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Éthiopie : trois ans après Pretoria, pourquoi la paix du Tigré est à nouveau au bord de la rupture

L’offensive lancée le 23 septembre par les forces tigréennes a ouvert la crise la plus grave depuis l’accord de paix signé à Pretoria en novembre 2022. Après plusieurs jours d’avancées dans le nord de l’Éthiopie, les forces fédérales ont repris lundi Alamata, dans le sud du Tigré. Mais le retour des combats dépasse désormais les frontières de la région : l’Afar et l’Amhara sont touchés, sept groupes armés se sont alliés contre le pouvoir fédéral et Addis-Abeba accuse plusieurs pays voisins de soutenir ses adversaires. Trois ans après Pretoria, les fragilités que l’accord n’avait pas réglées ressurgissent une à une.

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Le calme n’aura finalement été qu’une parenthèse fragile. Depuis le 23 septembre, les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) affrontent de nouveau l’armée fédérale éthiopienne dans le nord du pays. Elles ont pris le contrôle de plusieurs positions et des aéroports de Mekele, Axoum et Shire, avant d’étendre leurs opérations à l’Afar et à l’Amhara. L’Union africaine a dénoncé une nouvelle escalade et appelé les protagonistes à reprendre immédiatement les discussions dans le cadre de l’accord de Pretoria.

Le rapport de force a toutefois commencé à évoluer. Lundi 28 septembre, les forces fédérales et leurs alliés ont annoncé avoir repris Alamata, une ville située à environ 120 kilomètres au sud de Mekele. Des images vérifiées par Reuters montrent des soldats favorables au gouvernement dans ses rues. Cette reprise constitue le premier retournement important depuis le début de l’offensive tigréenne.

Alamata n’est pourtant qu’un épisode d’une bataille beaucoup plus large. Dans l’Afar voisin, les forces tigréennes ont pris Erebti, tandis que les combats se poursuivent dans certaines zones de l’Amhara. Les communications sont perturbées dans le Tigré et l’accès aux populations devient plus difficile. Médecins sans frontières a signalé une forte augmentation du nombre de blessés pris en charge dans plusieurs établissements de santé.

Le fait nouveau n’est donc pas seulement le retour des armes dans le Tigré. C’est le déplacement du conflit d’une question territoriale et politique essentiellement tigréenne vers une confrontation susceptible de toucher plusieurs régions et, à terme, l’équilibre de la Corne de l’Afrique.

Pretoria avait arrêté la guerre, pas réglé ses causes

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir au 2 novembre 2022.

Après deux années de guerre entre le gouvernement fédéral et le TPLF, les deux camps avaient signé à Pretoria un accord de cessation des hostilités sous la médiation de l’Union africaine. Le texte avait permis de faire taire les armes et d’engager un processus de désarmement, de restauration des services et de retour à une administration normale du Tigré.

Mais plusieurs questions essentielles étaient restées ouvertes.

La plus explosive concerne le Tigré occidental, contrôlé pendant la guerre par des forces amhara et fédérales. Des centaines de milliers de Tigréens ont été déplacés et les dirigeants du TPLF réclament toujours le retour de cette population et la restitution du territoire. Les forces amhara rejettent, elles aussi, la revendication tigréenne sur cette zone.

Le désarmement du TPLF constitue un autre point de friction. Addis-Abeba accuse les forces tigréennes de ne pas avoir complètement renoncé à leurs capacités militaires. Les autorités du Tigré répondent que le retrait des autres forces présentes dans la région et le retour des déplacés n’ont pas été réalisés conformément à leurs attentes.

Le règlement politique n’a pas davantage produit les résultats espérés. Le TPLF a repris le contrôle de l’administration régionale cette année, tandis que le Tigré n’a pas participé aux élections fédérales de juin 2026. Plusieurs mécanismes prévus après la guerre sont ainsi restés inachevés.

Pretoria avait donc suspendu le conflit sans faire disparaître les désaccords qui l’avaient nourri.

Un rapprochement improbable contre Abiy Ahmed

La nouveauté de cette crise tient aussi à la recomposition des forces armées.

