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Népal : une économie sous perfusion migratoire, des milliers de travailleurs meurent à l’étranger chaque année

À l’aéroport international de Katmandou, les arrivées ne se font pas toutes dans le bruit des retrouvailles. Plusieurs fois par semaine, des cercueils métalliques sont débarqués discrètement. À l’intérieur, des hommes partis gagner leur vie dans les monarchies du Golfe ou en Asie du Sud-Est. Ils reviennent sans salaire, sans avenir et sans vie.

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Le Népal dépend massivement des envois de fonds de ses travailleurs expatriés. Cette migration économique structure le pays depuis deux décennies. Mais derrière les chiffres flatteurs des remittances se cache une réalité plus sombre : conditions de travail extrêmes, endettement préalable, protections insuffisantes et milliers de décès recensés à l’étranger. Entre nécessité économique et coût humain, le modèle népalais interroge.

Une migration de masse devenue pilier économique

Avec près de 30 millions d’habitants, le Népal est l’un des pays au monde les plus dépendants des transferts financiers de sa diaspora ouvrière. Environ 2,5 millions de Népalais travaillent à l’étranger, principalement en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Malaisie ou en Corée du Sud.

Les envois de fonds représentent plus d’un quart du produit intérieur brut. Dans certaines années, ils ont approché ou dépassé 30 % du PIB. Peu d’économies dans le monde présentent un tel niveau de dépendance. Ces flux financent la consommation, l’éducation des enfants, l’achat de terres, la construction de maisons. Ils stabilisent la balance des paiements et soutiennent la monnaie nationale.

Dans les districts ruraux, la migration est devenue un passage presque obligé. Partir n’est plus un choix exceptionnel ; c’est une stratégie familiale. Les jeunes hommes et de plus en plus de femmes s’endettent pour financer leur départ, convaincus qu’un contrat à l’étranger vaut mieux qu’un chômage prolongé sur place.

Un coût humain massif et documenté

Mais ce modèle a un revers brutal. Depuis la fin des années 2000, des milliers de décès de travailleurs népalais ont été enregistrés à l’étranger. Les chiffres officiels font état de plus de 14 000 morts en moins de vingt ans, dont plus d’un millier certaines années récentes.

Les causes de décès déclarées sont souvent des arrêts cardiaques ou des défaillances organiques. Les ONG et chercheurs soulignent toutefois le rôle probable de l’épuisement, des températures extrêmes, de la pression psychologique et de conditions de travail éprouvantes. Dans les pays du Golfe, les ouvriers du bâtiment ou de la maintenance travaillent parfois sous des chaleurs dépassant les 45 degrés.

Les familles reçoivent alors un cercueil et une indemnisation variable, souvent insuffisante pour compenser la perte d’un revenu essentiel. Le traumatisme est double : affectif et financier. Dans de nombreux villages, la migration n’a pas seulement transformé les paysages maisons en béton flambant neuves elle a aussi laissé des veuves jeunes et des enfants grandissant sans père.

Le rôle controversé des agences de recrutement

Au cœur du système se trouvent les agences privées de recrutement. Officiellement encadrées, elles facturent aux candidats des frais censés être plafonnés. Dans les faits, de nombreux migrants contractent des prêts à des taux élevés pour payer les intermédiaires.

Ce mécanisme crée un cercle de vulnérabilité. Endetté avant même d’avoir quitté le pays, le travailleur accepte des conditions difficiles pour honorer ses remboursements. La dépendance financière limite sa capacité à contester un contrat abusif ou à quitter un employeur.

Les autorités népalaises ont adopté des réformes pour mieux protéger les migrants, renforcer les assurances obligatoires et négocier des accords bilatéraux. Mais l’application demeure inégale. Les critiques dénoncent un manque de contrôle effectif et des complicités politiques qui freinent une régulation plus rigoureuse.

Une économie piégée par sa propre dépendance

La migration massive soulève une question structurelle : le Népal peut-il se développer durablement en exportant sa main-d’œuvre ?

À court terme, les remittances soutiennent la consommation et réduisent la pauvreté. À long terme, elles peuvent décourager l’investissement productif local. Lorsque les transferts constituent la principale source de devises, l’incitation à réformer l’économie interne s’atténue.

Le pays reste confronté à un chômage élevé, à une industrialisation limitée et à une agriculture peu modernisée. L’exode de jeunes actifs réduit également la base de compétences disponibles sur place. Le paradoxe est cruel : la migration soulage l’économie mais retarde peut-être sa transformation.

Entre contrainte sociale et responsabilité politique

La formule souvent entendue « partir ou mourir » n’est pas qu’une exagération rhétorique. Elle traduit un sentiment d’impasse. Dans certaines régions, l’absence d’opportunités locales rend le départ quasi obligatoire pour espérer un revenu stable.

La responsabilité ne se limite pas aux autorités népalaises. Les pays d’accueil bénéficient d’une main-d’œuvre flexible et peu coûteuse, essentielle à leurs chantiers et à leurs services. Les mécanismes de protection des travailleurs migrants varient fortement et restent parfois insuffisants.

Le défi est donc double : améliorer la gouvernance interne du système migratoire au Népal et renforcer les normes internationales de protection du travail. Sans cela, la logique actuelle perdurera : des flux financiers indispensables, au prix d’une exposition continue à des risques majeurs.

La situation népalaise illustre un phénomène plus large dans le Sud global : des économies entières s’appuient sur l’exportation de leur force de travail. À mesure que les transitions démographiques et climatiques s’accélèrent, les migrations économiques pourraient s’intensifier. La question des droits, de la sécurité et de la dignité des travailleurs migrants deviendra centrale dans les relations internationales.

