Tous les articles par Celine Dou

Rédactrice passionnée et engagée au service de la bonne information

Procès de Boualem Sansal : l’écrivain algérien face à la justice, dans un contexte diplomatique délicat

L’écrivain algérien Boualem Sansal, figure reconnue des lettres francophones, se trouve au cœur d’une procédure judiciaire à Alger qui suscite de nombreuses réactions, tant sur le plan national qu’international. L’affaire, au-delà des enjeux strictement judiciaires, met en lumière la complexité des équilibres politiques internes et des relations bilatérales entre l’Algérie et la France.

Le mardi 24 juin 2025, le tribunal d’Alger a tenu l’audience en appel du procès de Boualem Sansal. Le parquet a requis dix années de prison ferme et une amende d’un million de dinars à l’encontre de l’écrivain, aujourd’hui âgé de 80 ans. Il avait déjà été condamné en première instance à cinq ans de prison et à 500 000 dinars d’amende.

Les poursuites concernent des déclarations publiques de l’auteur dans lesquelles il abordait notamment des questions relatives aux frontières héritées de la période coloniale et aux relations régionales. Les autorités judiciaires ont estimé que ces propos constituaient une atteinte à l’intégrité du territoire national.

Durant l’audience d’appel, qui a été brève, Boualem Sansal a assuré seul sa défense, affirmant que ses prises de position relevaient de l’expression littéraire et historique, et s’inscrivaient dans le cadre des libertés garanties par la Constitution.

Depuis de nombreuses années, Boualem Sansal s’est illustré par une œuvre littéraire largement diffusée à l’étranger, souvent caractérisée par une réflexion critique sur l’histoire et la société algérienne contemporaine. Dans un contexte national où les questions de souveraineté et de mémoire demeurent sensibles, ses prises de position ont suscité des réactions diverses au sein de l’opinion publique et des autorités.

L’affaire intervient dans un climat où les questions d’expression publique et de débat historique sont encadrées avec une attention particulière par les institutions algériennes.

Cette procédure judiciaire s’inscrit également dans un contexte diplomatique suivi avec attention par la France. Selon plusieurs sources médiatiques, des discussions auraient eu lieu concernant la représentation juridique de l’écrivain lors de son procès. La France, sollicitée sur ce point, aurait accepté une modification de l’avocat initialement pressenti. Toutefois, aucun avocat étranger n’a finalement été présent à l’audience.

Les autorités françaises ont, pour leur part, exprimé publiquement leur souhait qu’un geste humanitaire soit envisagé, eu égard à l’âge avancé et à l’état de santé de Boualem Sansal, qui est atteint d’une maladie chronique.

Le tribunal d’Alger doit rendre sa décision le 1er juillet 2025. L’issue de ce procès est suivie avec attention tant par les milieux littéraires internationaux que par diverses instances politiques et diplomatiques. Elle illustre la complexité des équilibres entre souveraineté nationale, liberté d’expression et relations bilatérales dans le cadre des enjeux actuels entre l’Algérie et ses partenaires.

Cette affaire met ainsi en lumière la délicate articulation entre expression intellectuelle et cadre juridique national, dans un contexte politique et historique particulièrement sensible.

Santé sexuelle après 60 ans : une réalité ignorée, un tabou persistant

Alors que l’espérance de vie s’allonge sur tous les continents, un domaine demeure enveloppé de silence : la sexualité des seniors. Après 60 ans, le désir ne s’efface pas, il se transforme. Pourtant, les sociétés peinent à reconnaître cette évidence, tant le lien entre sexualité et jeunesse reste ancré dans l’imaginaire collectif. L’invisibilisation de la vie intime des aînés reflète bien plus qu’une simple gêne : c’est un déni de leur humanité pleine et entière.

Les chiffres sont sans équivoque. Selon une étude des Petits Frères des Pauvres, 91 % des seniors vivant en couple expriment encore du désir, et 50 % rapportent une activité sexuelle régulière. Cette réalité dépasse les frontières françaises, tant les témoignages convergent également dans les sociétés africaines, souvent tiraillées entre pudeur culturelle et reconnaissance implicite de la vitalité affective des aînés.

Les faits démentent ainsi les préjugés. Vieillir n’efface ni le besoin d’intimité, ni celui de tendresse. Le corps change, le rythme aussi, mais le désir s’adapte et persiste.

