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Russie : Putin libère un ancien Marine états-unien détenu depuis 2022, un geste adressé à Trump

Pendant plus de quatre ans, Robert Gilman n’était qu’un nom de plus sur la liste des citoyens états-uniens enfermés en Russie. Puis son état de santé s’est effondré. Lorsqu’il a finalement quitté le pays, le 11 août, ce n’est pas à la faveur d’un échange de prisonniers, comme cela s’était produit tant de fois entre Moscou et Washington. Putin l’avait gracié. Sans contrepartie annoncée. Après avoir parlé avec Donald Trump.

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Dans les relations entre la Russie et les États-Unis d’Amérique, les prisonniers ont souvent une valeur diplomatique. On les échange, on les négocie, on les garde parfois pendant des années avant de les remettre contre un ressortissant russe détenu à l’Ouest. Robert Gilman est rentré chez lui sans que Moscou réclame officiellement quoi que ce soit en retour. Cette singularité donne à sa libération une portée qui dépasse largement son cas personnel : elle dit quelque chose du canal direct que Trump et Putin ont choisi de maintenir, malgré la guerre en Ukraine et les tensions entre leurs deux pays.

Cette fois, il n’y a pas eu de marché

La Russie et les États-Unis d’Amérique connaissent bien la diplomatie des prisonniers. Ces dernières années, plusieurs ressortissants détenus de part et d’autre ont retrouvé la liberté après des négociations longues et souvent secrètes.

Robert Gilman n’a pas suivi ce chemin.

Aucun prisonnier russe n’a été remis à Washington. Aucune concession états-unienne n’a été annoncée. Les autorités des États-Unis d’Amérique parlent d’une libération pour raisons humanitaires et d’un « geste de bonne volonté ». Trump, lui, affirme que la décision a été prise après ses discussions avec Putin.

C’est ce détail qui distingue l’affaire Gilman des précédents dossiers.

Dans une relation où chaque geste est habituellement pesé, Moscou a accepté de rendre un détenu sans exiger publiquement de contrepartie.

Quatre ans derrière les barreaux

Robert Gilman avait été arrêté en janvier 2022 à Voronej. Ancien Marine âgé de 32 ans, il était alors en Russie lorsqu’un incident avec la police avait conduit à son arrestation. Les autorités russes l’ont accusé d’avoir agressé un policier alors qu’il était ivre.

Il a été condamné à quatre ans et demi de prison.

Puis les années de détention ont ajouté d’autres accusations. Des violences contre des membres du personnel pénitentiaire lui ont valu de nouvelles condamnations. Sa peine a fini par atteindre dix ans.

Sa famille conteste depuis longtemps la version russe des faits. Elle affirme que Gilman était malade au moment de son arrestation et que les accusations portées contre lui ne rendaient pas compte de ce qui s’était réellement passé. Les autorités états-uniennes ont, elles aussi, fini par le considérer comme injustement détenu.

Le prisonnier que l’on craignait de perdre

Au printemps, le dossier a pris une tournure dramatique.

La santé de Gilman s’est rapidement dégradée. Ses proches ont parlé d’un homme devenu presque incapable de bouger ou de communiquer. Il a été transféré dans un établissement psychiatrique après avoir passé plusieurs semaines dans un état décrit comme proche de la catatonie.

Sa famille craignait qu’il ne meure en Russie. Des organisations qui défendaient son dossier ont alerté les autorités états-uniennes sur l’urgence médicale.

C’est à ce moment que Washington a intensifié ses démarches auprès de Moscou.

Quelques semaines plus tard, Gilman était dans un avion à destination des États-Unis d’Amérique.

Trump met en scène la diplomatie personnelle

Donald Trump n’a pas laissé l’événement passer inaperçu.

Sur son réseau Truth Social, il a expliqué avoir parlé avec Putin et obtenu la libération de Gilman. Il a ensuite raconté avoir échangé quelques mots avec l’ancien Marine pendant son voyage de retour.

L’image a été soigneusement construite : un détenu amaigri, entouré de responsables états-uniens, puis la promesse d’un repas à son arrivée.

Trump aime les résultats visibles. Un citoyen qui rentre chez lui après quatre ans de prison en Russie en offre un, immédiatement compréhensible.

Mais derrière cette mise en scène se trouve une méthode diplomatique qu’il revendique depuis longtemps : privilégier les relations personnelles avec les dirigeants étrangers et chercher, par ce canal, à débloquer des dossiers que les administrations et les négociations classiques n’ont pas réussi à résoudre.

Ce que Moscou y gagne

Il serait naïf de considérer la décision russe comme un simple acte de compassion.

La situation médicale de Gilman rendait évidemment sa libération plus facile à justifier. Sa mort en détention aurait créé une affaire embarrassante pour Moscou.

Mais la décision intervient aussi alors que Putin continue de parler directement avec Trump, malgré les désaccords profonds entre les deux pays, notamment sur l’Ukraine.

Libérer Gilman sans échange permet au Kremlin de montrer qu’un dialogue reste possible avec la Maison-Blanche, sans rien céder sur les dossiers stratégiques.

Moscou ne modifie pas sa position sur la guerre. Elle ne retire aucune exigence. Elle accorde une grâce individuelle.

C’est un geste limité, mais lisible.

Une liberté qui ne change pas le rapport de force

La libération de Robert Gilman ne marque pas un rapprochement entre la Russie et les États-Unis d’Amérique.

Les tensions restent considérables. D’autres citoyens états-uniens sont toujours détenus en Russie. Marco Rubio a d’ailleurs demandé la libération de Stephen Hubbard et d’autres prisonniers que Washington considère comme injustement incarcérés.

Mais l’affaire Gilman montre qu’au milieu des grandes crises, les relations entre Moscou et Washington ne sont pas entièrement figées.

Il existe encore des dossiers sur lesquels les deux capitales peuvent parler. Et parfois, obtenir un résultat.

Robert Gilman a retrouvé sa famille parce que sa santé ne permettait plus d’attendre. Mais sa libération restera aussi comme un épisode diplomatique singulier : dans une relation où les prisonniers servent presque toujours de monnaie d’échange, Putin a choisi d’en rendre un sans réclamer publiquement son équivalent.

Pour Trump, c’est la preuve qu’un dialogue personnel avec le Kremlin peut produire des résultats.

Pour Moscou, c’est une manière de rappeler qu’elle peut faire un geste envers Washington sans rien abandonner de l’essentiel.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos

Japon-Russie : après la première visite de Vladimir Putin à Iturup, les États-Unis d’Amérique reconnaissent la souveraineté japonaise sur les quatre îles disputées

Jeudi 13 août, Vladimir Putin s’est rendu à Iturup, l’une des quatre îles des Kouriles méridionales que la Russie contrôle et que le Japon revendique. Le lendemain, George Glass, ambassadeur des États-Unis d’Amérique à Tokyo, a déclaré que son pays reconnaissait la souveraineté du Japon sur les « Territoires du Nord », le nom utilisé par les autorités japonaises pour désigner ces quatre îles. Entre Moscou et Tokyo, les protestations ont immédiatement suivi.

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La visite de Vladimir Putin à Iturup est une première pour un président russe. Tokyo y voit une provocation et a convoqué l’ambassadeur russe. Moscou affirme de son côté que sa souveraineté sur les quatre îles ne peut être contestée. La déclaration de George Glass, rendue publique le 14 août, ajoute les États-Unis d’Amérique à une dispute territoriale vieille de plusieurs décennies.

Vladimir Putin est arrivé à Iturup jeudi 13 août. Il a visité une usine de transformation de produits de la mer, un hôpital et une école. Pour le président russe, le déplacement est aussi une manière d’affirmer la présence de la Russie sur une terre que le Japon considère comme sienne.

Les quatre îles concernées sont Iturup, Kunashir, Shikotan et les îlots Habomai. Elles sont administrées par la Russie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tokyo les appelle les « Territoires du Nord » et demande leur restitution. La question empêche toujours la Russie et le Japon de signer un traité de paix définitif depuis 1945.

La réaction japonaise n’a pas tardé. La Première ministre Sanae Takaichi a qualifié la visite de « absolument inacceptable ». Le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a convoqué l’ambassadeur russe à Tokyo pour lui transmettre une protestation officielle.

Moscou a rejeté cette protestation. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a jugé les critiques japonaises infondées et réaffirmé que la Russie exerçait sa souveraineté et sa juridiction sur ces îles. Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité, a lui aussi assuré que les territoires resteraient russes.

Vendredi 14 août, George Glass a pris position à son tour. L’ambassadeur des États-Unis d’Amérique au Japon a écrit sur X que son pays maintenait son soutien au Japon, « son plus important allié », et reconnaissait la souveraineté japonaise sur les « Territoires du Nord ». Il a aussi déclaré que les deux pays s’opposaient à toute action susceptible de menacer la paix et la stabilité dans l’Indo-Pacifique.

Il ne s’agit pas d’une nouvelle revendication territoriale étatsunienne. Les États-Unis d’Amérique avaient déjà exprimé leur position sur ces îles. La déclaration de George Glass intervient toutefois quelques heures après la protestation japonaise contre la visite de Vladimir Putin. Elle donne donc un écho supplémentaire au différend.

La Russie et le Japon se disputent ces quatre îles depuis 1945. L’Union soviétique en avait pris le contrôle dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Le Japon affirme qu’elles lui appartiennent et continue d’en réclamer la restitution. La Russie refuse cette demande et considère les îles comme une partie de son territoire.

Cette querelle a empêché les deux pays de conclure un traité de paix après la guerre. Des négociations ont pourtant connu des périodes de rapprochement, notamment sous Shinzo Abe. L’ancien Premier ministre japonais avait développé une relation personnelle avec Vladimir Putin et tenté de trouver un compromis sur les îles.

La guerre en Ukraine a changé les rapports entre les deux pays. Tokyo a adopté des sanctions contre Moscou et renforcé son alliance militaire avec les États-Unis d’Amérique. La Russie a, de son côté, suspendu les négociations sur le traité de paix et renforcé sa présence militaire dans les Kouriles.

Iturup occupe une position stratégique. L’île se trouve au nord-est de Hokkaido et contrôle un passage entre la mer d’Okhotsk et le Pacifique. La Russie y maintient des installations militaires et des moyens de défense côtière. Pour le Japon, la présence militaire russe dans les quatre îles est devenue un sujet de sécurité, au même titre que l’évolution militaire de la Chine et les programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.

La visite de Vladimir Putin donne aussi à la dispute une forte portée symbolique. Il s’est rendu à Iturup quelques jours avant les cérémonies japonaises marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tokyo y voit un geste hostile. Moscou assume, au contraire, l’administration russe de l’île et refuse de considérer la question comme ouverte.

La réaction de George Glass montre surtout que Tokyo peut compter sur son principal allié dans ce différend. Les États-Unis d’Amérique reconnaissent la souveraineté japonaise sur les quatre îles, tandis que la Russie affirme qu’elles sont russes. Entre les deux positions, aucune solution diplomatique n’a encore été trouvée.

Le différend des Kouriles n’a donc pas changé de nature en quelques jours. Mais la visite de Vladimir Putin à Iturup, suivie le lendemain de la déclaration publique de l’ambassadeur des États-Unis d’Amérique, rappelle que cette vieille querelle territoriale reste un sujet sensible pour les trois puissances.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos