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Eswatini : jeux d’argent, fraude numérique… les raisons invoquées par la Chine suffisent-elles pour demander à ses ressortissants de partir alors que le royaume entretient des relations diplomatiques avec Taïwan ?

Le 25 août, la Chine a demandé à ses ressortissants de quitter l’Eswatini « dès que possible », en invoquant une situation sécuritaire jugée préoccupante. Le royaume d’Afrique australe conteste pourtant cette présentation de la situation. Quelques mois après la visite du président taïwanais Lai Ching-te à Mbabane, cette alerte sécuritaire intervient dans un pays qui demeure le seul État africain à entretenir des relations diplomatiques officielles avec Taïwan.

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Pékin invoque la multiplication des fraudes numériques, les jeux d’argent illégaux et les risques pour l’ordre public. Le gouvernement eswatinien reconnaît l’existence d’opérations contre des réseaux criminels, mais refuse que ces faits servent à présenter le royaume comme une menace sécuritaire générale. Entre ces deux lectures, une donnée diplomatique pèse lourd : l’Eswatini continue de reconnaître Taipei, alors que la Chine considère Taïwan comme une partie de son territoire et refuse les relations diplomatiques de ses partenaires avec l’île.

Pékin parle de sécurité

Le ministère chinois des Affaires étrangères n’a pas présenté son avertissement comme une mesure diplomatique contre l’Eswatini.

Dans son avis du 25 août, Pékin évoque une situation sécuritaire « complexe », la présence de fraudes numériques et d’activités illégales liées aux jeux d’argent. Les ressortissants chinois sont invités à ne pas se rendre dans le royaume dans l’immédiat. Ceux qui y résident déjà sont appelés à quitter le pays ou à rejoindre des zones jugées plus sûres, notamment en Afrique du Sud.

Le ton est inhabituellement ferme. Pékin estime que les risques pour les ressortissants chinois sont suffisamment importants pour recommander leur départ et avertit que l’assistance consulaire pourrait elle-même être retardée en cas d’incident.

Sur le papier, la justification est donc sécuritaire.

Mais la question est de savoir si la situation du pays justifie une consigne aussi radicale.

L’Eswatini n’est pas épargné par la criminalité numérique

Il serait pourtant faux d’écarter d’un revers de main les arguments chinois.

Depuis plusieurs mois, les autorités eswatiniennes s’attaquent à des réseaux internationaux de criminalité numérique et de jeux d’argent clandestins. Une vaste opération menée au premier semestre a conduit à l’arrestation de plus de 200 personnes soupçonnées d’être liées à des activités de jeux en ligne illégaux, de fraude et de blanchiment d’argent.

Les opérations ont notamment visé des installations utilisées pour des escroqueries numériques, dont les méthodes reposent parfois sur l’établissement de relations de confiance avec les victimes avant leur dépouillement. Des ressortissants étrangers, notamment chinois, figuraient parmi les personnes interpellées.

Cette réalité donne une base concrète à l’argument sécuritaire avancé par Pékin.

Mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure que l’ensemble de l’Eswatini serait devenu un territoire dangereux pour les ressortissants chinois.

C’est précisément sur ce point que le gouvernement du royaume a réagi.

Le gouvernement eswatinien conteste la lecture chinoise

Le 26 août, les autorités eswatiniennes ont rejeté l’idée que le pays présenterait un risque sécuritaire exceptionnel ou généralisé.

La porte-parole par intérim du gouvernement, Thabile Mdluli, a reconnu à la Chine le droit d’adresser à ses ressortissants les recommandations consulaires qu’elle juge nécessaires. Mais elle a contesté la manière dont la situation du royaume était décrite, estimant que cette présentation ne correspondait pas aux faits observés sur le terrain.

La nuance est importante.

Mbabane ne nie pas les opérations contre la criminalité. Elle refuse que celles-ci soient assimilées à une situation d’insécurité générale.

Autrement dit, les deux parties ne décrivent pas nécessairement deux réalités différentes. Elles ne leur donnent simplement pas le même poids.

Puis il y a Taïwan

C’est ici que l’affaire dépasse la seule question de la sécurité.

L’Eswatini est le seul pays africain à entretenir encore des relations diplomatiques officielles avec Taïwan. Cette position en fait un cas particulier sur le continent et un partenaire diplomatique précieux pour Taipei.

En mai, le président taïwanais Lai Ching-te s’est rendu dans le royaume pour une visite d’État de trois jours. Il y a rencontré le roi Mswati III et participé à la signature de plusieurs accords et engagements de coopération. Taipei et Mbabane ont notamment annoncé vouloir approfondir leur coopération dans l’énergie, l’industrie, l’agriculture, la santé et les technologies.

La visite n’avait d’ailleurs rien d’anodin.

Elle avait été précédée d’un épisode diplomatique inhabituel. Le déplacement initialement prévu en avril avait été reporté après que les Seychelles, Maurice et Madagascar eurent retiré leurs autorisations de survol à l’avion transportant le président taïwanais. Taipei avait accusé Pékin d’avoir exercé des pressions sur ces pays. La Chine avait rejeté cette accusation tout en saluant leur attachement au principe d’une seule Chine.