Le Népal ne peut renoncer du jour au lendemain aux milliards envoyés par ses expatriés. Mais la dépendance actuelle révèle une fragilité structurelle. Tant que la migration restera l’unique horizon pour des millions de jeunes, le pays continuera de payer un tribut humain lourd. Transformer cette nécessité en choix réel par le développement interne, la diversification économique et la protection effective des migrants constitue l’un des grands défis politiques et sociaux du Népal contemporain.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Jesse Jackson, figure historique des droits civiques des États-Unis d’Amérique, s’éteint à 84 ans

Avec la disparition du révérend Jesse Jackson, les États-Unis d’Amérique perdent l’un des derniers acteurs majeurs de la génération qui fit basculer la lutte pour les droits civiques dans l’arène politique nationale.

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Pasteur baptiste, stratège militant, candidat à l’investiture démocrate à deux reprises, Jesse Jackson aura incarné pendant plus d’un demi-siècle une voix singulière du combat pour l’égalité raciale et la justice sociale. De son compagnonnage avec Martin Luther King Jr. à ses campagnes présidentielles dans les années quatre-vingt, il a contribué à inscrire les revendications afro-américaines au cœur de la vie publique états-unienne. Son décès marque la disparition d’un témoin direct des grandes mutations politiques et sociales de la seconde moitié du XXᵉ siècle.

Une trajectoire façonnée par la ségrégation

Né en Caroline du Sud dans un contexte de ségrégation encore solidement ancré, Jesse Jackson s’engage très tôt dans le mouvement des droits civiques. Dans les années soixante, il rejoint l’entourage de Martin Luther King Jr. et participe aux mobilisations décisives contre les discriminations raciales institutionnalisées.

Après l’assassinat de King, il choisit de prolonger le combat sur un terrain plus structuré. Il fonde Operation PUSH, puis la Rainbow Coalition, avec l’ambition de fédérer Afro-Américains, travailleurs précaires, minorités ethniques et classes populaires autour d’un programme articulant justice sociale et accès équitable aux opportunités économiques. Sa démarche vise à transformer l’élan moral du mouvement en influence politique durable.

L’entrée dans la compétition présidentielle

En se présentant aux primaires du Parti démocrate, Jackson introduit une dynamique nouvelle dans la vie politique des États-Unis d’Amérique. Sa candidature dépasse le cadre symbolique : elle propose une coalition électorale multiraciale et sociale, structurée autour de la lutte contre la pauvreté, de la réforme du système électoral et de la défense des droits civiques.

S’il n’obtient pas l’investiture, il impose néanmoins un changement de perspective. Sa campagne démontre qu’un candidat issu du mouvement des droits civiques peut mobiliser à l’échelle nationale et peser dans les débats internes du parti. Cette percée contribue à élargir la représentation politique des minorités au sein des institutions états-uniennes.

Une voix morale dans l’espace public états-unien

Au fil des décennies, Jesse Jackson s’affirme comme une figure d’intermédiation dans les crises sociales et les tensions communautaires. Son autorité tient autant à son ancrage religieux qu’à son expérience militante. Dans la tradition du pastorat noir, il associe engagement spirituel et revendication civique.

Sa parole, parfois contestée, s’inscrit dans les débats récurrents qui traversent la société états-unienne : inégalités structurelles, accès au vote, système carcéral, fractures économiques. Jusqu’à un âge avancé, il demeure une référence pour plusieurs générations d’acteurs engagés dans la défense des droits fondamentaux.

Un héritage dans une démocratie en tension

La disparition de Jesse Jackson intervient alors que les États-Unis d’Amérique poursuivent leur réflexion sur les héritages de la ségrégation et les formes contemporaines de discrimination. Son parcours éclaire une transition déterminante : celle du mouvement des droits civiques vers une présence accrue dans les institutions politiques et les instances de décision.

Son action a contribué à normaliser la perspective d’une représentation afro-américaine au plus haut niveau de l’État fédéral. Elle a également participé à redéfinir les contours du débat public, en liant de manière constante la question raciale aux enjeux économiques et sociaux.

Jesse Jackson aura traversé un demi-siècle de transformations profondes des États-Unis d’Amérique sans renoncer à son exigence d’égalité. Son itinéraire rappelle que les avancées démocratiques sont le fruit d’engagements tenaces, portés par des personnalités capables de faire le lien entre mobilisation citoyenne et responsabilité institutionnelle.

Avec sa disparition, c’est une voix singulière du combat pour les droits civiques qui s’éteint, mais l’empreinte laissée sur la vie politique états-unienne demeure inscrite dans l’histoire contemporaine.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Afrique du Sud : la violence contre les mineurs et les jeunes non accompagnés devient une urgence nationale

Les violences touchant les enfants et adolescents en Afrique du Sud, ainsi que la présence croissante de mineurs non accompagnés aux frontières, révèlent une crise sécuritaire et sociale persistante, qui interpelle les autorités et les organisations de protection de l’enfance.

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Alors que le pays affiche l’un des taux de meurtre les plus élevés au monde, les mineurs sud‑africains sont particulièrement exposés à des violences graves, qu’il s’agisse d’agressions dans les zones urbaines, de recrutement par des gangs ou de déplacements dangereux vers le territoire sud‑africain depuis les pays voisins. Cette situation illustre des défaillances structurelles et la fragilité des mécanismes de protection de l’enfance, tout en reflétant des enjeux sociaux, économiques et migratoires complexes.

La violence envers les mineurs en Afrique du Sud se manifeste sous différentes formes et touche des enfants de tous âges. Les données policières et les rapports de la société civile montrent que plusieurs mineurs sont tués ou gravement blessés chaque jour, dans des contextes allant des violences de rue aux conflits liés aux gangs. Dans certaines provinces, comme le Western Cape, les adolescents sont régulièrement recrutés par des réseaux criminels pour assurer le transport de drogue ou participer à des affrontements armés, ce qui expose des jeunes vulnérables à des situations de mort précoce et d’exploitation.

En parallèle, les services frontaliers sud‑africains constatent une augmentation des mouvements de mineurs non accompagnés, notamment à la frontière avec le Zimbabwe. Ces jeunes, souvent très jeunes, voyagent sans parent ni tuteur légal et sont exposés aux dangers du trafic d’êtres humains, à l’exploitation économique et aux violences physiques. Les autorités sont confrontées à un double défi : protéger ces enfants tout en gérant les pressions migratoires et sécuritaires sur le territoire national.

La situation s’inscrit dans un contexte plus large d’insécurité. L’Afrique du Sud conserve l’un des taux de meurtres les plus élevés au monde, avec une forte concentration de crimes violents dans certaines zones urbaines et périurbaines. Les violences touchent à la fois les adultes et les enfants, mais ces derniers sont particulièrement vulnérables en raison de la pauvreté, du chômage, de la fragmentation communautaire et du manque d’accès à des services sociaux de qualité.

Cette situation traduit des déséquilibres structurels profonds hérités de l’histoire du pays et accentués par les inégalités sociales et économiques contemporaines. La marginalisation de certains quartiers, la pauvreté persistante et l’absence de perspectives pour les jeunes créent un environnement dans lequel la criminalité et la violence deviennent des réalités quotidiennes. Les mineurs, qu’ils soient recrutés par des gangs ou en déplacement pour des raisons économiques, se trouvent pris dans un cercle où sécurité, protection sociale et opportunités de développement sont insuffisantes.

Le phénomène des mineurs non accompagnés aux frontières illustre également les dynamiques régionales de migration forcée et de vulnérabilité. Il ne s’agit pas seulement de mouvements individuels, mais de structures de trafic et d’exploitation transfrontalière qui mettent en danger la vie des enfants. Cette dimension internationale souligne la nécessité d’une coordination entre États de la région pour protéger les mineurs tout en assurant la sécurité nationale.

Enfin, le phénomène met en évidence la fragilité des mécanismes de protection de l’enfance en Afrique du Sud. Les institutions chargées de la sécurité et de l’assistance sociale se trouvent souvent dépassées par l’ampleur des besoins et la complexité des situations. La violence, qu’elle soit domestique, de rue ou liée aux gangs, et l’exposition à des conditions extrêmes de migration constituent des signaux d’alerte sur la vulnérabilité systémique des jeunes dans le pays.

La situation sud‑africaine invite à réfléchir sur la manière dont les États confrontés à une violence élevée peuvent combiner protection sociale, prévention de la criminalité et gestion des migrations de mineurs. Elle interroge également sur le rôle des communautés, des ONG et des organisations internationales dans la création de réseaux de soutien efficaces pour les enfants exposés à la violence. La réponse à ces défis nécessitera non seulement des mesures de sécurité immédiates, mais aussi des politiques de long terme visant à réduire les inégalités et à offrir des perspectives aux jeunes dans les quartiers vulnérables.

La violence touchant les mineurs en Afrique du Sud et l’augmentation des mineurs non accompagnés aux frontières révèlent une crise sociale et sécuritaire complexe, où sécurité publique, protection de l’enfance et migration se croisent. L’ampleur et la gravité de la situation appellent à une approche intégrée, combinant mesures immédiates de protection et politiques structurelles de prévention. Au-delà de l’urgence, cette crise illustre les défis persistants liés aux inégalités, à la fragilité institutionnelle et à la vulnérabilité des populations jeunes dans un contexte de violence endémique.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

En Grèce, des unités de santé locale tentent de réduire les inégalités d’accès aux soins

Face à des décennies de fragilisation de son système de santé, la Grèce développe un modèle d’unités de santé locales destinées à rapprocher des soins primaires des populations vulnérables. Cette initiative, soutenue au niveau européen, permet d’entrevoir une stratégie pragmatique et réplicable pour réduire les inégalités d’accès aux services médicaux dans l’Union européenne.

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Les unités de santé locales (TOMY) centres de soins primaires implantés au plus près des citoyens sont présentées comme une réponse concrète aux difficultés d’accès aux soins en Grèce, notamment dans les zones rurales ou pour les populations fragiles. Leur développement s’inscrit dans une volonté européenne de pallier les carences des systèmes de santé nationaux et de favoriser une couverture sanitaire équitable pour tous.

Des TOMY pour désengorger les hôpitaux et rapprocher les soins

En Grèce, le modèle des unités de santé locales appelées Topikes Monades Ygias (TOMY) constitue une tentative de remédier à des lacunes structurelles de l’accès aux soins. À Giannouli, près de Larissa, une unité TOMY offre à des patients vulnérables, comme ceux souffrant de maladies chroniques, un lieu de soins primaires, de prévention et d’orientation vers des spécialistes, tout en allégeant la pression sur les services hospitaliers spécialisés.

Financées en partie par des fonds européens (notamment 202,5 millions d’euros du Fonds social européen+), ces 127 unités tentent de répondre à un triple défi : réduire la distance géographique aux soins, garantir des services médicaux essentiels et proposer un accompagnement psychosocial dans un contexte où les hôpitaux sont souvent saturés ou difficiles d’accès.

Un système de santé encore fragile, malgré les réformes

Le recours à ces unités locales ne doit pas masquer la fragilité persistante du système de santé grec. Plusieurs rapports indépendants ont souligné des déficiences structurelles profondes : sous‑financement public, pénuries de personnel, équipement insuffisant et inégalités géographiques d’accès aux services spécialisés.

Dans les régions montagneuses ou insulaires, par exemple, de nombreux citoyens doivent encore parcourir des centaines de kilomètres pour atteindre un spécialiste ou des services diagnostiques. Ces contraintes s’accompagnent de coûts financiers et psychologiques élevés pour les patients, contribuant à accroître les disparités de santé.

Soins primaires : une clé pour l’équité sanitaire

Le modèle des TOMY s’inscrit dans une philosophie promue par l’Organisation mondiale de la santé : les soins primaires doivent être le pilier de tout système de santé équitable, car ils permettent de répondre rapidement aux besoins de santé les plus fréquents, tout en favorisant prévention et continuité des soins.

Ces unités locales réunissent des équipes multidisciplinaires médecins généralistes, infirmiers, travailleurs sociaux qui peuvent assurer une prise en charge globale du patient, notamment pour les maladies chroniques ou les besoins en santé mentale, domaines historiquement sous‑servis dans de nombreux systèmes européens.

Un modèle pertinent au‑delà des frontières grecques

L’intérêt suscité par les TOMY ne tient pas seulement à leur capacité à réduire l’engorgement hospitalier. Elles permettent aussi d’incarner une approche pragmatique et décentralisée de la santé publique, susceptible d’être adaptée ailleurs dans l’Union européenne. À une époque où les systèmes de santé européens sont confrontés à des défis similaires vieillissement démographique, accès inégal aux services spécialisés, pénuries de personnel cette stratégie montre qu’une réorganisation ciblée des soins primaires peut produire des gains d’équité tangibles.

Les unités de santé locales grecques modèles ancrés dans une pratique de soins primaires de proximité offrent une réponse structurée à l’inégalité d’accès aux soins qui caractérise encore de nombreux systèmes européens. Elles rappellent que la santé universelle ne se décrète pas uniquement par des financements nationaux ou européens, mais aussi par une organisation réfléchie des services de santé autour des besoins réels des populations. En ce sens, les leçons tirées de l’expérience grecque méritent une attention attentive des décideurs européens et des praticiens des politiques de santé publics.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Des contraceptifs destinés à l’Afrique menacés de destruction : un échec de la coopération internationale et ses implications géopolitiques

Des millions de dollars de contraceptifs, financés par l’Agence des États‑Unis pour le développement international (USAID) et destinés à plusieurs pays africains, sont menacés de destruction. Cette situation, rendue possible par la dissolution de l’USAID et les limites juridiques françaises et européennes, révèle les fragilités structurelles de la coopération sanitaire internationale et expose les populations les plus vulnérables à des risques sanitaires et sociaux significatifs.

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Un stock encore valide en péril

Depuis septembre 2025, plusieurs sources fiables indiquent que des stocks de contraceptifs, comprenant préservatifs, pilules, implants et stérilets, destinés à des pays africains à faible revenu parmi lesquels le Kenya, la République démocratique du Congo, la Tanzanie, la Zambie et le Mali sont menacés de destruction. Leur valeur est estimée à environ dix millions de dollars. Ces produits, stockés principalement en Belgique, sont encore valides, avec des dates d’expiration comprises entre 2027 et 2031, ce qui rend leur destruction sanitairement et économiquement contestable.

La France est impliquée dans la chaîne logistique, notamment en cas de transfert pour incinération sur son territoire, mais les autorités françaises déclarent ne pas disposer de fondement juridique pour s’opposer à cette destruction, les produits n’étant pas classés comme médicaments d’intérêt thérapeutique majeur.

Contexte géopolitique : la dissolution de l’USAID

La menace de destruction découle directement de la dissolution de l’USAID par l’administration américaine en 2025, interrompant des programmes de coopération internationale qui assuraient la fourniture de contraceptifs et de services de planification familiale dans plusieurs pays africains.

Cette décision reflète une réorientation idéologique de la politique étrangère des États‑Unis d’Amérique, avec des restrictions accrues sur l’aide à la santé sexuelle et reproductive. Les conséquences immédiates concernent non seulement l’accès aux contraceptifs, mais également la fragilisation des systèmes de santé locaux, déjà dépendants de l’aide extérieure pour des programmes essentiels.

Conséquences humanitaires et sociétales

Les organisations non gouvernementales et institutions internationales alertent sur le risque sanitaire et social de cette destruction. Selon leurs estimations, plus d’un million de femmes et de filles en Afrique pourraient être privées d’un accès à la contraception, entraînant un accroissement du nombre de grossesses non désirées et de complications maternelles.

La situation révèle que la dépendance des systèmes de santé africains à l’aide extérieure les expose à des décisions politiques lointaines, qui peuvent avoir des répercussions directes sur les droits fondamentaux et la santé des populations.

Fragilité des mécanismes internationaux

Cette crise souligne plusieurs enjeux :

  1. Limites de la coopération internationale : la dépendance aux financements extérieurs crée une vulnérabilité structurelle, notamment lorsque les décisions des donateurs échappent aux juridictions locales ou européennes.
  2. Responsabilité partagée : la France et l’Union européenne, bien que physiquement impliquées dans la logistique, sont juridiquement contraintes, exposant un déficit de régulation face aux décisions unilatérales de puissances extérieures.
  3. Impact sur les droits reproductifs : la destruction de stocks valides constitue un recul tangible dans l’accès à la contraception, ce qui a des implications directes sur la santé publique, l’égalité des sexes et la planification familiale en Afrique.

La destruction programmée de contraceptifs financés par les États‑Unis d’Amérique révèle une fragilité majeure de la coopération internationale, où les décisions politiques unilatérales peuvent contrecarrer des programmes vitaux pour des millions de personnes. Elle illustre également la nécessité d’instruments juridiques et diplomatiques renforcés, capables de protéger les populations vulnérables et d’assurer la continuité des programmes de santé publique, même face aux changements abrupts de politique étrangère.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Iran : l’arrestation de Narges Mohammadi et les enjeux géopolitiques autour des droits humains

Le 12 décembre 2025, Narges Mohammadi, lauréate du Prix Nobel de la paix 2023, a été interpellée en Iran. Cette arrestation, dans un contexte de répression accrue, soulève des questions sur l’efficacité des distinctions internationales et sur les rapports de force dans les relations entre l’Iran et la communauté internationale.

