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Syrie : après 18 mois de négociations, Damas reprend le contrôle des bases de Hmeimim et Tartous, mais Moscou reste sur place

Damas récupère la main sur les deux principaux points d’appui militaires russes en Syrie sans demander à Moscou de partir. Après dix-huit mois de négociations, un accord conclu entre les deux pays redéfinit le statut de Hmeimim et Tartous. Les anciennes bases russes doivent devenir des centres conjoints de formation, tandis que les installations civiles passent sous administration syrienne.

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L’accord marque la fin d’un dispositif militaire établi sous Bachar al-Assad, mais pas celle de la présence russe en Syrie. Le pouvoir de Damas récupère le contrôle des infrastructures civiles et modifie le statut des installations militaires. Moscou conserve toutefois une place dans ces sites à travers une coopération avec les forces syriennes. Le processus doit être achevé dans un délai de trois mois. Derrière cette formule se joue une question plus large : jusqu’où la nouvelle Syrie veut-elle rompre avec les arrangements de l’ancien régime sans se priver d’un partenaire dont elle a encore besoin ?

Les bases russes changent de statut

Pendant dix-huit mois, l’avenir de Hmeimim et Tartous a été négocié entre Damas et Moscou. Le compromis annoncé le 9 août prévoit une transformation profonde du dispositif russe.

Les installations militaires des deux sites ne doivent plus fonctionner comme des bases russes autonomes. Elles seront transformées en centres conjoints de formation et de qualification. Dans le même temps, les installations civiles, notamment l’aéroport de Hmeimim et le quatrième quai commercial du port de Tartous, doivent passer sous administration syrienne et être progressivement intégrées aux infrastructures civiles du pays.

Le délai fixé pour cette réorganisation ne dépasse pas trois mois.

Cette distinction permet de comprendre ce qui change réellement. Damas ne chasse pas les Russes de ces deux sites. Il met fin à leur statut de bases exclusivement russes et impose un nouveau cadre dans lequel la présence de Moscou doit désormais être partagée et négociée avec les autorités syriennes.

Moscou reste, mais dans une autre position

La formule retenue est loin d’être anodine pour la Russie.

Depuis son intervention militaire en Syrie en 2015, Moscou utilisait Hmeimim comme principale plateforme aérienne et Tartous comme point d’appui naval en Méditerranée. Ces deux installations avaient permis au Kremlin de soutenir Bachar al-Assad dans la guerre civile et de disposer d’une capacité de projection militaire bien au-delà de ses frontières.

La chute du régime, en décembre 2024, avait bouleversé cet équilibre.

Le nouveau pouvoir syrien aurait pu exiger le départ des forces russes. Il a préféré négocier avec Moscou. Des discussions sur l’avenir des installations militaires étaient déjà engagées avant l’accord annoncé en août. En juin, la Russie avait reconnu travailler avec Damas à une possible réorganisation de ses installations.

Le résultat est aujourd’hui connu : Moscou perd le privilège d’exploiter ces sites comme des bases militaires russes distinctes, mais conserve une présence à travers le nouveau dispositif conjoint.

Ce n’est donc ni le statu quo ni un retrait russe.

Pour Damas, récupérer le contrôle sans rompre avec Moscou

Le choix des nouvelles autorités syriennes répond à une logique de souveraineté, mais aussi de prudence.

Hmeimim et Tartous sont des infrastructures stratégiques. Leur contrôle touche directement à la capacité de Damas à exercer son autorité sur la façade méditerranéenne. La récupération des installations civiles constitue à ce titre un gain concret pour le pouvoir syrien.

Mais une rupture totale avec Moscou aurait un coût.

La Russie reste un acteur militaire important, un fournisseur historique d’armes à la Syrie et le pays qui accueille Bachar al-Assad depuis sa chute. Damas réclame l’extradition de l’ancien président, mais cela ne l’empêche pas de négocier avec le Kremlin sur les questions militaires et économiques.

Cette coexistence de deux dossiers montre la méthode du nouveau pouvoir : réduire l’emprise russe héritée de l’époque Assad sans transformer la Russie en adversaire.

Un recul stratégique pour Moscou

Pour le Kremlin, le changement est néanmoins réel.

Les accords conclus sous Bachar al-Assad avaient donné à la Russie une implantation militaire durable sur la côte syrienne. Tartous constituait son principal point d’appui naval en Méditerranée et Hmeimim sa plateforme aérienne. Les deux sites formaient le cœur de sa présence militaire au Moyen-Orient.

Le nouveau dispositif réduit cette autonomie.

Une base militaire russe permet à Moscou de décider directement de l’utilisation de ses infrastructures. Un centre conjoint de formation suppose, par définition, une autre relation avec l’État hôte. Les conditions d’accès, les activités et les responsabilités doivent être définies avec les autorités syriennes.

La Russie conserve donc une capacité d’influence, mais elle ne dispose plus du même rapport de force.

C’est une conséquence directe de la chute d’Assad : Moscou n’a pas été expulsé de Syrie, mais il a perdu la position privilégiée que lui garantissait l’ancien régime.

Pourquoi Damas laisse-t-il Moscou sur place ?

La réponse tient aussi au contexte régional.

La Syrie sort de plus d’une décennie de guerre. Son territoire reste soumis à plusieurs influences étrangères et son nouvel appareil d’État doit encore consolider son autorité. Dans ces conditions, expulser brutalement la Russie aurait pu ouvrir un nouveau front diplomatique sans apporter de bénéfice immédiat à Damas.

Le compromis permet au gouvernement syrien de récupérer les installations civiles, de modifier le statut militaire des deux sites et de conserver une relation avec Moscou.

Pour la Russie, l’intérêt est évident : elle évite de perdre totalement son implantation méditerranéenne.

Pour la Syrie, l’intérêt est différent : elle montre qu’elle peut désormais négocier les conditions de la présence étrangère sur son territoire.

La question qui reste ouverte

Le terme de « centres conjoints de formation » ne suffit toutefois pas à mesurer la future empreinte militaire russe.

Tout dépendra de la mise en œuvre de l’accord dans les trois prochains mois. Quels personnels russes resteront à Hmeimim et Tartous ? Quels moyens militaires pourront encore y être déployés ? Qui contrôlera concrètement les installations ? Quelle liberté d’action sera laissée aux forces russes ?

Les réponses à ces questions permettront de savoir si la transformation annoncée constitue une véritable réduction de la présence militaire russe ou une simple modification de son cadre juridique et opérationnel.

Pour l’instant, le constat est plus nuancé qu’un départ de Moscou : Damas reprend le contrôle des deux principaux sites russes, mais accepte que la Russie y conserve une présence sous une forme nouvelle.

Après la chute de Bachar al-Assad, la Syrie ne tourne donc pas complètement le dos à son ancien allié. Elle cherche plutôt à passer d’une relation de dépendance à une relation négociée.

