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Le Tchad quitte la CPI, Washington applaudit : la bataille pour l’avenir de la justice internationale est ouverte

Après Bamako, Ouagadougou et Niamey, N’Djamena a choisi à son tour de prendre ses distances avec la Cour pénale internationale. La décision tchadienne aurait pu rester une affaire africaine parmi d’autres. Elle a changé de dimension lorsque Washington a décidé de la saluer et d’appeler d’autres États membres à suivre le même chemin. Deux critiques venues d’horizons différents se retrouvent désormais face à la même institution : des gouvernements africains qui dénoncent une justice qu’ils jugent déséquilibrée et une puissance mondiale qui refuse depuis plus de vingt ans de reconnaître l’autorité de la Cour.

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Le retrait annoncé par le Tchad ouvre une nouvelle séquence pour la Cour pénale internationale. La contestation qui visait déjà son fonctionnement en Afrique rencontre aujourd’hui l’opposition ancienne des États-Unis d’Amérique. Les deux dynamiques ne poursuivent pas les mêmes objectifs, mais elles placent la même question au centre : une justice internationale peut-elle durer sans le soutien politique des États qu’elle entend encadrer ?

N’Djamena ferme une porte ouverte depuis deux décennies

Le 27 juillet 2026, le Tchad a notifié aux Nations unies sa décision de se retirer du Statut de Rome, le texte fondateur de la Cour pénale internationale. Le départ ne sera pas immédiat : conformément aux règles prévues par le traité, un délai d’un an doit s’écouler avant que la sortie devienne effective.

Pendant cette période, le pays reste lié par ses obligations envers la Cour. Politiquement, toutefois, le message est déjà envoyé.

Pour N’Djamena, la CPI ne répond plus aux exigences d’une justice internationale équitable. Les autorités tchadiennes dénoncent une institution qu’elles accusent de concentrer son action sur le continent africain et de ne pas appliquer les mêmes standards à toutes les régions du monde.

Cette critique n’est pas nouvelle. Depuis les premières années d’activité de la Cour, plusieurs dirigeants africains ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un déséquilibre. Le reproche revient régulièrement : l’Afrique aurait été davantage exposée aux poursuites internationales alors que certains acteurs majeurs de la scène mondiale restent hors de portée de la juridiction.

Le Sahel avant le Tchad

Avant N’Djamena, d’autres capitales avaient déjà pris leurs distances.

Bamako, Ouagadougou et Niamey ont engagé des démarches de retrait de la CPI dans une période où ces pays cherchent également à redéfinir leurs rapports avec les institutions internationales et les puissances occidentales.

Ces décisions ne répondent pas toutes aux mêmes calculs politiques. Chaque gouvernement défend ses propres priorités. Pourtant, une même idée revient : la volonté de reprendre la maîtrise de choix considérés comme relevant d’abord de la souveraineté nationale.

Dans plusieurs pays africains, la CPI reste associée à une question plus large : qui décide de la justice lorsque les rapports de force internationaux entrent en jeu ?

Washington, l’étrange soutien d’un non-membre de la Cour

La réaction des États-Unis d’Amérique a donné une portée nouvelle au choix tchadien.

Washington a salué le retrait du Tchad et appelé les autres États parties au Statut de Rome à quitter eux aussi la CPI.

La scène contient un paradoxe : une puissance qui n’a jamais accepté la compétence de la Cour encourage aujourd’hui ceux qui l’ont reconnue à s’en éloigner.

Les États-Unis d’Amérique avaient pourtant participé aux premières discussions autour de la création de la CPI. Ils avaient signé le Statut de Rome en 2000 avant de retirer leur signature en 2002. Depuis, les administrations états-uniennes successives considèrent qu’aucune juridiction internationale ne doit pouvoir exercer son autorité sur leurs ressortissants sans leur consentement.

Pour Washington, la question est celle de la souveraineté. Pour les défenseurs de la CPI, elle est celle de la responsabilité : certains crimes, en raison de leur gravité, ne peuvent rester uniquement du ressort des États.

Deux conceptions de l’ordre international s’affrontent.

Une convergence sans alliance

Le rapprochement entre les critiques africaines et la position états-unienne pourrait sembler surprenant.

Les gouvernements africains qui contestent la CPI mettent en avant l’histoire d’une justice qu’ils considèrent déséquilibrée et insuffisamment représentative du monde actuel.

Les États-Unis d’Amérique défendent une ligne différente : ils refusent qu’une institution extérieure puisse limiter leur liberté d’action politique et militaire.

Les raisons ne sont pas les mêmes. Les trajectoires non plus.

Pourtant, le résultat produit une même pression sur la Cour : celle d’une remise en cause de son autorité.

C’est là que se trouve le véritable enjeu. La CPI ne dépend pas uniquement de ses textes juridiques. Son efficacité repose aussi sur la coopération des États, sur leur volonté d’exécuter ses décisions et sur leur confiance dans son impartialité.

La bataille autour de l’universalité

Créée en 2002, la Cour pénale internationale devait répondre à une ambition : empêcher que les auteurs de crimes parmi les plus graves puissent échapper à la justice en raison de leur position politique ou de leur puissance militaire.

Vingt-quatre ans plus tard, son ambition se heurte à une réalité plus difficile.

Ses défenseurs rappellent qu’elle n’a pas vocation à remplacer les tribunaux nationaux et qu’elle n’agit que lorsque les États ne peuvent ou ne veulent pas juger eux-mêmes les crimes relevant de sa compétence.

Ses critiques estiment, eux, que son fonctionnement reste marqué par les rapports de force internationaux et qu’une justice véritablement universelle ne peut ignorer les déséquilibres entre les États.

Le débat ne porte donc pas seulement sur la CPI. Il touche à une question plus vaste : le monde accepte-t-il encore de déléguer une partie de sa souveraineté à des institutions communes ?

Le retrait du Tchad ne provoquera pas, à lui seul, l’effondrement de la Cour pénale internationale. Il marque toutefois une étape dans une période où plusieurs institutions internationales sont confrontées à une défiance croissante.

À mesure que les États revendiquent davantage leur autonomie, la justice internationale doit relever un défi difficile : prouver qu’elle peut être universelle sans être perçue comme l’instrument d’un rapport de force entre puissants et moins puissants.

De N’Djamena à Washington, la CPI se retrouve au centre d’une bataille qui dépasse son fonctionnement juridique. D’un côté, des États qui veulent reprendre le contrôle de leur souveraineté judiciaire. De l’autre, ceux qui défendent l’idée qu’aucune frontière ne devrait protéger les auteurs des crimes les plus graves.

Le retrait tchadien n’est peut-être qu’une étape. Il pose déjà une question qui pourrait définir l’avenir de la justice internationale : une institution peut-elle rester universelle lorsque ceux qui la contestent deviennent de plus en plus nombreux ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Mali-Union africaine : Bamako dément tout blocus et réaffirme sa souveraineté

Face aux accusations de blocus et d’entraves à l’acheminement des biens essentiels portées par l’Union africaine, le gouvernement malien a fermement contesté ces allégations. Bamako insiste sur la maîtrise de la situation sécuritaire et rappelle que toute intervention extérieure doit respecter la souveraineté nationale.

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Le gouvernement malien a réagi avec fermeté aux déclarations de l’Union africaine, qui avait évoqué un « blocus » supposé affecter l’approvisionnement en carburant et en biens de première nécessité dans plusieurs régions du pays. Selon Bamako, ces accusations ne correspondent pas à la réalité du terrain et visent à justifier une ingérence extérieure dans les affaires intérieures du Mali.

Dans un communiqué officiel, le ministère malien des Affaires étrangères a déclaré : « Il n’y a pas de blocus, et la situation est sous contrôle des forces de sécurité nationales. Les rapports diffusés par l’Union africaine relèvent de scénarios exagérés et ne reflètent pas la vérité. »

L’UA, de son côté, avait alerté sur les conséquences humanitaires et sécuritaires de cette prétendue obstruction, notamment dans les régions de Kayes et Nioro, où des attaques attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) auraient perturbé l’acheminement des carburants et des denrées. Ces incidents ont effectivement provoqué des perturbations locales, avec des écoles temporairement fermées et des difficultés pour les populations rurales.

L’analyse de cette situation montre que le Mali, tout en niant l’existence d’un blocus, reconnaît implicitement la vulnérabilité de certaines zones face aux attaques de groupes armés. La divergence avec l’UA illustre le dilemme récurrent entre souveraineté nationale et pression régionale pour la sécurité et l’assistance humanitaire.

Cette affaire souligne également la complexité de la gouvernance au Sahel, où les États doivent gérer simultanément les menaces sécuritaires et la perception internationale de leur capacité à protéger les populations. Pour Bamako, la priorité est de préserver l’autorité de l’État et la continuité des services, tout en résistant à ce qu’il considère comme une remise en cause de sa légitimité.

Le Mali et l’Union africaine se trouvent donc à un moment clé de négociation et de clarification des responsabilités. Si les tensions persistent, elles pourraient avoir un impact sur la stabilité régionale, les relations diplomatiques et les efforts de lutte contre le terrorisme au Sahel.

Celine Dou