Lai Ching-te a finalement gagné l’Eswatini en mai, par un itinéraire modifié.

Quelques mois plus tard, Pékin demande à ses ressortissants de quitter ce même royaume.

Une coïncidence que le contexte diplomatique rend difficile à ignorer

Rien, dans l’avis chinois du 25 août, ne permet d’affirmer officiellement que Taïwan constitue le motif de la décision.

Pékin parle de fraude numérique, de jeux d’argent illégaux et de sécurité publique. Il serait donc imprudent de transformer cette justification en preuve d’une mesure

Celine Dou

Reconnaissance du Somaliland par Israël : la Somalie fustige une atteinte à sa souveraineté et met en garde sur la stabilité régionale

La décision d’Israël de reconnaître le Somaliland suscite une réaction vigoureuse de la Somalie, qui dénonce une violation manifeste de sa souveraineté et alerte sur les risques de déstabilisation dans la Corne de l’Afrique.

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Le président somalien, Hassan Sheikh Mohamud, a condamné depuis Doha la reconnaissance officielle du Somaliland par Israël, région autoproclamée indépendante depuis 1991 mais jamais reconnue par la communauté internationale. Ce geste, sans précédent, soulève de profondes interrogations sur l’intégrité territoriale de la Somalie, sur la stabilité politique de la Corne de l’Afrique et sur l’influence croissante d’acteurs étrangers dans une région stratégique.

Depuis plusieurs décennies, le Somaliland revendique son autonomie à la suite de l’effondrement du régime central somalien. Si la région a maintenu un ordre interne relativement stable et une gouvernance locale fonctionnelle, elle n’avait jamais obtenu de reconnaissance internationale. L’annonce israélienne bouleverse cet équilibre. Pour le président somalien, cette décision constitue une atteinte directe à l’intégrité de son pays et un précédent diplomatique dangereux qui pourrait encourager d’autres mouvements sécessionnistes. Dans ses déclarations à Doha, Hassan Sheikh Mohamud a souligné que la reconnaissance d’un territoire sécessionniste par un État tiers, sans consultation ni accord avec le pays concerné, viole les principes fondamentaux du droit international et menace la stabilité régionale.

La portée de ce geste dépasse le simple cadre juridique. Le Somaliland occupe une position géographique stratégique, surplombant le golfe d’Aden et la mer Rouge, corridors vitaux pour le commerce maritime mondial et le transit énergétique. Cette reconnaissance pourrait être interprétée comme une volonté d’Israël de renforcer sa présence diplomatique et sécuritaire dans cette zone clé, en s’alliant avec une autorité locale stable pour protéger ses intérêts économiques et stratégiques. Toutefois, cette approche comporte des risques. Elle pourrait fragiliser les relations israéliennes avec les pays africains, susciter des tensions au sein de la communauté internationale et compliquer les partenariats régionaux existants.

Les réactions africaines et internationales n’ont pas tardé. Les pays voisins, les organisations régionales telles que l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement en Afrique de l’Est (IGAD), ainsi que les pays musulmans, ont exprimé leur désapprobation. Ils rappellent que le respect de l’intégrité territoriale demeure un principe essentiel pour garantir la stabilité et la paix dans la région. Sur le plan interne, la population somalienne a réagi par des manifestations et des rassemblements, réaffirmant son attachement à l’unité nationale et rejetant toute tentative de reconnaissance unilatérale.

Cette situation met en lumière des enjeux plus larges pour l’Afrique. La reconnaissance du Somaliland illustre le double défi auquel sont confrontés les États fragiles : préserver leur souveraineté tout en gérant l’influence d’acteurs extérieurs dans des zones stratégiques. Elle interroge également sur la capacité de la communauté internationale à prévenir la fragmentation politique et territoriale, et à garantir que les décisions diplomatiques ne compromettent pas la stabilité régionale. Dans la Corne de l’Afrique, cette initiative pourrait encourager d’autres revendications sécessionnistes et accentuer les tensions ethniques et politiques, tout en affectant la coopération régionale et la confiance des investisseurs étrangers.

En définitive, la reconnaissance du Somaliland par Israël n’est pas un acte anodin. Elle représente un signal stratégique et géopolitique majeur, tant pour la Somalie que pour l’ensemble de la Corne de l’Afrique. La situation souligne la nécessité pour la communauté internationale et les acteurs régionaux de défendre la souveraineté nationale et de maintenir la stabilité politique, afin de protéger les intérêts des populations locales et de préserver l’équilibre régional. Pour La Boussole‑Infos, il s’agit de démontrer que la compréhension des dynamiques africaines face aux interventions extérieures est essentielle pour appréhender la complexité des enjeux contemporains et pour offrir au lecteur une information rigoureuse, contextualisée et nuancée.

Celine Dou, pour la Boussole-infos