Pourquoi alors un tel silence ? Parce que la sexualité des aînés dérange. Les représentations dominantes continuent de glorifier des corps jeunes, normés, standardisés. Le vieillissement est réduit à une dégradation, et non à une évolution. Cette exclusion du champ du désir entretient la marginalisation affective des seniors, en particulier des femmes, souvent perçues comme « asexuées » dès la ménopause.

Conséquence : de nombreux aînés n’osent aborder leurs questions intimes, même auprès des professionnels de santé. Troubles érectiles, sécheresse vaginale, douleurs articulaires, diminution de la lubrification : ces réalités physiologiques naturelles restent trop souvent tues, alors même qu’elles peuvent être accompagnées et surmontées.

Passé 60 ans, la sexualité se redéfinit. Moins centrée sur la performance, elle s’enrichit d’une dimension affective plus profonde. Les caresses, les confidences, les regards complices prennent le relais de l’urgence des premières années. Chez certaines femmes, l’orgasme devient même plus intense, fort d’une meilleure connaissance de soi et d’une sérénité nouvellement acquise.

Cette intimité apaisée offre des bénéfices multiples : amélioration de l’estime de soi, bien-être psychologique, renforcement du lien conjugal, et même stimulation cognitive. Car la vie affective ne s’arrête pas au seuil de l’âge : elle continue d’entretenir la joie de vivre et l’équilibre personnel.

Au fond, le tabou de la sexualité des seniors traduit une vision utilitariste et productiviste de l’existence humaine. Une société qui refuse de reconnaître le droit au désir passé un certain âge confine ses aînés dans une forme de relégation silencieuse.

Rompre avec ce non-dit suppose d’abord une prise de conscience collective :

  • Former les médecins à accueillir la parole intime des patients âgés.
  • Inclure les plus de 60 ans dans les campagnes de prévention et de santé sexuelle.
  • Représenter positivement la diversité des âges dans les médias et la culture.
  • Ouvrir des espaces de parole, où les aînés puissent exprimer leurs attentes affectives sans crainte ni honte.

La sexualité après 60 ans n’est ni marginale, ni anecdotique. Elle participe pleinement de la qualité de vie et de la dignité humaine. En brisant le tabou qui l’entoure, il ne s’agit pas seulement de parler de plaisir, mais de reconnaître aux aînés le droit fondamental de continuer à être des êtres désirants et désirables. Le silence actuel est un aveu de frilosité collective ; il est temps d’en faire un sujet légitime de société.

Hémophilie A : des résultats préliminaires encourageants pour le NXT007 de Roche

Dans un domaine où chaque progrès médical peut transformer la vie de milliers de patients, les derniers résultats de l’essai clinique de phase I/II du traitement expérimental NXT007 développé par le groupe pharmaceutique Roche suscitent un vif intérêt au sein de la communauté scientifique. L’étude rapporte une réduction significative, voire une disparition, des saignements majeurs chez des patients atteints d’hémophilie A.

L’hémophilie A est une maladie génétique rare, liée au chromosome X, qui touche majoritairement les hommes. Elle se caractérise par un déficit en facteur VIII de coagulation, provoquant des hémorragies parfois graves et difficiles à contrôler. On estime à environ 400 000 le nombre de personnes concernées dans le monde, avec des disparités importantes d’accès aux soins entre les pays développés et les régions à ressources limitées, notamment en Afrique et en Asie.

Développé par la société pharmaceutique suisse Roche, le NXT007 est un anticorps bispécifique de nouvelle génération. Contrairement aux thérapies traditionnelles qui reposent sur des perfusions régulières de facteur VIII, ce traitement vise à imiter la fonction du facteur déficient en se fixant simultanément sur deux cibles du système de coagulation. Cette approche permettrait de réduire considérablement la fréquence des administrations et d’améliorer la qualité de vie des patients.

Les premiers résultats publiés dans le cadre de l’étude de phase I/II sont jugés très prometteurs : chez les patients traités, aucun saignement majeur n’a été observé pendant la période de suivi. Les chercheurs soulignent cependant que ces résultats concernent un échantillon limité et que la prudence reste de mise avant toute généralisation.

L’hémophilie reste une maladie particulièrement pénalisante dans de nombreux pays en développement, où les produits dérivés du plasma et les facteurs de coagulation sont souvent rares, coûteux, ou soumis à des risques de contamination. En Afrique subsaharienne, notamment, de nombreux patients ne bénéficient pas d’un diagnostic précoce ni d’une prise en charge adaptée, exposant les jeunes enfants à des complications orthopédiques lourdes et à un risque accru de mortalité.

Si les études futures confirment l’efficacité et la sécurité du NXT007, ce traitement pourrait constituer une avancée majeure, à condition toutefois que son accessibilité financière soit assurée au-delà des seuls marchés des pays industrialisés. Comme souvent en matière de santé mondiale, l’innovation technologique pose également la question cruciale de l’équité dans l’accès aux soins.

Avant toute commercialisation à large échelle, le NXT007 devra franchir avec succès les essais cliniques de phase III, impliquant un plus grand nombre de patients et des périodes de suivi prolongées. Par ailleurs, les agences de régulation sanitaire devront évaluer non seulement l’efficacité mais aussi la tolérance du traitement sur le long terme, notamment vis-à-vis de possibles complications thromboemboliques.

Le groupe Roche, qui commercialise déjà l’anticorps bispécifique Hemlibra (émicizumab) largement utilisé dans le traitement de l’hémophilie A, affirme que le NXT007 pourrait offrir un contrôle encore plus stable des saignements, avec des injections espacées jusqu’à une fois par mois, voire moins.

Si ces résultats se confirment, le NXT007 s’inscrirait dans la continuité des progrès récents qui transforment progressivement la prise en charge des maladies hémorragiques rares. Reste toutefois à veiller à ce que ces avancées, fruits de la recherche biomédicale des grands groupes pharmaceutiques, ne creusent pas davantage les écarts d’accès entre les pays industrialisés et les régions encore très exposées à la précarité sanitaire.

Musique – Kpop : BLACKPINK un retour mondial sous haute tension

Après près de trois ans d’absence collective, le groupe sud-coréen BLACKPINK s’apprête à lancer sa nouvelle tournée mondiale. Mais derrière l’euphorie apparente, les interrogations des fans soulignent les tensions d’une industrie musicale globalisée toujours plus dépendante des stratégies commerciales.

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Quand ChatGPT ampute la pensée : inquiétudes sur la santé cognitive de la jeunesse

Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) vient de publier une étude qui ravive un débat fondamental : l’impact des intelligences artificielles génératives, telles que ChatGPT, sur nos capacités cognitives. Les chercheurs mettent en lumière une possible baisse d’activité neuronale et de mémoire profonde chez les utilisateurs intensifs. Loin des promesses souvent dithyrambiques sur les bienfaits des IA dans la productivité et l’éducation, les conclusions soulèvent des interrogations sérieuses, en particulier pour les jeunes générations.

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Afrique du Sud : à Soweto, une Journée nationale de prière face aux fractures encore béantes de l’après-Apartheid

Hier dimanche, à Soweto, hauts lieux de la mémoire sud-africaine, des milliers de citoyens se sont rassemblés pour la Journée nationale de prière, placée sous le thème explicite : « Confronter le passé, bâtir une société réconciliée ». Derrière les hymnes et les supplications, c’est tout un pays qui, une fois de plus, a été contraint de regarder en face ses blessures profondes, héritées du régime d’Apartheid.

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Yeztugo : la révolution silencieuse de la prévention du VIH, entre percée scientifique et inégalités d’accès

Le 18 juin 2025, la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis d’Amérique a approuvé un nouveau traitement préventif contre le VIH : Yeztugo, nom commercial du lenacapavir. Présenté comme une avancée majeure dans la lutte contre le sida, ce médicament injecté seulement deux fois par an affiche une efficacité proche de 100 % dans la prévention des infections. Mais derrière l’enthousiasme scientifique, se dessinent déjà les contours familiers d’un monde médical à deux vitesses.

Développé par le laboratoire états-unien Gilead Sciences, Yeztugo repose sur une molécule innovante, le lenacapavir, qui agit en inhibant la capside du VIH, bloquant ainsi l’entrée du virus dans les cellules. Son mode d’administration une injection sous-cutanée tous les six mois représente une avancée pratique décisive par rapport aux traitements oraux quotidiens de PrEP (Prophylaxie pré-exposition), souvent contraignants en termes d’observance.

