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France : dix ans après l’attentat de Nice, un pays qui n’a jamais vraiment tourné la page

Le 14 juillet 2026, la France commémore les dix ans de l’attentat de Nice. Une décennie après le drame qui a coûté la vie à 86 personnes sur la promenade des Anglais, les cérémonies rendent hommage aux victimes, tandis que le pays mesure encore les conséquences d’une attaque qui a profondément marqué son histoire contemporaine.

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Le 14 juillet 2016, alors que plusieurs dizaines de milliers de personnes assistaient au feu d’artifice de la fête nationale à Nice, un camion lancé à vive allure fauchait la foule sur près de deux kilomètres. L’auteur de l’attaque, revendiquée par l’organisation État islamique quelques jours plus tard, était abattu par les forces de l’ordre. Dix ans après, le souvenir reste intact, porté par les familles des victimes, les rescapés et les autorités françaises réunies pour une nouvelle journée de recueillement.

Les cérémonies organisées ce 14 juillet à Nice se déroulent dans un climat de sobriété. Des dépôts de gerbes, une minute de silence et plusieurs hommages sont prévus en présence de représentants de l’État, d’élus locaux et de proches des victimes. La promenade des Anglais, théâtre de l’attaque, demeure le principal lieu de mémoire de cette tragédie.

Au-delà de l’émotion, cet anniversaire rappelle combien l’attentat de Nice a constitué un tournant dans la lutte contre le terrorisme en France. À l’époque, le pays vivait déjà sous la menace après les attaques contre Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher puis celles du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis. L’attaque de Nice est venue confirmer que les rassemblements populaires pouvaient eux aussi devenir des cibles.

Depuis lors, les dispositifs de sécurité ont été profondément renforcés. La protection des grands événements publics repose désormais sur une coordination accrue entre les forces de sécurité, les collectivités territoriales et les services de renseignement. Les barrières anti-intrusion, les contrôles d’accès et les moyens de surveillance sont progressivement devenus des éléments familiers lors des célébrations nationales.

Le volet judiciaire a également occupé une place importante dans ce travail de mémoire. Le procès de l’attentat, ouvert en 2022 devant la cour d’assises spéciale de Paris, a permis d’établir les responsabilités des personnes poursuivies pour leur implication dans la préparation de l’attaque ou leur soutien à son auteur. Si le principal responsable a été tué le soir des faits, les audiences ont offert aux victimes et à leurs familles un espace pour raconter l’ampleur des blessures physiques et psychologiques laissées par cette nuit du 14 juillet.

Dix ans après, une autre question continue d’alimenter les échanges en France : celle de la mémoire de l’attentat et de la manière dont il est raconté. Certains observateurs estiment que la dimension islamiste de l’attaque est aujourd’hui moins présente dans le débat public qu’au lendemain des faits. D’autres considèrent au contraire que la lutte contre le terrorisme doit s’accompagner d’une vigilance constante afin d’éviter les amalgames envers les millions de citoyens musulmans qui n’ont aucun lien avec l’extrémisme. Ces divergences réapparaissent régulièrement à l’occasion des commémorations.

Pour les familles des victimes, cependant, l’essentiel demeure ailleurs. Dix ans après le drame, elles réclament avant tout que les disparus ne soient pas réduits à des statistiques ou à des controverses politiques. Leur combat reste celui de la mémoire, de la reconnaissance et de la transmission auprès des générations qui n’ont pas connu cette soirée du 14 juillet 2016.

La France entre ainsi dans une nouvelle étape de son travail de mémoire. Une décennie après l’attentat de Nice, le temps n’a pas effacé les blessures. Il a seulement rappelé qu’au-delà des débats, la première responsabilité d’une nation reste de se souvenir de ceux qui ont perdu la vie sous les roues d’un camion lancé contre une foule venue célébrer sa fête nationale.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Océans en détresse : à Nice, l’ONU tente de rallumer le phare de la conscience mondiale

Sous le ciel azuréen de la Méditerranée, la ville de Nice accueille cette semaine la troisième Conférence des Nations unies sur les océans (9–13 juin 2025). Un cadre séduisant pour une urgence pourtant alarmante : la santé des océans du globe se détériore à une vitesse telle que l’ONU parle d’un « point de rupture écologique ». Pollutions multiples, surexploitation, réchauffement climatique, acidification des eaux… les signaux d’alarme s’accumulent. Et avec eux, une interrogation de fond : la communauté internationale est-elle prête à faire de la protection des mers une priorité réelle, ou se contentera-t-elle d’annonces sans lendemain ?

Les chiffres sont saisissants. Les océans absorbent 90 % de la chaleur excédentaire liée aux émissions de gaz à effet de serre, et environ 25 % du CO₂ émis par les activités humaines. En d’autres termes, ils sont l’un des principaux régulateurs climatiques de la planète. Mais leur rôle d’« amortisseur écologique » atteint ses limites.

Par ailleurs, 11 millions de tonnes de plastique finissent chaque année dans les océans. D’ici 2040, ce chiffre pourrait presque tripler sans changement radical. Les microplastiques sont désormais présents jusque dans les abysses, menaçant les chaînes alimentaires marines et par ricochet, humaines.

À cela s’ajoute la surpêche massive, qui vide les mers à un rythme insoutenable : plus d’un tiers des stocks halieutiques mondiaux sont exploités au-delà de leur capacité de renouvellement.

Organisée en partenariat avec la France, cette conférence réunit plus de 60 chefs d’État et de gouvernement, des scientifiques, des représentants d’ONG, d’entreprises, et des populations autochtones marines. L’un des objectifs phares est de protéger 30 % des zones marines d’ici 2030, conformément à l’accord mondial sur la biodiversité adopté à Montréal en 2022.

Autre enjeu central : mobiliser au moins 100 milliards de dollars d’engagements financiers pour soutenir la transition vers une économie bleue durable. Mais au-delà des chiffres, le scepticisme demeure. Les précédentes conférences Lisbonne (2022), puis San José (2023) avaient produit des déclarations ambitieuses… sans réel mécanisme de contrainte ni suivi cohérent.

La gouvernance des océans est l’un des sujets les plus complexes de la diplomatie internationale. Les espaces maritimes échappent en grande partie aux juridictions nationales. Le récent Traité sur la haute mer, signé en 2023 à New York, visait à encadrer l’exploitation des zones marines internationales, mais sa ratification demeure lente et son application incertaine.

Les tensions s’exacerbent aussi entre grandes puissances maritimes : exploitation minière en eaux profondes, routes commerciales polaires, militarisation de certaines zones… La mer est un nouvel espace de rivalités. Et comme souvent, les pays du Sud, bien que peu responsables de la dégradation des océans, sont les premiers à en subir les conséquences : érosion des côtes, effondrement des pêches artisanales, migrations climatiques.

Au-delà des discours et des symboles, cette conférence interroge le modèle économique dominant. Peut-on réellement concilier croissance fondée sur l’exploitation des ressources et préservation des équilibres écologiques ? Le mythe d’un océan inépuisable s’effondre, mettant à nu la fragilité du lien entre humanité et nature.

La Méditerranée, en toile de fond de cette rencontre, illustre cette tension : une mer semi-fermée, extrêmement polluée, et surexploitée, mais aussi riche d’une biodiversité unique et de pratiques ancestrales de cohabitation durable. Elle est à la fois un laboratoire et un miroir du reste du monde.

Cette conférence ne sauvera pas à elle seule les océans. Mais elle pourrait marquer un tournant si les annonces sont suivies de mécanismes transparents, de financements effectifs et d’un renforcement du droit international. À l’heure où les nations riches réduisent leur aide au développement (voir nos précédents articles), un engagement fort en faveur des océans serait aussi un engagement en faveur de la justice mondiale.

Protéger les mers, c’est protéger l’avenir de tous et d’abord celui des peuples les plus vulnérables. L’océan est un bien commun : il est temps d’agir en conséquence.

Encadré : Quelques chiffres clés

  • 71 % de la surface terrestre est recouverte par les océans
  • 90 % de la chaleur liée au réchauffement climatique est stockée dans les mers
  • 30 % des espèces marines pourraient disparaître d’ici la fin du siècle sans inflexion
  • 54 % des pêches maritimes se font dans des conditions non durables
  • Objectif 2030 : protéger 30 % des océans