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Au Mali, le voile obligatoire dans les transports : quand le JNIM impose sa loi face à l’effacement de l’État

Depuis la mi-octobre 2025, un nouvel ordre s’impose dans plusieurs zones du centre du Mali : les femmes voyageant dans les transports publics doivent désormais porter le voile. Cette décision, édictée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), une coalition jihadiste affiliée à Al-Qaïda, marque une nouvelle étape dans la mainmise du groupe sur la vie quotidienne des populations maliennes. Derrière cette mesure se lit moins une question religieuse qu’une réalité politique : celle d’un État qui perd chaque jour davantage de terrain face à des autorités de fait.

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Une injonction imposée par la force

Le JNIM a diffusé son ordre à partir du 17 octobre 2025. Selon plusieurs témoignages recueillis par des médias locaux, ses combattants ont averti les compagnies de transport interurbain : les femmes devront désormais être voilées à bord des véhicules. Dans le même texte, le groupe interdit aux transporteurs de collaborer avec les forces de sécurité et fixe même des règles de dédommagement en cas d’accident.

Cette intrusion dans la sphère civile n’est pas isolée. Dans les régions du centre et du nord du pays, les groupes armés imposent déjà des restrictions sur la musique, les mariages, la circulation ou encore la consommation d’alcool. Le voile obligatoire dans les transports vient compléter cet arsenal normatif. Mais cette fois, la portée symbolique est forte : le JNIM s’arroge le droit de régir un espace public la route jusque-là considéré comme relevant de la souveraineté de l’État.

Des réactions partagées entre peur, foi et résistance

Dans les villes encore contrôlées par les autorités maliennes, la mesure provoque indignation et inquiétude. « Je suis musulmane, mais je ne veux pas qu’on me dicte ma foi », confie une habitante de Bamako à AfricaNews. D’autres, plus résignés, admettent se soumettre par crainte : « Si je ne demande pas à ma femme de porter le voile, je mets sa vie en danger », témoigne un père de famille.

Ce contraste entre résistance individuelle et soumission contrainte illustre la tension morale qui traverse une société épuisée par plus d’une décennie de guerre. Pour beaucoup, il ne s’agit plus de religion, mais de survie. Le syndicat des transporteurs, pris entre la menace des jihadistes et les pressions des autorités de transition, a annoncé une grève illimitée, signe d’une profonde impasse.

Un État en recul, un pouvoir parallèle en expansion

L’imposition du voile dans les transports n’est qu’un symptôme parmi d’autres du recul de l’État malien dans de vastes territoires. Depuis le retrait des forces françaises en 2022 et la montée en puissance des forces russes du groupe Wagner, la priorité du gouvernement de transition s’est déplacée vers la consolidation militaire plutôt que la restauration administrative. Pendant ce temps, le JNIM et d’autres organisations armées, comme l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), remplissent le vide institutionnel, parfois en assurant des fonctions judiciaires, fiscales ou de sécurité.

En imposant un code vestimentaire, le JNIM ne cherche pas seulement à « moraliser » la société : il affirme sa souveraineté. Le voile devient un instrument de pouvoir, un marqueur d’obéissance, un signe d’allégeance à une autorité non étatique. Ce contrôle social, fondé sur la peur et la contrainte, transforme progressivement la société malienne dans ses habitudes les plus ordinaires.

Les femmes, premières victimes de la guerre invisible

La question du voile obligatoire révèle la vulnérabilité des femmes dans les zones de conflit. Elles se trouvent au carrefour de toutes les pressions : religieuses, sociales et sécuritaires. Là où l’État s’efface, leur liberté de mouvement, leur sécurité et leur autonomie sont les premières sacrifiées.

Pour les observateurs, l’enjeu dépasse le simple vêtement. Il s’agit de la capacité des femmes à continuer d’exister dans l’espace public sans risquer leur vie. À travers cette mesure, le JNIM étend sa domination sur les corps autant que sur les esprits.

Un défi pour les autorités de transition

Face à cette offensive normative, les autorités de Bamako demeurent silencieuses. Aucun communiqué officiel n’a, à ce jour, condamné la décision du JNIM ni apporté de garantie de sécurité pour les transporteurs. Ce mutisme, interprété par certains comme une forme d’impuissance, nourrit le sentiment d’abandon des populations rurales.

La restauration de l’autorité de l’État ne se joue pas seulement sur le terrain militaire. Elle se mesure aussi à sa capacité à garantir les droits fondamentaux des citoyens, notamment la liberté de conscience et de circulation. Or, sur ce terrain, la bataille semble perdue d’avance dans plusieurs régions du centre et du nord.

