Archives pour la catégorie histoire

Mémoire et diplomatie : le 64e anniversaire du massacre d’Algériens à Paris et ses répercussions sur les relations Algérie-France

Le 17 octobre 2025, l’Algérie commémore le 64e anniversaire du massacre d’Algériens à Paris en 1961, un épisode longtemps occulté de l’histoire coloniale française. Alors que les tensions diplomatiques entre Alger et Paris connaissent leur plus grave crise depuis l’indépendance, cette commémoration invite à réfléchir sur le poids du passé colonial dans les relations bilatérales contemporaines.

Lire la suite: Mémoire et diplomatie : le 64e anniversaire du massacre d’Algériens à Paris et ses répercussions sur les relations Algérie-France

Il y a 64 ans, des manifestants algériens pacifiques étaient violemment réprimés à Paris : dizaines de morts, blessés jetés dans la Seine et milliers d’arrestations. Aujourd’hui, ce souvenir se retrouve au cœur d’une crise diplomatique, rappelant que l’histoire coloniale continue d’influencer les relations politiques et diplomatiques.

Contexte historique : un massacre longtemps occulté

Le 17 octobre 1961, des milliers d’Algériens manifestaient à Paris contre un couvre-feu discriminatoire imposé exclusivement aux résidents algériens. La répression, orchestrée par le préfet de police Maurice Papon, fut d’une brutalité extrême : des dizaines de manifestants furent tués, des blessés jetés dans la Seine et plus de 12 000 personnes arrêtées. Des témoignages historiques rapportent également des cas de tortures et de mauvais traitements sur les détenus.

Cet événement, longtemps nié ou minimisé par les autorités françaises, est désormais reconnu comme un crime d’État, mais les débats sur l’ampleur exacte des pertes humaines perdurent.

Mémoire et reconnaissance

La reconnaissance officielle fut tardive. Ce n’est qu’en 1998 que le président Jacques Chirac évoqua le massacre du 17 octobre comme un crime d’État. Depuis, des plaques commémoratives et des cérémonies annuelles sont organisées à Paris et dans d’autres villes, rendant hommage aux victimes. Toutefois, certains historiens et associations jugent que la France n’a pas encore pleinement fait la lumière sur cet épisode et que les excuses officielles restent partielles.

En Algérie, la mémoire du 17 octobre 1961 reste vivace : elle est célébrée chaque année comme un symbole des souffrances endurées pendant la colonisation et de la lutte pour la reconnaissance des crimes coloniaux.

Crise diplomatique et héritage colonial

La commémoration de 2025 intervient dans un contexte de crise diplomatique majeure entre l’Algérie et la France, la plus grave depuis 1962. Depuis juillet 2024, le rappel de l’ambassadeur algérien à Paris a entraîné des expulsions réciproques de diplomates et une « guerre des visas », affectant voyageurs, étudiants et échanges économiques.

Le souvenir du massacre de 1961 s’inscrit dans ce contexte : il renforce la sensibilité des autorités et de l’opinion publique algérienne face aux gestes et discours français, et illustre comment le passé colonial continue de peser sur les relations bilatérales.

Mémoire, justice et dialogue

L’anniversaire du 17 octobre 1961 illustre la nécessité d’un dialogue sincère sur la mémoire coloniale. Pour l’Algérie, il s’agit d’une question de justice historique et de reconnaissance des victimes. Pour la France, cet épisode met en lumière l’importance de transparence et responsabilité, afin de construire un cadre de relations bilatérales apaisé et durable.

La mémoire du 17 octobre 1961 est ainsi bien plus qu’un rappel historique : elle conditionne la diplomatie, influence les perceptions politiques et façonne les relations contemporaines entre les deux pays.

Le 64e anniversaire du massacre du 17 octobre 1961 constitue un moment de mémoire et de réflexion. Dans un contexte diplomatique tendu, il rappelle que la reconnaissance des injustices passées et le dialogue historique sont essentiels pour établir une relation équilibrée et respectueuse entre l’Algérie et la France.

Celine Dou

Chypre occupée : la guerre contre la mémoire religieuse

Profanation des églises, disparition d’icônes sacrées, transformation des lieux saints en écuries ou entrepôts : 51 ans après l’invasion turque, une campagne d’effacement systématique du patrimoine chypriote grec interpelle l’Union européenne sur ses responsabilités mémorielles et culturelles.

Il ne s’agit pas d’un simple différend territorial. Ni d’une querelle religieuse secondaire. Cinquante-et-un ans après l’invasion militaire du nord de Chypre par la Turquie, les chiffres révélés lors d’une conférence organisée au Parlement européen à Bruxelles, le 1er juillet 2025, témoignent d’une stratégie plus profonde : l’effacement méthodique de la mémoire chrétienne orthodoxe dans les territoires occupés.