Le 21 septembre, quelques jours avant l’offensive tigréenne, sept groupes armés éthiopiens ont annoncé la création de l’Ethiopian Peoples’ Forces Alliance for Survival, avec pour objectif déclaré de renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed. L’alliance rassemble notamment le TPLF, le mouvement amhara Fano et l’Armée de libération oromo.

Cette coalition a quelque chose d’inédit.

Durant la guerre de 2020-2022, les forces amhara combattaient aux côtés de l’armée fédérale contre le TPLF. Aujourd’hui, certains de leurs représentants se retrouvent dans la même alliance que leur ancien adversaire.

Cette proximité ne signifie pas que les groupes partagent le même projet pour l’Éthiopie. Ils ont des revendications territoriales, politiques et identitaires différentes. Ce qui les réunit est d’abord leur opposition au pouvoir d’Abiy Ahmed. Sa solidité militaire et politique reste donc à démontrer. Mais pour Addis-Abeba, le changement est considérable : le TPLF n’est plus seul dans sa confrontation avec le gouvernement fédéral.

Le conflit du Tigré doit ainsi être lu à l’intérieur d’une crise plus large de l’État éthiopien, où plusieurs insurrections et tensions régionales se superposent.

Pourquoi l’Afar compte autant

L’extension des combats à l’Afar est particulièrement sensible.

Cette région relie le nord de l’Éthiopie au corridor qui conduit vers Djibouti, principal débouché maritime de l’économie éthiopienne. Pour un pays enclavé depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, cet axe représente bien davantage qu’une simple route commerciale.

Toute perturbation durable de cette zone peut affecter les déplacements, les approvisionnements et le commerce extérieur de l’Éthiopie.

C’est ce qui donne à l’offensive tigréenne une portée différente de celle d’une simple reprise des combats autour de Mekele. Le TPLF cherche à défendre ses positions dans le Tigré, mais son extension vers l’Afar ouvre aussi une porte sur des axes stratégiques qui dépassent largement les frontières de la région. Les combats dans l’Amhara ajoutent un autre front au dispositif.

La situation est d’autant plus préoccupante que l’Éthiopie fait face simultanément à d’autres foyers de violence, notamment dans l’Oromia et l’Amhara.

L’Érythrée, le voisin qui peut faire basculer l’équation

La dimension régionale devient encore plus sensible lorsqu’on regarde vers l’Érythrée.

Pendant la guerre de 2020-2022, l’Érythrée avait combattu aux côtés des forces fédérales éthiopiennes contre le TPLF. Depuis, les relations entre Asmara et Addis-Abeba se sont profondément dégradées.

La question de l’accès éthiopien à la mer Rouge est au cœur de cette détérioration. L’Éthiopie cherche à sécuriser un accès maritime durable et s’intéresse notamment aux possibilités offertes par les ports de la région. Pour l’Érythrée, toute perspective donnant à son voisin une présence stratégique sur son littoral constitue un sujet de souveraineté particulièrement sensible.

Aujourd’hui, Addis-Abeba accuse l’Érythrée de soutenir financièrement le TPLF. Le chef d’état-major éthiopien, le maréchal Birhanu Jula, a également évoqué un soutien du Soudan et de l’Égypte aux forces hostiles au gouvernement. L’Érythrée et le Soudan rejettent ces accusations.

Il faut ici distinguer les accusations des faits établis. Aucune preuve publique suffisante ne permet de présenter comme acquis un soutien militaire direct de ces trois États au TPLF. En revanche, les rivalités entre eux sont bien réelles : le Soudan est lui-même plongé dans une guerre, l’Égypte est en désaccord avec Addis-Abeba sur le Nil et le Grand barrage de la Renaissance, tandis que l’accès à la mer Rouge empoisonne les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée.

Le retour de la guerre au Tigré intervient donc dans une région déjà traversée par plusieurs lignes de fracture.

Le précédent de 2020 pèse sur chaque décision

La prudence de l’Union africaine et des Nations unies s’explique par le bilan de la précédente guerre.

Entre 2020 et 2022, le conflit avait provoqué une catastrophe humaine majeure. L’Union africaine avait estimé à environ 600 000 le nombre de morts liés aux combats, à la famine et à l’effondrement des services de santé. Des centaines de milliers de personnes étaient également restées déplacées après la fin des hostilités.