Au-delà du Mali : une question de souveraineté africaine

Ce qui se joue au Mali dépasse ses frontières. L’expansion de normes imposées par des groupes armés met en question la souveraineté de tout un État et, plus largement, celle des nations africaines confrontées à la fragmentation du pouvoir. Quand un mouvement jihadiste parvient à dicter la tenue vestimentaire de citoyennes dans l’espace public, c’est le principe même d’autorité nationale qui vacille.

La communauté internationale, tout comme les organisations régionales, observe sans réaction notable cette dérive qui, peu à peu, transforme le Sahel en mosaïque de micro-pouvoirs armés. Le défi malien n’est plus seulement sécuritaire : il est institutionnel, social et moral.

L’imposition du voile obligatoire dans les transports au Mali n’est pas un fait anecdotique. Elle résume en un geste la déliquescence d’un État, la résistance silencieuse de ses citoyens et la montée d’un ordre parallèle fondé sur la peur. En l’absence de réponse claire des autorités, chaque nouvelle règle imposée par le JNIM devient une victoire symbolique de l’arbitraire sur la loi. Et chaque femme contrainte de se couvrir pour voyager rappelle la fragilité des libertés dans les zones où l’État n’est plus qu’un souvenir.

Celine Dou

Décès de Monique Pelletier : une pionnière des droits des femmes s’éteint à 99 ans

Ancienne ministre à la Condition féminine sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, Monique Pelletier s’est éteinte le 19 octobre 2025 à l’âge de 99 ans. Figure marquante du combat pour les droits des femmes en France, elle laisse derrière elle un héritage juridique et politique qui continue d’influencer les débats contemporains sur l’égalité et la dignité humaine.

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Une femme de loi au service de la justice sociale

Née Monique Bédier à Trouville-sur-Mer en 1926, avocate de formation, elle s’impose dans les années 1970 comme une personnalité engagée, à la croisée du droit et de la politique. Sa carrière débute au barreau de Paris avant de la conduire dans les sphères du pouvoir. Nommée en 1978 ministre déléguée à la Condition féminine, elle devient l’une des rares femmes à occuper un poste ministériel sous la Ve République à cette époque.

Monique Pelletier s’emploie alors à transformer la condition féminine en cause d’État. Elle milite pour une meilleure reconnaissance du viol comme crime, défend la pérennisation de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse et œuvre pour la visibilité des femmes dans la vie publique.

Une ministre de conviction, pas de posture

Dans un monde politique encore largement masculin, Monique Pelletier refuse les compromis de façade. Elle s’attache à inscrire ses combats dans la loi plutôt que dans le slogan. En 1980, elle participe à la réforme qui reconnaît le viol comme un crime relevant de la cour d’assises une avancée majeure pour la justice française. Elle s’oppose à la banalisation des discriminations et plaide, tout au long de sa carrière, pour une égalité de traitement fondée sur la dignité et non sur la revendication partisane.

Elle rappelait souvent que la conquête des droits n’était pas une victoire acquise, mais un effort à poursuivre : « Les lois sont des outils. Elles ne valent que si les consciences suivent. » Cette lucidité, héritée de son expérience d’avocate, marquera durablement les générations de militantes venues après elle.

Du gouvernement au Conseil constitutionnel

Après son passage au gouvernement, Monique Pelletier poursuit son engagement au sein du Conseil constitutionnel de 2000 à 2004, où elle défend une lecture équilibrée des droits fondamentaux. Fidèle à ses principes, elle s’élève contre toute dérive idéologique dans l’interprétation du droit, estimant que « la justice n’a pas de sexe, mais elle a une exigence ».

Elle s’investit également dans la défense des personnes âgées et des personnes handicapées, considérant que la société devait son humanité à la manière dont elle traitait ses plus fragiles membres.

Un héritage qui dépasse son époque

La disparition de Monique Pelletier réveille un souvenir collectif : celui des années où la question féminine devenait un enjeu républicain. En plaçant la dignité des femmes au cœur du droit, elle a contribué à redéfinir les rapports sociaux dans une France en mutation.

Son parcours incarne cette génération de femmes d’État qui ont fait de l’engagement une discipline de rigueur et non une posture médiatique. À l’heure où le débat sur les droits des femmes continue de se heurter à des résistances culturelles ou idéologiques, son œuvre rappelle que la conquête de la liberté passe par la loi, mais aussi par la conscience morale d’une nation.

Celine Dou

Portugal : la gauche dénonce, la droite légifère quand l’égalité des sexes devient un champ idéologique

Le Parlement portugais a adopté, vendredi 17 octobre 2025, une loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public. Le texte, porté par le parti d’extrême droite Chega et soutenu par les formations du centre-droit, a été rejeté par l’ensemble des partis de gauche. Derrière ce vote clivant, une contradiction idéologique saute aux yeux : les partisans autoproclamés de l’égalité entre hommes et femmes refusent une loi qui, selon ses défenseurs, la garantit dans l’espace public tandis que la droite, souvent accusée de conservatisme, se fait paradoxalement championne d’une visibilité féminine imposée.

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Une loi sur la visibilité, adoptée par la droite

Le texte adopté à Lisbonne interdit à quiconque de se dissimuler le visage dans les lieux publics. Officiellement, il s’agit de préserver l’égalité, la sécurité et le civisme. Dans les faits, la mesure vise surtout le port du niqab et de la burqa, symboles d’un effacement du visage féminin dans l’espace commun.

Le projet, proposé par André Ventura, chef du parti Chega, a reçu le soutien du Partido Social Democrata (PSD) et d’autres formations de droite. Il prévoit des amendes de 200 à 4 000 euros pour toute infraction, et jusqu’à trois ans de prison pour quiconque contraint une femme à se voiler intégralement.

Lors du débat, Ventura a invoqué la défense des femmes portugaises :

« Aujourd’hui, nous protégeons vos filles, nos filles, pour qu’elles ne soient jamais forcées de porter la burqa dans ce pays. »

À l’opposé, le Partido Socialista (PS), le Bloco de Esquerda (BE), le Partido Comunista Português (PCP) et le mouvement Livre ont voté contre. Leur argument : la loi serait stigmatisante, discriminatoire et contraire à la liberté religieuse.

Le paradoxe idéologique de la gauche portugaise

Le refus des partis de gauche surprend. Depuis des décennies, ces formations se présentent comme les gardiennes de la laïcité, de la liberté des femmes et de la neutralité de l’État face aux religions. Leur discours s’oppose régulièrement à l’influence du catholicisme dans la sphère publique. Pourtant, lorsque la question touche à l’islam, la posture change : la laïcité devient suspecte, l’émancipation féminine relativisée.

Il est dès lors légitime de s’interroger : peut-on défendre l’égalité des sexes tout en tolérant qu’une partie de la population féminine vive voilée jusqu’au visage ?
Les militants de gauche répondent que la liberté de se couvrir relève d’un choix individuel, et qu’interdire ce choix serait une nouvelle forme d’oppression.
Mais la question de fond demeure : comment concilier liberté individuelle et valeurs civiques partagées, parmi lesquelles la visibilité du visage condition première du lien social ?

Une mesure de civisme plus que de religion

L’interdiction de dissimuler son visage dans l’espace public n’est pas une invention de l’extrême droite. En France, en Belgique, au Danemark ou en Autriche, des lois similaires ont été adoptées depuis plus d’une décennie, souvent au nom du vivre-ensemble. Le principe repose sur un fait simple : dans une société démocratique, la reconnaissance mutuelle passe par la visibilité du visage.
Ne pas montrer son visage, c’est refuser à autrui la possibilité d’évaluer son attitude, d’entrer en relation, de construire la confiance réciproque base élémentaire du civisme.

Ce rappel semble aujourd’hui presque naïf tant le débat est devenu passionnel. Pourtant, il y a quelques années encore, l’idée même de se présenter à visage découvert allait de soi dans les espaces communs. L’effacement du visage, qu’il soit religieux ou non, traduit un recul du lien social plus qu’un progrès de la liberté.

La droite, entre principe d’ordre et récupération identitaire

Il serait toutefois illusoire de voir dans le vote de la droite portugaise un acte purement humaniste. Derrière le discours sur l’égalité se profile un agenda politique : celui de la défense d’une identité nationale perçue comme menacée par l’immigration et la diversité religieuse.
En d’autres termes, la droite agit au nom de l’égalité, mais par souci d’ordre. La gauche, elle, s’y oppose au nom de la liberté quitte à se contredire sur le plan de la cohérence morale.

Ce clivage révèle moins une divergence sur les valeurs que sur leur hiérarchie :

  • La droite place la visibilité et la norme commune au-dessus de la liberté individuelle.
  • La gauche érige la liberté de conscience en principe absolu, même lorsque celle-ci conduit à un effacement de soi dans l’espace public.

Une question européenne

Au-delà du Portugal, ce vote réactive un vieux débat européen : celui de savoir si l’égalité doit être imposée ou choisie.
L’Europe libérale moderne tend à confondre liberté et neutralité, oubliant que la laïcité ne consiste pas à effacer toute norme, mais à fixer un cadre commun où chacun peut exister en égal.
Dans cet esprit, la loi portugaise ne devrait même pas prêter à controverse : montrer son visage dans l’espace public est l’un des fondements mêmes du vivre-ensemble démocratique.

Un symbole plus qu’une mesure

Les observateurs notent enfin que le port du voile intégral reste extrêmement marginal au Portugal. Le débat dépasse donc la simple application pratique de la loi. Il révèle un choc culturel entre deux conceptions de la liberté :

  • celle, universaliste, qui considère l’égalité comme condition première de la dignité ;
  • et celle, individualiste, qui voit la liberté comme absolue, y compris lorsqu’elle conduit à l’auto-effacement.

L’interdiction du voile intégral au Portugal met en lumière une inversion symbolique : c’est la droite qui légifère au nom de l’égalité, et la gauche qui s’y oppose au nom de la liberté.
Ce renversement ne dit pas seulement quelque chose du Portugal : il illustre une crise plus profonde de la pensée politique occidentale, où les mots « égalité », « liberté » et « laïcité » ne recouvrent plus les mêmes réalités.
Au bout du compte, la vraie question n’est peut-être pas religieuse mais sociale : quelle société voulons-nous ? Une société du visage découvert, du lien visible, de l’égalité des présences ? Ou une société du pluralisme absolu, quitte à ce que certains disparaissent du regard des autres ?

Celine Dou

Chine-Ghana : un partenariat symbolique autour de l’égalité des sexes

Le 13 octobre 2025, la Chine et le Ghana ont réaffirmé, à Pékin, leur engagement commun en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. L’annonce est intervenue lors de la Réunion mondiale des dirigeantes sur les femmes, un sommet marquant le trentième anniversaire de la Conférence mondiale sur les femmes de 1995, organisée dans la même ville. Trente ans plus tard, la capitale chinoise renoue ainsi avec l’esprit de Pékin, celui d’un appel universel à la reconnaissance des droits des femmes.

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Un engagement renouvelé, entre diplomatie et coopération Sud-Sud

La rencontre a réuni plusieurs chefs d’État, dont le président ghanéen John Dramani Mahama. Celui-ci a rappelé les avancées réalisées par son pays dans la promotion des droits des femmes, notamment l’adoption de la Loi sur l’action positive pour l’équité entre les sexes, destinée à renforcer leur participation dans la vie publique et politique.
Le Ghana, qui se distingue déjà par une représentation féminine croissante dans ses institutions locales et son administration, cherche à consolider ces acquis dans la durée.

La Chine, pour sa part, a mis en avant une coopération internationale renforcée sur la question du genre. Pékin a annoncé une contribution de 100 millions de dollars à ONU Femmes sur cinq ans, ainsi qu’un fonds équivalent dédié au développement mondial et à la coopération Sud-Sud. Ces financements visent à soutenir des projets d’émancipation féminine, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’entrepreneuriat.

L’égalité proclamée, les défis persistants

Les données officielles montrent que les femmes représentent près de 50 % des étudiants de l’enseignement supérieur en Chine et 43 % de la population active. Des progrès réels, mais encore contrastés : les plus hautes sphères du pouvoir politique restent fermées à la parité.
Depuis le congrès du Parti communiste chinois de 2022, aucune femme ne siège parmi les vingt-quatre membres du Bureau politique, ni au sein du Comité permanent organe le plus influent du pays. Cette absence traduit une persistance structurelle des inégalités de genre dans les postes décisionnels.

Le Ghana, malgré une législation volontariste, fait face à d’autres défis : la lenteur de la mise en œuvre, le manque de moyens financiers, et la résistance culturelle dans certaines zones rurales où les normes sociales freinent encore la pleine participation des femmes.

Pékin, symbole d’une diplomatie de genre en mutation

Ce sommet a surtout une portée symbolique : il marque le retour de la Chine dans un rôle de leader moral sur la scène mondiale, en s’appuyant sur un thème porteur et consensuel. Pour le Ghana, ce partenariat traduit la volonté d’inscrire sa politique d’égalité dans une dynamique internationale, au-delà du seul cadre africain.
Mais derrière les discours et les chiffres, une question demeure : ces engagements se traduiront-ils par des transformations concrètes, mesurables et durables ? La réponse dépendra de la transparence dans l’usage des fonds, du suivi des programmes, et de la capacité des institutions nationales à rendre des comptes.

Vers une réelle gouvernance inclusive ?

Trente ans après la première Conférence de Pékin, le monde a changé, mais les inégalités demeurent. L’égalité des sexes ne peut être réduite à des déclarations diplomatiques : elle exige un partage effectif du pouvoir, des ressources et des opportunités.
Tant pour la Chine que pour le Ghana, le défi est désormais d’incarner dans la pratique ce qu’ils proclament dans les sommets. Car l’égalité des genres n’est pas seulement un enjeu moral : c’est un indicateur du niveau de justice et de modernité d’une société.

Celine Dou

Afghanistan : du féminicide social au féminicide physique — quand un séisme révèle l’inhumanité d’un régime

Le tremblement de terre qui a frappé l’Hindou-Kouch fin août n’a pas seulement bouleversé la terre. Il a révélé, dans toute sa crudité, une société où les femmes sont niées jusqu’à la mort. Sous prétexte de lois religieuses interdisant aux hommes de toucher une femme, des blessées ont été abandonnées sous les décombres. Le séisme a mis en lumière une réalité terrifiante : en Afghanistan, l’invisibilisation sociale s’est muée en élimination physique.

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Quand la terre tremble, les lois tuent

Dans la nuit du 31 août 2025, un séisme d’une magnitude importante a secoué la chaîne montagneuse de l’Hindou-Kouch, dans le nord-est de l’Afghanistan. Les bilans, encore fluctuants, font état de plus de 2 200 morts et 3 600 blessés, selon les autorités locales et les premières estimations relayées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Mais au-delà des chiffres, une autre tragédie, plus insidieuse, a émergé des décombres. Dans plusieurs villages, des témoins ont rapporté que les femmes blessées n’avaient pas été secourues par les équipes masculines. Ces dernières, obéissant à des décrets religieux interdisant tout contact physique entre hommes et femmes non apparentés, se sont abstenues de leur venir en aide. Certaines victimes ont été laissées à mourir sous les gravats, d’autres tirées par leurs vêtements pour éviter tout contact avec leur peau.

Un volontaire afghan, interrogé par le New York Times, a résumé la scène d’une phrase glaçante : « On aurait dit que les femmes étaient invisibles. » Invisibles, donc intouchables. Intouchables, donc sacrifiables.

Face à ces révélations, l’OMS a lancé un appel urgent aux autorités talibanes, demandant la levée immédiate des restrictions imposées aux travailleuses humanitaires. En vain pour l’instant. Car depuis quatre ans, le pouvoir taliban a méthodiquement détruit les conditions mêmes d’existence des femmes dans l’espace public.

De la burqa au silence : le féminicide social

Depuis la reprise du pouvoir par les talibans en 2021, l’effacement des femmes s’est imposé comme l’un des piliers du régime. D’abord la burqa, symbole de leur disparition visuelle. Puis la fermeture des écoles, des universités, et des emplois féminins. Enfin, l’interdiction récente faite à certaines de parler publiquement, y compris entre elles, scellant leur effacement sonore.

C’est un féminicide social : la mort de la femme en tant que sujet social, politique et humain.
Ne plus voir, ne plus entendre, ne plus instruire, ne plus soigner, ne plus agir. L’interdiction de la parole, entrée en vigueur dans plusieurs provinces en 2025, achève un cycle d’aliénation totale.

Ce processus d’effacement systématique ne se limite pas à la symbolique. Il produit des conséquences mortelles. Car lorsqu’un séisme survient dans un pays où les femmes ne peuvent être secourues ni par des hommes ni par des équipes féminines faute de droit de se déplacer, l’interdiction de sauver devient une arme létale.

Quand la morale dévoyée remplace l’humanité

Ce qui s’est joué dans les villages détruits du nord-est afghan dépasse la simple rigidité doctrinale. Il s’agit d’un basculement anthropologique : un système où le respect des règles religieuses prévaut sur le devoir de sauver la vie.
L’idéologie talibane repose sur une obsession sexuelle : celle de considérer toute interaction entre hommes et femmes comme une menace de tentation. Cette vision, qui pervertit le sens même du sacré, transforme les femmes en sources permanentes de danger moral, à tenir à distance jusque dans la mort.

Ce qui était d’abord un contrôle social s’est transformé en condamnation physique. Ce n’est plus seulement la liberté qui est supprimée, c’est la vie elle-même qui devient conditionnelle subordonnée à l’honneur masculin et à la pureté supposée du regard.

L’Afghanistan vient d’inventer l’impensable : un monde où mourir sous les décombres est jugé plus conforme à la loi divine que d’être sauvée par un homme.

Les répliques d’un désastre annoncé

Les talibans n’ont pas seulement imposé leur loi : ils ont méthodiquement détruit l’infrastructure humanitaire susceptible de venir en aide à leurs concitoyennes. Depuis 2022, les ONG internationales ont vu leurs équipes féminines suspendues ou contraintes au retrait, rendant impossible tout secours équitable.

L’OMS estime que moins de 10 % du personnel médical en Afghanistan est désormais féminin, et que même ces soignantes doivent se déplacer accompagnées d’un tuteur. La conséquence est directe : les soins aux femmes deviennent sporadiques, retardés, voire inexistants.

Le séisme du 31 août n’a donc pas seulement révélé une faiblesse organisationnelle : il a mis à nu un système de mort différenciée, où la nature frappe aveuglément, mais où la société choisit ses victimes.

L’indignation sélective : le grand silence occidental

Cette tragédie aurait dû déclencher un tollé planétaire. Elle n’a suscité que des murmures.
Les chancelleries ont condamné du bout des lèvres, les grandes capitales occidentales se sont contentées d’exprimer leur « préoccupation ». Mais plus surprenant encore et plus inquiétant est le silence assourdissant de certaines mouvances féministes occidentales, d’ordinaire si promptes à dénoncer les violences domestiques ou les inégalités salariales.

Lorsqu’un homme blanc tue sa compagne, la société occidentale s’enflammeà juste titre. Mais lorsque des centaines de femmes sont laissées mourir, non par un individu, mais par un régime politique qui a fait de leur mort une conséquence naturelle de ses lois, la colère s’éteint.

Il ne s’agit pas ici de hiérarchiser la souffrance, mais d’interroger la cohérence morale. Un féminisme crédible ne peut s’émouvoir du drame individuel tout en se taisant face au féminicide d’État.
Le silence n’est pas neutralité : c’est une complicité par omission.

L’exigence du réel

Les faits, rien que les faits. Le rôle du journalisme n’est pas d’aménager le confort des consciences, mais d’exposer la réalité telle qu’elle est.
En Afghanistan, le séisme a fissuré le sol, mais aussi le vernis des discours diplomatiques. Ceux qui, en 2021, espéraient des « talibans inclusifs » ont désormais la mesure du désastre.
Il n’y a pas de variante bienveillante du fanatisme. Il n’y a pas de justice possible là où la moitié de l’humanité est condamnée au silence, puis à la mort.

La communauté internationale doit cesser de tolérer, au nom du relativisme culturel, la barbarie érigée en norme religieuse.
Et les voix féministes doivent retrouver leur cohérence : l’universalité des droits des femmes commence par le courage de nommer la vérité, même quand elle dérange les alliances idéologiques.

La Boussole – infos

Dire les faits. Rétablir la réalité. Défendre la raison.

Celine Dou, pour la boussole-infos

Madagascar : les brigades féminines de proximité, un signe avant-coureur dans un pays en crise

Madagascar traverse depuis quelques jours une crise profonde, marquée par des manifestations massives contre le gouvernement et des pénuries de services essentiels. Dans ce contexte chaotique, l’existence des brigades féminines de proximité, créées dès 2017, apparaît comme un indicateur clé de l’état de la société malgache et de ses fragilités.

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Ces unités, composées exclusivement de policières, ont pour mission d’accompagner, protéger et conseiller les femmes et enfants victimes de violences. Avec 240 membres réparties sur l’ensemble du territoire, elles représentent l’un des rares dispositifs institutionnels dédiés à la protection des populations vulnérables. Leur présence sur le terrain permet de prévenir et de documenter des violences souvent invisibles, et d’offrir un accès direct à la justice et aux services sociaux.

Leur rôle ne se limite pas à l’assistance : ces brigades ont également un effet de prévention et de sensibilisation. Dans un pays où l’État peine à maintenir l’ordre et où les institutions locales ont souvent des moyens limités, elles symbolisent la capacité de la société civile et de l’État à anticiper des tensions sociales qui, aujourd’hui, se manifestent à grande échelle.

La récente crise à Madagascar, déclenchée par des contestations populaires autour de la gouvernance et de la sécurité, révèle combien ces structures étaient
déjà un signe avant-coureur des besoins de protection et de médiation dans la société. Les brigades féminines de proximité ont, en effet, permis d’identifier et de traiter de manière préventive certaines formes de violences qui auraient pu alimenter davantage le chaos actuel.

Cependant, leur efficacité reste limitée par des moyens insuffisants et des pressions politiques et sociales croissantes. Malgré cela, elles demeurent un exemple concret de réponse institutionnelle face à des problématiques anciennes mais souvent négligées, rappelant que la stabilité sociale repose autant sur des mesures préventives que sur des interventions ponctuelles.

À travers leur action, ces brigades démontrent que le respect des droits humains et la protection des plus vulnérables peuvent constituer des repères fiables même dans un environnement instable, et que la capacité d’un État à anticiper les crises passe aussi par l’attention portée à ces acteurs souvent méconnus mais essentiels.

Celine Dou

Séduire ou s’effacer : la crise de la masculinité à l’origine de la dérive incel

Alors que la France vient de déjouer un projet d’attentat fomenté par un jeune homme de 18 ans se revendiquant de la mouvance “incel”, la justice antiterroriste s’est saisie du dossier. C’est une première. Mais au-delà du choc sécuritaire, cette affaire révèle un malaise plus profond, où la solitude masculine, la mutation des rapports entre les sexes et les dérives idéologiques se conjuguent dans un climat social fragmenté.

Le 27 juin 2025, un adolescent a été interpellé dans la région de Saint-Étienne alors qu’il s’apprêtait, selon les autorités, à attaquer des femmes à l’arme blanche. Il se revendiquait de la communauté “incel” (involuntary celibate, célibataire involontaire), et nourrissait une haine manifeste à l’égard des femmes. Le Parquet national antiterroriste a pris l’affaire en main, marquant un tournant dans le traitement judiciaire de cette mouvance. C’est la première fois que le “terrorisme misogyne” entre ainsi dans le champ d’action du droit antiterroriste en France.

Le phénomène “incel” est né à la fin des années 1990 dans des forums anglophones comme un espace de parole pour des hommes (et à l’origine, aussi des femmes) en détresse affective et sexuelle. Mais au fil des années, et surtout depuis les années 2010, ces communautés ont glissé vers une radicalisation idéologique, teintée de misogynie, de ressentiment social, et parfois de suprémacisme.

La figure la plus connue est celle d’Elliot Rodger, auteur d’un attentat meurtrier en Californie en 2014, qui laissa derrière lui un manifeste rempli de haine envers les femmes. Depuis, plusieurs attaques violentes au Canada, aux États-Unis d’Amérique et en Europe ont été commises par des individus se revendiquant du même univers mental.

Le succès de ces discours ne tombe pas du ciel. Il s’ancre dans un malaise réel : l’isolement croissant d’une partie de la jeunesse masculine, notamment dans les sociétés occidentales. Les mutations économiques, les transformations du modèle familial, la fragilisation de la transmission intergénérationnelle et l’essor d’une culture numérique centrée sur l’apparence ont contribué à déstabiliser de nombreux jeunes hommes.

Des études sur les sites de rencontres montrent en effet que la majorité des femmes se concentrent sur une minorité d’hommes jugés attirants selon les standards contemporains : beauté physique, succès professionnel, statut social. Ce mécanisme, observé notamment aux États-Unis et en Europe, crée une compétition exacerbée où beaucoup d’hommes se sentent “invisibles” ou rejetés.

Dans cet univers, les réseaux sociaux jouent un rôle central. Ils imposent une norme esthétique très élevée, souvent inatteignable, tant pour les hommes que pour les femmes. Pour les jeunes hommes, cela alimente un sentiment d’exclusion, doublé d’un discours selon lequel ils ne seraient plus autorisés à aborder les femmes, au risque d’être accusés de harcèlement sexuel.

Si certaines lois comme en France encadrent désormais le harcèlement de rue, la drague ordinaire n’est en aucun cas pénalisée par la loi lorsqu’elle est respectueuse et ponctuelle. Cependant, dans la perception sociale, un flou s’est installé, que certains mouvements idéologiques exploitent pour alimenter la rancœur.

C’est là que la dérive s’opère. La souffrance intime, au lieu d’être accompagnée ou sublimée, est canalisée dans des discours violents. Sur des forums comme 4chan, Reddit, ou Telegram, on retrouve des récits d’humiliation, des tableaux de hiérarchisation des sexes, une hostilité de plus en plus explicite envers les femmes, accusées d’hypergamie et de superficialité.

Certains vont plus loin : ils réclament la fin de l’égalité, l’instauration d’un marché sexuel régulé, ou même l’accès garanti à la pornographie et à la prostitution subventionnées, afin de “calmer” les hommes frustrés. Ce type de propositions, bien que marginal, circule dans des milieux numériques radicaux. Elles reflètent un désespoir social habillé en programme politique, avec des conséquences potentiellement meurtrières.

Le dossier incel échappe aux catégories habituelles : ni simple fait divers, ni idéologie politique structurée, ni pathologie psychiatrique au sens classique. Il s’agit d’un croisement explosif entre solitude affective, virilité blessée, anomie sociale et emprise algorithmique. Une bombe à retardement pour les sociétés qui n’offrent plus de rites d’entrée dans l’âge adulte, ni de repères stables pour construire son identité.

Les États, pour l’heure, oscillent entre surveillance sécuritaire et silence institutionnel. Peu de dispositifs éducatifs, psychologiques ou sociaux s’adressent aux garçons en souffrance. Cette absence nourrit un cercle vicieux : plus les institutions ignorent ce malaise, plus les idéologies extrêmes gagnent du terrain.

La réponse ne peut être seulement sécuritaire. Elle passe par une reconstruction du lien social, une meilleure éducation à la relation (des deux côtés), et une visibilisation du mal-être masculin sans tomber dans la haine antiféministe.

Le féminisme, dans sa forme humaniste, peut être un partenaire de cette transformation, à condition qu’il n’exclue pas la parole masculine légitime sur la solitude, l’échec affectif ou l’anxiété sexuelle. Il faut distinguer entre la critique des excès idéologiques et le rejet des femmes en tant que groupe, ce que le mouvement incel ne sait plus faire.

Le passage à l’acte du jeune homme de Saint-Étienne n’est pas un épiphénomène. Il est le reflet d’un échec collectif : celui de sociétés qui valorisent l’individualisme et la performance, mais laissent sur le bord de la route ceux qui ne répondent pas aux normes dominantes.

L’affaire incel ne doit pas devenir une simple affaire de police. C’est un signal faible d’un déséquilibre profond, à la croisée de la culture numérique, des inégalités affectives, du vide spirituel et de l’atomisation du lien social. Pour éviter que la frustration ne devienne haine, il faudra autre chose que des arrestations : une véritable refondation du vivre-ensemble.

France : vers une redéfinition du viol centrée sur le non-consentement

La France s’apprête à faire évoluer l’une des notions juridiques les plus sensibles de son Code pénal : celle de viol. Mardi 18 juin, le Sénat a adopté à l’unanimité une proposition de loi redéfinissant cette infraction pénale à partir du seul critère du non-consentement. Une avancée juridique saluée par une large partie de la société civile, qui place désormais l’Hexagone dans le sillage de plusieurs pays ayant déjà réformé leur droit en ce sens. Mais ce tournant symbolique soulève aussi des interrogations sur les modalités d’application concrète.

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Noémie Lenoir brise le silence sur un mal qui ronge : « Je suis alcoolique, et je le resterai toute ma vie »

Le témoignage de Noémie Lenoir n’est pas une confession de star en quête d’attention. C’est un cri lucide sur une maladie qui tue des millions de personnes chaque année et que nos sociétés refusent encore de traiter avec sérieux. En affirmant « Je suis alcoolique, et je le resterai toute ma vie », la comédienne alerte sur les ravages d’une dépendance souvent banalisée, parfois même valorisée. Ce n’est pas une revendication. C’est une alerte. Et elle mérite d’être entendue.

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Procès Harvey Weinstein : coupable de viol à Los Angeles, acquitté à New York, un nouveau procès s’ouvre sur fond de controverses judiciaires

L’affaire Harvey Weinstein, emblème planétaire de la chute des puissants prédateurs sexuels, rebondit une fois de plus dans les arcanes judiciaires états-uniennes. L’ancien magnat de Hollywood, aujourd’hui âgé de 72 ans, a vu l’une de ses condamnations annulée à New York, tandis que la peine pour viol prononcée à Los Angeles reste maintenue. Un nouveau procès s’ouvrira à Manhattan, soulignant les ambivalences d’un système judiciaire parfois indulgent envers les puissants.

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