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Comores : un ancien ministre accuse le fils du président Azali Assoumani d’influencer le gouvernement, le pouvoir demande des preuves

Une controverse politique secoue le sommet de l’État comorien. Mahmoud Salim Hafi, ancien ministre et ancien haut responsable de l’administration publique, affirme que Nour El-Fath Azali, fils du président Azali Assoumani et secrétaire général du gouvernement, jouerait un rôle qui dépasse ses attributions officielles dans la conduite des affaires publiques. Le gouvernement rejette ces accusations et réclame des éléments permettant de les démontrer.

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La déclaration de Mahmoud Salim Hafi a placé Nour El-Fath Azali au centre des discussions politiques aux Comores. Nommé secrétaire général du gouvernement en 2024, le fils du chef de l’État occupe une fonction stratégique dans l’appareil administratif. Ses détracteurs y voient le signe d’un poids croissant de la famille présidentielle dans la gestion du pays. Le pouvoir, lui, défend un responsable administratif dont les missions relèvent du fonctionnement normal de l’État.

Une accusation venue d’un ancien membre du système

Mahmoud Salim Hafi connaît les rouages de l’État comorien. Il a été ministre, directeur général de l’Office de radio et télévision des Comores (ORTC) et secrétaire général adjoint du gouvernement.

Ses déclarations ont donc immédiatement attiré l’attention. L’ancien responsable accuse Nour El-Fath Azali d’exercer une influence importante sur les membres du gouvernement et sur les décisions prises au sommet de l’exécutif.

Il affirme notamment que plusieurs ministres auraient exprimé des réserves sur le fonctionnement actuel du gouvernement. Ces affirmations n’ont cependant pas été confirmées publiquement par les membres de l’équipe gouvernementale concernés.

Le pouvoir comorien a réagi en demandant à Mahmoud Salim Hafi d’apporter des preuves. Les autorités contestent l’idée d’un dysfonctionnement lié au secrétaire général du gouvernement et défendent la légitimité de ses fonctions.

Un poste stratégique pour le fils du président

Nour El-Fath Azali n’occupe pas un poste politique électif. Sa fonction de secrétaire général du gouvernement le place toutefois au centre de l’organisation administrative de l’exécutif.

Il assure notamment la coordination entre les différents services gouvernementaux et participe au suivi des dossiers transmis au sein de l’administration.

Son arrivée à ce poste, en 2024, avait déjà suscité des réactions dans l’opposition. La présence d’un membre de la famille présidentielle à un niveau aussi élevé de l’appareil d’État avait alimenté les critiques sur une possible concentration du pouvoir autour du chef de l’État.

Ses soutiens répondent que son lien familial avec le président ne remet pas en cause ses compétences ni son rôle administratif.

La succession présidentielle, une question sensible aux Comores

La polémique actuelle ramène une question régulièrement posée depuis plusieurs mois : quel sera l’avenir politique des Comores après Azali Assoumani ?

Le président comorien a déjà dirigé le pays entre 1999 et 2006 avant de revenir au pouvoir en 2016. Depuis son retour à la présidence, il a profondément marqué le fonctionnement politique de l’archipel.

La montée en responsabilité de son fils nourrit les interrogations d’une partie de la classe politique, qui soupçonne le pouvoir de préparer une succession familiale.

Azali Assoumani a rejeté cette interprétation. Son entourage affirme que Nour El-Fath Azali exerce une mission administrative et qu’aucune transmission automatique du pouvoir n’est prévue.

Mais dans un pays marqué par plusieurs décennies d’instabilité politique, la question de la succession reste particulièrement sensible.

Une histoire politique marquée par les changements de pouvoir

Depuis leur indépendance en 1975, les Comores ont connu plusieurs crises institutionnelles et plusieurs renversements de pouvoir.

Cette histoire explique la vigilance qui accompagne chaque évolution au sommet de l’État. Les débats autour de la place occupée par Nour El-Fath Azali ne concernent donc pas uniquement une personne. Ils touchent à la manière dont le pouvoir est organisé et transmis dans l’archipel.

Pour les opposants au régime, la concentration des responsabilités autour de la présidence fragilise les institutions. Pour les partisans d’Azali Assoumani, ces accusations visent surtout à affaiblir un gouvernement qui cherche à maintenir la stabilité du pays.

L’affaire Nour El-Fath Azali pose une question centrale : jusqu’où peut aller le rôle d’un proche du chef de l’État dans le fonctionnement d’un gouvernement sans alimenter les soupçons de pouvoir familial ?

La réponse dépend moins du lien de parenté que de la transparence des responsabilités exercées. Dans un État où la présidence occupe une place dominante, la présence d’un membre de la famille présidentielle dans un poste stratégique devient rapidement un sujet politique.

Aux Comores, cette situation prend une dimension particulière. Le pays cherche encore à consolider ses institutions après une longue période d’instabilité. Toute perception d’un rapprochement entre l’appareil d’État et la famille dirigeante nourrit donc des interrogations.

Pour le pouvoir, l’enjeu est désormais de démontrer que les fonctions exercées par Nour El-Fath Azali répondent uniquement aux besoins administratifs de l’État. Pour ses critiques, cette affaire confirme leurs inquiétudes sur l’évolution du système politique comorien.

La suite de cette controverse dépendra des suites données aux accusations de Mahmoud Salim Hafi.

L’ancien responsable apportera-t-il des éléments précis pour soutenir ses affirmations ? D’autres voix issues de la majorité présidentielle prendront-elles position ? Ces questions détermineront l’ampleur politique que prendra cette affaire.

Dans les prochains mois, l’attention restera également portée sur la place de Nour El-Fath Azali dans l’appareil d’État et sur les choix politiques du président Azali Assoumani concernant l’avenir du pays.

Une accusation portée par un ancien responsable du régime a replacé la question du fonctionnement du pouvoir comorien au centre des discussions.

Le gouvernement conteste les faits avancés et demande des preuves. Ses adversaires y voient le signe d’une influence grandissante de la famille présidentielle.

Derrière cette controverse, c’est la question de l’équilibre entre stabilité politique et concentration du pouvoir qui continue de se poser aux Comores.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Russie : derrière le 21ᵉ train de sanctions, l’Union européenne cherche à refermer les brèches exploitées par Moscou

Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, l’Union européenne continue de renforcer son arsenal de sanctions contre la Russie. Mais cette vingt-et-unième salve marque une évolution : il ne s’agit plus seulement de frapper l’économie russe, mais de neutraliser les moyens que Moscou a progressivement mis en place pour contourner les précédentes restrictions.

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Adopté le 23 juillet par les vingt-sept États membres, le nouveau paquet de sanctions cible notamment des banques, des plateformes de cryptomonnaies et la « flotte fantôme » utilisée pour exporter le pétrole russe. Derrière ces mesures se dessine une guerre économique où chaque décision de Bruxelles entraîne une stratégie d’adaptation du Kremlin.

Lorsque les premières sanctions occidentales ont été décidées en 2022, l’objectif était clair : priver la Russie des ressources financières, technologiques et industrielles susceptibles d’alimenter son effort de guerre. Les premières mesures ont visé les banques, les réserves de la Banque centrale, les exportations de technologies sensibles, les oligarques proches du pouvoir et, progressivement, le secteur énergétique.

Quatre ans plus tard, le contexte n’est plus le même. L’économie russe ne s’est pas effondrée, contrairement à ce qu’anticipaient certains observateurs au début du conflit. Elle s’est transformée.

Privée d’une partie de ses débouchés européens, Moscou a réorienté une grande partie de ses exportations vers la Chine, l’Inde, la Turquie et plusieurs pays du Moyen-Orient. De nouveaux intermédiaires commerciaux sont apparus. Des sociétés écrans ont pris le relais de certaines entreprises sanctionnées. Les circuits financiers se sont diversifiés, tandis que les cryptomonnaies ont offert de nouvelles possibilités pour certaines transactions. Sur les mers, une flotte de pétroliers vieillissants, souvent enregistrés sous des pavillons de complaisance et opérant à travers des montages complexes, a permis de poursuivre une partie des exportations de pétrole en échappant aux contrôles occidentaux.

C’est précisément cette capacité d’adaptation que l’Union européenne cherche désormais à affaiblir.

Le 21ᵉ train de sanctions ne repose donc pas sur une logique de rupture. Il vise à combler les failles révélées par les vingt précédents. Trente-deux établissements bancaires russes supplémentaires sont concernés par de nouvelles restrictions. Plusieurs plateformes de cryptomonnaies sont placées sous surveillance renforcée afin de limiter leur utilisation dans le contournement des sanctions financières. La liste des navires appartenant à la « flotte fantôme » est également élargie, tandis que les entreprises qui leur fournissent des services logistiques, commerciaux ou d’assurance font, elles aussi, l’objet d’une attention accrue.

Le pétrole demeure l’une des principales cibles de Bruxelles. Les hydrocarbures représentent encore une source essentielle de revenus pour l’État russe. En prolongeant le mécanisme de plafonnement du prix du pétrole exporté par Moscou, les Européens cherchent moins à interrompre les ventes qu’à limiter les recettes qui en découlent. L’équation est délicate : réduire les ressources de la Russie sans provoquer une flambée des prix sur les marchés mondiaux.

Cette nouvelle stratégie révèle aussi les limites de l’unité européenne.

Les discussions qui ont précédé l’adoption de ce paquet ont été parmi les plus difficiles depuis le début du conflit. Les débats autour du gaz naturel liquéfié ont illustré les intérêts parfois divergents des États membres. La Grèce, dont les armateurs occupent une place importante dans le transport maritime international de GNL, craignait que certaines mesures ne pénalisent davantage les entreprises européennes que la Russie elle-même. D’autres États plaidaient au contraire pour un durcissement des restrictions. Le compromis finalement trouvé montre que maintenir une position commune exige désormais des arbitrages de plus en plus complexes.

Ces divergences rappellent une réalité souvent éclipsée par les annonces de nouvelles sanctions : celles-ci produisent aussi des effets au sein de l’Union européenne. Depuis 2022, les États membres ont dû accélérer la diversification de leurs approvisionnements énergétiques, développer de nouvelles infrastructures d’importation de gaz naturel liquéfié et absorber une hausse durable des coûts de l’énergie pour plusieurs secteurs industriels. La guerre économique engagée contre Moscou a donc également un prix pour ceux qui la conduisent.

Reste la question de l’efficacité de cette stratégie.

Pour la Commission européenne, chaque nouveau paquet réduit un peu plus les marges de manœuvre économiques de la Russie et complique le financement de son appareil militaire. À Moscou, le discours est tout autre. Le Kremlin affirme que les sanctions occidentales ont échoué à isoler le pays et souligne la progression des échanges commerciaux avec les puissances asiatiques et plusieurs partenaires du Sud.

Entre ces deux lectures, de nombreux économistes dressent un constat plus nuancé. Les sanctions n’ont pas provoqué l’effondrement de l’économie russe, mais elles en renchérissent le fonctionnement. L’accès à certaines technologies reste limité, les coûts logistiques augmentent, les circuits commerciaux sont plus complexes et le financement de plusieurs secteurs devient plus onéreux. En d’autres termes, la Russie continue de s’adapter, mais cette adaptation mobilise des ressources croissantes.

Le 21ᵉ train de sanctions illustre ainsi l’évolution d’un affrontement qui dépasse désormais largement le champ militaire. Au fil des années, la guerre en Ukraine s’est aussi transformée en une bataille économique où chaque camp ajuste continuellement ses méthodes. L’Union européenne cherche à refermer les brèches que Moscou exploite ; la Russie s’efforce d’en ouvrir de nouvelles. Ce jeu d’adaptation permanente laisse entrevoir que, même en l’absence d’avancées décisives sur le terrain, le bras de fer économique entre Bruxelles et Moscou est appelé à se poursuivre.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

La pétition réclamant l’exclusion de l’Argentine du Mondial frôle un record Guinness

La polémique autour de l’Argentine est loin de retomber après la finale de la Coupe du monde 2026. Une pétition en ligne réclamant l’exclusion de l’Albiceleste des prochaines compétitions de la FIFA connaît un succès sans précédent, au point de frôler le record Guinness de la pétition ayant recueilli le plus grand nombre de signatures au monde.

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Liban-Israël : à Rome, des pourparlers sous haute tension pour tenter d’amorcer un retrait israélien du Sud-Liban

À l’ombre du Vatican, Libanais et Israéliens se sont retrouvés mardi à Rome pour une nouvelle séquence de discussions. Objectif affiché : préciser les modalités d’un accord-cadre négocié sous égide Étatsunienne de visant à mettre fin aux hostilités et à organiser le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban. Dans les faits, la méfiance domine et les attentes restent mesurées.

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Le choix de la capitale italienne n’est pas anodin. Il permet aux deux délégations de rester en contact étroit avec leurs capitales tout en s’extrayant de la pression frontalière. Les échanges, prévus sur deux jours à l’ambassade des États-Unis d’Amérique, portent sur la mise en œuvre concrète d’un texte arrêté le 26 juin à Washington.

Ce texte prévoit trois axes : la cessation des combats, le désarmement des groupes armés, lecture implicite : le Hezbollah, le déploiement de l’armée libanaise dans le Sud et un retrait progressif de l’armée israélienne.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a posé le cadre dès mardi à Tel-Aviv : la mise en œuvre de l’accord est « la seule voie possible ». Israël, a-t-il assuré, fera « preuve de bonne volonté » et est prêt à tester deux « zones pilotes » où le désarmement du Hezbollah, le redéploiement de l’armée libanaise et le retrait israélien seraient expérimentés en parallèle.

Côté libanais, le ton est plus ferme. Le président Joseph Aoun a demandé à sa délégation d’exiger « un début immédiat » du retrait israélien de ces deux zones avant d’entrer dans le détail des autres dispositions.

Sur le terrain, rien n’a bougé. L’armée israélienne maintient une « zone tampon » d’environ 10 km à l’intérieur du territoire libanais, sur toute la longueur de la frontière. Accès interdit aux civils comme aux militaires libanais. Villages vidés, destructions contrôlées, démantèlement de tunnels : Tsahal justifie cette emprise par la nécessité de protéger le nord d’Israël d’éventuelles incursions du Hezbollah.

Le Hezbollah, de son côté, rejette l’accord et toute perspective de désarmement. Soutenu par Téhéran, il conditionne la fin des hostilités à une pression iranienne directe sur Washington. Or l’Iran lui-même, après avoir exigé la fin du conflit libanais dans le cadre de l’accord intérimaire conclu le mois dernier avec les États-Unis d’Amérique, voit ce compromis fragilisé par la reprise des tensions dans le Golfe.

La diplomatie Étatsunienne de tente donc d’avancer sur deux fronts à la fois. Selon un responsable étatsunien, la première zone pilote pourrait voir le jour « dans quelques jours ». Le CENTCOM coordonne avec Beyrouth et Jérusalem. Une délégation militaire Étatsunienne s’est d’ailleurs rendue au Liban ce week-end pour arrêter les détails techniques avec l’armée libanaise.

Depuis la reprise des affrontements le 2 mars, dans le sillage d’un conflit régional élargi, le coût humain s’alourdit. Plus de 4 000 Libanais tués et plus d’un million de déplacés, selon le ministère libanais de la Santé. Le décompte ne distingue pas civils et combattants ; le Hezbollah ne communique pas sur ses pertes. Du côté israélien, au moins 32 soldats et 4 civils ont été tués, la plupart dans le Sud-Liban.

Ces chiffres rappellent que la discussion de Rome ne porte pas seulement sur des cartes et des calendriers. Elle engage la possibilité pour des populations de revenir chez elles, et pour un État de reprendre le contrôle de son Sud.

Et maintenant ?

L’accord de Washington reste une coquille : les principes y sont, les mécanismes manquent. Les deux jours romains doivent donc servir à traduire l’intention politique en séquences vérifiables : où, quand, comment se retire Israël, comment l’armée libanaise prend la relève, comment le désarmement est constaté.

Israël lie explicitement son retrait au désarmement du Hezbollah. Le Liban exige un geste préalable pour enclencher la confiance. Entre les deux, les États-Unis d’Amérique jouent les garants techniques.

Dans un pays où les équilibres sont fragiles et la souveraineté contestée, chaque concession se paie cher. La réussite de ces « zones pilotes » dira si l’accord peut tenir. Leur échec le condamnerait avant même d’avoir commencé.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Guinée-Bissau : l’arrestation de Domingos Simões Pereira teste la crédibilité de la transition

Le verrou judiciaire s’est refermé sur Domingos Simões Pereira. Placé en détention provisoire depuis le 10 juillet dans un commissariat de Bissau, l’ancien Premier ministre et président du PAIGC est accusé d’avoir participé à deux projets de coup d’État, en 2023 et en 2025. Dans un pays habitué aux ruptures institutionnelles, cette décision place la justice militaire au cœur du débat politique, à moins de deux mois du référendum constitutionnel voulu par les autorités de transition.

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Une accusation lourde, un contexte plus lourd encore

Le tribunal militaire reproche à Domingos Simões Pereira d’avoir financé et logé des protagonistes d’un projet de renversement des institutions. D’après le dossier communiqué par les autorités, 300 millions de francs CFA auraient été mobilisés. L’intéressé conteste.

Depuis son transfert au deuxième commissariat de la Police de l’ordre public, ses proches disent ne plus avoir de nouvelles. Sa fille, Denise Pereira, a alerté sur l’état de l’établissement, régulièrement pointé pour ses conditions de détention. Les avocats dénoncent de leur côté une procédure irrégulière : un civil jugé par un tribunal militaire, et un mandat parlementaire qu’ils estiment toujours valable faute de nouvelle Assemblée depuis la dissolution de décembre 2023.

Cette arrestation intervient après une série de ruptures. En décembre 2023, le président Umaro Sissoco Embaló dissout l’Assemblée nationale à la suite d’affrontements impliquant la Garde nationale. En novembre 2025, le processus électoral est interrompu. Le 26 novembre, un Haut Commandement militaire prend les rênes du pays. Le PAIGC, principal parti d’opposition et héritier du mouvement de l’indépendance, avait déjà été écarté des scrutins organisés avant ce basculement.

La justice, arme politique ou instrument de stabilisation ?

Au-delà du cas personnel, c’est le sens de la transition qui est interrogé. Les autorités militaires ont fixé un calendrier : référendum constitutionnel le 30 août, élections générales le 6 décembre. Le texte soumis au vote doit renforcer les prérogatives du futur président. Pour Bissau, il s’agit de sortir d’un cycle où les interventions des forces armées ont trop souvent court-circuité le jeu démocratique.

Mais l’opposition fait valoir un autre principe : aucune réforme ne tiendra si elle est conduite sans l’ensemble des forces politiques. L’incarcération de Domingos Simões Pereira, figure historique du PAIGC et ancien chef de gouvernement, donne du poids à cet argument. Elle alimente le soupçon d’une transition à géométrie variable, où la compétition politique serait verrouillée avant même l’ouverture des bureaux de vote.

La réaction de la Communauté des pays de langue portugaise ne trompe pas. La CPLP a demandé la libération de l’opposant et rappelé l’exigence d’un État de droit. Plusieurs partis lusophones lient explicitement la sortie de crise à la capacité du pouvoir à rouvrir l’espace politique. Du côté du Haut Commandement, on répond que la justice suit son cours et que le calendrier sera tenu.

Une transition sous haute surveillance

La Guinée-Bissau n’en est pas à son premier sursaut institutionnel. Depuis l’indépendance, mutineries, dissolutions et coups d’État ont empêché toute consolidation durable. C’est ce passé qui rend chaque décision judiciaire si politique.

En plaçant Domingos Simões Pereira en détention provisoire, les autorités envoient un double signal. Vers l’intérieur : la tolérance pour les contestations sera faible. Vers l’extérieur : le pays entend reprendre la main sur son agenda. Reste à savoir si ces deux logiques sont conciliables.

Les semaines à venir seront décisives. Le référendum d’août doit donner une nouvelle architecture institutionnelle. Les élections de décembre doivent lui donner une légitimité. Entre les deux, le sort de l’opposant risque de devenir un baromètre. Si le procès s’ouvre, s’il est renvoyé, s’il est élargi, chaque scénario dira quelque chose de la nature réelle de cette transition.

Pour l’heure, Bissau joue gros. La crédibilité du processus ne se mesurera pas seulement à la tenue des dates, mais à la capacité du pouvoir à accepter que ses adversaires puissent y participer sans entrave. C’est à cette aune que la communauté internationale, et d’abord les voisins ouest-africains, jugeront la sincérité de la promesse de retour à l’ordre constitutionnel.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Royaume-Uni : la police antiterroriste reprend l’enquête sur le meurtre d’Ann Widdecombe

L’enquête sur la mort d’Ann Widdecombe a pris une nouvelle dimension. Alors que les premiers éléments laissaient penser à un homicide isolé, les autorités britanniques ont confié le dossier à la police antiterroriste. Ce changement intervient après la découverte de nouveaux éléments dont le contenu n’a pas été rendu public.

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Ancienne ministre conservatrice et figure de Reform UK, Ann Widdecombe a été retrouvée morte à son domicile dans le Devon. Un homme de 28 ans, déjà arrêté pour meurtre, est désormais également interrogé pour des infractions liées au terrorisme. Les enquêteurs cherchent à établir si l’attaque était motivée par des considérations idéologiques ou politiques.

La mort d’Ann Widdecombe continue de susciter une vive émotion au Royaume-Uni. Connue pour ses prises de position sur l’immigration, la souveraineté nationale et son soutien à Nigel Farage, l’ancienne députée occupait encore une place importante dans le débat public britannique malgré son retrait de la vie gouvernementale.

Les circonstances de son décès restent entourées de nombreuses interrogations. Les services de police ont confirmé qu’un suspect de 28 ans avait été interpellé dans le Yorkshire du Sud avant d’être placé en garde à vue. Initialement poursuivi dans le cadre d’une enquête pour meurtre, il fait désormais aussi l’objet d’investigations pour des infractions relevant de la législation antiterroriste.

Ce transfert du dossier vers les unités spécialisées constitue le principal développement de l’affaire. Les autorités expliquent que de nouveaux éléments recueillis au cours de l’enquête justifient désormais l’intervention de la police antiterroriste. Elles n’ont toutefois communiqué ni sur la nature de ces éléments ni sur le mobile retenu à ce stade.

Les enquêteurs examinent plusieurs hypothèses. Ils cherchent notamment à déterminer si la victime a été choisie en raison de son parcours politique ou si d’autres motivations sont à l’origine de l’attaque. Aucune qualification définitive n’a encore été retenue et les investigations se poursuivent.

Cette affaire ravive le souvenir d’autres attaques ayant visé des responsables politiques britanniques ces dernières années. En 2016, la députée travailliste Jo Cox avait été assassinée en pleine campagne sur le référendum du Brexit. Cinq ans plus tard, le député conservateur David Amess avait lui aussi perdu la vie lors d’une permanence parlementaire, dans une attaque qualifiée de terroriste.

Dans ce contexte, la sécurité des élus et des personnalités politiques revient au centre des préoccupations. Plusieurs responsables de Reform UK, dont Nigel Farage, ont appelé à faire toute la lumière sur les circonstances de la mort d’Ann Widdecombe, tout en demandant que les conclusions de l’enquête soient établies sur la base des faits.

Pour l’heure, les autorités britanniques restent prudentes. Si la police antiterroriste dirige désormais les investigations, rien ne permet encore d’affirmer que le meurtre relève d’un acte terroriste. Les prochains jours devraient permettre de préciser les motivations du suspect et les circonstances exactes de cette affaire, qui dépasse désormais le cadre d’un simple homicide.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : dix ans après l’attentat de Nice, un pays qui n’a jamais vraiment tourné la page

Le 14 juillet 2026, la France commémore les dix ans de l’attentat de Nice. Une décennie après le drame qui a coûté la vie à 86 personnes sur la promenade des Anglais, les cérémonies rendent hommage aux victimes, tandis que le pays mesure encore les conséquences d’une attaque qui a profondément marqué son histoire contemporaine.

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Le 14 juillet 2016, alors que plusieurs dizaines de milliers de personnes assistaient au feu d’artifice de la fête nationale à Nice, un camion lancé à vive allure fauchait la foule sur près de deux kilomètres. L’auteur de l’attaque, revendiquée par l’organisation État islamique quelques jours plus tard, était abattu par les forces de l’ordre. Dix ans après, le souvenir reste intact, porté par les familles des victimes, les rescapés et les autorités françaises réunies pour une nouvelle journée de recueillement.