C’est toute la portée de l’accord de Hmeimim et Tartous : la Russie reste en Syrie, mais elle n’y est plus dans les mêmes conditions.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Japon : Pékin et Moscou font le tour du pays avec leurs navires de guerre et adressent un avertissement à Tokyo et à Washington

Pendant près de deux semaines, des bâtiments de guerre chinois et russes ont contourné le Japon. Le parcours est inédit par son ampleur. Pour Tokyo, il ne s’agit pas d’une simple patrouille navale, mais d’une démonstration de force menée à quelques encablures de son territoire. Pour Pékin et Moscou, l’objectif est clair : montrer que leurs marines peuvent désormais évoluer ensemble autour du Japon et franchir sans difficulté la première chaîne d’îles, longtemps considérée comme l’un des principaux verrous stratégiques de la région.

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Le ministère japonais de la Défense a suivi chaque étape de cette opération. Le 16 juillet, des bâtiments de guerre chinois et russes ont franchi le détroit de Miyako, au sud d’Okinawa. Ils ont ensuite poursuivi leur route au large des îles Ogasawara avant de longer les eaux situées au sud puis à l’est du Japon. Le 27 juillet, ils ont atteint le détroit de La Pérouse, entre Hokkaido et l’île russe de Sakhaline. Quelques jours plus tard, le 3 août, trois autres navires chinois – deux destroyers lance-missiles de type 055 et 052D ainsi qu’un navire de soutien de type 903 – ont traversé le détroit de Corée, prolongeant cette présence navale autour du Japon.

Face à ces mouvements, les Forces maritimes d’autodéfense japonaises ont déployé des bâtiments et des avions de patrouille pour suivre les navires chinois et russes et recueillir des renseignements sur leurs activités. Les autorités japonaises ont également rendu publique une carte retraçant leur itinéraire, soulignant le caractère exceptionnel de cette navigation.

Pour Tokyo, le message ne prête pas à confusion. Le ministère japonais de la Défense considère que cette série d’opérations constitue une démonstration de force dirigée contre le Japon et une source de vive préoccupation pour la sécurité nationale. Ce n’est pas le passage d’un détroit qui retient l’attention des responsables japonais, mais l’ensemble de la manœuvre : des bâtiments chinois et russes naviguant de concert tout autour du pays.

Cette opération confirme le resserrement du partenariat stratégique entre Pékin et Moscou. Depuis plusieurs années, les deux puissances multiplient les exercices militaires conjoints. Les manœuvres navales « Joint Sea », organisées chaque année depuis 2012, ont progressivement changé d’échelle. Les zones d’entraînement se sont élargies, les déploiements se sont allongés et les scénarios sont devenus plus complexes. La coopération militaire entre les deux pays ne se limite plus à des exercices symboliques ; elle traduit une volonté d’agir ensemble sur les principaux théâtres maritimes de la région.

Pour Stephen Nagy, professeur de relations internationales à l’Université chrétienne internationale de Tokyo, cette patrouille poursuit un objectif politique autant que militaire. Pékin et Moscou veulent rappeler au Japon, mais aussi aux États Unis d’Amérique, qu’ils sont capables de coordonner leurs forces dans une zone où Washington demeure le principal garant de la sécurité japonaise. Selon lui, la Chine cherche également à accroître la pression sur les autorités japonaises en démontrant que sa marine peut évoluer librement dans des espaces qui limitaient autrefois son accès au Pacifique.

Cette démonstration vise aussi Taïwan. En parcourant les détroits qui jalonnent la première chaîne d’îles, Pékin cherche à montrer que cette barrière géographique ne constitue plus un obstacle à ses ambitions navales. Pour les stratèges chinois, la capacité à franchir cette ligne est un élément essentiel dans l’hypothèse d’une crise autour de Taïwan. La présence de bâtiments russes aux côtés de la marine chinoise renforce encore la portée politique de cette opération.

Benjamin Blandin, chercheur au Conseil de Yokosuka sur les études Asie-Pacifique, estime que les patrouilles conjointes sino-russes sont devenues plus longues, plus étendues et plus affirmées qu’auparavant. Selon lui, l’inquiétude de Tokyo ne tient pas uniquement à cette navigation autour du Japon. Elle résulte de l’accumulation d’exercices, de déploiements et de démonstrations militaires qui, année après année, modifient les équilibres de sécurité en Asie orientale.

Ce tour du Japon n’était pas une simple navigation. C’était un message. À Tokyo d’abord, à qui Pékin et Moscou montrent qu’ils peuvent évoluer ensemble tout autour du pays. À Washington ensuite, pour rappeler que la première chaîne d’îles n’est plus le verrou qu’elle représentait autrefois pour la marine chinoise. Derrière les bâtiments de guerre, c’est donc un nouveau rapport de force qui se dessine dans l’Indo-Pacifique.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Ukraine : enquêtes pour corruption, « décision personnelle »… ce que l’on sait du limogeage d’Olha Stefanishyna par Volodymyr Zelensky

Le départ d’Olha Stefanishyna n’a pas seulement changé le visage de la diplomatie ukrainienne à Washington. Il ouvre une séquence embarrassante pour Kiev. Lundi 3 août, Volodymyr Zelensky a mis fin aux fonctions de son ambassadrice aux États-Unis d’Amérique, au moment même où l’Ukraine réclame de nouveaux systèmes Patriot pour renforcer sa défense face aux frappes russes. Officiellement, l’intéressée parle d’une décision personnelle. Mais derrière cette explication se dessine une autre réalité : son nom est associé à des enquêtes anticorruption qui alimentent les interrogations.

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Le décret présidentiel ukrainien est laconique : Olha Stefanishyna est relevée de ses fonctions d’ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire aux États-Unis d’Amérique. Aucun motif n’est avancé par la présidence ukrainienne.

Quelques heures plus tard, l’ancienne responsable choisit elle-même de s’expliquer. Elle affirme avoir demandé son départ pour des raisons personnelles et défend son bilan à Washington. Selon elle, sa mission aura permis de préserver les livraisons d’armes états-uniennes malgré une relation parfois difficile entre Kiev et l’administration de Donald Trump.

Mais cette version ne suffit pas à refermer le dossier.

Depuis plusieurs mois, des médias ukrainiens rapportent que l’ancienne ambassadrice fait l’objet d’investigations menées par les autorités anticorruption. Le Bureau national anticorruption ukrainien (NABU) et le Parquet spécialisé anticorruption (SAPO) examinent notamment des soupçons d’enrichissement illicite et de fausses déclarations de patrimoine.

Les enquêteurs s’intéresseraient notamment à des biens immobiliers qui n’auraient pas été déclarés ainsi qu’à certaines dépenses dont l’origine des financements doit encore être établie. Son nom apparaît également dans un autre dossier lié à l’Agence de recouvrement et de gestion des avoirs (ARMA), concernant la gestion de biens saisis par l’État.

À ce stade, aucune condamnation n’existe et aucune décision de justice n’a établi sa culpabilité. Mais dans un pays en guerre, où la transparence est devenue un enjeu majeur auprès des alliés occidentaux, de telles accusations ne restent jamais sans conséquences politiques.

Car le poste qu’occupait Olha Stefanishyna n’était pas un poste diplomatique ordinaire.

À Washington se joue une partie essentielle de l’avenir militaire ukrainien. C’est dans la capitale états-unienne que se négocient les livraisons d’armes, les aides financières et les moyens de défense dont Kiev a besoin pour poursuivre le conflit face à la Russie.

Son départ intervient d’ailleurs après une visite de Volodymyr Zelensky aux États-Unis d’Amérique, où le président ukrainien est venu demander de nouveaux missiles Patriot alors que les frappes russes se sont intensifiées.

Le calendrier interpelle donc.

Pourquoi changer l’un des principaux relais de Kiev auprès de Washington à un moment aussi sensible ?

La réponse officielle reste absente. Le limogeage d’Olha Stefanishyna intervient cependant après plusieurs semaines de remaniements au sein de l’appareil d’État ukrainien. Volodymyr Zelensky cherche à renouveler certaines équipes dirigeantes alors que la guerre impose une pression constante sur les institutions.

Mais cette affaire touche un point particulièrement sensible : la crédibilité internationale de l’Ukraine.

Depuis le début du conflit, Kiev demande à ses partenaires occidentaux un soutien militaire, financier et politique sans précédent. En retour, ces derniers attendent des avancées concrètes dans la lutte contre la corruption et dans la modernisation des institutions ukrainiennes.

Chaque affaire impliquant un haut responsable devient donc un test.

Le départ d’Olha Stefanishyna ne signifie pas que les accusations portées contre elle sont établies. Il montre cependant la difficulté pour le pouvoir ukrainien de maintenir l’équilibre entre deux impératifs : préserver ses relations stratégiques avec ses alliés et prouver que la guerre ne suspend pas les exigences de transparence.

Derrière le cas d’une ambassadrice se joue finalement une question plus large : dans une Ukraine engagée dans une guerre existentielle, jusqu’où le pouvoir peut-il aller pour protéger sa crédibilité auprès de ses partenaires sans fragiliser sa propre équipe dirigeante ?

Le prochain choix de Volodymyr Zelensky sera observé avec attention. Le successeur d’Olha Stefanishyna ne sera pas seulement chargé de représenter Kiev à Washington. Il devra aussi convaincre que, malgré la guerre, l’Ukraine reste capable de défendre les valeurs institutionnelles qu’elle promet à ses alliés.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Liban – Israël : les discussions de Rome sur le désarmement du Hezbollah se poursuivent sans le Hezbollah

À Rome, les délégations libanaise et israélienne tentent de donner une traduction concrète à un accord-cadre négocié sous médiation états-unienne. Au centre des échanges : le retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban, le déploiement de l’armée libanaise et le désarmement du Hezbollah. Mais le mouvement chiite, directement concerné par ce dernier point, refuse de reconnaître ce processus.

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La scène résume à elle seule la difficulté des discussions engagées à Rome : les acteurs chargés de négocier l’avenir sécuritaire du sud du Liban avancent sans la participation du mouvement dont les armes se trouvent au cœur du dossier. Entre exigences israéliennes, volonté de contrôle du territoire par Beyrouth et refus catégorique du Hezbollah, l’accord-cadre conclu fin juin cherche encore sa traduction sur le terrain.

À l’ambassade des États-Unis d’Amerique à Rome, les discussions se poursuivent autour d’une question qui concentre toutes les tensions : qui contrôlera les armes dans le sud du Liban ?

Depuis plusieurs mois, Israël et le Liban tentent de transformer une succession d’engagements politiques en mécanisme concret de sécurité. L’accord-cadre conclu fin juin prévoit notamment le retrait progressif des forces israéliennes de certaines zones du sud du pays, le déploiement de l’armée libanaise et le transfert des capacités armées sous l’autorité de l’État libanais.

Mais un acteur manque à la table des négociations : le Hezbollah.

Le mouvement, qui dispose de sa propre structure militaire, rejette l’accord et refuse toute discussion portant sur son désarmement. Son chef, Naim Qassem, a réaffirmé son opposition au processus engagé avec Israël et les États-Unis d’Amerique, estimant que le mouvement n’avait pas à renoncer à ses armes dans ces conditions.

Cette position place le gouvernement libanais face à une équation difficile. Beyrouth participe aux discussions et affirme vouloir renforcer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, notamment dans le sud du pays. Le Premier ministre Nawaf Salam a accusé ceux qui ont entraîné le Liban dans des affrontements passés d’avoir donné des arguments à Israël pour agir contre le pays.

Pour Israël, la question est avant tout sécuritaire. Les autorités israéliennes considèrent que la présence d’un groupe armé indépendant à proximité de leur frontière représente une menace persistante. La délégation israélienne présente à Rome comprend d’ailleurs des responsables militaires chargés de suivre les aspects liés à la sécurité et au retrait progressif.

Washington tente, de son côté, de maintenir le dialogue entre deux positions difficilement conciliables. Les États-Unis d’Amerique présentent ces discussions comme un moyen de garantir la sécurité d’Israël tout en permettant à l’État libanais de reprendre pleinement le contrôle du sud du pays.

Sur le terrain, les désaccords restent visibles. Alors que Beyrouth attend un retrait israélien progressif, Israël affirme vouloir des garanties concrètes avant d’aller plus loin. Des tensions persistent également autour des opérations militaires menées dans certaines zones du sud libanais, malgré le processus diplomatique engagé.

Le problème central reste donc inchangé : le désarmement du Hezbollah est inscrit au cœur des discussions, mais le mouvement refuse d’en faire un sujet de négociation.

Les réunions de Rome ne constituent pas encore un accord final. Elles montrent surtout la difficulté de trouver un compromis entre trois exigences qui ne coïncident pas totalement : la volonté israélienne d’obtenir des garanties de sécurité, celle du gouvernement libanais de restaurer son autorité sur son territoire, et le refus du Hezbollah d’abandonner son arsenal.

Tant que ces positions resteront éloignées, l’avenir du sud du Liban continuera de se jouer autant dans les salles de négociations que sur le terrain.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Iran-Oman : dans le détroit d’Ormuz, Téhéran tente de transformer son verrou maritime en levier diplomatique

Pendant plusieurs semaines, une étroite bande d’eau entre l’Iran et Oman est devenue le point de tension où se croisent les intérêts des grandes puissances. Alors que Washington réclame une réouverture complète du détroit d’Ormuz, Téhéran affirme être sur le point de conclure avec Mascate un compromis qui lui permettrait de préserver son influence sur cette artère vitale du commerce énergétique mondial.

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Le détroit d’Ormuz n’est plus seulement une route maritime. Il est devenu une pièce maîtresse du bras de fer entre l’Iran et les États-Unis d’Amérique. En annonçant des discussions avancées avec Oman sur un nouveau mécanisme de circulation, Téhéran cherche à desserrer la pression internationale sans donner l’image d’un recul stratégique. Derrière ce possible accord technique se joue une question beaucoup plus large : qui aura le pouvoir de fixer les règles dans l’un des passages les plus surveillés de la planète ?

Dimanche, le ministère iranien des Affaires étrangères a annoncé que les discussions avec Oman étaient entrées dans leur phase finale. Selon Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne, les deux pays seraient proches d’un arrangement autour d’une « route acceptable pour les deux parties », qui ne correspondrait ni à l’itinéraire revendiqué par l’Iran, ni à celui défendu par Oman.

Téhéran présente cet accord comme une solution permettant de respecter les intérêts souverains des deux pays riverains du détroit. Une formulation soigneusement choisie : l’Iran ne parle pas d’un abandon de contrôle, mais d’un mécanisme négocié entre voisins.

Cette nuance est essentielle. Depuis le début de la crise, le détroit d’Ormuz est devenu pour la République islamique un instrument de pression. En limitant la circulation maritime, même temporairement, Téhéran rappelle au monde une réalité géographique : une grande partie des exportations énergétiques du Golfe passe par cette voie étroite reliant le golfe Persique à l’océan Indien.

Avant la crise, environ un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures transitait par cette zone. Chaque menace sur Ormuz provoque donc une réaction immédiate des marchés, car une perturbation durable pourrait toucher les prix de l’énergie bien au-delà du Moyen-Orient.

Mais l’Iran refuse de présenter les discussions avec Oman comme une concession faite sous pression états-unienne. Les responsables iraniens insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une négociation directe avec Washington et que la question d’Ormuz relève avant tout d’un arrangement régional.

Une position qui contraste avec le discours de Donald Trump. Le président des États-Unis d’Amérique affirme que la réouverture du détroit constitue l’une des conditions majeures d’un retour à l’apaisement et présente les avancées diplomatiques comme le résultat de la pression exercée sur Téhéran.

Deux lectures s’opposent donc. Pour Washington, Ormuz doit redevenir une voie ouverte au commerce international. Pour Téhéran, il demeure une zone stratégique où ses intérêts sécuritaires et sa souveraineté doivent être reconnus.

Le choix d’Oman comme interlocuteur n’est pas un hasard. Depuis des décennies, Mascate cultive une diplomatie différente de celle de ses voisins du Golfe : moins spectaculaire, plus discrète, mais souvent efficace. Le sultanat a déjà joué les intermédiaires dans plusieurs dossiers sensibles impliquant l’Iran et les puissances occidentales.

Cette fois encore, Oman se retrouve au centre d’un équilibre délicat. Il doit préserver ses relations avec Téhéran tout en rassurant les partenaires internationaux qui dépendent de la sécurité maritime dans le Golfe.

Pour l’Iran, l’enjeu dépasse largement la circulation des navires. Dans un contexte de sanctions et de confrontation avec Washington, le contrôle d’Ormuz représente l’un de ses rares moyens de rappeler sa capacité de nuisance économique. Renoncer totalement à ce levier reviendrait à perdre une carte stratégique majeure.

Mais maintenir durablement la pression comporte aussi un coût. Une fermeture prolongée du détroit pénaliserait d’abord les économies régionales, y compris celles des alliés de Téhéran, et risquerait d’accroître l’isolement iranien.

Le compromis recherché avec Oman ressemble donc à une équation difficile : permettre au commerce de reprendre sans donner le sentiment que l’Iran a cédé face aux pressions états-uniennes.

L’accord en préparation pourrait offrir une sortie temporaire à la crise d’Ormuz. Mais il ne règle pas la question centrale qui structure les tensions depuis des années : la place que l’Iran veut occuper dans l’ordre régional et la limite que les États-Unis d’Amérique sont prêts à accepter.

Car derrière les navires, les routes maritimes et les discussions diplomatiques, Ormuz reste avant tout une bataille pour l’influence.

Le détroit d’Ormuz est devenu bien plus qu’un passage énergétique. Il est aujourd’hui le théâtre d’un affrontement entre puissance militaire, souveraineté nationale et interdépendance économique mondiale.

L’éventuel compromis entre l’Iran et Oman pourrait calmer la crise immédiate. Mais il ne fait que déplacer une question essentielle : dans le nouveau rapport de force au Moyen-Orient, qui contrôle les points de passage contrôle aussi une partie du pouvoir.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Russie/Moscou : un attentat vise un haut gradé de l’armée, la guerre clandestine menée par Kiev franchit un nouveau cap depuis 2022

Une explosion en plein Moscou. Trois morts. Un haut responsable militaire russe pris pour cible. En quelques secondes, l’attentat a rappelé une réalité que le Kremlin tente de contenir depuis le début de la guerre en Ukraine : le conflit ne se limite plus aux tranchées. Il se joue aussi dans les capitales, dans les réseaux clandestins et contre des figures considérées comme stratégiques.

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Depuis 2022, plusieurs responsables militaires, sécuritaires ou proches de l’appareil d’État russe ont été visés dans des opérations attribuées aux services ukrainiens. L’attentat qui a frappé Moscou et ciblé un haut gradé de l’armée russe s’inscrit dans cette évolution : celle d’une guerre où les hommes deviennent des objectifs, où l’arrière n’est plus totalement protégé et où les opérations clandestines cherchent désormais à dépasser les frontières russes.

À Moscou, la guerre est entrée par une porte que le pouvoir russe voulait maintenir fermée.

L’explosion qui a fait trois morts dans la capitale russe n’a pas seulement frappé un lieu public. Elle a touché une figure de l’appareil militaire russe. Selon les informations disponibles, la cible était Alexandre Tchaïko, ancien commandant des forces russes en Syrie et haut responsable de l’armée.

L’attaque intervient dans un contexte particulier : depuis le début de l’offensive russe en Ukraine, les responsables liés à l’appareil militaire et sécuritaire russe sont progressivement devenus des cibles privilégiées.

Le champ de bataille ne se limite plus aux régions ukrainiennes bombardées ou aux lignes de front. Il s’est déplacé vers les centres de décision, les symboles du pouvoir militaire et les réseaux qui soutiennent l’effort de guerre.

Le passage d’une guerre territoriale à une guerre de cibles

Au début du conflit, l’affrontement semblait obéir aux règles classiques d’une guerre conventionnelle : conquérir du terrain, détruire des capacités militaires, affaiblir l’adversaire sur le front.

Mais une autre bataille s’est installée parallèlement.

Depuis 2022, plusieurs personnalités russes liées à l’armée, aux services de sécurité ou aux institutions chargées de soutenir la guerre ont été éliminées ou visées dans des opérations attribuées à Kiev.

L’objectif dépasse la neutralisation d’un individu. Il s’agit de créer une pression permanente sur l’appareil russe, de montrer que ses responsables ne bénéficient plus d’une protection absolue et de faire entrer l’incertitude au cœur même du système militaire.

Cette stratégie repose sur une idée simple : atteindre les responsables qui organisent, commandent ou incarnent la guerre peut avoir un effet psychologique supérieur à une frappe classique.

La Russie possède une puissance militaire considérable. Mais comme toutes les grandes armées, elle dépend aussi d’hommes, de structures et de chaînes de commandement.

C’est cette architecture que les opérations clandestines cherchent à fragiliser.

Moscou n’est plus un sanctuaire

Pendant longtemps, la capitale russe est restée largement éloignée des conséquences directes du conflit. Les combats se déroulaient en Ukraine, tandis que la majorité de la population russe vivait la guerre à distance.

Cette séparation est devenue plus fragile.

Les attaques contre des personnalités liées au pouvoir ou à l’appareil militaire ont progressivement modifié la perception du conflit. Elles montrent que la profondeur territoriale russe n’offre plus la même garantie de sécurité qu’auparavant.

Pour le Kremlin, cette évolution représente un défi politique majeur. La Russie veut apparaître comme une puissance capable de contrôler son territoire et de protéger ses dirigeants. Chaque attaque réussie fragilise cette image.

Pour Kiev, ces opérations répondent à une logique stratégique : démontrer que la Russie n’est pas hors d’atteinte et que la guerre peut atteindre ceux qui la dirigent.

Quand la guerre sort du territoire russe

L’autre évolution majeure concerne la géographie des opérations.

La confrontation ne se limite plus aux frontières russes ou ukrainiennes. Elle touche désormais d’autres espaces européens, où les services de renseignement, les réseaux clandestins et les acteurs liés au conflit s’affrontent dans l’ombre.

L’affaire de Monaco illustre cette nouvelle dimension.

Une femme soupçonnée d’avoir participé à une tentative d’assassinat à l’explosif contre un homme d’affaires ukrainien avait été identifiée par les autorités monégasques avant d’être retrouvée morte en Ukraine. Les autorités ukrainiennes ont ensuite annoncé l’arrestation de deux suspects dans cette affaire, dont un homme présenté comme appartenant au renseignement militaire ukrainien.

Cet épisode a renforcé les interrogations autour de l’expansion des opérations clandestines liées à la guerre.

Le conflit ne se contente plus de produire des combats. Il génère une confrontation parallèle entre services, réseaux et acteurs qui opèrent parfois loin des zones de guerre.

Une guerre invisible aux conséquences bien réelles

Les opérations clandestines offrent un avantage évident : elles permettent de frapper l’adversaire sans mobiliser de grandes forces militaires.

Mais elles ouvrent aussi une période plus instable.

Chaque attaque ciblée crée un risque de représailles. Chaque opération réussie encourage l’autre camp à chercher de nouvelles méthodes. La logique devient celle d’une confrontation permanente où les frontières entre renseignement, sabotage et action militaire deviennent de plus en plus floues.

Cette évolution inquiète également les pays européens. Car lorsque les opérations liées à une guerre se déplacent hors de son théâtre principal, les États voisins deviennent eux aussi concernés.

L’Europe découvre ainsi une nouvelle facette du conflit ukrainien : une guerre qui ne se joue pas seulement avec des chars et des missiles, mais aussi avec des réseaux, des informations et des opérations secrètes.

L’attentat de Moscou marque une nouvelle étape dans une transformation déjà visible depuis 2022.

La guerre russo-ukrainienne n’est plus uniquement une confrontation entre deux armées. Elle est devenue une bataille où les responsables militaires, les structures de pouvoir et les réseaux stratégiques sont eux-mêmes des cibles.

Le front reste en Ukraine. Mais la guerre, elle, a changé de dimension.

Elle se joue désormais partout où les deux camps pensent pouvoir atteindre l’autre.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Azerbaïdjan : derrière la condamnation d’un Français pour espionnage, la bataille d’influence qui se joue dans le Caucase

Le 30 juillet, la justice azerbaïdjanaise a refermé une nouvelle page du dossier Martin Ryan sans mettre fin à la controverse. Condamné à dix ans de prison pour espionnage au profit de la France, ce ressortissant français a vu sa peine confirmée en appel. Pour Bakou, l’affaire est celle d’un réseau qui aurait cherché à obtenir des informations sensibles sur un pays devenu stratégique. Pour Paris, elle est celle d’une condamnation politique contre un Français dont la culpabilité n’a jamais été démontrée.

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Entre les deux lectures, une certitude demeure : l’affaire Martin Ryan est devenue le symbole d’une relation franco-azerbaïdjanaise entrée dans une période de confrontation ouverte.

Depuis son arrestation en décembre 2023, l’homme d’affaires français est accusé par les autorités azerbaïdjanaises d’avoir recueilli des informations pour le compte de services français de renseignement. Le parquet de Bakou affirme qu’il aurait été approché par des membres de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) alors en poste à l’ambassade de France. Ces agents ont depuis été expulsés par les autorités azerbaïdjanaises.

Selon l’accusation, les informations recherchées concernaient notamment les relations de Bakou avec plusieurs pays, dont la Russie, la Chine, l’Iran, le Pakistan ou encore l’Algérie, ainsi que des données relatives à certains équipements militaires. Martin Ryan rejette ces accusations. La France également. Le Quai d’Orsay a dénoncé une « condamnation arbitraire » et demandé sa libération.

Mais cette affaire ne commence pas dans une salle d’audience. Elle trouve ses racines dans une région où les alliances se déplacent rapidement.

Le Haut-Karabakh, point de rupture entre Paris et Bakou

La relation entre la France et l’Azerbaïdjan s’est fortement dégradée après la reprise du Haut-Karabakh par Bakou en septembre 2023.

Pendant des décennies, cette région montagneuse, peuplée majoritairement d’Arméniens avant l’offensive azerbaïdjanaise, a été au centre d’un conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La victoire militaire de Bakou a entraîné le départ de plus de 100 000 habitants arméniens vers l’Arménie.

Paris a alors renforcé son soutien politique à Erevan, dénonçant la situation humanitaire et appelant au respect des droits de la population arménienne. À Bakou, cette position a été interprétée comme un alignement français contre les intérêts azerbaïdjanais.

La crise diplomatique s’est installée. Les déclarations hostiles se sont multipliées. Les expulsions de diplomates ont succédé aux accusations d’ingérence. Dans ce climat tendu, l’affaire Martin Ryan a pris une dimension qui dépasse largement son parcours personnel.

Un petit État devenu un grand enjeu

Pour comprendre pourquoi l’Azerbaïdjan attire autant l’attention des puissances étrangères, il faut regarder sa carte.

Coincé entre la Russie, l’Iran et la Turquie, bordé par la mer Caspienne, le pays occupe une position stratégique dans un espace où circulent hydrocarbures, marchandises et ambitions politiques.

Ankara voit en Bakou un allié privilégié. Les deux pays revendiquent une proximité culturelle et politique résumée par la formule « deux États, une nation ». La coopération militaire entre les deux capitales a joué un rôle important dans la montée en puissance de l’armée azerbaïdjanaise.

Moscou, malgré l’affaiblissement de son influence régionale depuis la guerre en Ukraine, reste un acteur incontournable dans le Caucase. L’Iran observe avec méfiance le rapprochement entre l’Azerbaïdjan et la Turquie. L’Union européenne, de son côté, cherche à renforcer ses relations énergétiques avec Bakou afin de diversifier ses approvisionnements.

Dans ce jeu d’équilibre, l’information devient une ressource stratégique.

Quand le renseignement devient une arme diplomatique

Les grandes rivalités internationales ne se déroulent pas uniquement sur les champs de bataille ou dans les négociations officielles. Elles passent aussi par les services de renseignement, les expulsions diplomatiques et les procès très médiatisés.

Les accusations d’espionnage sont souvent le reflet d’un affrontement plus large : celui de deux États qui cherchent à imposer leur propre récit.

Pour Bakou, la condamnation de Martin Ryan affirme la capacité de l’Azerbaïdjan à défendre ses intérêts face aux tentatives étrangères d’influence. Pour Paris, elle illustre l’usage de la justice comme instrument de pression politique.

La difficulté, dans ce type d’affaire, est précisément de distinguer l’opération de renseignement réelle de l’exploitation diplomatique qui peut l’accompagner. Les deux dimensions peuvent parfois se confondre.

Le Caucase, laboratoire des nouvelles rivalités

L’affaire Martin Ryan rappelle une évolution profonde des relations internationales : les puissances moyennes occupent désormais une place croissante dans les jeux d’influence.

L’Azerbaïdjan n’est plus seulement observé à travers le prisme du conflit du Haut-Karabakh. Il est devenu un acteur avec lequel il faut compter, capable de jouer entre plusieurs partenaires et de tirer profit de sa position géographique.

Pour la France, cette séquence pose une question plus large : comment maintenir une influence dans des régions où de nouveaux acteurs imposent leurs propres règles ?

Pour Bakou, elle confirme une stratégie déjà visible : défendre une souveraineté renforcée et ne laisser aucune puissance étrangère définir seule la lecture de ses affaires intérieures.

Derrière le destin judiciaire d’un Français, c’est donc une bataille plus vaste qui se joue. Celle d’un Caucase où chaque alliance, chaque accusation et chaque procès peuvent devenir les pièces d’un affrontement international.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Guerre en Ukraine : derrière le dossier Patriot, Washington hésite encore à partager son avantage stratégique

Les discussions entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump semblaient ouvrir une nouvelle étape dans la coopération militaire entre Kiev et Washington. Le président ukrainien était ressorti de la Maison Blanche en affirmant avoir évoqué la production sous licence des missiles intercepteurs Patriot, un projet qui aurait permis à l’Ukraine de fabriquer elle-même une partie de l’armement indispensable à sa défense aérienne. Deux jours plus tard, Donald Trump a refroidi cet optimisme. Interrogé par le Financial Times, le président des États-Unis d’Amérique a déclaré qu’il n’était « pas sûr » d’accorder une telle autorisation, invoquant la sensibilité de cette technologie.

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À première vue, il s’agit d’une hésitation politique. En réalité, cet épisode met en lumière une question bien plus vaste : jusqu’où les États-Unis d’Amérique sont-ils prêts à partager leur supériorité militaire avec leurs alliés ?

Depuis le début de la guerre, l’Ukraine a demandé des armes, des munitions, des systèmes de défense aérienne et des renseignements. Aujourd’hui, elle réclame autre chose : le droit de produire elle-même une partie des équipements dont dépend sa survie. Ce changement est loin d’être anodin. Une armée qui reçoit des armes reste dépendante de ses fournisseurs. Une armée qui les fabrique acquiert une marge de manœuvre stratégique, industrielle et politique que les livraisons, aussi abondantes soient-elles, ne peuvent offrir.

Les missiles Patriot incarnent parfaitement cette évolution. Leur efficacité contre les missiles balistiques russes en fait l’un des piliers de la défense ukrainienne. Mais leur valeur dépasse largement le champ de bataille. Ils concentrent des décennies de recherche, des technologies classifiées et une chaîne industrielle que Washington considère comme un atout stratégique. Autoriser leur production sous licence ne reviendrait pas seulement à augmenter les capacités de Kiev ; ce serait accepter qu’une partie de ce savoir-faire quitte le territoire états-unien.

C’est là que le débat devient plus complexe qu’il n’y paraît.

Les États-Unis d’Amérique ont tout intérêt à empêcher une victoire russe. Ils souhaitent également que l’Ukraine puisse résister sur la durée. Pourtant, renforcer un allié ne signifie pas nécessairement lui transférer les technologies qui fondent sa propre supériorité militaire. Toutes les grandes puissances partagent cette prudence. Les avions de combat les plus avancés, les systèmes antimissiles ou certaines capacités de guerre électronique restent soumis à des restrictions particulièrement strictes, même entre partenaires.

Le cas ukrainien illustre ainsi une contradiction propre aux alliances contemporaines. Les États soutiennent leurs partenaires, mais cherchent aussi à préserver les avantages industriels et technologiques qui garantissent leur influence. Plus une technologie est décisive, plus son transfert devient un choix politique autant qu’un choix militaire.

Pour Kiev, cette distinction est lourde de conséquences. Chaque nouvelle livraison répond à une urgence immédiate. Elle ne résout cependant pas la question de l’après-guerre ni celle de l’autonomie stratégique. Produire localement des intercepteurs Patriot permettrait de réduire la dépendance vis-à-vis des calendriers de production étrangers, d’assurer un approvisionnement plus régulier et de consolider une industrie de défense appelée à jouer un rôle central dans la sécurité européenne.

L’hésitation exprimée par Donald Trump rappelle que cette ambition reste suspendue à une décision prise à Washington.

Cette prudence traduit aussi les limites du modèle occidental d’assistance militaire. Depuis le début du conflit, les alliés de l’Ukraine ont progressivement levé plusieurs lignes rouges : fourniture de chars lourds, d’avions de combat, de missiles à longue portée ou encore de systèmes de défense aérienne sophistiqués. À chaque étape, une même logique s’est imposée : répondre aux besoins du champ de bataille sans perdre le contrôle des technologies les plus sensibles. Les licences de production constituent une frontière différente. Elles ne concernent plus seulement l’utilisation d’une arme, mais sa fabrication, sa maintenance et, à terme, son évolution.

En ce sens, le débat dépasse largement l’Ukraine. Il touche à une interrogation qui concerne toutes les alliances militaires : jusqu’où une puissance accepte-t-elle de partager les outils qui fondent son avantage stratégique ? À l’heure où les guerres s’inscrivent dans la durée, la réponse dépend moins du nombre d’armes livrées que de la volonté de transmettre, ou non, les capacités industrielles qui permettent de les produire.

L’affaire des Patriot rappelle enfin une réalité souvent éclipsée par les combats. Les conflits contemporains ne se gagnent pas uniquement sur les lignes de front. Ils se jouent aussi dans les usines, les laboratoires, les bureaux où se négocient les licences industrielles et les transferts de technologies. En hésitant à ouvrir cette porte à l’Ukraine, Washington montre que le partage des armes est une chose ; le partage de la puissance qui les rend possibles en est une autre.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : Xenia Fedorova, l’expulsion d’une journaliste russe devenue un enjeu de sécurité nationale

Le mercredi 29 juillet 2026, Xenia Fedorova a reçu un arrêté ministériel d’expulsion du territoire français. La journaliste russe, ancienne responsable de RT France et aujourd’hui chroniqueuse dans plusieurs médias français, conteste cette décision et prévoit de saisir la justice. Pour les autorités françaises, sa présence en France représenterait une menace grave pour l’ordre public et les intérêts fondamentaux de l’État.

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Cette décision administrative place une professionnelle des médias au centre d’un affrontement qui dépasse son parcours personnel. Depuis la fermeture de RT France après l’invasion de l’Ukraine, les États européens cherchent à redéfinir leur réponse face aux médias qu’ils considèrent comme des instruments d’influence étrangère. Le dossier Fedorova concentre désormais une question délicate : comment protéger l’espace démocratique sans transformer la lutte contre les ingérences en restriction du débat public ?

Une journaliste face à une procédure exceptionnelle

Le courrier qui a changé la situation de Xenia Fedorova tient en quelques pages : un arrêté ministériel lui demandant de quitter le territoire français.

La décision, révélée par plusieurs médias et confirmée par le ministère de l’Intérieur, s’appuie sur une appréciation particulièrement sévère de son activité publique. Selon les éléments cités dans l’arrêté, son comportement porterait atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État et sa présence en France constituerait une menace grave et actuelle pour l’ordre public.

Les autorités françaises lui reprochent notamment de contribuer à la diffusion de récits qu’elles considèrent comme liés aux campagnes d’influence menées par les autorités russes.

Xenia Fedorova rejette cette lecture. Elle entend contester la décision devant les juridictions compétentes, dans une procédure qui devra déterminer si les arguments avancés par l’État français justifient une mesure aussi exceptionnelle.

De Moscou à Paris : le parcours d’une journaliste devenue une figure controversée

Avant que son nom ne soit associé à une procédure d’expulsion, Xenia Fedorova était d’abord une journaliste russe ayant construit une partie de sa carrière dans l’univers des médias internationaux.

Elle devient connue en France lorsqu’elle prend la direction de RT France, lancée en 2017 comme déclinaison française de Russia Today. La chaîne ambitionnait alors de proposer un regard russe sur l’actualité internationale et de s’installer durablement dans le paysage audiovisuel français.

Après le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, l’Union européenne interdit la diffusion de RT et de Sputnik sur son territoire, estimant que ces médias participent aux opérations d’influence de Moscou. RT France cesse alors ses activités.

Mais la carrière médiatique de Xenia Fedorova ne s’arrête pas avec la disparition de la chaîne. Elle poursuit son activité en France comme chroniqueuse, notamment dans des médias appartenant au groupe de Vincent Bolloré.

Ce nouveau chapitre de son parcours nourrit rapidement la controverse. Pour ses détracteurs, son passage de RT France vers des médias français pose la question de la continuité d’une influence russe sous une autre forme. Pour ses soutiens, il s’agit simplement de la poursuite d’une activité journalistique dans un cadre pluraliste.

Pourquoi Paris intervient aujourd’hui

La décision française intervient dans un climat où la question des influences étrangères occupe une place croissante dans les politiques de sécurité européennes.

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les gouvernements occidentaux ont renforcé leur surveillance des réseaux susceptibles, selon eux, de servir les intérêts d’États étrangers. L’information n’est plus considérée uniquement comme un espace de confrontation des idées : elle est également devenue un terrain stratégique.

Dans ce contexte, Paris affirme ne pas sanctionner une opinion politique, mais agir contre ce qu’il présente comme une activité de relais d’influence étrangère.

La nuance est au centre du débat. Une journaliste peut-elle être expulsée en raison du rôle qu’un État lui attribue dans une stratégie d’influence, même si elle affirme exercer simplement son métier ? C’est précisément cette frontière que la justice devra examiner.

Une vieille bataille avec de nouveaux outils

L’histoire des relations internationales est traversée par les affrontements autour de l’information.

Pendant la guerre froide, les grandes puissances utilisaient déjà les radios, les journaux et les agences de presse pour défendre leurs visions du monde. La différence actuelle tient aux moyens : une chaîne de télévision, une plateforme numérique ou une personnalité médiatique peuvent aujourd’hui toucher des millions de personnes en quelques heures.

La Russie n’est pas le seul État accusé de chercher à influencer les opinions étrangères. Les puissances internationales investissent toutes dans la bataille des récits, qu’il s’agisse de diplomatie publique, de médias internationaux ou de communication numérique.

Le cas Xenia Fedorova intervient donc dans un moment où les démocraties européennes cherchent à répondre à une nouvelle réalité : les affrontements entre États se déroulent aussi dans l’espace médiatique.

La liberté d’expression face au défi des ingérences

L’affaire divise parce qu’elle oppose deux principes difficiles à concilier.

D’un côté, les autorités françaises estiment qu’un État démocratique doit pouvoir se protéger contre des opérations destinées à fragiliser ses institutions et sa cohésion sociale.

De l’autre, les défenseurs de Xenia Fedorova rappellent qu’une démocratie se mesure aussi à sa capacité à accepter des voix contestées et des opinions minoritaires.

La question n’est donc pas seulement celle d’une journaliste russe et de son avenir en France. Elle touche à une interrogation plus large : jusqu’où un État peut-il aller pour se protéger sans affaiblir les libertés qu’il cherche à défendre ?

Avec l’arrêté d’expulsion visant Xenia Fedorova, la France ouvre un dossier où se rencontrent une trajectoire journalistique individuelle et une préoccupation devenue majeure en Europe : la maîtrise de l’espace informationnel.

La journaliste russe devra désormais défendre son maintien sur le territoire français devant la justice. Mais au-delà de son cas personnel, son dossier pourrait devenir un repère dans la manière dont les démocraties européennes traiteront demain les figures médiatiques associées à des puissances étrangères.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Le Tchad quitte la CPI, Washington applaudit : la bataille pour l’avenir de la justice internationale est ouverte

Après Bamako, Ouagadougou et Niamey, N’Djamena a choisi à son tour de prendre ses distances avec la Cour pénale internationale. La décision tchadienne aurait pu rester une affaire africaine parmi d’autres. Elle a changé de dimension lorsque Washington a décidé de la saluer et d’appeler d’autres États membres à suivre le même chemin. Deux critiques venues d’horizons différents se retrouvent désormais face à la même institution : des gouvernements africains qui dénoncent une justice qu’ils jugent déséquilibrée et une puissance mondiale qui refuse depuis plus de vingt ans de reconnaître l’autorité de la Cour.

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Le retrait annoncé par le Tchad ouvre une nouvelle séquence pour la Cour pénale internationale. La contestation qui visait déjà son fonctionnement en Afrique rencontre aujourd’hui l’opposition ancienne des États-Unis d’Amérique. Les deux dynamiques ne poursuivent pas les mêmes objectifs, mais elles placent la même question au centre : une justice internationale peut-elle durer sans le soutien politique des États qu’elle entend encadrer ?

N’Djamena ferme une porte ouverte depuis deux décennies

Le 27 juillet 2026, le Tchad a notifié aux Nations unies sa décision de se retirer du Statut de Rome, le texte fondateur de la Cour pénale internationale. Le départ ne sera pas immédiat : conformément aux règles prévues par le traité, un délai d’un an doit s’écouler avant que la sortie devienne effective.

Pendant cette période, le pays reste lié par ses obligations envers la Cour. Politiquement, toutefois, le message est déjà envoyé.

Pour N’Djamena, la CPI ne répond plus aux exigences d’une justice internationale équitable. Les autorités tchadiennes dénoncent une institution qu’elles accusent de concentrer son action sur le continent africain et de ne pas appliquer les mêmes standards à toutes les régions du monde.

Cette critique n’est pas nouvelle. Depuis les premières années d’activité de la Cour, plusieurs dirigeants africains ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un déséquilibre. Le reproche revient régulièrement : l’Afrique aurait été davantage exposée aux poursuites internationales alors que certains acteurs majeurs de la scène mondiale restent hors de portée de la juridiction.

Le Sahel avant le Tchad

Avant N’Djamena, d’autres capitales avaient déjà pris leurs distances.

Bamako, Ouagadougou et Niamey ont engagé des démarches de retrait de la CPI dans une période où ces pays cherchent également à redéfinir leurs rapports avec les institutions internationales et les puissances occidentales.

Ces décisions ne répondent pas toutes aux mêmes calculs politiques. Chaque gouvernement défend ses propres priorités. Pourtant, une même idée revient : la volonté de reprendre la maîtrise de choix considérés comme relevant d’abord de la souveraineté nationale.

Dans plusieurs pays africains, la CPI reste associée à une question plus large : qui décide de la justice lorsque les rapports de force internationaux entrent en jeu ?

Washington, l’étrange soutien d’un non-membre de la Cour

La réaction des États-Unis d’Amérique a donné une portée nouvelle au choix tchadien.

Washington a salué le retrait du Tchad et appelé les autres États parties au Statut de Rome à quitter eux aussi la CPI.

La scène contient un paradoxe : une puissance qui n’a jamais accepté la compétence de la Cour encourage aujourd’hui ceux qui l’ont reconnue à s’en éloigner.

Les États-Unis d’Amérique avaient pourtant participé aux premières discussions autour de la création de la CPI. Ils avaient signé le Statut de Rome en 2000 avant de retirer leur signature en 2002. Depuis, les administrations états-uniennes successives considèrent qu’aucune juridiction internationale ne doit pouvoir exercer son autorité sur leurs ressortissants sans leur consentement.

Pour Washington, la question est celle de la souveraineté. Pour les défenseurs de la CPI, elle est celle de la responsabilité : certains crimes, en raison de leur gravité, ne peuvent rester uniquement du ressort des États.

Deux conceptions de l’ordre international s’affrontent.

Une convergence sans alliance

Le rapprochement entre les critiques africaines et la position états-unienne pourrait sembler surprenant.

Les gouvernements africains qui contestent la CPI mettent en avant l’histoire d’une justice qu’ils considèrent déséquilibrée et insuffisamment représentative du monde actuel.

Les États-Unis d’Amérique défendent une ligne différente : ils refusent qu’une institution extérieure puisse limiter leur liberté d’action politique et militaire.

Les raisons ne sont pas les mêmes. Les trajectoires non plus.

Pourtant, le résultat produit une même pression sur la Cour : celle d’une remise en cause de son autorité.

C’est là que se trouve le véritable enjeu. La CPI ne dépend pas uniquement de ses textes juridiques. Son efficacité repose aussi sur la coopération des États, sur leur volonté d’exécuter ses décisions et sur leur confiance dans son impartialité.

La bataille autour de l’universalité

Créée en 2002, la Cour pénale internationale devait répondre à une ambition : empêcher que les auteurs de crimes parmi les plus graves puissent échapper à la justice en raison de leur position politique ou de leur puissance militaire.

Vingt-quatre ans plus tard, son ambition se heurte à une réalité plus difficile.

Ses défenseurs rappellent qu’elle n’a pas vocation à remplacer les tribunaux nationaux et qu’elle n’agit que lorsque les États ne peuvent ou ne veulent pas juger eux-mêmes les crimes relevant de sa compétence.

Ses critiques estiment, eux, que son fonctionnement reste marqué par les rapports de force internationaux et qu’une justice véritablement universelle ne peut ignorer les déséquilibres entre les États.

Le débat ne porte donc pas seulement sur la CPI. Il touche à une question plus vaste : le monde accepte-t-il encore de déléguer une partie de sa souveraineté à des institutions communes ?

Le retrait du Tchad ne provoquera pas, à lui seul, l’effondrement de la Cour pénale internationale. Il marque toutefois une étape dans une période où plusieurs institutions internationales sont confrontées à une défiance croissante.

À mesure que les États revendiquent davantage leur autonomie, la justice internationale doit relever un défi difficile : prouver qu’elle peut être universelle sans être perçue comme l’instrument d’un rapport de force entre puissants et moins puissants.

De N’Djamena à Washington, la CPI se retrouve au centre d’une bataille qui dépasse son fonctionnement juridique. D’un côté, des États qui veulent reprendre le contrôle de leur souveraineté judiciaire. De l’autre, ceux qui défendent l’idée qu’aucune frontière ne devrait protéger les auteurs des crimes les plus graves.

Le retrait tchadien n’est peut-être qu’une étape. Il pose déjà une question qui pourrait définir l’avenir de la justice internationale : une institution peut-elle rester universelle lorsque ceux qui la contestent deviennent de plus en plus nombreux ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos