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Afrique du Sud : la violence contre les mineurs et les jeunes non accompagnés devient une urgence nationale

Les violences touchant les enfants et adolescents en Afrique du Sud, ainsi que la présence croissante de mineurs non accompagnés aux frontières, révèlent une crise sécuritaire et sociale persistante, qui interpelle les autorités et les organisations de protection de l’enfance.

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Alors que le pays affiche l’un des taux de meurtre les plus élevés au monde, les mineurs sud‑africains sont particulièrement exposés à des violences graves, qu’il s’agisse d’agressions dans les zones urbaines, de recrutement par des gangs ou de déplacements dangereux vers le territoire sud‑africain depuis les pays voisins. Cette situation illustre des défaillances structurelles et la fragilité des mécanismes de protection de l’enfance, tout en reflétant des enjeux sociaux, économiques et migratoires complexes.

La violence envers les mineurs en Afrique du Sud se manifeste sous différentes formes et touche des enfants de tous âges. Les données policières et les rapports de la société civile montrent que plusieurs mineurs sont tués ou gravement blessés chaque jour, dans des contextes allant des violences de rue aux conflits liés aux gangs. Dans certaines provinces, comme le Western Cape, les adolescents sont régulièrement recrutés par des réseaux criminels pour assurer le transport de drogue ou participer à des affrontements armés, ce qui expose des jeunes vulnérables à des situations de mort précoce et d’exploitation.

En parallèle, les services frontaliers sud‑africains constatent une augmentation des mouvements de mineurs non accompagnés, notamment à la frontière avec le Zimbabwe. Ces jeunes, souvent très jeunes, voyagent sans parent ni tuteur légal et sont exposés aux dangers du trafic d’êtres humains, à l’exploitation économique et aux violences physiques. Les autorités sont confrontées à un double défi : protéger ces enfants tout en gérant les pressions migratoires et sécuritaires sur le territoire national.

La situation s’inscrit dans un contexte plus large d’insécurité. L’Afrique du Sud conserve l’un des taux de meurtres les plus élevés au monde, avec une forte concentration de crimes violents dans certaines zones urbaines et périurbaines. Les violences touchent à la fois les adultes et les enfants, mais ces derniers sont particulièrement vulnérables en raison de la pauvreté, du chômage, de la fragmentation communautaire et du manque d’accès à des services sociaux de qualité.

Cette situation traduit des déséquilibres structurels profonds hérités de l’histoire du pays et accentués par les inégalités sociales et économiques contemporaines. La marginalisation de certains quartiers, la pauvreté persistante et l’absence de perspectives pour les jeunes créent un environnement dans lequel la criminalité et la violence deviennent des réalités quotidiennes. Les mineurs, qu’ils soient recrutés par des gangs ou en déplacement pour des raisons économiques, se trouvent pris dans un cercle où sécurité, protection sociale et opportunités de développement sont insuffisantes.

Le phénomène des mineurs non accompagnés aux frontières illustre également les dynamiques régionales de migration forcée et de vulnérabilité. Il ne s’agit pas seulement de mouvements individuels, mais de structures de trafic et d’exploitation transfrontalière qui mettent en danger la vie des enfants. Cette dimension internationale souligne la nécessité d’une coordination entre États de la région pour protéger les mineurs tout en assurant la sécurité nationale.

Enfin, le phénomène met en évidence la fragilité des mécanismes de protection de l’enfance en Afrique du Sud. Les institutions chargées de la sécurité et de l’assistance sociale se trouvent souvent dépassées par l’ampleur des besoins et la complexité des situations. La violence, qu’elle soit domestique, de rue ou liée aux gangs, et l’exposition à des conditions extrêmes de migration constituent des signaux d’alerte sur la vulnérabilité systémique des jeunes dans le pays.

La situation sud‑africaine invite à réfléchir sur la manière dont les États confrontés à une violence élevée peuvent combiner protection sociale, prévention de la criminalité et gestion des migrations de mineurs. Elle interroge également sur le rôle des communautés, des ONG et des organisations internationales dans la création de réseaux de soutien efficaces pour les enfants exposés à la violence. La réponse à ces défis nécessitera non seulement des mesures de sécurité immédiates, mais aussi des politiques de long terme visant à réduire les inégalités et à offrir des perspectives aux jeunes dans les quartiers vulnérables.

La violence touchant les mineurs en Afrique du Sud et l’augmentation des mineurs non accompagnés aux frontières révèlent une crise sociale et sécuritaire complexe, où sécurité publique, protection de l’enfance et migration se croisent. L’ampleur et la gravité de la situation appellent à une approche intégrée, combinant mesures immédiates de protection et politiques structurelles de prévention. Au-delà de l’urgence, cette crise illustre les défis persistants liés aux inégalités, à la fragilité institutionnelle et à la vulnérabilité des populations jeunes dans un contexte de violence endémique.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Afrique du Sud : la justice ordonne à l’État d’empêcher les actions xénophobes devant les hôpitaux, révélant les défaillances de l’action publique

En Afrique du Sud, une décision de justice a contraint l’État à intervenir face à des actions xénophobes menées devant des établissements de santé publics. En rappelant l’obligation de garantir un accès aux soins sans entrave, la juridiction met en lumière les insuffisances de l’action publique dans la gestion des tensions migratoires et sociales.

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Une décision judiciaire fondée sur le droit et les obligations de l’État

La justice sud-africaine a ordonné aux autorités nationales, provinciales et locales de mettre fin aux actions illégales menées devant certains hôpitaux et cliniques publics, où des groupes informels entravaient l’accès des patients aux soins.
Ces pratiques consistaient notamment à exiger des documents d’identité ou à dissuader l’entrée de personnes perçues comme étrangères, sans aucune base légale.

La juridiction a rappelé que la gestion de l’ordre public, du contrôle migratoire et de l’accès aux services essentiels relève exclusivement des institutions de l’État. En conséquence, toute action menée par des acteurs non habilités constitue une violation du droit et engage la responsabilité des pouvoirs publics lorsqu’elle n’est pas empêchée.

Les hôpitaux, nouveaux espaces de conflictualité sociale

Le choix des établissements de santé comme lieux d’action n’est pas anodin.
Les hôpitaux publics sud-africains sont soumis à une pression structurelle persistante : sous-financement, pénurie de personnel, saturation des infrastructures. Dans ce contexte, la question migratoire est progressivement devenue un vecteur de tensions sociales, certains groupes assimilant, à tort ou à raison, la dégradation des services publics à la présence de populations étrangères.

La justice a toutefois souligné un point central : les dysfonctionnements des politiques publiques ne sauraient justifier la substitution de l’État par des initiatives privées ou communautaires, a fortiori lorsqu’elles reposent sur des critères discriminatoires.

Une mise en cause indirecte de l’inaction institutionnelle

Au-delà de l’interdiction des actions xénophobes, la décision judiciaire constitue une mise en cause implicite de l’inaction des autorités.
En laissant ces pratiques se développer devant des infrastructures publiques sensibles, l’État a laissé s’installer une forme de tolérance de fait, fragilisant le principe de monopole légitime de l’action publique.

La justice rappelle ainsi que l’État de droit ne se mesure pas uniquement à l’existence de normes constitutionnelles, mais à leur application concrète, en particulier lorsque les droits fondamentaux en l’occurrence l’accès aux soins sont menacés.

Une problématique aux résonances internationales

Si cette affaire est sud-africaine dans sa forme, elle s’inscrit dans une problématique plus large, observable dans de nombreux États confrontés à des pressions migratoires, économiques et sociales cumulées.
La tentation d’externaliser le contrôle, de fermer l’accès à certains services ou de tolérer des pratiques informelles constitue une dérive récurrente lorsque les institutions peinent à répondre aux attentes sociales.

La décision sud-africaine rappelle que le droit à la santé demeure un service public essentiel, qui ne peut être subordonné à des considérations identitaires sans remettre en cause les fondements mêmes de l’ordre juridique.

En ordonnant à l’État d’empêcher les actions xénophobes devant les hôpitaux, la justice sud-africaine ne se limite pas à régler un contentieux ponctuel. Elle réaffirme le rôle central des institutions dans la gestion des tensions sociales et migratoires, tout en soulignant les limites actuelles de l’action publique.

Reste désormais à savoir si cette décision sera suivie d’une application effective et durable, ou si elle demeurera un rappel juridique dans un contexte où les fragilités sociales continuent de mettre à l’épreuve la capacité de l’État à imposer son autorité.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Afrique du Sud : un recul du chômage qui masque une fragilité structurelle

Une baisse chiffrée mais non transformante

Selon le dernier rapport de Statistics South Africa, le taux de chômage officiel est passé de 33,2 % à 31,9 % au troisième trimestre 2025. En apparence, le pays sort lentement de l’étau du chômage de masse. En réalité, cette évolution demeure statistique, bien plus qu’économique.
Car derrière les chiffres se profile un marché du travail profondément déséquilibré : faible productivité, sous-emploi massif, et persistance du chômage de longue durée.

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Une économie fragilisée par des déséquilibres anciens

Depuis la fin du régime d’apartheid, l’Afrique du Sud vit avec l’un des taux de chômage les plus élevés du monde. Malgré une base industrielle solide, la désindustrialisation progressive, la crise énergétique récurrente et les défaillances logistiques freinent la compétitivité.
La dépendance à quelques secteurs mines, finance, services publics empêche la création d’emplois massifs et diversifiés.

Cette vulnérabilité est accentuée par la structure du marché du travail : près de 77 % des chômeurs le sont depuis plus d’un an, selon la Banque de réserve sud-africaine. La jeunesse, notamment les moins de 35 ans, paie le prix le plus lourd de cette inertie.

Des créations d’emplois à la portée limitée

Le trimestre écoulé a vu la création d’environ 248 000 emplois, principalement dans la construction, le commerce et les services communautaires. Ces secteurs, bien qu’importants, sont souvent associés à des emplois temporaires ou faiblement rémunérés.
En revanche, l’industrie manufacturière, moteur traditionnel de l’emploi stable, continue de se contracter.
Autrement dit : les emplois reviennent là où la productivité reste la plus basse, et non dans les segments capables de soutenir une croissance durable.

Le paradoxe du “recul officiel”

La légère baisse du taux de chômage officiel cache une autre réalité : celle du retrait de nombreux demandeurs d’emploi du marché du travail. Le taux élargi qui inclut les personnes découragées avoisine 42 %.
En d’autres termes, si moins de Sud-Africains sont comptabilisés comme chômeurs, ce n’est pas toujours parce qu’ils travaillent, mais parfois parce qu’ils ont cessé de chercher.

Une reprise sans transformation

Le gouvernement sud-africain se félicite de cette tendance, y voyant le signe d’un redressement. Mais l’absence d’un plan structurel fondé sur la relance de la productivité, l’investissement privé et la formation technique réduit la portée de cette amélioration.
Les programmes publics temporaires ou subventionnés, souvent coûteux, ne suffisent pas à inverser durablement la courbe du chômage.
Sans stratégie industrielle claire ni réforme énergétique aboutie, la “reprise” restera partielle et vulnérable.

Un miroir d’enjeux mondiaux

La situation sud-africaine illustre un phénomène plus large : dans de nombreux pays émergents, les statistiques de l’emploi s’améliorent sans que la réalité sociale ne suive.
L’informalité, le sous-emploi et la précarité deviennent des variables d’ajustement plutôt que des priorités de réforme.
Ce décalage entre chiffres officiels et vécu économique nourrit la défiance envers les institutions et alimente un sentiment d’immobilisme, particulièrement parmi les jeunes générations.

Le recul du chômage en Afrique du Sud ne traduit pas encore une embellie réelle, mais un répit comptable.
Tant que la croissance restera fragile et inégalement distribuée, la baisse du chômage demeurera un indicateur partiel, incapable de refléter la profondeur des fractures économiques et sociales du pays.
La stabilité sud-africaine dépendra moins des variations trimestrielles que de la capacité de l’État à repenser la structure même de son économie en misant sur l’investissement productif, la formation et la durabilité.

Celine Dou

Afrique du Sud : à Soweto, une Journée nationale de prière face aux fractures encore béantes de l’après-Apartheid

Hier dimanche, à Soweto, hauts lieux de la mémoire sud-africaine, des milliers de citoyens se sont rassemblés pour la Journée nationale de prière, placée sous le thème explicite : « Confronter le passé, bâtir une société réconciliée ». Derrière les hymnes et les supplications, c’est tout un pays qui, une fois de plus, a été contraint de regarder en face ses blessures profondes, héritées du régime d’Apartheid.

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Afrique du Sud : 26 milliards de dollars engagés pour une transition énergétique sous haute surveillance

L’Afrique du Sud concentre aujourd’hui les regards de la communauté internationale en matière de transition énergétique. Avec plus de 26 milliards de dollars de financements mobilisés depuis 2021, le pays se trouve au cœur d’une expérience inédite visant à accompagner un basculement progressif vers des énergies plus propres, tout en préservant sa stabilité économique et sociale. Cette transition s’annonce toutefois longue, complexe et semée de nombreux défis.

L’Afrique du Sud figure parmi les plus gros producteurs mondiaux de charbon. Encore aujourd’hui, près de 80 % de son électricité est produite à partir de cette ressource. Cette dépendance énergétique, héritée d’une politique industrielle construite sur l’abondance de ressources fossiles, place le pays dans une situation délicate à l’heure des engagements internationaux contre le changement climatique.

En parallèle, le vieillissement des infrastructures, les difficultés de gestion du géant public Eskom et les fréquentes coupures d’électricité (« load-shedding ») ont exposé les limites du modèle énergétique sud-africain. Face à ces difficultés, la nécessité d’une transition devient à la fois un impératif environnemental et un enjeu de survie économique.

En novembre 2021, lors de la COP26 à Glasgow, l’Afrique du Sud a signé avec cinq partenaires internationaux un accord baptisé Just Energy Transition Partnership (JETP). Ce programme inédit regroupe les États-Unis d’Amérique, l’Union européenne, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, autour d’un engagement initial de 8,5 milliards de dollars, depuis porté à 9,3 milliards par l’arrivée de nouveaux partenaires.

L’objectif affiché du JETP est double :

  • Réduire les émissions sud-africaines de CO₂, parmi les plus élevées par habitant dans le monde ;
  • Garantir une transition « juste », c’est-à-dire socialement acceptable, en particulier pour les centaines de milliers de travailleurs dépendants de l’industrie charbonnière.

Outre les financements bilatéraux, d’autres institutions multilatérales ont renforcé leur soutien. En juin 2025, la Banque mondiale a accordé un prêt de 1,5 milliard de dollars destiné à financer des réformes structurelles d’Eskom, la modernisation du réseau électrique et le développement des énergies renouvelables.

L’Union européenne, de son côté, via son programme Global Gateway, a annoncé en mars 2025 un nouveau financement de 4,4 milliards d’euros (environ 4,8 milliards de dollars), visant notamment le développement du solaire, de l’éolien et de l’hydrogène vert.

L’Agence française de développement (AFD) a également octroyé un prêt de 400 millions d’euros, spécifiquement orienté vers le volet social de la transition, en soutenant les formations professionnelles et la reconversion des travailleurs affectés par la fermeture des mines et centrales à charbon.

Malgré ces engagements massifs, la transformation reste lente et semée d’embûches. Les difficultés structurelles d’Eskom endetté à hauteur de 20 milliards de dollars et l’état vétuste des centrales électriques compliquent la sécurisation de la fourniture électrique. L’Afrique du Sud continue de connaître des coupures d’électricité quasi quotidiennes, aggravant le mécontentement social.

Paradoxalement, ces difficultés ont amené les autorités à prolonger temporairement l’activité de certaines centrales à charbon, au grand dam des défenseurs de l’environnement. La question de la coordination des fonds internationaux, de leur bonne gestion et de la transparence des projets financés reste aussi un sujet d’inquiétude croissant au sein de la société civile sud-africaine.

Au-delà des aspects techniques et économiques, la transition énergétique sud-africaine s’inscrit dans un contexte politique délicat. Les élections générales de mai 2024 ont vu l’ANC, parti au pouvoir depuis 1994, enregistrer une perte historique de sa majorité absolue. Le gouvernement de coalition dirigé par Cyril Ramaphosa doit composer avec une société de plus en plus polarisée, où les inégalités sociales alimentent la défiance envers les projets perçus comme imposés par des intérêts étrangers.

Le succès ou l’échec de la transition énergétique pourrait ainsi peser lourd dans les équilibres politiques à moyen terme. D’autant plus que les populations des bassins miniers, notamment dans la région du Mpumalanga, craignent des pertes massives d’emploi, malgré les promesses de reconversion et de formation.

L’Afrique du Sud est aujourd’hui un laboratoire observé bien au-delà de ses frontières. Son expérience pourrait servir de modèle (ou de contre-exemple) pour d’autres économies émergentes confrontées aux mêmes dilemmes : sortir des énergies fossiles sans provoquer de fractures sociales insurmontables.

Les institutions financières internationales, de la Banque mondiale à la Banque africaine de développement, suivent de près l’avancement des projets. La réussite de cette transition conditionne en partie la crédibilité des dispositifs globaux de soutien à la décarbonation des pays du Sud, dans un contexte où les fractures entre Nord et Sud sur le climat restent vives.

En définitive, l’Afrique du Sud ne manque ni de soutiens financiers, ni de volonté politique affichée. Mais la réussite de sa transition énergétique dépendra de sa capacité à :

  • Moderniser rapidement ses infrastructures électriques ;
  • Soutenir effectivement les travailleurs affectés ;
  • Assurer une gestion transparente des fonds internationaux ;
  • Préserver sa stabilité sociale et politique.

Le pari sud-africain est à haut risque. Il pourrait néanmoins, s’il réussit, préfigurer les futures trajectoires énergétiques de nombreuses économies émergentes confrontées au même dilemme.

Oscar Pistorius au triathlon : réinsertion encadrée ou traitement de faveur ?

Douze ans après avoir tué Reeva Steenkamp, l’ancien champion paralympique Oscar Pistorius a repris la compétition sportive. Une participation autorisée qui interroge, entre cadre légal strict et perception d’un privilège judiciaire accordé aux célébrités.

Le 1ᵉʳ juin 2025, sur les rives de Durban, l’Ironman 70.3 a vu concourir un participant inattendu : Oscar Pistorius. L’ex-star de l’athlétisme mondial, longtemps surnommé le « Blade Runner », a couvert les 113 km du triathlon malgré sa liberté conditionnelle, effective depuis janvier 2024, après avoir purgé une partie de sa peine pour le meurtre de sa compagne Reeva Steenkamp.

Cette apparition publique, autorisée par les services sud-africains de probation, a provoqué une onde de choc. S’il ne s’agit pas d’une violation de sa conditionnelle Pistorius a bien obtenu l’aval administratif pour voyager de Prétoria à Durban, l’événement soulève une question plus vaste : celle de la réinsertion, certes, mais aussi de l’égalité devant la justice.

L’entourage de Pistorius insiste sur une volonté de « reconstruction personnelle » par le sport. « Il ne s’agit pas d’un retour à la compétition professionnelle, mais d’un pas vers la normalité », plaide son avocat Conrad Dormehl. Classé 555ᵉ au général, l’ancien médaillé paralympique est loin de ses exploits d’antan, et n’a bénéficié d’aucun traitement sportif particulier.

Mais la normalité, justement, est-elle la même pour tous ? De nombreuses voix en Afrique du Sud à commencer par l’UDM Women’s Organisation dénoncent une réintégration publique prématurée et perçue comme insensible envers les victimes de féminicides. « Qu’un homme reconnu coupable d’un meurtre puisse s’exhiber en public de cette manière, moins de deux ans après sa sortie de prison, est un signal dangereux », affirme un communiqué de l’organisation.

Au-delà du cas Pistorius, l’affaire illustre un phénomène mondial bien documenté : l’impression, sinon la réalité, que les personnalités célèbres bénéficient d’un traitement judiciaire distinct de celui du citoyen lambda. Du traitement médiatique aux aménagements de peine, en passant par la réactivité des services judiciaires, les exemples abondent.

Aux États-Unis d’Amérique, les peines allégées ou ajournées pour certains artistes ou sportifs (comme le rappeur états-unien Kodak Black ou l’ancien joueur de football Ray Rice) sont régulièrement dénoncées. En France, la récente libération sous bracelet électronique de personnalités médiatiques condamnées pour des faits graves alimente les débats sur l’égalité devant la loi. L’Afrique du Sud n’échappe pas à cette dynamique : Pistorius n’est pas le seul justiciable à avoir été médiatisé, mais il est peut-être l’un des seuls dont les demandes de déplacement reçoivent une attention si nuancée.

Il convient pourtant de rappeler que la liberté conditionnelle de Pistorius reste encadrée jusqu’en 2029. Toute infraction à ses obligations entraînerait sa réincarcération. Mais cette rigueur formelle ne dissipe pas les perceptions d’injustice symbolique.

Dans une société saturée d’images et d’émotions, la mémoire des victimes peine souvent à rivaliser avec le pouvoir narratif de la rédemption publique. La figure du coupable en réhabilitation fascine plus qu’elle n’indigne surtout lorsqu’elle a déjà brillé sous les projecteurs.

Pour la famille de Reeva Steenkamp, aucune course, aussi longue soit-elle, ne ramènera la jeune femme tuée en 2013. Dans un communiqué sobre, les proches de la victime ont dit vouloir « se tenir à distance du bruit médiatique », tout en rappelant que « le vrai combat, c’est celui contre les violences faites aux femmes ». Un combat, hélas, toujours inachevé.

Ce que nous dit l’affaire Pistorius :

~ La réinsertion des condamnés, même médiatiques, est un droit encadré par la loi mais elle gagne à être conduite avec discrétion.
~ La justice peut être formellement équitable, mais socialement perçue comme biaisée lorsqu’elle concerne des figures célèbres.
~ Le traitement réservé aux célébrités judiciaires mérite un débat sérieux, loin des passions, mais ancré dans une exigence de justice impartiale pour tous.