À l’initiative du député chypriote Michális Hadjipantela (PPE), la conférence a dressé un constat alarmant : destruction, transformation ou abandon massif des lieux de culte orthodoxes dans la partie nord de l’île. Le métropolite Basile de Constantia et Famagouste, l’une des voix spirituelles les plus autorisées sur ce dossier, a dénoncé une politique de profanation organisée, appuyée par des chiffres concrets :

  • 25 églises détruites ou gravement endommagées,
  • 24 converties en entrepôts,
  • 17 en écuries,
  • 16 transformées en mosquées,
  • 21 rasées.

À cela s’ajoute le pillage systématique d’objets liturgiques, la disparition d’icônes anciennes et la profanation de nombreux cimetières chrétiens.

L’enjeu dépasse les lieux eux-mêmes : il concerne la mémoire, la continuité historique et le droit des peuples à préserver leurs repères culturels. Le nord de Chypre, sous occupation turque depuis 1974, fonctionne comme un territoire isolé où l’histoire chrétienne orthodoxe de l’île est progressivement gommée. Pour le métropolite Basile, il s’agit d’une « stratégie d’effacement identitaire », niant à une population son droit à se souvenir, à transmettre et à exister culturellement dans ses propres lieux.

Dans les couloirs du Parlement européen, certains n’ont pas hésité à employer les termes de « nettoyage culturel » ou de « guerre contre la mémoire ».

Au cœur des échanges, une question dérangeante : que vaut l’engagement européen en faveur du patrimoine et des droits fondamentaux, si l’un de ses propres États membres Chypre voit ainsi bafouée son histoire sur une partie de son territoire, sans réaction ferme des institutions ?

La conférence a fait écho à une inquiétude croissante : la passivité européenne devant des faits que certains pays membres qualifieraient ailleurs de crimes contre le patrimoine. Car derrière les pierres, ce sont des symboles qui tombent. Or, l’Union européenne s’est constituée aussi comme projet de mémoire commune, d’identité respectueuse des diversités, et de réconciliation durable.

Le cas de Chypre est un révélateur de contradictions profondes. D’un côté, l’Union européenne affirme ses principes : État de droit, protection du patrimoine, défense des minorités. De l’autre, elle ménage la Turquie, acteur stratégique dans la région, pays candidat à l’adhésion depuis 1999, mais de plus en plus éloigné des standards européens.

L’absence de reconnaissance de la République turque de Chypre du Nord (RTCN), proclamée unilatéralement en 1983 et soutenue uniquement par Ankara, n’a pas empêché l’installation de faits accomplis. L’occupation militaire s’est accompagnée d’une colonisation démographique progressive, de transferts de populations, et d’une politique de turquisation culturelle.

Dans ce contexte, l’effacement des églises n’est pas une anomalie : il est un outil. Il témoigne d’une volonté d’ancrer une nouvelle identité dans le nord de l’île, coupée de ses racines gréco-chypriotes.

Alors que la Cour européenne des droits de l’homme a déjà condamné la Turquie pour atteintes aux droits culturels et religieux à Chypre, les décisions demeurent peu appliquées. Sur le terrain, les appels à la restauration du patrimoine détruit restent lettre morte.

Ce vide juridique et diplomatique est d’autant plus inquiétant qu’il s’accompagne d’un silence médiatique relatif, alors même que d’autres conflits patrimoniaux en Ukraine, en Irak ou en Arménie mobilisent largement les institutions internationales.

La conférence de Bruxelles n’a pas été qu’un moment de dénonciation. Elle a aussi formulé des pistes d’action :

  • Mise en place d’un inventaire européen du patrimoine menacé.
  • Mobilisation d’experts indépendants pour documenter les destructions.
  • Pressions diplomatiques sur Ankara, conditionnant certains accords à des engagements concrets sur la restauration et la protection des lieux de culte.

Mais, pour que ces intentions prennent corps, encore faut-il qu’un consensus politique se dégage. Or, Chypre est souvent considérée comme une « périphérie » européenne, bien loin des centres de décision à Paris, Berlin ou Bruxelles.

Il ne s’agit pas d’entretenir le ressentiment, mais de restaurer une justice élémentaire. Les églises ne sont pas seulement des bâtiments religieux : elles sont aussi des témoins d’une histoire européenne multiséculaire. Leur profanation n’est pas un détail du passé : c’est un symptôme du présent, où la force prime parfois sur le droit, et où la mémoire devient une cible politique.

Le silence, en pareil cas, est une forme de renoncement.

80 ans de l’ONU : l’anniversaire d’une géante fatiguée

Le 26 juin 1945, dans un San Francisco encore marqué par la guerre, naissait l’Organisation des Nations unies. Huit décennies plus tard, l’institution censée garantir la paix et promouvoir la coopération entre les États peine à dissimuler ses failles. Entre blocages politiques, érosion budgétaire et crise de légitimité, l’ONU traverse une période de turbulences qui l’oblige à s’interroger sur son avenir. Ce 80e anniversaire, loin de toute célébration triomphale, sonne comme un appel à une réforme profonde ou à un déclin irréversible.

Créée dans la foulée de la Seconde Guerre mondiale pour éviter la répétition des catastrophes du XXe siècle, l’ONU a longtemps incarné un idéal de coopération internationale. Elle a joué un rôle central dans la décolonisation, accompagné la naissance de nombreux États africains et asiatiques, soutenu la lutte contre l’apartheid et supervisé de nombreuses missions de maintien de la paix. Le système onusien, avec ses agences spécialisées (OMS, FAO, UNESCO, etc.), a contribué à structurer la diplomatie mondiale pendant des décennies.

À sa naissance, l’ONU représentait un monde bipolaire structuré autour de deux superpuissances. Aujourd’hui, elle évolue dans un monde fragmenté, multipolaire, où les anciens équilibres sont remis en question. Cette nouvelle donne mondiale l’affaiblit plus qu’elle ne la renforce.

Au fil des années, l’ONU s’est vue reprocher son incapacité à prévenir ou résoudre les conflits majeurs. Le Conseil de sécurité, organe central des décisions coercitives, est souvent paralysé par le droit de veto des cinq membres permanents les États-Unis d’Amérique, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. Cette structure figée, héritée de 1945, ne reflète plus la répartition actuelle du pouvoir mondial.

Les récentes crises ont mis en lumière cette impuissance : blocages sur la guerre en Ukraine, silence relatif sur Gaza, inefficacité face à la guerre civile au Soudan, inaction prolongée au Yémen. Dans le même temps, les contributions financières des grands États se réduisent, fragilisant les capacités opérationnelles de l’organisation. Les États-Unis d’Amérique, historiquement le premier bailleur de fonds, ont plusieurs fois suspendu ou réduit leur financement, mettant en péril certaines agences vitales.

Depuis les années 1990, les appels à une réforme du Conseil de sécurité se multiplient. L’Inde, le Brésil, l’Allemagne, le Japon, l’Union africaine réclament un élargissement et une meilleure représentativité, en particulier pour les pays du Sud, sous-représentés dans les instances décisionnelles. Mais ces demandes se heurtent aux résistances des membres permanents, peu enclins à partager leurs privilèges.

L’Afrique, qui représente aujourd’hui 28 % des États membres de l’ONU, n’a toujours aucun siège permanent au Conseil de sécurité. Cette absence alimente une défiance croissante envers une gouvernance mondiale jugée déséquilibrée, et parfois néocoloniale dans ses approches.

En parallèle, des alliances régionales ou idéologiques comme les BRICS+ ou l’Organisation de coopération de Shanghai prennent de plus en plus d’ampleur, court-circuitant souvent les mécanismes onusiens. Le multilatéralisme se fragmente, et l’ONU peine à rester le centre de gravité des relations internationales.

Malgré ses failles, l’ONU conserve une utilité diplomatique certaine. Elle reste un cadre de dialogue universel, un espace où même les ennemis peuvent se parler. Ses agences continuent d’agir efficacement dans des domaines comme la santé, l’éducation, l’alimentation ou les droits humains, même si elles sont parfois critiquées pour leur bureaucratie ou leurs lenteurs.

Mais le dilemme demeure : soit l’ONU se réforme en profondeur pour s’adapter au XXIe siècle, soit elle s’enfonce dans une marginalisation progressive. Dans un monde où les blocs se durcissent, où les rivalités s’aiguisent, et où les défis globaux changement climatique, pandémies, migrations, cybersécurité exigent des réponses coordonnées, le besoin d’un multilatéralisme efficace n’a jamais été aussi fort. Reste à savoir si la volonté politique suivra.

À 80 ans, l’ONU n’a jamais été aussi essentielle et aussi contestée. Loin des célébrations convenues, cet anniversaire met en lumière les tensions d’un ordre mondial en mutation. L’institution fondée sur les cendres de la guerre mondiale peut-elle encore incarner l’avenir ? Ou deviendra-t-elle un témoin dépassé d’un monde révolu ? Une chose est sûre : sans transformation, la géante onusienne pourrait bien rester figée dans l’histoire, regardant passer les recompositions sans plus les influencer.

Culture hassanie : entre effacement algérien et reconnaissance marocaine, l’histoire invisible d’un peuple pluriel

La culture hassanie, issue du Sahara occidental et forgée par des siècles de nomadisme, de poésie orale et de traditions tribales sahariennes, vit aujourd’hui une double trajectoire géopolitique. D’un côté, elle est inscrite dans la Constitution marocaine de 2011 comme composante essentielle de l’identité nationale. De l’autre, elle demeure confinée, marginalisée, voire niée dans les camps de Tindouf, en territoire algérien. Derrière cette divergence se joue un affrontement plus large : celui du récit, du droit culturel et de la souveraineté.

Lire la suite Culture hassanie : entre effacement algérien et reconnaissance marocaine, l’histoire invisible d’un peuple pluriel

En France l’Assemblée nationale vote à l’unanimité l’élévation d’Alfred Dreyfus au grade de « général de brigade »

L’Assemblée nationale a voté à l’unanimité l’élévation au grade de général de brigade du militaire français Alfred Dreyfus le lundi 2 juin. Condamné à partir de fausses accusations montées sur fond d’antisémitisme, le capitaine avait demandé à voir sa carrière revalorisée dès son innocence reconnue, en 1906, sans obtenir gain de cause. Le Sénat devra se prononcer sur le texte.

Lire la suite En France l’Assemblée nationale vote à l’unanimité l’élévation d’Alfred Dreyfus au grade de « général de brigade »

Algérie : arrestation de l’historien Mohamed El Amine Belgheith

Suite à ses déclarations controversées selon lesquelles « l’amazigh est un projet sioniste-français », l’Algérie a décidé de l’arrestation de Mohamed El Amine Belgheith, selon un communiqué publié par l’autorité judiciaire compétente. L’incident a même créé des tensions entre Alger et Abu Dhabi.

Lire la suite Algérie : arrestation de l’historien Mohamed El Amine Belgheith

France/Biarritz : la «rue de la Négresse » rebaptisée «rue de l’allégresse»

Les Biarrots ont opté pour «l’Allégresse» au terme d’une consultation citoyenne, afin de rebaptiser le nom d’une rue «portant atteinte à la dignité humaine». Avec ce changement, s’achève cinq ans d’imbroglio judiciaire.

Lire la suite France/Biarritz : la «rue de la Négresse » rebaptisée «rue de l’allégresse»

Fuite des nazis en Argentine : pourquoi Javier Milei veut-il rouvrir les dossiers nazis ? Quel impact aura l’ouverture de ces archives ?

Le président argentin Javier Milei a récemment annoncé la déclassification des archives gouvernementales sur l’installation de criminels de guerre nazis en Argentine après la Seconde Guerre mondiale. Cette initiative, prise sous la pression d’acteurs internationaux, suscite autant d’espoir chez les historiens que de scepticisme quant à ses véritables motivations.

Lire la suite Fuite des nazis en Argentine : pourquoi Javier Milei veut-il rouvrir les dossiers nazis ? Quel impact aura l’ouverture de ces archives ?

10 mars 1945 : Le jour où Tokyo brûlait sous les bombes incendiaires des États-Unis d’Amérique

La nuit du 9 au 10 mars 1945 restera gravée dans les mémoires comme l’un des épisodes les plus horribles de la deuxième Guerre mondiale. En quelques heures, l’armée états-unienne déversait plus de 1 700 tonnes de bombes incendiaires sur la capitale japonaise, Tokyo.

Ce raid aérien, qui coûta la vie à environ 100 000 personnes, est encore considéré comme l’un des bombardements les plus meurtriers de l’histoire militaire, surpassant même les raids de Dresde ou de Nagasaki. Pourtant, ce carnage a souvent été éclipsé par les attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, qui ont marqué la fin du conflit, parce que la bombe atomique y avait été utilisée.

Lire la suite 10 mars 1945 : Le jour où Tokyo brûlait sous les bombes incendiaires des États-Unis d’Amérique

Libération d’Auschwitz : Une exposition à Paris dévoile les photos du fonctionnement du camp prises par les nazi

Le 27 janvier 1945, l’Armée rouge libérait Auschwitz-Birkenau, mettant fin à l’un des pires crimes de l’histoire de l’Humanité. En ce 80e anniversaire de la libération du camp de concentration par l’Union Soviétique, le mémorial de la Shoah à Paris présente une exposition poignante intitulée « L’Album d’Auschwitz ». À travers près de 200 photographies prises par les nazi eux-mêmes, l’exposition dévoile les horreurs du camp. Ces images ont joué un rôle majeur dans la condamnation des responsables du génocide.

Lire la suite Libération d’Auschwitz : Une exposition à Paris dévoile les photos du fonctionnement du camp prises par les nazi