec Putin et obtenu la libération de Gilman. Il a ensuite raconté avoir échangé quelques mots avec l’ancien Marine pendant son voyage de retour.

L’image a été soigneusement construite : un détenu amaigri, entouré de responsables états-uniens, puis la promesse d’un repas à son arrivée.

Trump aime les résultats visibles. Un citoyen qui rentre chez lui après quatre ans de prison en Russie en offre un, immédiatement compréhensible.

Mais derrière cette mise en scène se trouve une méthode diplomatique qu’il revendique depuis longtemps : privilégier les relations personnelles avec les dirigeants étrangers et chercher, par ce canal, à débloquer des dossiers que les administrations et les négociations classiques n’ont pas réussi à résoudre.

Ce que Moscou y gagne

Il serait naïf de considérer la décision russe comme un simple acte de compassion.

La situation médicale de Gilman rendait évidemment sa libération plus facile à justifier. Sa mort en détention aurait créé une affaire embarrassante pour Moscou.

Mais la décision intervient aussi alors que Putin continue de parler directement avec Trump, malgré les désaccords profonds entre les deux pays, notamment sur l’Ukraine.

Libérer Gilman sans échange permet au Kremlin de montrer qu’un dialogue reste possible avec la Maison-Blanche, sans rien céder sur les dossiers stratégiques.

Moscou ne modifie pas sa position sur la guerre. Elle ne retire aucune exigence. Elle accorde une grâce individuelle.

C’est un geste limité, mais lisible.

Une liberté qui ne change pas le rapport de force

La libération de Robert Gilman ne marque pas un rapprochement entre la Russie et les États-Unis d’Amérique.

Les tensions restent considérables. D’autres citoyens états-uniens sont toujours détenus en Russie. Marco Rubio a d’ailleurs demandé la libération de Stephen Hubbard et d’autres prisonniers que Washington considère comme injustement incarcérés.

Mais l’affaire Gilman montre qu’au milieu des grandes crises, les relations entre Moscou et Washington ne sont pas entièrement figées.

Il existe encore des dossiers sur lesquels les deux capitales peuvent parler. Et parfois, obtenir un résultat.

Robert Gilman a retrouvé sa famille parce que sa santé ne permettait plus d’attendre. Mais sa libération restera aussi comme un épisode diplomatique singulier : dans une relation où les prisonniers servent presque toujours de monnaie d’échange, Putin a choisi d’en rendre un sans réclamer publiquement son équivalent.

Pour Trump, c’est la preuve qu’un dialogue personnel avec le Kremlin peut produire des résultats.

Pour Moscou, c’est une manière de rappeler qu’elle peut faire un geste envers Washington sans rien abandonner de l’essentiel.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos