Côte d’Ivoire : après une altercation à Yamoussoukro, un douanier retrouvé mort dans un lac, le parquet enquête sur les circonstances de la noyade

Le sergent-chef des Douanes Aimé Lamtou Coulibaly a été retrouvé mort le 4 août dans un lac de Yamoussoukro, au lendemain d’une altercation survenue après un accident de la circulation. Selon les premiers éléments communiqués par le parquet de Toumodi, le médecin requis a conclu à une mort par noyade. Une enquête est en cours pour déterminer dans quelles circonstances le douanier s’est retrouvé dans l’eau.

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La veille, le 3 août, Aimé Lamtou Coulibaly aurait été impliqué dans un accident de la voie publique. Une altercation aurait ensuite éclaté avec un groupe d’individus, au cours de laquelle le fonctionnaire aurait reçu des coups. Les sapeurs-pompiers l’avaient alors transporté à l’hôpital Saint Joseph Moscati, avec une passagère de l’autre véhicule impliqué dans l’accident. Le douanier aurait toutefois quitté l’établissement avant d’avoir reçu les soins.

Le lendemain, vers 11 heures, il aurait été aperçu au commissariat du 2ᵉ arrondissement de Yamoussoukro, accompagné d’un ami pour une démarche administrative. Quelques heures plus tard, vers 17 heures, les forces de l’ordre étaient alertées de la découverte de son corps dans un lac situé près de la station Afriquiya.

La Brigade de recherche et d’investigation de la Police nationale, avec l’appui de la police scientifique, mène les investigations. Le parquet n’établit pour l’heure aucun lien définitif entre les coups reçus lors de l’altercation et la mort du douanier. Les enquêteurs cherchent notamment à reconstituer ses dernières heures et à déterminer comment il s’est retrouvé dans le lac.

L’affaire avait suscité de nombreuses réactions après la diffusion d’images de l’altercation sur les réseaux sociaux. Des accusations avaient rapidement circulé autour de certains acteurs du transport. Le parquet appelle toutefois à la prudence et met en garde contre les conclusions tirées avant la fin des investigations.

À ce stade, la noyade constitue donc la cause médicale du décès communiquée par le parquet, tandis que les circonstances dans lesquelles Aimé Lamtou Coulibaly a rejoint le plan d’eau restent à établir. L’enquête se poursuit.

Celine Dou

France : condamné définitivement dans l’affaire des emplois de son épouse, François Fillon suspendu dix ans de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite

Près de dix ans après l’éclatement de l’affaire qui avait fait dérailler sa campagne présidentielle, François Fillon voit désormais ses distinctions nationales frappées par une sanction disciplinaire. Deux décrets signés le 19 août 2026 et publiés au Journal officiel le 20 août suspendent pour dix ans l’exercice des droits et prérogatives attachés à ses grades dans la Légion d’honneur et l’ordre national du Mérite.

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L’ancien Premier ministre est grand officier de la Légion d’honneur et grand’croix de l’ordre national du Mérite. La mesure ne constitue pas une nouvelle peine prononcée par un tribunal et ne signifie pas qu’il est définitivement radié de ces deux ordres. Elle est la conséquence disciplinaire d’une condamnation pénale devenue définitive en février 2026, après son désistement de son pourvoi en cassation dans l’affaire des emplois de son épouse, Penelope Fillon.

Une sanction qui trouve son origine dans l’affaire des emplois de Penelope Fillon

Pour comprendre la décision publiée cette semaine, il faut revenir à janvier 2017.

Alors candidat de la droite à l’élection présidentielle, François Fillon est accusé d’avoir rémunéré son épouse comme assistante parlementaire alors que la réalité de son travail fait l’objet de sérieuses contestations. L’affaire prend rapidement une ampleur nationale et devient l’un des éléments déterminants de sa campagne.

La justice finit par retenir sa responsabilité pénale. La Cour de cassation avait confirmé en avril 2024 sa culpabilité pour détournement de fonds publics. Elle avait toutefois renvoyé la question des peines devant une nouvelle formation de la cour d’appel de Paris. Autrement dit, la culpabilité était déjà définitive ; seul le volet concernant la peine devait encore être rejugé.

Le 17 juin 2025, la cour d’appel de Paris fixe finalement cette peine à quatre ans d’emprisonnement avec sursis, 375 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.

François Fillon forme alors un pourvoi en cassation. Mais le 16 février 2026, il se désiste de ce recours. Sa peine devient donc définitive.

C’est cette dernière étape qui complète le puzzle.

Pourquoi une condamnation pénale entraîne-t-elle une sanction dans la Légion d’honneur ?

La Légion d’honneur n’est pas seulement une décoration que l’on conserve indépendamment de son comportement ultérieur. Le code qui régit l’ordre prévoit une discipline propre à ses membres.

Trois sanctions disciplinaires sont prévues : la censure, la suspension totale ou partielle des droits et prérogatives attachés à la qualité de membre, et l’exclusion de l’ordre.

Le code prévoit notamment que les droits et prérogatives d’un membre peuvent être suspendus en cas de condamnation à une peine correctionnelle. Il prévoit également qu’une personne condamnée pour un crime ou à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins un an est exclue de l’ordre.

Dans le cas de François Fillon, la condamnation prononcée en 2025 est une peine correctionnelle entièrement assortie du sursis. Il ne se trouve donc pas dans le cas d’une exclusion automatique correspondant à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins un an.

Le droit permet en revanche une suspension des droits et prérogatives. C’est précisément la mesure retenue.

Dix ans de suspension, mais pas une radiation définitive

C’est une distinction importante.

Dire que François Fillon est « suspendu de la Légion d’honneur » ne signifie pas qu’il a définitivement perdu sa distinction.

Pendant dix ans, il est privé de l’exercice des droits et prérogatives attachés à son grade de grand officier de la Légion d’honneur. La suspension touche également son grade de grand’croix de l’ordre national du Mérite.

La différence avec une exclusion est prévue noir sur blanc par le code : l’exclusion retire définitivement la qualité de membre de l’ordre, tandis que la suspension prive le décoré, pendant la durée fixée, des droits et prérogatives attachés à cette qualité.

La mesure a néanmoins une portée concrète : durant la suspension, le droit de porter les insignes des décorations relevant de la grande chancellerie est lui aussi suspendu.

Une procédure distincte du procès pénal

La sanction disciplinaire n’est donc pas prononcée par la cour d’appel de Paris.

Les deux procédures ne se confondent pas.

Le procès pénal a établi la responsabilité de François Fillon dans l’affaire des emplois de son épouse et fixé une peine. La procédure disciplinaire relève, elle, du régime propre aux ordres nationaux.

Le code prévoit que les décisions judiciaires concernant les membres de la Légion d’honneur sont transmises au grand chancelier. L’intéressé doit ensuite pouvoir prendre connaissance du dossier et présenter ses explications et sa défense. Le conseil de l’ordre émet un avis sur la sanction à prendre.

Depuis une modification réglementaire entrée en vigueur en 2025, lorsque les conseils de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite sont saisis du même dossier et rendent des avis différents, le grand chancelier intervient pour formuler une proposition dans le cadre prévu par le code.

La décision finale de suspension est ensuite prononcée par décret du président de la République dans le cadre prévu par le code. Les décisions de suspension et d’exclusion sont publiées au Journal officiel.

Pourquoi l’ordre national du Mérite est-il également concerné ?

François Fillon ne détenait pas seulement la Légion d’honneur.

L’ancien Premier ministre est également grand’croix de l’ordre national du Mérite, une dignité particulièrement élevée.

Les deux ordres sont distincts, mais ils sont administrés par le même grand chancelier. Surtout, le code prévoit que les sanctions et la procédure disciplinaires applicables à la Légion d’honneur s’appliquent également aux membres de l’ordre national du Mérite, sous réserve de certaines dispositions particulières.

La suspension prononcée contre François Fillon concerne donc les deux distinctions.

Une conséquence qui arrive après neuf années de procédures

Le calendrier permet de mesurer la portée de la décision.

L’affaire éclate en 2017, au moment où François Fillon est candidat à l’élection présidentielle et figure parmi les principaux prétendants à l’Élysée. Sa campagne est profondément affectée par les révélations.

La procédure judiciaire se poursuit pendant plusieurs années. La culpabilité devient définitive en 2024. La cour d’appel fixe ensuite la peine en juin 2025. François Fillon se désiste finalement de son pourvoi en février 2026, rendant cette peine définitive.

Six mois plus tard, les conséquences disciplinaires concernant ses distinctions nationales sont officialisées.

Ce décalage explique pourquoi une affaire politique vieille de près d’une décennie revient aujourd’hui dans l’actualité : la justice pénale avait terminé son travail, mais les conséquences attachées au statut de décoré devaient encore suivre leur propre procédure.

Ce que cette décision dit réellement

Il serait donc réducteur de présenter la décision comme une simple « perte de la Légion d’honneur ».

François Fillon n’est pas radié définitivement de l’ordre. Il est suspendu pendant dix ans de l’exercice des droits et prérogatives liés à ses deux dignités nationales.

La décision constitue néanmoins une sanction institutionnelle significative. Elle vient ajouter une conséquence disciplinaire à une condamnation pénale devenue définitive, après une affaire qui avait déjà mis fin à ses ambitions présidentielles en 2017.

Le parcours de François Fillon connaît ainsi un nouvel épisode judiciaire et institutionnel : après la condamnation, puis la fin des recours, c’est désormais le statut de décoré de la République qui est directement touché.

Celine Dou

Corée du Sud : Washington réduit ses exercices militaires avec Séoul pour renouer avec Pyongyang, Pékin en profite pour avancer ses pions

La réduction de la participation états-unienne aux exercices militaires avec la Corée du Sud donne à Pékin une occasion de renforcer son dialogue avec Séoul. Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi est arrivé dans la capitale sud-coréenne le 19 août, pour une visite de deux jours, la première d’un chef de la diplomatie chinoise dans le pays depuis cinq ans. Son déplacement coïncide avec une décision de Donald Trump qui touche directement l’un des principaux éléments de la coopération militaire entre Washington et Séoul.

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L’exercice annuel Ulchi Freedom Shield, prévu du 17 au 27 août, a été raccourci et plusieurs entraînements de terrain ont été réduits. Donald Trump souhaite limiter le coût de ces manœuvres et préserver une possibilité de reprise du dialogue avec Kim Jong-un. Séoul, qui n’avait pas été informé à l’avance de la réduction états-unienne, cherche à maintenir son alliance militaire avec Washington tout en développant ses relations avec Pékin. La Chine entend conserver une place déterminante dans toute discussion concernant l’avenir de la péninsule coréenne.

Washington réduit les exercices avec Séoul

Les exercices conjoints entre les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud constituent depuis des années un élément central de la préparation militaire des deux alliés face à la Corée du Nord.

Cette année, leur format a changé. Ulchi Freedom Shield doit finalement s’achever le 21 août, au lieu du 27, tandis que certains entraînements de terrain ont été réduits. Donald Trump avait demandé une diminution importante de la participation états-unienne.

La décision a surpris Séoul. Le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Cho Hyun, a reconnu que les autorités de son pays avaient été prises de court.

Donald Trump assume cette orientation. Il souhaite réduire les dépenses liées aux exercices militaires et conserver une possibilité de dialogue avec Kim Jong-un. Les deux dirigeants se sont rencontrés à trois reprises en 2018 et 2019, sans parvenir à régler la question du programme nucléaire nord-coréen.

La modification du programme ne signifie toutefois pas la fin de la coopération militaire entre Washington et Séoul. L’alliance demeure, mais l’ampleur des manœuvres est revue à la baisse.

Pyongyang reste méfiant

La Corée du Nord ne considère pas cette réduction comme une réponse suffisante à ses exigences.

Pyongyang dénonce depuis des années les exercices militaires conjoints, qu’il présente comme une préparation à une attaque contre son territoire. Le 20 août, l’armée nord-coréenne a tiré une dizaine de missiles balistiques de courte portée vers la mer.

Ces tirs ont eu lieu après le début des manœuvres et alors que Donald Trump avait renouvelé son souhait de rencontrer Kim Jong-un.

La réduction des exercices n’a donc pas entraîné de changement immédiat dans l’attitude militaire nord-coréenne. Pyongyang continue de réclamer une modification plus profonde de la politique militaire menée par Washington et Séoul.

Wang Yi arrive à Séoul au moment où les équilibres évoluent

Wang Yi n’est pas venu à Séoul pour parler uniquement des relations entre la Chine et la Corée du Sud.

Le ministre chinois des Affaires étrangères a rencontré son homologue Cho Hyun puis le président Lee Jae-myung. La situation de la péninsule coréenne figurait parmi les sujets abordés, avec les relations économiques entre Pékin et Séoul.

Le message chinois est précis : la Corée du Sud ne devrait pas avoir à choisir entre la Chine et les États-Unis d’Amérique.

Wang Yi appelle ainsi Séoul à préserver son autonomie stratégique et à éviter de se retrouver enfermé dans la rivalité entre Pékin et Washington.

Ce discours prend une importance particulière avec la réduction de la participation états-unienne aux exercices militaires et la volonté affichée de Donald Trump de renouer avec Kim Jong-un.

Lee Jae-myung ménage ses deux partenaires

Le président sud-coréen ne remet pas en cause l’alliance avec Washington. La coopération militaire avec les États-Unis d’Amérique demeure le principal élément de la stratégie de défense de Séoul face à Pyongyang.

Lee Jae-myung souhaite toutefois que son pays puisse prendre davantage de responsabilités dans sa propre défense. Il cherche également à améliorer les relations avec la Chine, partenaire économique majeur de la Corée du Sud et acteur important dans les relations avec Pyongyang.

Séoul tente ainsi de préserver deux relations dont les intérêts ne coïncident pas toujours : une alliance militaire étroite avec Washington et des liens économiques importants avec Pékin.

Pékin veut rester présent dans le dossier nord-coréen

Une éventuelle reprise du dialogue entre Washington et Pyongyang poserait directement la question de la place de la Chine.

Pékin partage une frontière avec la Corée du Nord et conserve des relations étroites avec le régime de Kim Jong-un. Son influence n’est cependant pas absolue. Pyongyang a également considérablement renforcé ses relations avec Moscou et poursuit son propre programme militaire.

La Chine ne peut donc pas décider à la place de la Corée du Nord. Elle peut en revanche chercher à éviter qu’une éventuelle négociation sur la péninsule se déroule sans elle.

C’est l’un des enjeux de la visite de Wang Yi. Pékin défend le dialogue, appelle à la stabilité et encourage Séoul à conserver une marge de manœuvre dans ses relations avec les deux grandes puissances.

Une nouvelle donne, mais pas de basculement

La réduction des exercices militaires ne signifie pas que Séoul se détourne de Washington. La visite de Wang Yi ne signifie pas davantage que la Corée du Sud s’apprête à rejoindre le camp chinois.

Les faits sont plus simples.

Washington cherche à réduire certaines activités militaires avec Séoul tout en ouvrant une nouvelle possibilité de dialogue avec Kim Jong-un. Pyongyang continue de développer son arsenal et vient encore de procéder à des tirs de missiles. Séoul veut préserver son alliance avec les États-Unis d’Amérique tout en améliorant ses relations avec la Chine. Pékin entend conserver une place dans les discussions sur l’avenir de la péninsule.

La véritable question est donc moins celle d’un changement d’alliance que celle du rapport de forces qui se dessine autour de la péninsule. Une réduction de la participation états-unienne donne à Pékin davantage d’espace diplomatique, sans pour autant remettre en cause la présence des États-Unis d’Amérique en Corée du Sud.

Si Donald Trump parvient à renouer avec Kim Jong-un, la Chine cherchera à être associée aux discussions. Si Pyongyang refuse le dialogue, la question militaire restera au premier plan. Dans les deux cas, Pékin entend conserver son rôle dans une région où Washington reste le principal allié militaire de Séoul.

Celine Dou

Espagne : après 15 signalements d’agressions sexuelles à Ceuta, Madrid transfère 500 jeunes filles migrantes vers la péninsule malgré les appels au retour vers le Maroc

À Ceuta, la crise migratoire née de l’afflux massif de personnes venues du Maroc prend une dimension nouvelle. Depuis le 30 juillet, au moins 15 signalements d’agressions sexuelles ont été enregistrés, plusieurs concernant des mineures. Face à la vulnérabilité des jeunes filles isolées, le gouvernement espagnol prépare le transfert d’environ 500 d’entre elles vers la péninsule. Le choix de Madrid ne fait pas disparaître la question de leur retour au Maroc, réclamé par Rabat et soutenu dans son principe par l’Union européenne.

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Plus de 72 000 personnes ont franchi la frontière de Ceuta les 30 et 31 juillet, selon les chiffres espagnols. Environ 70 000 ont depuis regagné le Maroc. Mais l’enclave conserve encore plusieurs milliers de personnes, dont des mineurs non accompagnés. Au 18 août, la police nationale en avait identifié 2 168. Pour les jeunes filles qui se retrouvent seules dans les rues ou sur les plages de Ceuta, la question n’est plus seulement celle du statut migratoire : leur sécurité est devenue une urgence.

Des jeunes filles exposées aux violences

Les premiers jours de la crise avaient surtout retenu l’attention par l’ampleur des arrivées. À Ceuta, les capacités d’accueil ont rapidement été dépassées et des migrants ont dormi dans des conditions précaires, parfois à proximité du centre d’accueil temporaire.

Les femmes et les jeunes filles se sont retrouvées parmi les personnes les plus exposées.

Depuis le début de l’afflux, 15 signalements d’agressions sexuelles ont été enregistrés. Plusieurs victimes sont mineures. Des femmes ont également été prises en charge pour des violences sexuelles.

Ces chiffres correspondent à des plaintes ou signalements faisant l’objet d’enquêtes. Ils ne permettent donc pas de présenter chacun de ces faits comme un viol définitivement établi par la justice. Ils donnent néanmoins une mesure de la situation à laquelle les autorités espagnoles doivent répondre.

La présence de jeunes filles isolées dans des lieux où elles ne disposent ni d’un hébergement adapté ni d’une protection suffisante a conduit Madrid à revoir leur prise en charge.

500 jeunes filles doivent quitter Ceuta

Le ministère espagnol de la Jeunesse et de l’Enfance prépare le transfert d’environ 500 jeunes filles migrantes non accompagnées vers la péninsule.

L’objectif est de les placer dans des structures capables d’assurer leur sécurité et leur prise en charge. Les autorités espagnoles envisagent notamment l’accueil par des organismes spécialisés dans la protection de l’enfance, afin de réserver les solutions les plus adaptées aux jeunes filles considérées comme les plus vulnérables.

La mesure répond à une situation précise : ces mineures sont seules, certaines ont été exposées à des violences et Ceuta ne dispose pas des capacités nécessaires pour assurer durablement leur accueil.

Le droit espagnol impose par ailleurs aux autorités de protéger les mineurs non accompagnés présents sur leur territoire jusqu’à leur majorité.

Le retour au Maroc reste pourtant demandé

Cette décision ne correspond pas à l’orientation défendue par Rabat depuis le début de la crise.

Le Maroc souhaite récupérer ses ressortissants encore présents à Ceuta. Madrid a déjà organisé le retour d’une grande partie des personnes entrées dans l’enclave lors de l’afflux de juillet.

La Commission européenne défend également l’application du droit européen en matière de retour des personnes en situation irrégulière. Bruxelles estime que les autorités espagnoles et marocaines doivent trouver les moyens de mettre en œuvre ces retours dans le respect des règles européennes.

Le cas des mineurs non accompagnés est cependant plus complexe.

Un enfant ne peut pas être traité comme un adulte en situation irrégulière. Avant un éventuel retour, les autorités doivent examiner sa situation individuelle, rechercher les garanties nécessaires à sa protection et tenir compte de son intérêt supérieur.

Pour les 500 jeunes filles concernées, Madrid choisit donc d’abord la mise à l’abri.

Une décision qui ne règle pas le sort des autres mineurs

Le transfert annoncé ne concerne qu’une partie des enfants présents à Ceuta.

Au 18 août, 2 168 mineurs avaient été identifiés par la police nationale depuis le début de la crise. Leur prise en charge représente une lourde charge pour l’enclave, dont les capacités d’accueil sont limitées.

Le gouvernement de Pedro Sánchez veut répartir cette charge avec les autres communautés autonomes espagnoles. Plusieurs d’entre elles refusent cependant d’accueillir de nouveaux mineurs.

Madrid a déjà accordé 25 millions d’euros à Ceuta pour faire face aux conséquences de l’afflux.

La question financière ne suffit toutefois pas à régler celle de l’accueil. Il faut encore trouver des places, assurer la protection des enfants et déterminer, pour chacun d’eux, quelle solution est compatible avec le droit espagnol et européen.

Entre protection et retour

Le dossier des jeunes filles de Ceuta concentre ainsi les deux exigences auxquelles l’Espagne est confrontée depuis la fin juillet.

D’un côté, Madrid veut réduire rapidement le nombre de personnes présentes dans l’enclave et maintenir la coopération avec le Maroc sur les retours. De l’autre, les agressions signalées et les conditions dans lesquelles vivent certaines mineures obligent les autorités à renforcer leur protection.

Le transfert des 500 jeunes filles ne signifie donc pas que l’Espagne renonce au principe du retour. Il signifie que leur statut de mineures isolées impose, dans l’immédiat, une prise en charge différente.

C’est toute la difficulté de la situation à Ceuta : contrôler les entrées et organiser les retours ne dispense pas l’État de protéger celles et ceux qui, une fois sur son territoire, sont particulièrement vulnérables.

Les 15 signalements d’agressions sexuelles ont donné un visage concret à cette contradiction. Pour ces 500 jeunes filles, Madrid a choisi de privilégier la sécurité. Pour les autres mineurs et pour les personnes encore présentes à Ceuta, le débat sur le retour au Maroc reste entier.

Celine Dou

France : Yvette Roudy, première ministre des Droits de la femme, est morte à 97 ans

Yvette Roudy est morte mardi 18 août à Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, à l’âge de 97 ans. Ministre des Droits de la femme de 1981 à 1986 dans les gouvernements de Pierre Mauroy puis de Laurent Fabius, elle fut la première à occuper en France un ministère de plein exercice consacré aux droits des femmes. Son nom reste attaché au remboursement de l’interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale et à la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle. Mais son parcours raconte aussi une période où l’égalité entre les femmes et les hommes commençait à sortir du seul champ militant pour entrer dans celui de l’action gouvernementale.

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En 1981, un ministère change de nom et de dimension

Lorsque François Mitterrand arrive à l’Élysée en mai 1981, la question des femmes n’est pas nouvelle dans la politique française. Françoise Giroud avait déjà été secrétaire d’État chargée de la Condition féminine sous Valéry Giscard d’Estaing.

Mais le gouvernement socialiste fait un choix différent. Yvette Roudy reçoit un ministère consacré aux Droits de la femme.

La nuance compte.

Il ne s’agit plus seulement de s’intéresser à la situation des femmes ou de mettre en place des actions ponctuelles. Le gouvernement inscrit leurs droits dans un portefeuille ministériel identifié et dans l’administration de l’État. Les archives du ministère montrent d’ailleurs l’ampleur progressivement donnée à cette structure, avec des relais régionaux et départementaux et des dossiers portant aussi bien sur le travail que sur la contraception, l’IVG, les associations ou les relations avec le Parlement.

Roudy arrive à ce poste avec un parcours déjà consacré à la cause des femmes. En 1964, elle avait traduit en français The Feminine Mystique de Betty Friedan, publié sous le titre La Femme mystifiée. Elle avait également signé en 1971 le Manifeste des 343 et participé aux mouvements féministes avant son engagement gouvernemental.

Elle ne découvre donc pas le féminisme en entrant au gouvernement. Elle y apporte des revendications qu’elle veut désormais transformer en décisions publiques.

Après la loi Veil, l’IVG reste une question d’accès

L’un de ses premiers combats concerne l’avortement.

Il faut ici distinguer deux étapes que les hommages rendus depuis sa mort tendent parfois à rapprocher. La loi Veil de 1975 avait dépénalisé l’IVG sous certaines conditions. Yvette Roudy n’est pas à l’origine de cette légalisation.

Son combat porte sur ce qui vient ensuite : la prise en charge financière de l’intervention.

En 1982, le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale est adopté. Une liberté reconnue par la loi quelques années auparavant devient ainsi moins dépendante des ressources financières des femmes qui souhaitent y recourir. La mesure constitue l’une des principales réalisations de son passage au gouvernement.

Le raisonnement qui sous-tend cette réforme est alors décisif : un droit reconnu par la loi peut rester théorique si les conditions matérielles permettant de l’exercer ne sont pas réunies.

En 1983, le travail devient le nouveau terrain de bataille

La deuxième grande réforme porte sur l’emploi.

La loi du 13 juillet 1983, qui prendra le nom de « loi Roudy », interdit notamment de fonder sur le sexe le refus d’une embauche, d’une formation ou d’une promotion. Elle impose également aux entreprises concernées de présenter un rapport comparant la situation professionnelle des femmes et des hommes.

L’objectif est de donner aux inégalités professionnelles une existence juridique et de contraindre les entreprises à regarder leur propre fonctionnement.

Mais le texte porte déjà en lui une difficulté qui apparaîtra avec les années : la loi peut fixer une obligation sans garantir qu’elle sera respectée.

Roudy le constatera elle-même. Des décennies après l’adoption de son texte, elle déplorera encore son application insuffisante et la persistance des écarts entre les femmes et les hommes dans le monde professionnel.

Cette distance entre le droit et la réalité constitue l’une des limites de son bilan, mais aussi l’une des raisons pour lesquelles son action demeure importante : elle avait fait entrer l’égalité professionnelle dans la loi à une époque où elle n’allait nullement de soi.

Même les mots deviennent une affaire d’État

Son ministère s’intéresse également au vocabulaire.

En 1984, une commission est créée pour travailler sur la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de grades et de titres. Elle est présidée par Benoîte Groult.

La démarche répond à une évolution très concrète : les femmes occupent de plus en plus de professions et de responsabilités, mais la langue administrative continue largement à les désigner au masculin.

La féminisation des fonctions n’est donc pas, pour Roudy, une question décorative. Elle accompagne la place nouvelle que les femmes cherchent à prendre dans la vie professionnelle et publique.

Le sujet, aujourd’hui banal dans de nombreux usages, était alors suffisamment controversé pour devenir une véritable question politique.

Roudy n’a pourtant pas remporté toutes ses batailles

C’est aussi ce qui distingue son parcours d’un récit simplement triomphal.

En 1983, elle défend un projet de loi visant à lutter contre le sexisme. Le texte rencontre une forte opposition, notamment autour de la publicité et de la liberté d’expression, et ne débouche pas sur la réforme espérée. Les archives du Calvados conservent d’ailleurs les traces de cette bataille politique menée alors qu’elle était ministre.

La représentation politique des femmes constitue un autre terrain difficile.

En 1982, une disposition destinée à favoriser la présence des femmes sur les listes municipales est censurée par le Conseil constitutionnel. La volonté politique d’introduire une représentation plus équilibrée se heurte ainsi au cadre constitutionnel de l’époque.

Il faudra attendre près de vingt ans pour qu’une réforme constitutionnelle puis la loi du 6 juin 2000 permettent d’instaurer la parité dans les élections politiques.

Roudy continuera, entre-temps, à défendre cette cause.

Une bataille commencée en 1981 qui ne s’arrête pas en 1986

Son départ du gouvernement ne signifie pas son retrait du combat.

Députée du Calvados, puis maire de Lisieux de 1989 à 2001, elle continue de s’investir dans la représentation des femmes et dans les questions d’égalité. Le combat pour la parité devient notamment l’un de ses engagements des années suivantes.

Cette continuité est importante.

La ministre qui avait vu une première tentative de quota censurée en 1982 poursuit son action jusqu’à l’adoption, en 2000, de la loi favorisant l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives.

Entre ces deux dates, la société française a changé. Le principe même de la parité, longtemps considéré comme incompatible avec une conception stricte de l’égalité devant la loi, finit par trouver sa place dans le droit.

Une ministre, mais surtout une femme qui avait changé de terrain

Yvette Roudy avait commencé sa vie professionnelle loin des sommets de l’État. Née à Pessac en 1929, elle entre dans la vie active comme dactylographe avant de devenir traductrice et militante.

Cette trajectoire explique en partie la nature de son engagement.

Elle avait connu le monde du travail avant d’en faire un objet de réforme. Elle avait découvert les grandes idées du féminisme international par son travail de traduction. Elle avait participé aux mobilisations féministes avant de rejoindre les institutions.

Puis elle avait fait le chemin inverse de celui que beaucoup de militants redoutent : elle n’a pas abandonné ses revendications en entrant au pouvoir ; elle a tenté de donner au pouvoir les moyens de les appliquer.

C’est là que se trouve la singularité de son passage au gouvernement.

Ce que son parcours dit de la France d’aujourd’hui

Yvette Roudy disparaît alors que plusieurs des questions qu’elle avait portées sont toujours présentes dans la société française.

L’égalité professionnelle demeure un sujet, malgré les nombreuses réformes adoptées depuis 1983. La représentation des femmes dans la vie politique a progressé avec la parité, sans que toutes les fonctions de pouvoir soient devenues également accessibles. Et les droits liés à la santé reproductive continuent de dépendre, au-delà des textes, de l’accès concret aux services et aux soins.

Roudy avait elle-même refusé de considérer les avancées obtenues comme définitives. En 2018, lors de la création de sa fondation, elle rappelait que des progrès avaient été accomplis mais que le chemin restait long. La fondation devait notamment soutenir des actions consacrées à l’égalité professionnelle, à l’accès aux droits, à l’IVG et à la contraception.

Son décès rappelle ainsi une réalité que son propre parcours avait déjà illustrée : les droits peuvent être inscrits dans la loi en quelques années, mais leur traduction dans la vie quotidienne demande beaucoup plus de temps.

Une page de la politique française se tourne

Yvette Roudy est morte à Cabestany à 97 ans, après une vie politique qui aura traversé plusieurs générations du féminisme français. Les hommages rendus depuis l’annonce de sa disparition saluent notamment la ministre qui fit adopter le remboursement de l’IVG, la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle et la reconnaissance officielle du 8 mars.

Mais son parcours ne se résume pas à une liste de réformes.

En 1981, elle avait reçu une mission nouvelle : faire des droits des femmes une responsabilité gouvernementale à part entière. Certaines de ses propositions ont abouti. D’autres ont échoué. Certaines lois ont été adoptées sans produire immédiatement les changements espérés.

C’est précisément cette histoire, faite d’avancées et de résistances, qui donne à sa disparition sa portée politique.

Yvette Roudy n’a pas achevé le combat qu’elle avait commencé. Elle a contribué à déplacer son lieu : des mouvements féministes vers l’État, puis de l’État vers la société tout entière.

Celine Dou

Irlande : la New IRA menace-t-elle les migrants d’un ultimatum de 24 heures pour quitter le pays ?

Une vidéo diffusée début août montre un homme annonçant que des migrants pourraient recevoir un ultimatum de 24 heures pour quitter l’Irlande. Des sources du renseignement britannique, citées par le Mail on Sunday, affirment que la New IRA chercherait à transformer la colère contre l’immigration en campagne de violence. Mais une pièce essentielle manque encore : aucune revendication publique de la New IRA ne permet d’attribuer cette menace à l’organisation avec certitude.

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Émirats Arabes Unis : deux missiles attribués à l’Iran tombent en mer, Abu Dhabi durcit sa réponse tandis que le bras de fer sur Ormuz s’envenime

Une alerte à la population, deux missiles détectés, puis une rupture commerciale avec Téhéran : en moins de vingt-quatre heures, la crise autour du détroit d’Ormuz a franchi un nouveau seuil. Mais une question demeure : que visaient réellement les missiles ?

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Gabon : Oligui Nguema poursuit la réorientation des bourses d’études vers le Gabon et l’Afrique

Le Gabon veut envoyer moins de ses étudiants vers les formations étrangères les plus coûteuses et donner davantage de place à ses propres universités ainsi qu’à celles du continent. Brice Oligui Nguema a défendu cette orientation dimanche 16 août, dans son message à la nation prononcé à la veille du 66e anniversaire de l’indépendance.

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L’annonce ne marque pas le début de cette politique. En juillet 2025, le président gabonais avait déjà annoncé qu’à partir de 2026, de nouvelles bourses ne seraient plus attribuées pour les études aux États Unis d’Amérique, au Canada et en France. Un an plus tard, il élargit son argumentaire : hausse du coût des études, diminution des aides aux étudiants dans certains pays et volonté de renforcer l’offre de formation au Gabon et en Afrique.

Brice Oligui Nguema n’a pas cité de pays dans son discours du 16 août. Il a évoqué des destinations où les frais d’études ont augmenté alors que les aides accordées aux étudiants ont diminué.

Son choix est désormais affiché : les jeunes Gabonais ne doivent plus considérer les universités étrangères comme l’unique voie vers une formation de qualité.

« L’Afrique ne doit pas être un choix par défaut », a déclaré le président gabonais. Il appelle les étudiants à regarder davantage vers les établissements du continent et à y acquérir les compétences dont le Gabon a besoin.

Ce discours vient après une première décision prise l’année précédente.

La France, le Canada et les États Unis d’Amérique déjà concernés

En juillet 2025, lors d’une rencontre avec la diaspora gabonaise à Washington, Brice Oligui Nguema avait annoncé la fin des nouvelles bourses pour les études aux États Unis d’Amérique et au Canada à partir de 2026. Il avait expliqué ce choix par le coût élevé des études dans ces deux pays.

La France avait également été citée dans les annonces rapportées à l’époque. Le quotidien gabonais L’Union écrivait en juillet 2025 que les nouvelles attributions de bourses pour les États Unis d’Amérique, le Canada et la France seraient suspendues à partir de 2026.

Il faut donc distinguer deux choses : la restriction de certaines destinations avait déjà été décidée ; le discours du 16 août donne désormais une justification plus large à cette politique.

Le gouvernement gabonais veut réduire la dépendance aux formations étrangères coûteuses et développer des parcours jugés plus utiles aux besoins du pays.

Une question de coût, mais pas seulement

L’argent est au centre du raisonnement présidentiel.

Le Gabon finance depuis longtemps des études à l’étranger, avec des prises en charge qui peuvent comprendre les frais de scolarité et les allocations versées aux étudiants. La facture devient particulièrement lourde lorsque les études sont suivies dans des pays où le coût de la vie et celui des formations sont élevés.

Mais les difficultés financières ne concernent pas uniquement les étudiants partis à l’étranger.

En mars 2026, l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG) devait encore régulariser des arriérés concernant des étudiants gabonais en France. L’agence avait également annoncé la régularisation de plusieurs mois de bourses.

Au Gabon, la situation n’était pas plus simple. L’ANBG avait dû rassurer des étudiants transférés dans des établissements privés après des difficultés de paiement. Une dette de plus de 12 milliards de francs CFA envers plusieurs établissements avait alors été évoquée.

La question posée par Libreville dépasse donc les seuls frais d’inscription dans les universités étrangères : comment financer durablement un système de bourses qui prend en charge des milliers d’étudiants, au Gabon comme à l’étranger ?

L’ANBG, créée en 2011, est chargée d’exécuter la politique du gouvernement en matière de bourses et de gérer les étudiants gabonais bénéficiaires.

Former pour quels besoins ?

Brice Oligui Nguema avance aussi une autre raison : le Gabon veut que les études financées par l’État répondent davantage aux besoins du pays.

La logique est simple. Si l’État paie une formation pendant plusieurs années, il veut pouvoir compter ensuite sur les compétences acquises pour renforcer son économie, son administration, son système de santé ou ses secteurs techniques.

Le président avait déjà évoqué cet argument en 2025 lorsqu’il justifiait la restriction des bourses vers les États Unis d’Amérique et le Canada. Il reprochait notamment à certains étudiants de ne pas revenir au Gabon après leurs études.

La politique des bourses devient ainsi un outil de planification des compétences. L’ANBG présente d’ailleurs son rôle comme lié à la gestion des parcours des étudiants boursiers et à l’application des orientations fixées par le gouvernement.

Le pari africain

Le Gabon ne veut pas simplement réduire les départs. Il doit trouver des formations capables de les remplacer.

Le pays dispose déjà de partenariats avec plusieurs établissements africains. En 2025, l’ANBG avait notamment conclu une convention avec des établissements privés d’enseignement supérieur au Cameroun dans le cadre du programme CEMAC Sup.

L’Afrique offre aussi des pôles universitaires reconnus au Sénégal, au Maroc, au Ghana, en Afrique du Sud ou encore en Égypte. Le gouvernement gabonais avait déjà cité certains de ces pays comme destinations possibles pour les étudiants dont les bourses ne seraient plus orientées vers les pays occidentaux.

Mais le changement pose une question très concrète : les universités africaines peuvent-elles offrir, dans toutes les filières recherchées par le Gabon, les mêmes possibilités que les établissements vers lesquels les étudiants partaient auparavant ?

La réponse ne peut pas être la même selon les disciplines. Pour certaines formations, l’offre existe déjà sur le continent. Pour d’autres, le nombre de places, les équipements, les laboratoires ou la spécialisation des cursus peuvent limiter les possibilités.

Le choix d’une destination ne dépend donc pas uniquement de son coût.

Les étudiants déjà à l’étranger ne sont pas concernés de la même manière

La fin de nouvelles attributions ne signifie pas nécessairement que tous les étudiants gabonais actuellement inscrits à l’étranger doivent rentrer.

Les dispositifs de bourses reposent sur des règles de maintien et de renouvellement. Les étudiants déjà engagés dans un cursus peuvent continuer à bénéficier d’une prise en charge lorsqu’ils remplissent les conditions prévues. Les informations disponibles sur les bourses gabonaises en France indiquent notamment que la bourse peut être maintenue jusqu’à la fin d’un cursus engagé, sous réserve du respect des conditions fixées par l’ANBG.

La distinction entre nouvelles attributions et étudiants déjà engagés dans leurs études est donc essentielle. Sans elle, une annonce de réorientation peut facilement être comprise comme une fermeture immédiate de toutes les bourses à l’étranger.

Le Gabon veut changer les habitudes

Depuis des décennies, les études en France occupent une place importante dans les parcours des étudiants gabonais. Des milliers de Gabonais y ont étudié et continuent d’y étudier.

La politique annoncée par Brice Oligui Nguema cherche à modifier cette habitude. Elle ne signifie pas que les relations universitaires avec la France disparaissent. La coopération existe toujours, et des dispositifs de financement étrangers continuent également d’exister pour les étudiants gabonais.

Le changement porte surtout sur l’utilisation des ressources publiques gabonaises : quelles formations financer, dans quels pays et pour quels besoins ?

C’est sur cette question que le gouvernement devra désormais être jugé.

Réduire les bourses vers les destinations coûteuses peut alléger la facture publique. Mais cette économie n’aura de sens que si les étudiants trouvent ailleurs des formations solides et si les diplômés disposent ensuite, au Gabon, de véritables possibilités d’emploi.

Le pari de Brice Oligui Nguema est donc plus vaste qu’une restriction de destinations. Il consiste à faire évoluer une politique qui envoyait une partie de la jeunesse gabonaise se former à l’étranger vers un système davantage tourné vers le Gabon et le reste du continent.

Pour les familles et les futurs bacheliers, la question sera désormais très concrète : quelles formations resteront accessibles, dans quels pays, avec quel financement et avec quelles perspectives au terme des études ?

Les prochaines décisions de l’ANBG permettront de mesurer jusqu’où Libreville entend aller.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

États Unis d’Amérique : Trump réduit la participation états-unienne aux exercices militaires avec la Corée du Sud pour ménager Pyongyang

À la veille des manœuvres annuelles entre les États Unis d’Amérique et la Corée du Sud, Donald Trump a demandé au Pentagone de réduire « considérablement » la participation des forces états-uniennes. Il juge ces exercices coûteux et estime qu’ils envoient à la Corée du Nord un signal « totalement inapproprié et hostile ». Il met aussi en avant sa « très bonne relation » avec Kim Jong-un.

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Les exercices Ulchi Freedom Shield ont pourtant commencé comme prévu ce lundi 17 août. Environ 18 000 militaires sud-coréens y participent jusqu’au 27 août. La décision de Donald Trump ne supprime donc pas les manœuvres : elle réduit l’engagement états-unien au moment où le président sud-coréen Lee Jae Myung cherche lui aussi à renouer le dialogue avec Pyongyang.

Donald Trump a choisi de parler de Kim Jong-un au moment même où ses forces doivent s’entraîner avec celles de la Corée du Sud.

Dimanche, le président états-unien a annoncé avoir demandé au Pentagone de réduire fortement la participation des États Unis d’Amérique aux exercices militaires conjoints. Il n’a pas demandé leur arrêt. Quelques heures plus tard, les manœuvres ont commencé comme prévu en Corée du Sud.

Pour justifier son choix, Donald Trump avance le coût des exercices et leur caractère, selon lui, inutilement provocateur. Mais son argument le plus politique concerne la Corée du Nord. Il affirme que Pyongyang s’est montré « non menaçant et respectueux » depuis son retour à la Maison-Blanche et rappelle sa « très bonne relation » avec Kim Jong-un.

La veille, Trump avait publié sur Truth Social une photographie de sa rencontre avec Kim Jong-un en 2019. Il voulait rappeler une relation personnelle qui avait marqué son premier mandat, lorsque les deux dirigeants s’étaient rencontrés à Singapour, à Hanoï puis à la frontière intercoréenne.

Le rapprochement de l’époque n’avait pourtant pas survécu au sommet de Hanoï, en février 2019. Les discussions sur le programme nucléaire nord-coréen avaient échoué et Washington comme Pyongyang avaient ensuite repris leurs positions de confrontation.

Une concession à Pyongyang, mais pas un retrait de Séoul

La décision de Trump répond à l’une des principales critiques de la Corée du Nord contre l’alliance entre Washington et Séoul. Pyongyang présente depuis des années les exercices conjoints comme des répétitions d’une invasion.

Avant le début des manœuvres, les autorités nord-coréennes avaient encore dénoncé leur caractère provocateur et menacé de renforcer leur dissuasion nucléaire.

Pour autant, Séoul n’a pas suspendu les exercices.

Le ministère sud-coréen de la Défense a confirmé lundi leur lancement conformément au calendrier prévu. Les deux armées continuent donc de s’entraîner ensemble, même si Washington doit réduire sa participation.

Cette distinction est importante. Donald Trump ne retire pas les forces états-uniennes de Corée du Sud et ne met pas fin à l’alliance militaire avec Séoul. Il réduit l’un de ses instruments d’entraînement commun au moment où il cherche à obtenir un nouveau contact avec Kim Jong-un.

Les exercices de cette année doivent notamment préparer les forces sud-coréennes et états-uniennes à des attaques de drones, des opérations informatiques et des perturbations des systèmes GPS. Les militaires tiennent aussi compte de ce que les conflits récents, notamment la guerre en Ukraine, ont changé dans la manière de combattre.

Séoul veut profiter du lien entre Trump et Kim

Le gouvernement sud-coréen ne ferme pas la porte à la démarche de Donald Trump.

La présidence de Lee Jae Myung a déclaré espérer que la relation entre les deux dirigeants puisse conduire à des discussions sérieuses entre Washington et Pyongyang. Lee avait lui-même appelé samedi à des négociations avec la Corée du Nord et à la recherche d’une coexistence pacifique.

Le président sud-coréen tente depuis son arrivée au pouvoir de réduire les tensions avec le Nord. Mais il doit en même temps préserver l’alliance militaire avec Washington.

C’est toute la difficulté pour Séoul : dialoguer avec Kim Jong-un sans donner l’impression d’affaiblir sa propre défense.

Pour Pyongyang, le geste de Trump est donc plus intéressant que les appels au dialogue venus de Séoul. Le président états-unien dispose d’un pouvoir que Lee Jae Myung n’a pas : celui de modifier directement la présence et les activités militaires des États Unis d’Amérique dans la péninsule.

Trump reproche aussi quelque chose à Séoul

Dans son message, Donald Trump ne s’est pas limité à la question nord-coréenne.

Il a également rappelé que Séoul avait refusé, selon lui, de participer aux efforts des États Unis d’Amérique concernant la dénucléarisation de l’Iran. Trump affirme avoir demandé à Lee Jae Myung si la Corée du Sud souhaitait se joindre à ces opérations et avoir reçu un « Non merci ! ».

Le président états-unien fait ainsi le lien entre son désaccord avec Séoul et la réduction des exercices militaires. Son message est clair : Washington attend davantage de ses alliés lorsque les États Unis d’Amérique leur demandent un soutien sur des dossiers militaires ou diplomatiques.

La Corée du Sud, elle, affirme continuer à discuter avec Washington de sa contribution aux efforts concernant l’Iran. Elle cherche donc à éviter que le désaccord ne déborde sur l’ensemble de l’alliance.

Kim Jong-un reste maître du calendrier

Il manque encore un élément essentiel à la stratégie de Donald Trump : la réponse de Kim Jong-un.

Pyongyang n’a pas annoncé de reprise des négociations avec Washington. La Corée du Nord continue de développer ses capacités militaires et a procédé récemment à de nouveaux tirs de missiles. Elle dispose aussi aujourd’hui d’une relation beaucoup plus étroite avec la Russie qu’en 2019.

Le calcul de Trump est donc différent de celui de son premier mandat. Il ne retrouve pas le même Kim Jong-un, ni la même Corée du Nord. Depuis l’échec de Hanoï, Pyongyang a renforcé son arsenal et resserré ses liens avec Moscou.

Le président états-unien parie malgré tout sur ce qu’il considère comme un avantage : son contact personnel avec Kim Jong-un.

La Corée du Nord n’a pas encore répondu. Si Kim accepte de reprendre les discussions, Trump pourra présenter la réduction des exercices comme le premier geste d’un nouvel échange. S’il reste silencieux, Washington aura fait une concession militaire sans obtenir de contrepartie.

Pour l’heure, les soldats sud-coréens et états-uniens continuent de s’entraîner ensemble. Mais Donald Trump vient de faire un choix politique qui ne passe pas inaperçu à Pyongyang : réduire l’engagement militaire états-unien tout en rappelant publiquement à Kim Jong-un que la porte du dialogue lui reste ouverte.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Liban : en abolissant la peine de mort, Beyrouth retire à l’État le droit de tuer au moment où le Moyen-Orient multiplie les exécutions

Pendant vingt-deux ans, le Liban n’a plus exécuté personne tout en continuant à condamner des hommes à mort. Le vote du 11 août met fin à cette contradiction. Mais cette victoire des abolitionnistes raconte aussi autre chose : les difficultés d’une justice qui peine encore à juger dans des délais raisonnables, tandis que le Parlement vient, dans le même mouvement, d’adopter une amnistie générale très politique.

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