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Iran-Oman : dans le détroit d’Ormuz, Téhéran tente de transformer son verrou maritime en levier diplomatique

Pendant plusieurs semaines, une étroite bande d’eau entre l’Iran et Oman est devenue le point de tension où se croisent les intérêts des grandes puissances. Alors que Washington réclame une réouverture complète du détroit d’Ormuz, Téhéran affirme être sur le point de conclure avec Mascate un compromis qui lui permettrait de préserver son influence sur cette artère vitale du commerce énergétique mondial.

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Le détroit d’Ormuz n’est plus seulement une route maritime. Il est devenu une pièce maîtresse du bras de fer entre l’Iran et les États-Unis d’Amérique. En annonçant des discussions avancées avec Oman sur un nouveau mécanisme de circulation, Téhéran cherche à desserrer la pression internationale sans donner l’image d’un recul stratégique. Derrière ce possible accord technique se joue une question beaucoup plus large : qui aura le pouvoir de fixer les règles dans l’un des passages les plus surveillés de la planète ?

Dimanche, le ministère iranien des Affaires étrangères a annoncé que les discussions avec Oman étaient entrées dans leur phase finale. Selon Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne, les deux pays seraient proches d’un arrangement autour d’une « route acceptable pour les deux parties », qui ne correspondrait ni à l’itinéraire revendiqué par l’Iran, ni à celui défendu par Oman.

Téhéran présente cet accord comme une solution permettant de respecter les intérêts souverains des deux pays riverains du détroit. Une formulation soigneusement choisie : l’Iran ne parle pas d’un abandon de contrôle, mais d’un mécanisme négocié entre voisins.

Cette nuance est essentielle. Depuis le début de la crise, le détroit d’Ormuz est devenu pour la République islamique un instrument de pression. En limitant la circulation maritime, même temporairement, Téhéran rappelle au monde une réalité géographique : une grande partie des exportations énergétiques du Golfe passe par cette voie étroite reliant le golfe Persique à l’océan Indien.

Avant la crise, environ un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures transitait par cette zone. Chaque menace sur Ormuz provoque donc une réaction immédiate des marchés, car une perturbation durable pourrait toucher les prix de l’énergie bien au-delà du Moyen-Orient.

Mais l’Iran refuse de présenter les discussions avec Oman comme une concession faite sous pression états-unienne. Les responsables iraniens insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une négociation directe avec Washington et que la question d’Ormuz relève avant tout d’un arrangement régional.

Une position qui contraste avec le discours de Donald Trump. Le président des États-Unis d’Amérique affirme que la réouverture du détroit constitue l’une des conditions majeures d’un retour à l’apaisement et présente les avancées diplomatiques comme le résultat de la pression exercée sur Téhéran.

Deux lectures s’opposent donc. Pour Washington, Ormuz doit redevenir une voie ouverte au commerce international. Pour Téhéran, il demeure une zone stratégique où ses intérêts sécuritaires et sa souveraineté doivent être reconnus.

Le choix d’Oman comme interlocuteur n’est pas un hasard. Depuis des décennies, Mascate cultive une diplomatie différente de celle de ses voisins du Golfe : moins spectaculaire, plus discrète, mais souvent efficace. Le sultanat a déjà joué les intermédiaires dans plusieurs dossiers sensibles impliquant l’Iran et les puissances occidentales.

Cette fois encore, Oman se retrouve au centre d’un équilibre délicat. Il doit préserver ses relations avec Téhéran tout en rassurant les partenaires internationaux qui dépendent de la sécurité maritime dans le Golfe.

Pour l’Iran, l’enjeu dépasse largement la circulation des navires. Dans un contexte de sanctions et de confrontation avec Washington, le contrôle d’Ormuz représente l’un de ses rares moyens de rappeler sa capacité de nuisance économique. Renoncer totalement à ce levier reviendrait à perdre une carte stratégique majeure.

Mais maintenir durablement la pression comporte aussi un coût. Une fermeture prolongée du détroit pénaliserait d’abord les économies régionales, y compris celles des alliés de Téhéran, et risquerait d’accroître l’isolement iranien.

Le compromis recherché avec Oman ressemble donc à une équation difficile : permettre au commerce de reprendre sans donner le sentiment que l’Iran a cédé face aux pressions états-uniennes.

L’accord en préparation pourrait offrir une sortie temporaire à la crise d’Ormuz. Mais il ne règle pas la question centrale qui structure les tensions depuis des années : la place que l’Iran veut occuper dans l’ordre régional et la limite que les États-Unis d’Amérique sont prêts à accepter.

Car derrière les navires, les routes maritimes et les discussions diplomatiques, Ormuz reste avant tout une bataille pour l’influence.

Le détroit d’Ormuz est devenu bien plus qu’un passage énergétique. Il est aujourd’hui le théâtre d’un affrontement entre puissance militaire, souveraineté nationale et interdépendance économique mondiale.

L’éventuel compromis entre l’Iran et Oman pourrait calmer la crise immédiate. Mais il ne fait que déplacer une question essentielle : dans le nouveau rapport de force au Moyen-Orient, qui contrôle les points de passage contrôle aussi une partie du pouvoir.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Vérif’Infos : non, le sultan d’Oman n’a pas signé récemment un décret pour accroître les échanges commerciaux avec l’Iran

Une publication largement relayée sur les réseaux sociaux affirme que le sultan d’Oman aurait récemment signé un décret visant à renforcer les échanges commerciaux avec l’Iran. Une affirmation trompeuse qui repose sur un document bien réel, mais sorti de son contexte.

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Depuis plusieurs jours, des publications circulant sur les réseaux sociaux présentent le sultan d’Oman comme ayant récemment pris la décision d’accroître les échanges commerciaux avec l’Iran par décret. L’information est souvent relayée comme un événement nouveau, susceptible d’être interprété à la lumière des tensions géopolitiques actuelles au Moyen-Orient.

Pourtant, les faits racontent une autre histoire.

Le document cité existe bel et bien. Il s’agit du décret royal n°71/2025 signé par le sultan Haitham ben Tariq. Mais contrairement à ce qu’affirment les publications virales, ce texte n’a pas été adopté récemment.

Ce décret remonte au 8 septembre 2025 et ratifie un accord commercial préférentiel conclu entre Oman et l’Iran plusieurs mois auparavant, le 27 mai 2025 à Mascate. Il ne s’agit donc ni d’une nouvelle initiative diplomatique ni d’une décision prise dans le contexte régional actuel.

L’élément trompeur réside dans la présentation de l’information. En faisant circuler aujourd’hui un texte adopté en 2025 comme s’il venait d’être signé, certaines publications donnent l’impression qu’Oman a récemment choisi de renforcer ses liens économiques avec Téhéran en réaction aux événements en cours.

Or rien ne permet d’affirmer cela.

Les relations entre Oman et l’Iran sont anciennes et régulièrement marquées par des accords de coopération économique, commerciale ou énergétique. Le sultanat occupe depuis longtemps une position particulière dans le Golfe, entretenant des relations relativement stables avec l’ensemble des acteurs régionaux, y compris l’Iran.

Verdict

Non. Le sultan d’Oman n’a pas signé récemment de décret visant à accroître les échanges commerciaux avec l’Iran. Le document cité est authentique, mais il date de septembre 2025 et ratifie un accord conclu plusieurs mois auparavant.

Celine Dou, pour la Boussole-infos