Les premiers signes de la nouvelle escalade sont déjà préoccupants. L’Associated Press rapporte environ 150 000 déplacés dans l’Afar et une forte augmentation des blessés dans plusieurs hôpitaux du nord du pays. Ces chiffres restent difficiles à consolider dans une zone où les communications sont perturbées.

L’ONU redoute précisément que la nouvelle confrontation ne débouche sur un conflit « plus large et plus dévastateur ». L’Union africaine, elle, continue de considérer Pretoria comme la base du règlement politique et a demandé à son ancien médiateur, l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, de reprendre rapidement contact avec les protagonistes.

La question n’est plus seulement de savoir qui contrôle Alamata

La reprise d’Alamata donne pour l’instant un avantage ponctuel aux forces fédérales. Elle ne règle rien sur le fond.

Le TPLF conserve des capacités militaires et bénéficie désormais d’une alliance avec des mouvements qui combattent le gouvernement sur plusieurs autres fronts. Addis-Abeba, de son côté, dispose toujours d’une armée nationale et de forces alliées capables de reprendre du terrain.

Le véritable enjeu des prochains jours sera donc de savoir si ce nouvel affrontement peut encore être contenu dans le cadre politique de Pretoria.

Car les conditions qui avaient permis l’accord de 2022 ne sont plus exactement les mêmes. Le TPLF a retrouvé une partie de son autonomie politique, les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont détériorées, les groupes amhara et oromo poursuivent leurs propres combats et une nouvelle coalition armée cherche désormais à contester le pouvoir fédéral.

Trois ans après Pretoria, la paix n’est donc pas officiellement morte. Mais les fondations sur lesquelles elle reposait sont de nouveau soumises à rude épreuve.

Si les combats restent cantonnés au nord de l’Éthiopie, Pretoria peut encore servir de point de départ à une nouvelle négociation. S’ils se connectent durablement aux conflits de l’Amhara, de l’Oromia et aux tensions avec l’Érythrée et le Soudan, la crise du Tigré pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle période d’instabilité dans toute la Corne de l’Afrique.

Celine Dou

Zimbabwe : le report des élections à 2030 ouvre une confrontation institutionnelle

Au Zimbabwe, la réforme constitutionnelle portée par le président Emmerson Mnangagwa continue de provoquer une vive contestation. Promulgué le 7 juillet, le texte modifie en profondeur l’organisation des institutions et repousse de deux ans les prochaines élections générales. Alors que le pouvoir présente cette révision comme un gage de stabilité, l’opposition y voit une remise en cause de l’ordre constitutionnel établi en 2013.

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Adoptée par un Parlement largement dominé par la ZANU-PF, la réforme prolonge de cinq à sept ans la durée des mandats du président de la République et des députés. Les élections générales, attendues en 2028, sont désormais prévues pour 2030. Le gouvernement affirme que cet allongement permettra d’assurer une meilleure continuité de l’action publique, de réduire le coût des consultations électorales et d’offrir davantage de visibilité aux politiques de développement.

Ces explications peinent toutefois à convaincre les opposants. Pour eux, le report du scrutin prive les électeurs de leur droit de se prononcer à la date prévue par la Constitution. Plusieurs partis politiques, rejoints par des avocats et des organisations de la société civile, ont saisi la Cour constitutionnelle. Ils soutiennent que des dispositions touchant à la durée des mandats et au fonctionnement des institutions ne pouvaient être modifiées sans consultation populaire.

Le débat dépasse désormais le seul affrontement entre majorité et opposition. Des juristes rappellent que la Constitution de 2013 avait été élaborée à l’issue d’un long processus de négociation destiné à renforcer les contre-pouvoirs après des décennies de concentration de l’autorité présidentielle. À leurs yeux, la réforme rompt avec cet équilibre en modifiant des dispositions considérées comme structurantes pour la vie démocratique du pays.

Le malaise gagne également certains anciens soutiens du chef de l’État. Des vétérans de la guerre de libération, longtemps proches de la ZANU-PF, ont publiquement exprimé leur désaccord. Leur prise de position traduit des fractures inhabituelles au sein du camp présidentiel, où plusieurs voix s’interrogent sur les conséquences politiques d’un nouveau changement des règles institutionnelles.

Cette séquence intervient dans un contexte économique toujours difficile. Malgré une relative stabilisation monétaire, le Zimbabwe reste confronté à une forte pression sur le pouvoir d’achat, à un chômage important et à une faible confiance des investisseurs. Pour de nombreux analystes, ces difficultés alimentent une défiance qui dépasse le seul contenu de la réforme constitutionnelle.

Les partenaires internationaux suivent également l’évolution de la situation. Les organisations de défense des droits humains appellent les autorités à garantir le libre fonctionnement de la justice et à préserver les libertés publiques durant l’examen des recours. Jusqu’à présent, ni la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ni l’Union africaine n’ont pris de position ferme sur le fond de la réforme, privilégiant une observation prudente des développements politiques.

Le Zimbabwe rejoint ainsi la liste des pays africains où les règles constitutionnelles relatives à l’exercice du pouvoir font l’objet de profondes modifications. Ces révisions nourrissent un débat récurrent entre les partisans d’une stabilité institutionnelle accrue et ceux qui considèrent que la régularité des élections demeure le principal garant de l’alternance démocratique.

La décision de la Cour constitutionnelle sera déterminante. Si la réforme est validée, le calendrier politique du Zimbabwe sera durablement redessiné jusqu’en 2030. Dans le cas contraire, le pays pourrait s’engager dans une nouvelle phase d’incertitude institutionnelle, avec des répercussions qui dépasseront largement ses frontières.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Sahara occidental : Washington relance les négociations à Madrid et les enjeux africains se renforcent

Pour la première fois, les États‑Unis d’Amérique ont facilité une réunion réunissant Maroc, Algérie, Mauritanie et Front Polisario à Madrid, marquant un tournant potentiel dans un conflit vieux de plusieurs décennies.

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Les 8 et 9 février 2026, Madrid a accueilli une rencontre diplomatique à huis clos sur le Sahara occidental, organisée sous l’égide des États‑Unis d’Amérique. Cette réunion, rassemblant toutes les parties du conflit, reflète une implication américaine sans précédent et soulève des questions majeures sur la stabilité régionale, la souveraineté des États africains et le rôle des puissances extérieures dans la résolution des conflits en Afrique.

Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, reste un territoire non autonome selon les Nations unies. Depuis la fin du cessez‑le‑feu en 1991, le Maroc contrôle la majorité du territoire et propose un plan d’autonomie élargie, tandis que le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, revendique l’organisation d’un référendum d’autodétermination incluant l’option d’indépendance.

La réunion de Madrid s’inscrit dans un processus diplomatique lancé fin janvier à Washington, visant à relancer des négociations longtemps au point mort. Elle a rassemblé les principales parties prenantes : le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario. Les États‑Unis d’Amérique ont joué un rôle actif de facilitateur direct, cherchant à créer un cadre de discussion consensuel et à favoriser la mise en œuvre de la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité de l’ONU, qui préconise une approche politique encadrée pour résoudre le conflit.

Si le contenu exact des discussions reste confidentiel, il apparaît que la réunion a permis d’engager un dialogue structuré entre des acteurs historiquement en opposition, tout en soulignant l’importance d’une solution politique durable qui respecte à la fois la souveraineté étatique et les aspirations des populations sahraouies.

Le point le plus marquant de cette initiative est la proactivité américaine, qui transforme le rôle traditionnel de Washington dans le conflit. Alors que les puissances extérieures se limitaient jusqu’ici à des déclarations politiques ou à des soutiens bilatéraux, cette réunion traduit une volonté de restructurer le dialogue et d’influencer directement les négociations.

Cette dynamique présente plusieurs implications pour l’Afrique. Premièrement, elle renforce l’idée que les puissances extérieures peuvent devenir des catalyseurs dans des conflits africains prolongés, mais elle met également en lumière la fragilité de l’influence régionale traditionnelle, notamment celle de l’Union africaine et des mécanismes de médiation locaux.

Deuxièmement, la réunion révèle que a stabilité régionale reste étroitement liée à la capacité des parties africaines à négocier un compromis. Le Maroc, l’Algérie et le Front Polisario doivent trouver un terrain d’entente sur la question centrale de la souveraineté et de l’autodétermination, sous l’œil d’acteurs extérieurs influents. Enfin, la rencontre souligne les enjeux géopolitiques et stratégiques du Sahara occidental, un territoire riche en ressources et situé à un carrefour maritime vital pour le commerce régional et international.

Cette initiative américaine ouvre un nouveau chapitre dans le dossier du Sahara occidental. Elle pose des questions sur la capacité de l’Afrique à gérer ses propres conflits face à l’implication de puissances extérieures et sur la pertinence des mécanismes internationaux pour garantir des solutions durables. La manière dont les négociations évolueront pourrait constituer un modèle pour d’autres conflits prolongés sur le continent, mais elle met aussi en évidence la nécessité d’un équilibre délicat entre influence extérieure et autonomie régionale.

La réunion de Madrid ne se limite pas à un simple round de discussions diplomatiques : elle représente un signal fort sur la volonté des États‑Unis d’Amérique d’entrer dans les négociations et de façonner le processus politique. Pour l’Afrique et les acteurs régionaux, cette dynamique souligne que la stabilité, la souveraineté et la diplomatie africaine restent au cœur des enjeux, et que toute avancée dépendra d’un équilibre subtil entre intervention extérieure et initiative locale. La compréhension de ces mécanismes est essentielle pour appréhender les réalités géopolitiques complexes du Sahara occidental et de la région maghrébine.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Algérie : mémoire coloniale et enjeux géopolitiques à l’épreuve d’Alger

Alger accueille depuis le 30 novembre une conférence internationale sur les crimes du colonialisme, organisée sous l’égide de l’Union africaine. Présentée comme une initiative visant à faire reconnaître les injustices du colonialisme et à explorer des mécanismes de réparation, l’événement est déjà l’objet de controverses, tant pour son instrumentalisation politique que pour les angles historiques qu’il omet.

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Alors que le colonialisme européen est au centre des débats, la conférence d’Alger révèle ce qui demeure largement tabou : la colonisation arabo-musulmane, qui fut souvent bien plus violente et destructrice. Par ailleurs, la réunion est rapidement devenue un outil diplomatique, permettant à l’Algérie de soutenir le Polisario et d’instrumentaliser la mémoire historique à des fins géopolitiques.

Une conférence à double enjeu

Officiellement, la conférence vise à promouvoir la reconnaissance des crimes coloniaux et à envisager des réparations pour les Africains et leurs descendants, sous le thème “Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations”. Diplomates, juristes, historiens et représentants de la diaspora africaine et caribéenne participent à l’événement. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a insisté sur la nécessité d’un cadre juridique pour restituer équitablement les biens volés et compenser les victimes, affirmant que ces mesures ne doivent être perçues ni comme des cadeaux ni comme des faveurs.

Pourtant, selon certains médias, l’Algérie a transformé cette réunion en tribune pour le Polisario, détournant partiellement l’objectif initial. La conférence illustre ainsi le risque de récupération politique de la mémoire historique, où le souvenir des crimes coloniaux sert des intérêts diplomatiques contemporains.

Contextualisation historique : entre colonialismes européen et arabo-musulman

Si la colonisation française a profondément marqué l’Algérie, il est nécessaire de nuancer le récit. Les incursions européennes ont eu pour objectif partiel de mettre un terme aux raids barbaresques qui, depuis le Maghreb, dévastaient les côtes méditerranéennes et atlantiques, allant jusqu’en Islande. Ces raids impliquaient pillages, massacres et enlèvements d’hommes, femmes et enfants, réduits en esclavage, affectant non seulement les populations africaines du Nord et sub-sahariennes, mais aussi européennes.

Par ailleurs, la composition actuelle de la population algérienne complexifie la légitimité morale d’Alger comme “pays le plus meurtri” par la colonisation européenne. Les Amazighs constituent les habitants originels, tandis que la majorité de la population est descendante de colons arabes venus après la conquête islamique. Cette réalité historique illustre un paradoxe : l’Algérie, tout en revendiquant le statut de victime du colonialisme français, est elle-même héritière d’une longue histoire coloniale interne et régionale.

mémoire et instrumentalisation

Le choix d’Alger pour accueillir la conférence n’est pas neutre. Il offre au pays une tribune stratégique pour soutenir le Polisario dans le cadre du conflit du Sahara occidental, transformant un événement de mémoire en outil diplomatique. Cette instrumentalisation illustre une tendance plus large : la mémoire historique devient un levier géopolitique, capable de renforcer l’influence régionale et internationale, tout en masquant certains aspects du passé colonial, notamment la colonisation arabo-musulmane.

La conférence met ainsi en lumière les tensions entre mémoire, justice et stratégie : comment concilier reconnaissance des injustices passées avec les réalités diplomatiques contemporaines, sans que la mémoire ne soit détournée pour servir des intérêts politiques immédiats ?

La conférence internationale sur les crimes du colonialisme à Alger révèle le double enjeu des initiatives de mémoire historique. Si elle offre une opportunité de justice et de réparation pour les victimes du colonialisme européen, elle montre également comment la mémoire peut être instrumentalisée à des fins politiques et territoriales. Les omissions historiques, notamment le silence sur la colonisation arabo-musulmane, et l’usage du forum pour soutenir le Polisario, posent la question du rôle réel de telles conférences dans la diplomatie africaine et mondiale. La mémoire historique, pour être pleinement légitime et constructive, doit être traitée avec rigueur, nuance et intégrité, au-delà des intérêts immédiats des États hôtes.

Christian Estevez

Mali-Union africaine : Bamako dément tout blocus et réaffirme sa souveraineté

Face aux accusations de blocus et d’entraves à l’acheminement des biens essentiels portées par l’Union africaine, le gouvernement malien a fermement contesté ces allégations. Bamako insiste sur la maîtrise de la situation sécuritaire et rappelle que toute intervention extérieure doit respecter la souveraineté nationale.

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Le gouvernement malien a réagi avec fermeté aux déclarations de l’Union africaine, qui avait évoqué un « blocus » supposé affecter l’approvisionnement en carburant et en biens de première nécessité dans plusieurs régions du pays. Selon Bamako, ces accusations ne correspondent pas à la réalité du terrain et visent à justifier une ingérence extérieure dans les affaires intérieures du Mali.

Dans un communiqué officiel, le ministère malien des Affaires étrangères a déclaré : « Il n’y a pas de blocus, et la situation est sous contrôle des forces de sécurité nationales. Les rapports diffusés par l’Union africaine relèvent de scénarios exagérés et ne reflètent pas la vérité. »

L’UA, de son côté, avait alerté sur les conséquences humanitaires et sécuritaires de cette prétendue obstruction, notamment dans les régions de Kayes et Nioro, où des attaques attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) auraient perturbé l’acheminement des carburants et des denrées. Ces incidents ont effectivement provoqué des perturbations locales, avec des écoles temporairement fermées et des difficultés pour les populations rurales.

L’analyse de cette situation montre que le Mali, tout en niant l’existence d’un blocus, reconnaît implicitement la vulnérabilité de certaines zones face aux attaques de groupes armés. La divergence avec l’UA illustre le dilemme récurrent entre souveraineté nationale et pression régionale pour la sécurité et l’assistance humanitaire.

Cette affaire souligne également la complexité de la gouvernance au Sahel, où les États doivent gérer simultanément les menaces sécuritaires et la perception internationale de leur capacité à protéger les populations. Pour Bamako, la priorité est de préserver l’autorité de l’État et la continuité des services, tout en résistant à ce qu’il considère comme une remise en cause de sa légitimité.

Le Mali et l’Union africaine se trouvent donc à un moment clé de négociation et de clarification des responsabilités. Si les tensions persistent, elles pourraient avoir un impact sur la stabilité régionale, les relations diplomatiques et les efforts de lutte contre le terrorisme au Sahel.

Celine Dou

L’Indonésie et l’UE concluent un accord de libre-échange

L’Indonésie et l’Union européenne (UE) ont signé mardi à Bali un accord de libre-échange, mettant fin à de longues négociations qui se sont intensifiées suite à l’augmentation des droits de douane américains.(Avec : AFP).

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