Les cérémonies organisées ce 14 juillet à Nice se déroulent dans un climat de sobriété. Des dépôts de gerbes, une minute de silence et plusieurs hommages sont prévus en présence de représentants de l’État, d’élus locaux et de proches des victimes. La promenade des Anglais, théâtre de l’attaque, demeure le principal lieu de mémoire de cette tragédie.

Au-delà de l’émotion, cet anniversaire rappelle combien l’attentat de Nice a constitué un tournant dans la lutte contre le terrorisme en France. À l’époque, le pays vivait déjà sous la menace après les attaques contre Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher puis celles du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis. L’attaque de Nice est venue confirmer que les rassemblements populaires pouvaient eux aussi devenir des cibles.

Depuis lors, les dispositifs de sécurité ont été profondément renforcés. La protection des grands événements publics repose désormais sur une coordination accrue entre les forces de sécurité, les collectivités territoriales et les services de renseignement. Les barrières anti-intrusion, les contrôles d’accès et les moyens de surveillance sont progressivement devenus des éléments familiers lors des célébrations nationales.

Le volet judiciaire a également occupé une place importante dans ce travail de mémoire. Le procès de l’attentat, ouvert en 2022 devant la cour d’assises spéciale de Paris, a permis d’établir les responsabilités des personnes poursuivies pour leur implication dans la préparation de l’attaque ou leur soutien à son auteur. Si le principal responsable a été tué le soir des faits, les audiences ont offert aux victimes et à leurs familles un espace pour raconter l’ampleur des blessures physiques et psychologiques laissées par cette nuit du 14 juillet.

Dix ans après, une autre question continue d’alimenter les échanges en France : celle de la mémoire de l’attentat et de la manière dont il est raconté. Certains observateurs estiment que la dimension islamiste de l’attaque est aujourd’hui moins présente dans le débat public qu’au lendemain des faits. D’autres considèrent au contraire que la lutte contre le terrorisme doit s’accompagner d’une vigilance constante afin d’éviter les amalgames envers les millions de citoyens musulmans qui n’ont aucun lien avec l’extrémisme. Ces divergences réapparaissent régulièrement à l’occasion des commémorations.

Pour les familles des victimes, cependant, l’essentiel demeure ailleurs. Dix ans après le drame, elles réclament avant tout que les disparus ne soient pas réduits à des statistiques ou à des controverses politiques. Leur combat reste celui de la mémoire, de la reconnaissance et de la transmission auprès des générations qui n’ont pas connu cette soirée du 14 juillet 2016.

La France entre ainsi dans une nouvelle étape de son travail de mémoire. Une décennie après l’attentat de Nice, le temps n’a pas effacé les blessures. Il a seulement rappelé qu’au-delà des débats, la première responsabilité d’une nation reste de se souvenir de ceux qui ont perdu la vie sous les roues d’un camion lancé contre une foule venue célébrer sa fête nationale.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Ukraine : le remaniement de Zelensky marque-t-il un changement de stratégie politique ?

Le pouvoir ukrainien se réorganise alors que la guerre contre la Russie entre dans une phase où la résistance militaire ne suffit plus. Volodymyr Zelensky a annoncé un remaniement de son gouvernement avec le départ de la Première ministre Ioulia Svyrydenko. Derrière ce changement à la tête de l’exécutif, Kiev cherche à répondre à de nouvelles urgences : tenir face aux offensives russes, sécuriser l’économie et préparer l’avenir d’un pays profondément marqué par le conflit.

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Depuis le début de l’invasion russe en février 2022, l’Ukraine a adapté à plusieurs reprises son organisation politique et militaire. Le départ de Ioulia Svyrydenko intervient cette fois à un moment particulier : les combats se poursuivent, les besoins financiers restent élevés et les alliés occidentaux attendent de Kiev une gestion efficace des ressources mobilisées. Pour Volodymyr Zelensky, l’objectif affiché est de disposer d’une équipe capable de gérer une guerre qui s’inscrit désormais dans la durée.

Le 13 juillet, Volodymyr Zelensky a annoncé une réorganisation de son gouvernement. La Première ministre Ioulia Svyrydenko doit quitter ses fonctions après environ un an passé à la tête du cabinet ukrainien.

Son parcours explique l’importance de son rôle dans l’exécutif. Avant d’occuper la fonction de Première ministre, elle était ministre de l’Économie et Première vice-Première ministre. Elle avait notamment participé aux discussions avec les partenaires internationaux sur le soutien financier à l’Ukraine et aux dossiers liés à la reconstruction du pays.

Son départ ne signifie pas pour autant son retrait de la scène politique. Le président ukrainien souhaite lui confier une nouvelle responsabilité tournée vers les relations extérieures, alors que Kiev cherche à maintenir un soutien international indispensable à son effort de guerre.

Pour expliquer cette réorganisation, Volodymyr Zelensky a insisté sur la nécessité d’accorder davantage de poids aux priorités stratégiques du pays. Parmi elles figurent la préparation de la prochaine période hivernale, la protection des infrastructures énergétiques, le renforcement de la production nationale et une meilleure organisation de l’aide étrangère.

L’enjeu énergétique occupe une place centrale. Depuis plusieurs mois, les frappes russes visent régulièrement les installations ukrainiennes. À l’approche de l’hiver, la protection du réseau électrique devient une priorité pour éviter une nouvelle crise humanitaire liée aux coupures de chauffage et d’électricité.

L’économie constitue un autre défi majeur. La guerre a profondément bouleversé l’activité du pays. Une partie des infrastructures industrielles a été détruite, plusieurs régions restent touchées par les combats et les dépenses militaires représentent une charge considérable pour les finances publiques.

Le gouvernement ukrainien doit donc poursuivre deux objectifs difficiles à concilier : financer la défense tout en maintenant les services essentiels et en préparant la reconstruction.

Le remaniement de Volodymyr Zelensky intervient dans une période où la nature du conflit a évolué. En 2022, l’urgence était de stopper l’avancée russe et d’obtenir rapidement un soutien militaire international. Aujourd’hui, Kiev doit gérer un conflit long, avec des conséquences économiques, sociales et diplomatiques qui dépassent le champ de bataille.

Le changement de gouvernement semble répondre à cette nouvelle réalité. Le président ukrainien veut une équipe capable de gérer non seulement les opérations liées à la guerre, mais aussi les questions économiques et diplomatiques qui accompagnent un conflit prolongé.

La question du soutien occidental est également au cœur de cette réorganisation. L’Ukraine dépend fortement de l’aide financière et militaire de ses partenaires européens et des États Unis d’Amérique. La gestion de ces ressources est devenue un sujet majeur pour les alliés de Kiev, qui demandent régulièrement des garanties sur leur utilisation et sur la poursuite des réformes.

Ce remaniement intervient aussi alors que les perspectives diplomatiques restent incertaines. Les discussions visant à trouver une issue au conflit n’ont pas permis d’obtenir un accord durable entre Kiev et Moscou. L’Ukraine doit donc continuer à fonctionner dans une situation où aucune fin rapide de la guerre ne se dessine.

Mais cette concentration des efforts autour de la présidence ukrainienne nourrit aussi des débats internes. Depuis l’instauration de la loi martiale, le pouvoir exécutif a pris une place centrale dans la conduite du pays. Les partisans de cette organisation estiment qu’elle permet de prendre des décisions plus rapidement en période de guerre. Ses critiques mettent en garde contre un affaiblissement possible des contre-pouvoirs.

Cette question accompagnera nécessairement l’après-guerre : comment rétablir un équilibre institutionnel normal après plusieurs années de fonctionnement sous pression militaire ?

Un changement de cap ou une adaptation nécessaire ?

Il serait prématuré d’y voir une rupture complète avec la politique menée depuis 2022. Volodymyr Zelensky ne change pas de ligne sur la défense du territoire ukrainien ni sur la recherche d’un soutien international.

En revanche, la composition du futur gouvernement donnera des indications importantes sur les priorités des prochains mois. Les profils choisis permettront de savoir si Kiev veut renforcer davantage le volet économique, diplomatique ou industriel de sa stratégie.

Ce remaniement rappelle surtout une réalité : l’Ukraine ne mène plus uniquement une guerre de positions sur le front. Elle doit aussi faire fonctionner un État soumis à une pression exceptionnelle.

Les prochains mois seront décisifs pour mesurer l’efficacité de cette nouvelle organisation. La capacité du gouvernement ukrainien à protéger ses infrastructures, stabiliser son économie et conserver le soutien de ses partenaires pèsera directement sur la suite du conflit.

Au-delà du changement de ministres, c’est la capacité de l’État ukrainien à durer dans une guerre longue qui sera observée.

Avec ce remaniement, Volodymyr Zelensky tente d’adapter son gouvernement aux exigences d’une guerre qui ne se limite plus aux combats sur le terrain. La défense reste la priorité, mais elle doit désormais s’accompagner d’une gestion économique solide, d’une diplomatie active et d’une préparation à la reconstruction.

Reste à voir si cette nouvelle équipe permettra à Kiev de franchir cette nouvelle étape sans fragiliser l’équilibre institutionnel du pays.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France-Espagne : Éric Ciotti interpelle Emmanuel Macron après le silence de la FIFA sur une minute de silence en hommage aux victimes de Nice

À l’approche de la demi-finale de la Coupe du monde 2026 entre la France et l’Espagne, une demande d’hommage portée par Éric Ciotti reste sans réponse officielle de la part de la FIFA. Le maire de Nice souhaite qu’une minute de silence soit observée avant la rencontre afin de rendre hommage aux victimes de l’attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais.

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Afrique : le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria veulent reprendre le contrôle de la richesse du cacao

Ils produisent l’essentiel du cacao consommé dans le monde, mais restent largement absents des segments les plus rentables de la filière. Le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria veulent désormais changer cette équation en renforçant leur coopération pour transformer davantage leur cacao sur le continent.

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Pendant des décennies, l’Afrique a occupé une place paradoxale dans l’industrie mondiale du chocolat : celle de premier fournisseur de matière première, mais de simple acteur secondaire dans la création de valeur. La nouvelle alliance entre les grands producteurs africains de cacao ambitionne de rompre avec ce modèle en développant la transformation locale, en améliorant les revenus des producteurs et en renforçant le poids du continent dans les négociations internationales.

Le constat est connu, mais il reste l’une des grandes anomalies de l’économie mondiale. L’Afrique produit environ 70 % du cacao mondial, principalement grâce à quatre pays : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun. Pourtant, la majeure partie de la valeur générée par cette ressource échappe encore au continent.

La fève quitte généralement les plantations africaines sous forme brute ou faiblement transformée avant d’être acheminée vers les grands centres industriels européens, asiatiques ou nord-américains, où elle est transformée en poudre, beurre de cacao, chocolat et produits finis vendus à des prix bien plus élevés.

Cette organisation de la chaîne de valeur prive les pays producteurs d’une part importante des revenus générés par leur propre production. Le prix payé au planteur reste soumis aux fluctuations internationales, tandis que les entreprises positionnées sur la transformation, la distribution et la commercialisation captent l’essentiel des marges.

C’est contre cette dépendance historique que les quatre puissances cacaoyères africaines souhaitent agir. Leur rapprochement vise à créer davantage de synergies entre producteurs, à mutualiser certaines stratégies industrielles et à accélérer la transformation locale.

Pour le Cameroun, quatrième producteur africain, l’enjeu est particulièrement important. Le pays dispose d’un potentiel agricole considérable, mais la transformation demeure encore insuffisante par rapport au volume produit. Une meilleure intégration dans la chaîne industrielle permettrait de créer davantage d’emplois, de développer des compétences locales et d’augmenter les revenus liés à l’exportation.

Mais cette ambition se heurte à plusieurs obstacles. Transformer le cacao nécessite des investissements lourds : infrastructures industrielles, énergie stable, capacités logistiques, accès au financement et maîtrise technologique. Or, de nombreux pays africains continuent de faire face à des contraintes structurelles qui limitent leur capacité à rivaliser avec les grandes industries mondiales du chocolat.

La question du financement reste centrale. Les producteurs africains disposent rarement des mêmes capacités d’investissement que les multinationales qui dominent la transformation et la commercialisation. Sans une politique industrielle coordonnée, le risque est de voir la transformation locale rester limitée à quelques unités isolées sans véritable changement du rapport de force.

La bataille du cacao dépasse aujourd’hui la simple question commerciale. Elle pose celle de la souveraineté économique africaine.

Pendant longtemps, le continent a été enfermé dans un modèle d’exportation de matières premières : pétrole, minerais, café, coton ou cacao. Ce modèle a permis des recettes d’exportation, mais il a aussi maintenu une dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs et des industries étrangères.

Le cacao illustre parfaitement cette contradiction. Une ressource largement produite en Afrique contribue à alimenter une industrie mondiale du chocolat estimée à plusieurs centaines de milliards de dollars, alors que les communautés rurales qui cultivent cette matière première restent parmi les plus vulnérables.

La transformation locale apparaît donc comme un levier stratégique. Elle ne signifie pas seulement fabriquer du chocolat en Afrique, mais construire tout un écosystème : recherche agricole, industrie agroalimentaire, emballage, transport, commerce régional et accès aux marchés internationaux.

Cependant, l’expérience montre que les annonces de coopération économique africaine doivent être suivies d’actions concrètes. Plusieurs initiatives continentales ont déjà affiché l’objectif de transformer localement les ressources africaines, avec des résultats parfois limités en raison d’un manque de coordination entre États.

L’alliance entre les grands producteurs de cacao devra donc dépasser le symbole politique. Elle devra répondre à une question essentielle : comment passer d’une Afrique qui fournit le cacao à une Afrique qui maîtrise la valeur créée par ce cacao ?

Cette réflexion dépasse le seul secteur du chocolat. Elle rejoint un débat plus large sur la place de l’Afrique dans l’économie mondiale. Le continent dispose d’immenses ressources agricoles et minières, mais cherche encore le modèle permettant de transformer ces richesses en développement industriel durable.

Dans un contexte où les pays producteurs veulent davantage peser face aux grandes puissances économiques, la maîtrise des chaînes de valeur devient un enjeu stratégique majeur.

L’alliance annoncée entre le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria ouvre une nouvelle étape dans la recherche d’une plus grande autonomie économique africaine. Mais le véritable défi ne sera pas de produire davantage de cacao. Il sera de faire en sorte que la richesse créée par cette production profite davantage à ceux qui la rendent possible.

Le cacao pourrait ainsi devenir un symbole : celui d’une Afrique qui ne cherche plus seulement à exporter ses ressources, mais à transformer son propre avenir.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos