Archives pour la catégorie Société

Procès Harvey Weinstein : coupable de viol à Los Angeles, acquitté à New York, un nouveau procès s’ouvre sur fond de controverses judiciaires

L’affaire Harvey Weinstein, emblème planétaire de la chute des puissants prédateurs sexuels, rebondit une fois de plus dans les arcanes judiciaires états-uniennes. L’ancien magnat de Hollywood, aujourd’hui âgé de 72 ans, a vu l’une de ses condamnations annulée à New York, tandis que la peine pour viol prononcée à Los Angeles reste maintenue. Un nouveau procès s’ouvrira à Manhattan, soulignant les ambivalences d’un système judiciaire parfois indulgent envers les puissants.

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Loi narcotrafic : le Conseil constitutionnel censure quelques articles mais valide le régime carcéral d’isolement

Le Conseil constitutionnel a censuré une poignée d’articles de la loi visant « à sortir la France du piège du narcotrafic » portée par Bruno Retailleau et Gérald Darmanin. Mais il a validé, à une réserve près, un de ses mesures phares, le régime carcéral d’isolement prévu pour les narcotrafiquants les plus dangereux, dans une décision rendue jeudi 12 juin.

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Nouvelle-Calédonie: le leader indépendantiste kanak Christian Tein libéré après un an de détention

Christian Tein a quitté, ce jeudi 12 juin dans la soirée, la prison de Mulhouse-Lutterbach. Le leader indépendantiste kanak y était en détention depuis près d’un an dans le cadre de l’enquête sur les émeutes mortelles en Nouvelle-Calédonie au printemps 2024.

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France : le « proxénétisme de cité », entre mutations sociétales et préoccupations sécuritaires

Selon des informations révélées cette semaine par Europe 1, le phénomène désigné sous le nom de « proxénétisme de cité » aurait été multiplié par dix en France au cours de la dernière décennie. Une affirmation qui suscite autant de réactions qu’elle pose de questions : de quoi parle-t-on précisément ? Quelle est la portée réelle du phénomène ? Et surtout, comment analyser cette évolution sans sombrer dans la caricature ou l’instrumentalisation ?

L’expression « proxénétisme de cité » ne correspond à aucune qualification juridique spécifique. Elle désigne de manière informelle une forme de prostitution organisée par de jeunes hommes issus de certains quartiers urbains, souvent en lien avec d’autres formes de délinquance comme le trafic de stupéfiants. Ces réseaux sont décrits comme informels, fragmentés, parfois très jeunes, et ayant recours aux réseaux sociaux pour organiser la mise en relation entre clients et victimes.

L’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) note effectivement une augmentation du nombre de procédures liées au proxénétisme sur les dernières années. Toutefois, les chiffres avancés dans les médias multiplication par dix ne semblent pas étayés par des données officielles publiques, du moins à ce jour. Il s’agirait davantage d’une estimation globale portant sur les nouveaux cas repérés dans certaines zones sensibles, selon les témoignages de policiers ou d’intervenants associatifs.

Ce qui caractérise ces nouvelles pratiques, c’est l’usage massif du numérique. Des plateformes comme Snapchat, Instagram ou des sites d’annonces spécialisées sont utilisées pour recruter des jeunes filles parfois mineures et organiser leur exploitation. Certains proxénètes utilisent des techniques de manipulation affective, connues sous le nom de « loverboys », pour entraîner les victimes dans des relations d’emprise où l’affect se confond avec l’exploitation économique.

Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation de la prostitution en France, qui tend à se dématérialiser, à se diffuser sur l’ensemble du territoire, et à toucher des publics de plus en plus jeunes. Des expertises judiciaires signalent également une invisibilisation croissante du phénomène*m, les réseaux se rendant plus discrets, mobiles et adaptatifs, échappant ainsi aux modèles classiques d’enquête.

Les principales victimes de ces réseaux sont des adolescentes en situation de fragilité sociale : déscolarisation, ruptures familiales, isolement psychologique, précarité économique. Certaines sont sous emprise, d’autres contraintes par des menaces, et beaucoup évoluent dans des environnements marqués par l’absence d’adultes protecteurs ou de dispositifs d’écoute efficaces.

La loi française interdit le proxénétisme, même si la prostitution en soi n’est pas un délit. Depuis 2016, l’achat d’actes sexuels est pénalisé, dans une logique de protection des personnes prostituées. Toutefois, les associations dénoncent une insuffisance des moyens de prévention et d’accompagnement, notamment en milieu scolaire, ainsi qu’un manque de coordination entre services sociaux, judiciaires et éducatifs.

L’usage médiatique de la notion de « proxénétisme de cité » n’est pas neutre. Il tend à associer de manière mécanique certaines formes de criminalité à des territoires définis, renforçant les logiques de stigmatisation déjà à l’œuvre dans le débat public sur les quartiers dits sensibles. Or, le proxénétisme ne se limite pas à ces zones : il existe également dans les milieux bourgeois, les réseaux transnationaux ou les cercles festifs, parfois avec un degré d’organisation et de violence bien supérieur.

En ce sens, la focalisation exclusive sur les quartiers populaires risque de masquer la diversité des formes de traite et d’exploitation sexuelle à l’échelle du pays. Elle contribue également à détourner l’attention des logiques de demande c’est-à-dire de consommation de services sexuels qui restent peu interrogées dans l’espace public.

Au-delà du phénomène en lui-même, la question du proxénétisme en France renvoie à des enjeux plus profonds :

~ Quelles sont les aspirations de la jeunesse face à un horizon économique incertain ?
~ Pourquoi les outils de prévention semblent-ils inadaptés à la réalité des réseaux sociaux ?
~ Comment expliquer l’absence de dispositifs massifs d’éducation à la sexualité, à la citoyenneté et aux violences de genre ?
~ Pourquoi les grandes plateformes numériques ne sont-elles pas davantage mises en cause dans leur rôle passif ou complice ?

Le phénomène observé dans certaines cités françaises est donc le révélateur d’un malaise plus vaste, qui concerne l’ensemble du corps social : déficit de repères, perte de confiance dans les institutions, fascination pour l’argent facile, invisibilisation des victimes, faible réponse judiciaire.

Loin des raccourcis sensationnalistes, La Boussole – infos appelle à une approche rigoureuse, nuancée et structurelle de cette problématique. Il ne s’agit ni de nier l’existence de ces réseaux, ni de les réduire à une représentation simpliste. Mais d’analyser avec méthode un phénomène social en mutation, qui traverse les couches de la société française et met en lumière les failles de son système éducatif, numérique et judiciaire.

Le combat contre l’exploitation sexuelle des mineures ne peut se gagner par la seule répression. Il exige une mobilisation collective fondée sur la connaissance, la responsabilité et la prévention.

République tchèque : un sursis pour les victimes de stérilisations forcées, la mémoire face au silence administratif

Il y a des blessures que le temps n’efface pas. Il y a des humiliations que seule la reconnaissance peut atténuer. En prolongeant d’un an, le 12 juin 2025, le délai imparti pour les demandes d’indemnité des femmes stérilisées sans consentement entre 1966 et 2012, le Sénat tchèque n’a pas seulement rectifié une erreur administrative : il a réouvert un pan de l’histoire que la démocratie post-communiste avait trop longtemps laissé dans l’ombre.

Adoptée en juillet 2021, la loi prévoyait une indemnité forfaitaire de 300 000 couronnes (environ 12 000 euros) pour les femmes ayant été stérilisées sans leur consentement libre et éclairé. Une avancée saluée, mais tardive, et restée en grande partie théorique : sur les plusieurs milliers de femmes concernées, seules environ 600 avaient déposé un dossier à la date de clôture initiale. Manque d’information, barrières linguistiques, méfiance vis-à-vis des autorités, difficultés à produire des preuves : l’appareil administratif s’est révélé aussi insensible que les médecins de l’époque.

Les principales victimes sont des femmes roms, touchées par une politique de contrôle des naissances motivée par un racisme institutionnalisé, hérité du régime communiste et perpétué bien après 1989. Le consentement était arraché sous la pression, la menace de perdre les aides sociales ou la garde des enfants, voire obtenue juste après l’accouchement, dans un état de vulnérabilité extrême.

En 2005, le gouvernement avait présenté des excuses formelles, mais aucun mécanisme d’indemnisation n’avait suivi. Il aura fallu plus de quinze ans de combat judiciaire, de rapports d’ONG, d’interventions du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe et de la société civile pour arracher cette loi de 2021.

La prolongation du délai répond à une nécessité pratique : permettre à des femmes aujourd’hui très âgées, parfois analphabètes, souvent isolées, d’être enfin indemnisées. Mais elle renvoie aussi à une question plus profonde : pourquoi une telle réticence à affronter le passé ? Pourquoi tant de lenteurs, d’opacité, de blocages ? En creux, c’est toute une société qui semble peiner à se regarder en face, à reconnaître que la démocratie tchèque n’a pas seulement hérité des institutions du communisme, mais aussi de ses angles morts, de ses hiérarchies implicites, de son obsession du contrôle social.

Dans une tribune récente, l’ancienne ombudsman tchèque Anna Šabatová réclamait plus qu’une prolongation de délai : un accompagnement juridique et psychologique spécifique, une meilleure formation des administrations, et surtout, un véritable travail mémoriel. Car si l’argent peut soulager une part de la souffrance, il ne restitue ni les enfants jamais nés, ni les filiations brisées, ni l’image de soi ravagée par la médicalisation de la domination.

En Europe centrale comme ailleurs, les politiques de santé publique ont trop souvent servi de paravent à des logiques de sélection, d’éviction ou de stigmatisation. Aujourd’hui, à l’heure des discours sur la biotechnologie, la génétique ou l’économie des soins, cette affaire rappelle une vérité essentielle : le progrès technique n’est rien sans progrès éthique. Il ne suffit pas de réparer, il faut aussi se souvenir, nommer, enseigner.

La république tchèque a accordé un sursis. Mais elle n’a pas encore gagné son pari moral. C’est une course contre l’oubli qui s’engage désormais.

Sport féminin : Martina Navratilova dénonce l’inclusion des athlètes transgenres au nom de l’équité

Figure historique du tennis mondial et militante de longue date des droits des femmes et des minorités sexuelles, Martina Navratilova fait aujourd’hui entendre une voix discordante dans le débat brûlant sur la place des personnes transgenres dans le sport féminin. Au nom de l’équité biologique, elle appelle à une séparation stricte entre sport féminin et participation des athlètes ayant vécu une puberté masculine.

Interrogée par la journaliste états-unienne Kara Swisher, Navratilova a défendu une ligne claire :

« Une compétition féminine équitable doit reposer sur le sexe biologique, sinon elle cesse d’être juste. »

Pour la championne aux 18 titres du Grand Chelem, les femmes trans ayant traversé une puberté masculine bénéficient d’un avantage physique irréductible, qu’aucun traitement hormonal ne peut totalement annuler. Gabarit osseux, densité musculaire, capacité respiratoire : autant d’éléments qui, selon elle, faussent la donne dans les disciplines de force, d’endurance ou de vitesse.

Navratilova ne remet pas en cause les droits civils des personnes transgenres dans la société civile. Elle plaide même pour leur reconnaissance dans la vie quotidienne. Mais selon elle, le sport de haut niveau constitue une exception, car il repose sur des critères objectifs de performance.

« Ce n’est pas une question de haine ou d’exclusion. C’est une question d’équité. »

Sa position lui a valu l’exclusion du conseil consultatif d’Athlete Ally, organisation de défense des minorités LGBTQ dans le sport. Elle est désormais régulièrement taxée de « transphobie » par les cercles militants. Pourtant, plusieurs études scientifiques confortent ses arguments : elles établissent que la puberté masculine confère des avantages significatifs dans certaines disciplines, même après des années de transition.

La controverse s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis 2022, de nombreuses fédérations internationales (World Athletics, FINA, UCI, etc.) ont décidé d’exclure les femmes transgenres ayant connu une puberté masculine des compétitions féminines élite. Certaines explorent la création d’une catégorie « open » ou « mixte », dans une tentative d’inclusion sans atteinte à l’intégrité des compétitions féminines.

Cette évolution traduit un virage prudent : le sport mondial cherche à préserver l’équité sans sombrer dans l’idéologie, alors que certains activismes exigent l’effacement de toute distinction fondée sur le sexe biologique.

Dans les milieux féministes, les positions se fracturent. Certaines militantes, comme Navratilova, affirment qu’un féminisme cohérent ne peut éluder les réalités biologiques. D’autres, au contraire, estiment que cette ligne de défense dissimule des logiques d’exclusion.

Mais pour de nombreuses sportives de haut niveau, la question est moins théorique que concrète : peuvent-elles concourir dans des conditions équitables si des concurrentes biologiquement masculines leur sont opposées ? La réponse, de plus en plus souvent, est non

Au fond, cette affaire révèle le divorce croissant entre données scientifiques, revendications identitaires et cadre légal. Alors que certaines législations encouragent une autodétermination libre du genre, d’autres domaines, comme le sport, continuent d’imposer des bornes biologiques strictes.

Martina Navratilova incarne ce dilemme : ancienne icône du progressisme, elle est aujourd’hui perçue comme une dissidente voire une hérétique par les courants qu’elle a jadis soutenus.

En résumé

Martina Navratilova exige que le sport féminin reste fondé sur le sexe biologique.
Elle est soutenue par certaines fédérations et figures scientifiques, mais critiquée par les militants LGBTQ.
Le débat cristallise les tensions entre science, inclusion et équité, dans un monde occidental de plus en plus polarisé.
Le sport, en tant qu’espace d’objectivation corporelle, devient un champ de bataille idéologique.

Oscar Pistorius au triathlon : réinsertion encadrée ou traitement de faveur ?

Douze ans après avoir tué Reeva Steenkamp, l’ancien champion paralympique Oscar Pistorius a repris la compétition sportive. Une participation autorisée qui interroge, entre cadre légal strict et perception d’un privilège judiciaire accordé aux célébrités.

Le 1ᵉʳ juin 2025, sur les rives de Durban, l’Ironman 70.3 a vu concourir un participant inattendu : Oscar Pistorius. L’ex-star de l’athlétisme mondial, longtemps surnommé le « Blade Runner », a couvert les 113 km du triathlon malgré sa liberté conditionnelle, effective depuis janvier 2024, après avoir purgé une partie de sa peine pour le meurtre de sa compagne Reeva Steenkamp.

Cette apparition publique, autorisée par les services sud-africains de probation, a provoqué une onde de choc. S’il ne s’agit pas d’une violation de sa conditionnelle Pistorius a bien obtenu l’aval administratif pour voyager de Prétoria à Durban, l’événement soulève une question plus vaste : celle de la réinsertion, certes, mais aussi de l’égalité devant la justice.

L’entourage de Pistorius insiste sur une volonté de « reconstruction personnelle » par le sport. « Il ne s’agit pas d’un retour à la compétition professionnelle, mais d’un pas vers la normalité », plaide son avocat Conrad Dormehl. Classé 555ᵉ au général, l’ancien médaillé paralympique est loin de ses exploits d’antan, et n’a bénéficié d’aucun traitement sportif particulier.

Mais la normalité, justement, est-elle la même pour tous ? De nombreuses voix en Afrique du Sud à commencer par l’UDM Women’s Organisation dénoncent une réintégration publique prématurée et perçue comme insensible envers les victimes de féminicides. « Qu’un homme reconnu coupable d’un meurtre puisse s’exhiber en public de cette manière, moins de deux ans après sa sortie de prison, est un signal dangereux », affirme un communiqué de l’organisation.

Au-delà du cas Pistorius, l’affaire illustre un phénomène mondial bien documenté : l’impression, sinon la réalité, que les personnalités célèbres bénéficient d’un traitement judiciaire distinct de celui du citoyen lambda. Du traitement médiatique aux aménagements de peine, en passant par la réactivité des services judiciaires, les exemples abondent.

Aux États-Unis d’Amérique, les peines allégées ou ajournées pour certains artistes ou sportifs (comme le rappeur états-unien Kodak Black ou l’ancien joueur de football Ray Rice) sont régulièrement dénoncées. En France, la récente libération sous bracelet électronique de personnalités médiatiques condamnées pour des faits graves alimente les débats sur l’égalité devant la loi. L’Afrique du Sud n’échappe pas à cette dynamique : Pistorius n’est pas le seul justiciable à avoir été médiatisé, mais il est peut-être l’un des seuls dont les demandes de déplacement reçoivent une attention si nuancée.

Il convient pourtant de rappeler que la liberté conditionnelle de Pistorius reste encadrée jusqu’en 2029. Toute infraction à ses obligations entraînerait sa réincarcération. Mais cette rigueur formelle ne dissipe pas les perceptions d’injustice symbolique.

Dans une société saturée d’images et d’émotions, la mémoire des victimes peine souvent à rivaliser avec le pouvoir narratif de la rédemption publique. La figure du coupable en réhabilitation fascine plus qu’elle n’indigne surtout lorsqu’elle a déjà brillé sous les projecteurs.

Pour la famille de Reeva Steenkamp, aucune course, aussi longue soit-elle, ne ramènera la jeune femme tuée en 2013. Dans un communiqué sobre, les proches de la victime ont dit vouloir « se tenir à distance du bruit médiatique », tout en rappelant que « le vrai combat, c’est celui contre les violences faites aux femmes ». Un combat, hélas, toujours inachevé.

Ce que nous dit l’affaire Pistorius :

~ La réinsertion des condamnés, même médiatiques, est un droit encadré par la loi mais elle gagne à être conduite avec discrétion.
~ La justice peut être formellement équitable, mais socialement perçue comme biaisée lorsqu’elle concerne des figures célèbres.
~ Le traitement réservé aux célébrités judiciaires mérite un débat sérieux, loin des passions, mais ancré dans une exigence de justice impartiale pour tous.

12 juin 2025 – Travail des enfants : l’indifférence tue plus sûrement que la misère

Ce 12 juin 2025 marque la Journée mondiale contre le travail des enfants, instituée en 2002 par l’Organisation internationale du Travail (OIT). Vingt-trois ans plus tard, la situation mondiale demeure alarmante. Selon les données les plus récentes des Nations unies, 138 millions d’enfants dans le monde sont contraints de travailler, dont 54 millions dans des conditions qualifiées de dangereuses : exposition à des produits toxiques, manipulations de machines, travail de nuit, ou encore situations proches de l’esclavage moderne.

Malgré les engagements répétés de la communauté internationale, les progrès sont lents, inégaux et fragiles. En 2025, le mot d’ordre lancé par l’OIT est explicite : « Accélérer les efforts ». Mais de quels efforts parle-t-on réellement, et quelles résistances entravent encore la mise en œuvre de l’objectif 8.7 de l’Agenda 2030, qui vise à éliminer toutes les formes de travail des enfants ?

Le travail des enfants ne se limite pas à une seule région du monde, même si les pays du Sud concentrent la majorité des cas : l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud, l’Amérique latine. Il prend des formes variées : travail domestique, agriculture, confection textile, exploitation minière, pêche, informel urbain…

Mais il ne s’agit pas d’une question périphérique. En réalité, le travail des enfants est au cœur du système économique globalisé. Certains produits consommés quotidiennement dans les pays industrialisés (cacao, coton, coltan, vêtements, appareils électroniques…) sont issus de chaînes de valeur où le travail infantile est toléré, voire intégré.

Et la situation s’aggrave : les crises successives pandémie de Covid-19, guerres, inflation, changement climatique ont précipité des millions d’enfants dans le travail précoce, souvent pour compenser la perte de revenus familiaux. L’école est alors abandonnée, la santé compromise, l’avenir hypothéqué.

Les conventions internationales existent. La Convention n°138 de l’OIT fixe l’âge minimal pour travailler à 15 ans (ou 14 dans certains pays en développement). La Convention n°182, adoptée en 1999, interdit les pires formes de travail des enfants. Ces textes ont été ratifiés par presque tous les États membres de l’ONU. En théorie, le consensus est établi.

Mais les moyens alloués à l’application de ces textes sont largement insuffisants. De nombreux États, surtout les plus pauvres, manquent de capacités de contrôle, de systèmes éducatifs fonctionnels, de couverture sociale. Dans d’autres cas, les gouvernements tolèrent ou dissimulent le travail des enfants pour ne pas fragiliser leur compétitivité à l’exportation.

L’ONU, par la voix du directeur général de l’OIT, Gilbert F. Houngbo, appelle en 2025 à un « sursaut moral ». Il souligne que le respect des droits de l’enfant n’est pas un luxe pour pays riches, mais une condition essentielle d’un développement équitable et durable.

Dans ce contexte, il est difficile d’ignorer les contradictions de nombreux pays dits « donateurs ». Alors même que des voix s’élèvent à Nice, lors de la Conférence sur les océans, pour appeler à des financements massifs en faveur de la protection des biens communs, le financement de la protection de l’enfance demeure sous-doté.

Parallèlement, la réduction drastique de l’aide publique au développement, engagée ces dernières années par les États-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni et l’Australie, fragilise les efforts des pays du Sud dans la lutte contre l’exploitation infantile.

À cela s’ajoute une certaine hypocrisie structurelle : les multinationales, souvent domiciliées dans des pays riches, externalisent leur production vers des zones à faible régulation, tout en s’affichant en surface avec des politiques de « responsabilité sociale ».

Quelques pays montrent pourtant la voie. En Uruguay, au Népal ou au Rwanda, des programmes intégrés combinant éducation gratuite, filets sociaux, et coopération entre autorités locales et internationales ont permis de réduire significativement le travail des enfants. La condition : un engagement politique fort, soutenu par des ressources durables.

Des initiatives citoyennes émergent aussi : campagnes de sensibilisation, boycotts de marques non éthiques, certifications équitables, partenariats éducatifs. Mais leur portée reste limitée sans une volonté politique claire au niveau global.

À chaque Journée mondiale, le risque est grand de voir le sujet relégué à une date symbolique, sans suite. Pourtant, le travail des enfants n’est pas une fatalité. Il est le symptôme d’un ordre économique qui tolère l’inacceptable pour préserver ses marges.

Refuser de détourner le regard, exiger la transparence des chaînes de production, soutenir les systèmes éducatifs universels : voilà ce que signifie « accélérer les efforts ». Car chaque jour sans action concrète est un jour volé à l’enfance d’un être humain.

Encadré – Chiffres clés :

  • 138 millions d’enfants travailleurs dans le monde
  • 54 millions dans des activités dangereuses
  • 70 % dans l’agriculture
  • 72 millions en Afrique, soit plus de la moitié du total mondial
  • Objectif ONU : éradication d’ici 2025 (objectif compromis)

Océans en détresse : à Nice, l’ONU tente de rallumer le phare de la conscience mondiale

Sous le ciel azuréen de la Méditerranée, la ville de Nice accueille cette semaine la troisième Conférence des Nations unies sur les océans (9–13 juin 2025). Un cadre séduisant pour une urgence pourtant alarmante : la santé des océans du globe se détériore à une vitesse telle que l’ONU parle d’un « point de rupture écologique ». Pollutions multiples, surexploitation, réchauffement climatique, acidification des eaux… les signaux d’alarme s’accumulent. Et avec eux, une interrogation de fond : la communauté internationale est-elle prête à faire de la protection des mers une priorité réelle, ou se contentera-t-elle d’annonces sans lendemain ?

Les chiffres sont saisissants. Les océans absorbent 90 % de la chaleur excédentaire liée aux émissions de gaz à effet de serre, et environ 25 % du CO₂ émis par les activités humaines. En d’autres termes, ils sont l’un des principaux régulateurs climatiques de la planète. Mais leur rôle d’« amortisseur écologique » atteint ses limites.

Par ailleurs, 11 millions de tonnes de plastique finissent chaque année dans les océans. D’ici 2040, ce chiffre pourrait presque tripler sans changement radical. Les microplastiques sont désormais présents jusque dans les abysses, menaçant les chaînes alimentaires marines et par ricochet, humaines.

À cela s’ajoute la surpêche massive, qui vide les mers à un rythme insoutenable : plus d’un tiers des stocks halieutiques mondiaux sont exploités au-delà de leur capacité de renouvellement.

Organisée en partenariat avec la France, cette conférence réunit plus de 60 chefs d’État et de gouvernement, des scientifiques, des représentants d’ONG, d’entreprises, et des populations autochtones marines. L’un des objectifs phares est de protéger 30 % des zones marines d’ici 2030, conformément à l’accord mondial sur la biodiversité adopté à Montréal en 2022.

Autre enjeu central : mobiliser au moins 100 milliards de dollars d’engagements financiers pour soutenir la transition vers une économie bleue durable. Mais au-delà des chiffres, le scepticisme demeure. Les précédentes conférences Lisbonne (2022), puis San José (2023) avaient produit des déclarations ambitieuses… sans réel mécanisme de contrainte ni suivi cohérent.

La gouvernance des océans est l’un des sujets les plus complexes de la diplomatie internationale. Les espaces maritimes échappent en grande partie aux juridictions nationales. Le récent Traité sur la haute mer, signé en 2023 à New York, visait à encadrer l’exploitation des zones marines internationales, mais sa ratification demeure lente et son application incertaine.

Les tensions s’exacerbent aussi entre grandes puissances maritimes : exploitation minière en eaux profondes, routes commerciales polaires, militarisation de certaines zones… La mer est un nouvel espace de rivalités. Et comme souvent, les pays du Sud, bien que peu responsables de la dégradation des océans, sont les premiers à en subir les conséquences : érosion des côtes, effondrement des pêches artisanales, migrations climatiques.

Au-delà des discours et des symboles, cette conférence interroge le modèle économique dominant. Peut-on réellement concilier croissance fondée sur l’exploitation des ressources et préservation des équilibres écologiques ? Le mythe d’un océan inépuisable s’effondre, mettant à nu la fragilité du lien entre humanité et nature.

La Méditerranée, en toile de fond de cette rencontre, illustre cette tension : une mer semi-fermée, extrêmement polluée, et surexploitée, mais aussi riche d’une biodiversité unique et de pratiques ancestrales de cohabitation durable. Elle est à la fois un laboratoire et un miroir du reste du monde.

Cette conférence ne sauvera pas à elle seule les océans. Mais elle pourrait marquer un tournant si les annonces sont suivies de mécanismes transparents, de financements effectifs et d’un renforcement du droit international. À l’heure où les nations riches réduisent leur aide au développement (voir nos précédents articles), un engagement fort en faveur des océans serait aussi un engagement en faveur de la justice mondiale.

Protéger les mers, c’est protéger l’avenir de tous et d’abord celui des peuples les plus vulnérables. L’océan est un bien commun : il est temps d’agir en conséquence.

Encadré : Quelques chiffres clés

  • 71 % de la surface terrestre est recouverte par les océans
  • 90 % de la chaleur liée au réchauffement climatique est stockée dans les mers
  • 30 % des espèces marines pourraient disparaître d’ici la fin du siècle sans inflexion
  • 54 % des pêches maritimes se font dans des conditions non durables
  • Objectif 2030 : protéger 30 % des océans

France: le gouvernement dévoile son ordonnance contre la santé mentale

Plus d’adultes formés en milieu scolaire, une offre de soins plus lisible et graduée, davantage de soignants formés: le gouvernement a dévoilé mercredi un plan pour tenter de mieux repérer et soigner les troubles psychiques mais aussi de rendre plus attractive la psychiatrie.

Le triptyque choisi pour ce plan se résume à : « prévenir, soigner, et reconstruire ». Le nouveau plan pour la santé mentale, dévoilé ce mercredi soir par le ministère de la Santé, est bâti sur ces trois piliers. Il ne s’agit pas d’« annonces financières », précise d’emblée le gouvernement, mais plutôt de nouvelles formations ou organisations, et de l’accentuation de ce qui existe déjà.

Ce plan santé mentale s’articule autour d’une trentaine de mesures qui s’appuie sur trois axes majeurs été annoncées par le ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins, Yannick Neuder, à l’issue d’un comité interministériel, au lendemain du meurtre d’une surveillante de collège par un élève de 14 ans à Nogent.

Le premier axe vise à favoriser les repérages et interventions précoces face aux troubles psychiques notamment des jeunes de 12-25 ans, reprenant certaines mesures annoncées mi-mai par la ministre de l’Education Elisabeth Borne et jugées « étriquées » par des syndicats. Dans les objectifs : former deux adultes repères dans chaque établissement du second degré et chaque circonscription du premier degré d’ici 2026, déployer un modèle national de repérage et d’intervention précoce ou former 100 % des personnels de santé scolaire au repérage précoce.

Le deuxième axe entend favoriser « une psychiatrie de proximité, lisible et accessible », pour mieux traiter avant, pendant et après une crise aiguë. Entre autres mesures : un appui financier prioritaire aux centres médico-psychologiques proposant des créneaux de rendez-vous non programmés et des dispositifs de suivi intensif, et un renforcement de la régulation des urgences en psychiatrie pour orienter vers des soins adaptés.

Aux urgences psychiatriques, le gouvernement souhaite des profils diversifiés dans les équipes (pair aidants, travailleurs sociaux…) et des formations aux alternatives à l’isolement et à la contention. En ville, il veut doubler le nombre de psychologues conventionnés pour Mon Soutien Psy d’ici 2027 pour atteindre 12.000. La formation des étudiants en médecine sera accrue, avec un module en psychiatrie avancée dans chaque faculté couplé à un stage pratique, et le nombre d’internes en psychiatrie porté de 500 à 600 par an à partir de 2027.

Ce plan psychiatrie, « de sursaut et de refondation« , se veut « un point de départ » d’« un engagement durable », selon Yannick Neuder, cité dans un communiqué. Interrogé sur le financement du plan, le ministère n’a pas précisé si des moyens seraient débloqués, soulignant à la presse qu’« au-delà des enjeux de financement (…) la psychiatrie traverse une crise des vocations, de l’attractivité, de l’organisation des soins ». Environ un tiers des postes de praticiens hospitaliers sont vacants et le volume de lits a fait l’objet de réductions, tandis que le nombre de patients doublait ces vingt dernières années. Au lendemain du drame de Nogent, Emmanuel Macron a décrété, la santé mentale grande cause nationale 2025.