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Narges Mohammadi est une militante iranienne de premier plan, connue pour son engagement en faveur des droits humains, notamment la lutte contre la peine de mort et pour la libération des femmes en Iran. Son arrestation ne constitue pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans un parcours de répression continu, marqué par de multiples emprisonnements et condamnations depuis les années 2000. Lors de l’attribution du Prix Nobel de la paix en 2023, Mohammadi était encore incarcérée pour « propagation de la propagande contre l’État » et « action contre la sécurité nationale ». Cette distinction a permis de porter une attention internationale sur sa cause, mais aussi de mettre en lumière la répression systématique des opposants au régime en place à Téhéran.

L’arrestation de Narges Mohammadi intervient dans un contexte de forte répression en Iran, où les libertés fondamentales sont de plus en plus restreintes. Depuis les manifestations de 2022, déclenchées par la mort de Mahsa Amini en détention policière, les autorités iraniennes ont intensifié leur surveillance des militants des droits humains, des journalistes et des défenseurs de la démocratie. L’arrestation de Mohammadi semble être une réponse du régime à la contestation croissante, tant interne qu’internationale, contre ses pratiques autoritaires.

Elle a été interpellée à Mashhad, dans le nord-est du pays, lors d’une cérémonie en hommage à Khosrow Alikordi, un autre défenseur des droits humains décédé récemment. Cette situation semble illustrer la stratégie du gouvernement iranien : contrôler et museler toute forme de contestation, même dans des événements à caractère symbolique et pacifique. De plus, l’attaque physique et la violence présumée de son arrestation indiquent la brutalité de la répression exercée par les autorités iraniennes contre ceux qu’elles considèrent comme des ennemis du régime.

Le Comité Nobel a réagi vigoureusement à cette arrestation, exigeant la libération immédiate de la lauréate. Ce geste symbolique, bien qu’important pour la reconnaissance des luttes pour les droits humains, n’aura probablement pas de conséquences concrètes sur le régime iranien. En effet, si les prix Nobel peuvent offrir une légitimité morale, ils n’ont qu’une portée limitée dans un contexte géopolitique marqué par l’autonomie des États souverains et la priorité donnée aux intérêts stratégiques.

Dans ce cadre, les condamnations internationales s’accumulent, mais la situation de Narges Mohammadi reste tributaire d’un rapport de force où les États occidentaux, tout en exprimant des préoccupations sur les droits humains, n’ont pas montré une volonté forte de rompre avec leurs engagements géopolitiques dans la région. L’Iran, de son côté, semble se montrer de plus en plus imperméable aux pressions extérieures, notamment en raison de ses enjeux internes et de ses alliances stratégiques avec des acteurs comme la Chine et la Russie.

L’affaire Narges Mohammadi soulève la question de l’efficience des mécanismes internationaux pour défendre les droits humains. Les actions diplomatiques entreprises par les organisations internationales, telles que l’ONU ou l’UE, restent largement insuffisantes face à un régime déterminé à préserver son autorité. En l’absence de mesures concrètes telles que des sanctions ciblées ou des pressions économiques efficaces les répressions comme celle vécue par Mohammadi risquent de se multiplier sans que la communauté internationale ne puisse apporter une réponse significative.

Ainsi, au-delà du cas individuel de Narges Mohammadi, c’est l’efficacité de la diplomatie des droits humains et la véritable portée des distinctions internationales qui sont mises en question. Le cas de Mohammadi illustre les limites de l’action diplomatique dans des régimes autoritaires, où les droits humains sont souvent relégués au second plan au profit de considérations géopolitiques. L’Iran, fort de son indépendance politique et économique, semble prêt à affronter la critique internationale, comme l’ont démontré ses récentes prises de position face à l’Occident.

Au-delà de la situation politique iranienne, l’arrestation de Narges Mohammadi constitue un rappel de la nécessité de soutenir les mouvements de défense des droits des femmes dans des contextes autoritaires. Dans un pays où les droits des femmes sont sévèrement limités, la militante incarne un modèle de résistance pacifique, mais déterminée. Son combat pour l’abolition de la peine de mort et pour la reconnaissance des droits des femmes demeure une cause essentielle, non seulement pour l’Iran, mais aussi pour l’ensemble du monde.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Au Royaume‑Uni, des entreprises reculent sur la diversité et l’inclusion : un signal politique et économique fort

Au Royaume‑Uni, plusieurs grandes entreprises abandonnent ou révisent leurs politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), sous l’effet d’un contexte politique international marqué par la montée de critiques à l’encontre des “politiques wokistes”. Ce mouvement suggère un recul de l’engagement corporate en matière de pluralisme et de justice sociale; un recul qui ne se limite pas à la sphère britannique, mais traduit des recompositions idéologiques et économiques à l’échelle transatlantique.

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Quand la réussite financière prime sur les engagements éthiques, la diversité devient un luxe. Au Royaume‑Uni, des entreprises de premier plan choisissent de mettre fin à des politiques DEI qu’elles jugent désormais coûteuses, polémiqueuses ou dangereuses pour leur image. Le phénomène, observé dans un contexte global de rejet croissant du wokisme, révèle l’impact tangible des dynamiques idéologiques sur les pratiques managériales.

Recul des politiques DEI : un constat d’après enquête

Selon une étude conduite par le cabinet d’avocats britannique (comme rapporté par la presse), plus de la moitié des grandes entreprises britanniques se disent en train de revoir leurs politiques DEI, certaines allant jusqu’à les abandonner complètement. Parmi les entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions de livres sterling, une proportion significative affirme avoir modifié ou supprimé des initiatives d’équité, diversité ou inclusion. Pour certaines, les critiques venues des États‑Unis d’Amérique accusant les politiques “woke” de favoriser des “privilèges identitaires” ont joué un rôle déterminant dans ce revirement.

À titre d’exemple, un grand opérateur de télécommunications a supprimé tout lien entre ses politiques DEI et son système de primes pour cadres intermédiaires, tout en affirmant préserver une “attache” aux valeurs de diversité. Ce type d’annonce illustre la tension entre communication, image publique, et décisions internes réellement contraignantes.

Ces chiffres et décisions dessinent une tendance nette : un nombre non négligeable d’entreprises britanniques considère désormais que les politiques DEI sont non seulement contestables sur le plan idéologique, mais aussi potentiellement en opposition avec les objectifs de rentabilité ou de “neutralité” perçue.

Contexte international : le reflux des politiques “woke” et l’impact des pressions idéologiques

Ce recul ne se comprend qu’à la lumière d’un contexte global marqué par la montée des critiques contre les politiques identitaires en particulier dans le monde anglo-saxon. Aux États‑Unis d’Amérique, l’administration en place et certains acteurs politiques ont ouvertement dénoncé le “wokisme” comme source de division, de discrimination “inversée” ou de favoritisme sociopolitique. Ces discours, relayés médiatiquement, trouvent un écho chez des dirigeants d’entreprises au Royaume‑Uni, soucieux d’éviter toute controverse ou accusation de “politisation” de l’entreprise.

De surcroît, le contexte économique, incertitudes post‑pandémie, crise du coût de la vie, inflation pèse sur les arbitrages des entreprises : les moyens (financiers, humains, organisationnels) consacrés à la DEI peuvent apparaître comme des postes “non essentiels” lorsque les priorités se resserrent. Dans ce contexte, l’argument du profit contre l’éthique redevient sérieux.

Ainsi, loin d’être un phénomène strictement britannique, ce mouvement s’inscrit dans un glissement idéologique et économique global : la recomposition des priorités, l’érosion de certaines avancées sociétales, la montée du conservatisme identitaire autant de dynamiques qui pèsent sur les décisions privées.

Enjeux et risques : ce qui est en jeu quand on abandonne la DEI

Abandonner ou affaiblir les politiques de diversité et d’inclusion n’est pas une simple décision interne à une entreprise c’est un choix qui peut avoir des conséquences profondes et durables.

D’abord, cela fragilise les efforts d’équité sociale : pour les minorités ethniques, les femmes, les personnes issues de milieux défavorisés ou marginalisés, la DEI représentait une porte d’accès certes imparfaite à l’égalité des chances. Le recul de ces politiques risque de rétablir des barrières structurelles invisibles, creuser des inégalités latentes, et réduire la mixité sociale et ethnique des élites économiques.

Ensuite, c’est la culture d’entreprise et le climat social au travail qui peuvent être affectés. Sans politique consciente de diversité, les biais qu’ils soient liés au genre, à l’origine, à l’âge, ou au statut socio‑économique risquent de reprendre le pas, sans contrôle ni remise en question.

Enfin, à l’échelle sociétale, ce recul envoie un message idéologique : celui que l’égalité sociale, l’équité et l’inclusion seraient des choix “optionnels”, dépendant des sensibilités du moment et des pressions extérieures. Cela pourrait alimenter la division, renforcer les inégalités structurelles, et nourrir le sentiment pour les populations concernées d’être renvoyées au second plan.

« Une question plus large : recul progressif ou simple retournement tactique ?

Il convient d’interroger la nature de ce recul. S’agit-il d’un simple ajustement tactique une réponse ponctuelle à des pressions idéologiques et à des contextes économiques difficiles ou observe‑t‑on un changement de paradigme, un glissement durable dans la manière dont les sociétés envisagent la diversité ?

Si beaucoup d’entreprises justifient leurs reculs par des impératifs économiques ou la volonté de “ne pas s’immiscer dans le débat sociétal”, le résultat effectif reste le même : un affaiblissement des mécanismes de promotion de l’égalité. À long terme, cette tendance pourrait marquer un tournant : celui d’un retour discret mais systémique vers des modèles de gestion corporative centrés sur le “mérite” traditionnel, sans aucune garantie d’équité réelle.

Ce renversement, s’il se confirme, modifie aussi la donne pour les mobilisations sociales, les engagements des associations et la législation : la pression sur les États et les régulateurs pourrait s’intensifier pour compenser un retrait privé.

Le recul des entreprises britanniques sur les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion ne peut être vu comme un simple phénomène de mode ou une réaction ponctuelle. Il s’agit d’un signal fort d’un tournant idéologique et économique, avec des conséquences profondes pour l’équité sociale, la justice dans l’emploi et la cohésion sociétale.

Dans un contexte international de montée des discours anti‑wokes, de crise économique et de recomposition des priorités corporatives, ce mouvement appelle à une vigilance renouvelée. Si la diversité et l’inclusion sont laissées au bon vouloir des entreprises, sans cadre robuste ni régulation, les progrès sociaux acquis ces dernières décennies risquent de s’éroder.

Pour la société, pour les salariés, pour les générations à venir il reste essentiel de maintenir la question de l’équité et de l’inclusion à l’agenda public, parce que derrière les chiffres et les bilans, ce sont des vies, des parcours, des chances concrètes qui se jouent.

Celine Dou

Corée du Sud : une génération qui décroche du travail / Mauvais salaires, pression hiérarchique, désillusion : pourquoi des centaines de milliers de jeunes choisissent volontairement l’inactivité

En Corée du Sud, l’une des économies les plus avancées du monde, un phénomène social majeur inquiète les autorités : un nombre croissant de jeunes, pourtant diplômés, quittent volontairement leur emploi ou renoncent à chercher du travail. Leur décision n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe d’un marché du travail devenu, selon eux, toxique, sous-rémunéré et incompatible avec un mode de vie équilibré**. Au-delà d’un fait divers social, c’est un *signal d’alarme* sur les limites d’un modèle économique bâti sur la performance et la pression hiérarchique.

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Un phénomène massif et durable

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, près de 700 000 jeunes Sud-Coréens de 15 à 39 ans sont classés dans la catégorie “resting”, c’est-à-dire ni en emploi, ni en recherche active. Un niveau jamais atteint auparavant.
Plus frappant encore : plus de 80 % de ces jeunes ont déjà travaillé, parfois plusieurs années, mais ont démissionné ou mis fin à leur recherche faute de conditions jugées acceptables.

Cette réalité est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient alors que la démographie sud-coréenne s’effondre : la population jeune diminue, mais la part des jeunes inactifs par choix continue, elle, de croître.

Mauvais salaires et explosion du coût de la vie

Le premier motif évoqué par ces jeunes est l’inadéquation entre les salaires proposés et le coût réel de la vie.
Dans les grandes villes comme Séoul, les loyers ont bondi, les frais de transport et de restauration ont augmenté, et les emplois d’entrée de carrière souvent précaires ne permettent plus de vivre décemment.

La réalité sud-coréenne contraste avec l’image d’un pays prospère : pour de nombreux jeunes, travailler ne garantit plus de pouvoir vivre, ni d’épargner, ni de progresser socialement.

Pression hiérarchique et culture du travail oppressante

La Corée du Sud est réputée pour sa culture professionnelle stricte :

  • longues heures de travail non payées,
  • hiérarchie rigide,
  • faible reconnaissance,
  • pression émotionnelle,
  • compétition interne permanente.

Plusieurs témoignages montrent des jeunes épuisés par un modèle où l’obéissance prime sur la créativité, où l’on attend des employés qu’ils fassent preuve de loyauté indéfectible, et où la critique est peu tolérée.
Cette pression constante conduit à un burn-out massif, souvent identifié comme l’une des raisons majeures de la démission volontaire.

Un paradoxe : des jeunes très diplômés… mais sans perspective

La Corée du Sud possède l’un des taux de diplômés universitaires les plus élevés au monde. Pourtant, ces jeunes peinent à trouver un emploi qui corresponde :

  • à leurs compétences,
  • à leurs attentes salariales,
  • à leur niveau d’études,
  • et à leurs aspirations personnelles.

Ils dénoncent un marché du travail où les postes qualifiés sont rares, monopolés par les grandes entreprises, tandis que la majorité des offres concerne des emplois temporaires, peu rémunérés ou peu attractifs.

Ainsi se crée un profond mismatch entre les études et la réalité professionnelle, menant à la frustration, puis au désengagement.

Conséquences psychologiques : fatigue, isolement, perte d’espérance

La vague de désengagement s’accompagne d’effets psychologiques marqués :

  • anxiété,
  • perte d’estime de soi,
  • isolement social,
  • sentiment d’échec malgré les diplômes,
  • impression d’être piégé dans un système injuste.

De nombreux jeunes affirment ressentir un défaut d’avenir dans une société où les efforts scolaires colossaux ne sont plus récompensés par une ascension sociale tangible.

Une inquiétude nationale face aux risques démographiques et économiques

Les autorités sud-coréennes s’inquiètent :

  • Le retrait massif des jeunes pèse sur la productivité nationale.
  • L’inactivité prolongée menace la stabilité économique du pays.
  • Le malaise social alimente la crise de natalité, déjà l’une des plus graves du monde.
  • À long terme, il risque de provoquer une rare “génération perdue” dans un pays développé.

Malgré des programmes de soutien à l’emploi, les réponses restent insuffisantes tant que la qualité des emplois ne s’améliore pas et que la culture du travail demeure inchangée.

Lecture géopolitique et mondiale

Ce qui se joue en Corée du Sud dépasse ses frontières.
Ce phénomène interroge les modèles de croissance basés sur :

  • la compétition extrême,
  • l’hyper-productivité,
  • la pression sociale comme moteur de performance.

Il révèle aussi une tendance mondiale : les jeunes générations de l’Asie à l’Europe, jusqu’à l’Amérique refusent de plus en plus les emplois jugés indignes, mal payés ou dévalorisants, même si cela signifie rester sans emploi.

La situation sud-coréenne est ainsi un miroir grossissant de questions globales :
➡️ quelle place accorder au bien-être dans le travail ?
➡️ comment garantir des emplois valorisants et équitables ?
➡️ que devient la “méritocratie” quand le travail ne garantit plus la mobilité sociale ?

Un pays face à un choix de société

La Corée du Sud est aujourd’hui confrontée à un défi historique : réinventer son marché du travail pour ne pas perdre les forces vives de sa jeunesse.
Le malaise actuel n’est pas une simple crise du chômage, mais une crise de sens et une remise en cause profonde d’un modèle de réussite fondé sur l’endurance et le sacrifice.

À travers cette génération qui “arrête de travailler”, c’est toute la société sud-coréenne qui envoie un message :
la dignité, la santé mentale et la qualité de vie ne peuvent plus être sacrifiées sur l’autel de la performance.

Celine Dou

L’Iran fait face à une grave pénurie d’eau : au-delà de la sécheresse, une question de gestion et d’institutions

L’Iran traverse une crise hydrique majeure qui touche des millions de citoyens. Les rivières s’assèchent, les nappes phréatiques s’épuisent et certaines régions subissent des restrictions sévères sur l’eau potable. Si la sécheresse naturelle est un facteur, cette pénurie révèle surtout des insuffisances de gouvernance et des choix politiques qui aggravent la situation.

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En Iran, plusieurs provinces connaissent actuellement des pénuries d’eau qui perturbent la vie quotidienne des habitants. L’accès à l’eau potable devient limité, les systèmes d’irrigation sont insuffisants et certaines zones rurales et urbaines doivent rationner la consommation. Cette situation, souvent présentée comme une conséquence directe de la sécheresse, est en réalité le reflet de dysfonctionnements structurels dans la gestion des ressources hydriques.

L’épuisement des nappes phréatiques et la surexploitation des rivières par des pratiques agricoles intensives et parfois illégales aggravent le stress hydrique. Des infrastructures anciennes et mal entretenues contribuent à des pertes importantes, tandis que l’urbanisation rapide de villes comme Téhéran accentue la demande en eau. Cette combinaison de facteurs montre que le problème dépasse largement le climat : il s’agit d’un défi de gouvernance et de politique publique.

L’impact social et politique de cette crise est significatif. Les restrictions d’eau et les inégalités d’accès provoquent des tensions entre provinces et entre populations rurales et urbaines. Dans certaines zones, la frustration croissante des citoyens a conduit à des manifestations locales, traduisant une perception de gestion injuste des ressources. La crise met en lumière comment la politique de l’eau, lorsqu’elle est déficiente ou clientéliste, peut devenir un facteur d’instabilité sociale.

L’analyse des pratiques agricoles montre que l’eau est utilisée de manière disproportionnée et souvent inefficace. L’irrigation traditionnelle inondante et la culture de plantes très consommatrices entraînent un gaspillage massif, sans générer de valeur économique suffisante pour compenser ce déséquilibre. L’urbanisation et le manque de planification des infrastructures hydriques amplifient ce problème, rendant la population vulnérable face à des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents.

La crise en Iran illustre également les limites des politiques publiques dans un contexte où les intérêts politiques et économiques peuvent influencer la distribution et l’accès à l’eau. Des experts internationaux recommandent une réforme profonde des institutions responsables de la gestion de l’eau, combinée à des investissements dans la modernisation des infrastructures et le contrôle strict des usages agricoles. Ces mesures sont jugées essentielles pour garantir l’équité, la durabilité et la résilience face aux aléas climatiques.

En conclusion, la pénurie d’eau en Iran ne peut pas être réduite à la sécheresse naturelle. Elle est le résultat de choix institutionnels et politiques, d’une planification insuffisante et de pratiques de gestion des ressources hydriques inadaptées. Comprendre cette crise nécessite donc de dépasser l’évidence météorologique pour analyser les structures de gouvernance et les décisions publiques qui déterminent l’accès à une ressource vitale pour des millions de personnes.

Celine Dou

Journée mondiale du diabète 2025 : bien-être, égalité des droits et justice sociale

Chaque 14 novembre, la Journée mondiale du diabète attire l’attention sur une maladie qui affecte plus de 500 millions de personnes dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. L’édition 2025, sous le thème « Bien-être et diabète », invite à dépasser la simple sensibilisation médicale pour interroger les enjeux de santé publique, de bien-être et de droits fondamentaux des personnes vivant avec cette maladie chronique.

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Le diabète n’est pas seulement un défi individuel, mais un enjeu collectif majeur. La prévalence de la maladie a augmenté de façon exponentielle depuis 1990, touchant désormais toutes les tranches d’âge et tous les continents. Selon la Fédération internationale du diabète, près de 80 % des diabétiques vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, où l’accès aux soins reste limité. Cette situation souligne la nécessité d’actions publiques coordonnées, allant du dépistage précoce à l’accès universel à l’insuline et aux dispositifs de surveillance. Le diabète comporte des risques graves pour la santé : maladies cardiovasculaires, complications rénales et oculaires, amputations. Mais au-delà de la santé physique, il entraîne une charge psychosociale considérable. L’anxiété, la dépression et le stress liés à la gestion quotidienne de la maladie sont documentés dans de nombreuses études, en France comme à l’international. L’OMS et la FID soulignent que la prise en charge du diabète doit intégrer le bien-être mental et social, et pas seulement le contrôle de la glycémie.

Le thème 2025 met en lumière un principe fondamental : la reconnaissance des droits des personnes diabétiques. Dans ce contexte, le mot “inclusion” est utilisé, mais il ne doit pas être interprété comme un privilège : il traduit la nécessité de garantir l’égalité réelle d’accès aux soins et à un environnement favorable, que ce soit à l’école, au travail ou dans la société. Concrètement, cette égalité des droits implique l’accès universel aux traitements essentiels, y compris l’insuline et les dispositifs de suivi, la protection contre la discrimination dans les milieux professionnels et éducatifs, ainsi que la prise en charge psychosociale, incluant soutien psychologique et programmes d’éducation à l’auto-gestion. Dans de nombreux pays africains et latino-américains, ces droits restent partiellement respectés, l’accès aux soins est souvent limité, les systèmes de santé insuffisamment préparés et les ressources financières inadéquates. La Journée mondiale du diabète met ainsi en lumière les inégalités persistantes et la nécessité d’une action politique et sociale déterminée.

Certains pays ont développé des stratégies intégrées pour améliorer la qualité de vie des diabétiques. La Finlande et le Japon ont mis en place des programmes communautaires combinant prévention, éducation et suivi personnalisé, tandis que la France a développé des initiatives locales visant le bien-être psychologique et l’accompagnement des diabétiques dans leur vie professionnelle. Ces comparaisons internationales montrent que la lutte contre le diabète ne se réduit pas à la sphère médicale : elle relève également d’une justice sociale et d’une responsabilité collective, pour que chaque individu puisse exercer pleinement ses droits fondamentaux.

Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent. Dans de nombreux pays à ressources limitées, l’accès aux traitements reste insuffisant, le diagnostic et le suivi continu ne sont pas garantis pour tous, et la prise en charge psychologique demeure largement sous-évaluée. Les pistes d’action incluent le renforcement des politiques nationales de santé avec une approche “life-course”, la couverture universelle des soins incluant médicaments, dispositifs et soutien psychologique, ainsi que la sensibilisation et l’éducation pour réduire la stigmatisation. Le développement de programmes de pair-aidance et la mobilisation internationale sont également essentiels pour soutenir les pays confrontés à ces défis.

La Journée mondiale du diabète 2025 ne se limite donc pas à une campagne de sensibilisation. Elle rappelle que santé publique, bien-être et égalité des droits sont intrinsèquement liés. Garantir un accès universel aux soins et un environnement social favorable ne relève pas de l’inclusion en tant que privilège, mais d’un devoir de justice et d’égalité fondamentale. Cette journée constitue un appel à la responsabilité des États, des institutions et de la société civile pour faire du droit à la santé un principe concret et effectif, afin que chaque personne diabétique puisse vivre avec dignité, autonomie et sécurité à toutes les étapes de sa vie.

Celine Dou