Les résultats des essais cliniques sont impressionnants. Lors de l’étude PURPOSE 1 menée en Afrique subsaharienne auprès de femmes cisgenres, aucune infection au VIH n’a été observée parmi les 2134 participantes. Dans une seconde étude, PURPOSE 2, conduite principalement aux États-Unis et en Amérique latine sur des hommes cisgenres et des personnes transgenres, seuls deux cas d’infection ont été recensés sur 2179 participants, soit une efficacité estimée à 99,9 %. De nombreux scientifiques évoquent un « tournant historique », et le prestigieux journal Science a classé le lenacapavir parmi les découvertes de l’année 2024.

L’approbation de Yeztugo aux États-Unis ouvre une nouvelle ère thérapeutique, mais interroge également sur le modèle d’accessibilité mondiale aux innovations médicales. Le prix annoncé pour le traitement est de 28 218 dollars par an. Certes, Gilead s’est engagé à proposer des licences gratuites à des fabricants de génériques dans 120 pays à revenu faible ou intermédiaire, principalement en Afrique et en Asie. Mais ce geste, s’il est notable, ne garantit en rien un accès effectif.

En effet, ces pays devront affronter des défis majeurs : infrastructure sanitaire adaptée, personnel formé, capacité de diagnostic régulier (notamment pour vérifier la séronégativité avant chaque injection, condition impérative à la sécurité du traitement), chaînes de froid, dispositifs de financement… autant d’obstacles qui risquent de ralentir, voire de limiter, l’impact de cette innovation là où elle pourrait être la plus salutaire.

L’introduction de Yeztugo ravive un débat ancien mais toujours brûlant : le droit à la santé est-il subordonné au pouvoir d’achat ? Alors que le VIH continue de faire des ravages, en particulier en Afrique subsaharienne, les technologies les plus efficaces émergent dans les pays riches et peinent à franchir les frontières des inégalités structurelles.

Plus encore, cette nouvelle génération de traitements pourrait rendre plus complexe la recherche vaccinale, car l’efficacité d’un vaccin devient plus difficile à démontrer en comparaison d’un produit déjà quasi infaillible. Cela pose un enjeu stratégique pour les politiques de santé publique à long terme.

L’Afrique, particulièrement touchée par le VIH, devra faire preuve de volontarisme politique, mais aussi de résilience face aux dépendances pharmaceutiques mondiales. La possibilité d’une production générique locale, la mise en place de campagnes de sensibilisation, et l’intégration du lenacapavir dans les programmes nationaux de santé publique seront des marqueurs décisifs.

Plus globalement, cette innovation interroge les institutions internationales telles que le Fonds mondial ou le PEPFAR : seront-elles à la hauteur de l’enjeu pour garantir un accès équitable à Yeztugo ? Ou verrons-nous se rejouer une distribution asymétrique comme lors des débuts des trithérapies ou, plus récemment, des vaccins contre la Covid-19 ?

Yeztugo est, sans doute, une révolution thérapeutique. Mais comme toute révolution, elle ne sera complète que si elle transforme la réalité des plus vulnérables, et pas seulement les pratiques médicales dans les cliniques huppées de San Francisco ou de Paris. Il ne suffit pas d’innover. Encore faut-il partager équitablement les fruits de l’innovation.

Alors que l’Occident célèbre à juste titre ce pas de géant, le reste du monde et particulièrement l’Afrique regarde l’horizon avec espoir, mais aussi lucidité. Une avancée scientifique n’est un progrès humain que lorsqu’elle devient un bien commun, accessible à toutes et tous.

Musique – tournée française de Beyoncé : quand le « business parallèle » des commerçants freine le succès populaire

Le premier des trois concerts français de Beyoncé, dans le cadre de son « Cowboy Carter Tour 2025 », s’est tenu hier au Stade de France. Pourtant, l’événement n’a pas affiché complet, malgré l’immense popularité de l’artiste états-unienne et une demande initiale forte. Une situation paradoxale qui illustre un phénomène désormais bien identifié autour des grandes tournées internationales : le développement d’un juteux business local dont la spéculation finit parfois par desservir l’artiste lui-même.

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Budapest : bras de fer juridique autour de la Marche des fiertés entre le pouvoir central et la municipalité

En Hongrie, la tenue de la prochaine Marche des fiertés à Budapest est devenue le théâtre d’un affrontement institutionnel entre le gouvernement du Premier ministre Viktor Orbán et le maire de la capitale, Gergely Karácsony. L’enjeu dépasse le simple cadre de la manifestation : il soulève des questions complexes de droit public, de gouvernance locale, de libertés civiles et de rapports de force au sein de l’Union européenne.

Le 18 juin, la police hongroise a interdit la tenue de la prochaine édition de la Marche des fiertés, invoquant une loi récente entrée en vigueur en mars 2025. Ce texte, soutenu par le gouvernement de Viktor Orbán et adopté par le Parlement à forte majorité, modifie la réglementation sur les rassemblements publics. Il introduit un nouveau principe : la protection prioritaire des enfants contre les « contenus ou manifestations pouvant promouvoir des orientations sexuelles non traditionnelles ».

Selon les autorités nationales, cette législation vise à limiter l’exposition des mineurs à des messages jugés contraires aux valeurs familiales traditionnelles, considérées par le gouvernement comme un pilier de l’identité hongroise.

Face à cette interdiction, le maire de Budapest, Gergely Karácsony issu de l’opposition a annoncé que la municipalité prendrait en charge l’organisation de la manifestation sous le statut d’« événement municipal », et non comme un rassemblement public au sens strict de la loi. Par cette manœuvre juridique, la mairie entend contourner la compétence de la police nationale en matière de maintien de l’ordre.

Le maire a déclaré que la décision d’interdiction n’avait « aucune valeur juridique contraignante » pour la ville, et que l’événement se tiendrait comme prévu. Cet affrontement juridique inédit souligne les tensions croissantes entre les pouvoirs locaux et l’État central hongrois sur la question des compétences respectives.

L’affaire a rapidement pris une dimension internationale. Plusieurs dizaines de députés du Parlement européen ont annoncé leur intention de se rendre à Budapest pour assister à la manifestation. Certains responsables politiques union-européens qualifient l’interdiction hongroise de « violation des droits fondamentaux », relançant les tensions récurrentes entre Bruxelles et Budapest.

De son côté, la Commission européenne envisage d’engager une nouvelle procédure judiciaire contre la Hongrie devant la Cour de justice de l’Union européenne, au motif que cette loi enfreindrait les principes de liberté de réunion et de non-discrimination reconnus par les traités européens.

Au-delà de l’interdiction elle-même, la réforme législative autorise désormais l’usage de la reconnaissance faciale lors de manifestations interdites, dans le but de dresser des listes de participants et de sanctionner les contrevenants par des amendes administratives, pouvant atteindre plusieurs centaines d’euros.

Cette mesure, présentée par le gouvernement comme un outil de prévention des troubles à l’ordre public, alimente les craintes de dérives sécuritaires. Plusieurs organisations de défense des libertés civiles expriment leurs inquiétudes quant à l’usage massif de technologies de surveillance, qui pourraient s’étendre à d’autres domaines de la vie publique.

La séquence actuelle s’inscrit dans un contexte politique intérieur particulier en Hongrie. Viktor Orbán, au pouvoir depuis 2010, continue de consolider son socle électoral conservateur, en vue des élections législatives prévues en 2026. Les thématiques liées à la famille, à la souveraineté culturelle et à la protection de la jeunesse figurent parmi les axes majeurs de sa communication politique.

Pour l’opposition municipale de Budapest, cet affrontement représente également un levier de mobilisation contre l’autoritarisme supposé du pouvoir central, dans une Hongrie où les marges de manœuvre des contre-pouvoirs institutionnels sont souvent limitées.

Au-delà de la seule question de la Marche des fiertés, la situation à Budapest illustre plusieurs tensions sous-jacentes dans l’Union européenne actuelle :

  • les conflits de compétences entre échelons nationaux et locaux ;
  • les divergences d’interprétation sur la protection des libertés fondamentales ;
  • les débats autour de la souveraineté culturelle et des normes sociales au sein de l’espace européen.

Il est peu probable que cet épisode clos le débat : tant au niveau interne qu’à l’échelle union-européenne, la question de l’équilibre entre ordre public, valeurs traditionnelles et libertés civiles continuera d’alimenter des controverses durables.

France : vers une redéfinition du viol centrée sur le non-consentement

La France s’apprête à faire évoluer l’une des notions juridiques les plus sensibles de son Code pénal : celle de viol. Mardi 18 juin, le Sénat a adopté à l’unanimité une proposition de loi redéfinissant cette infraction pénale à partir du seul critère du non-consentement. Une avancée juridique saluée par une large partie de la société civile, qui place désormais l’Hexagone dans le sillage de plusieurs pays ayant déjà réformé leur droit en ce sens. Mais ce tournant symbolique soulève aussi des interrogations sur les modalités d’application concrète.

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