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Thaïlande : à Nonthaburi, un ancien député abat un responsable local, trois jours après une fusillade dans un lycée

Lundi matin, Chalong Riewrang s’est présenté dans les locaux de l’administration provinciale de Nonthaburi avec une arme. Quelques minutes plus tard, le président de cette institution gisait à terre, mortellement touché. Trois jours plus tôt, à quelques kilomètres de là, un adolescent de 14 ans avait tué neuf personnes dans un lycée et à son domicile. Deux affaires sans lien établi, mais qui placent une nouvelle fois la circulation des armes sous les projecteurs en Thaïlande.

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Ancien député de Nonthaburi, Chalong Riewrang a reconnu avoir tiré sur Thongchai Yenprasert, président de l’administration provinciale, ainsi que sur son chauffeur. Le responsable local est mort à l’hôpital ; son chauffeur a été blessé. Le suspect affirme avoir voulu récupérer 11 millions de bahts qu’il dit avoir prêtés à la victime. La police examine cette version et dispose d’images de vidéosurveillance qui ne corroborent pas certains éléments avancés par l’ancien parlementaire.

À 11 heures, lundi 10 août, les bureaux de l’administration provinciale de Nonthaburi étaient loin de ressembler à une scène de fusillade. Chalong Riewrang était venu rencontrer Thongchai Yenprasert, un ancien colonel de police devenu président de l’administration provinciale.

La discussion a dégénéré.

Des coups de feu ont été tirés. Thongchai Yenprasert a été grièvement atteint. Son chauffeur a également été touché. Le président de l’administration provinciale a été transporté à l’hôpital Phranangklao, où il est mort des suites de ses blessures.

L’ancien député ne s’est pas enfui bien loin. Après les tirs, il a pris un taxi-moto pour se rendre à la police. Il avait auparavant téléphoné à une présentatrice de télévision alors qu’elle était en direct, lui annonçant qu’il venait de tirer sur Thongchai. La journaliste lui a demandé de déposer son arme et d’attendre la police.

Devant les enquêteurs, Chalong Riewrang a donné sa propre explication. Il affirme que Thongchai Yenprasert lui devait 11 millions de bahts, une somme qu’il aurait prêtée au responsable local en 2008 pour financer une campagne électorale. Il dit avoir longtemps renoncé à réclamer son argent avant de changer de position, notamment en raison de dépenses médicales importantes et d’une baisse de ses revenus.

L’ancien député soutient qu’il voulait simplement obtenir le remboursement de cette somme. Selon son récit, une dispute aurait éclaté dans les bureaux de l’administration provinciale. Thongchai aurait quitté la pièce et rejoint son véhicule. Chalong affirme l’avoir suivi pour poursuivre la discussion.

C’est à ce moment que sa version devient contestée.

Le suspect affirme que le chauffeur de Thongchai aurait sorti une arme, ce qui l’aurait conduit à tirer pour se défendre. La police dit ne pas avoir trouvé, dans les images de vidéosurveillance examinées, la preuve d’un tir du chauffeur. Les enquêteurs étudient néanmoins l’arme retrouvée dans le véhicule et interrogent les témoins afin de reconstituer précisément la scène.

La dette de 11 millions de bahts n’a pas non plus été établie par les enquêteurs comme mobile du meurtre. Pour l’heure, elle reste donc au rang des déclarations de Chalong Riewrang.

Le statut du suspect a rapidement attiré l’attention. Chalong Riewrang a été député de Nonthaburi à plusieurs reprises. Il a appartenu à plusieurs formations politiques et s’était présenté aux élections de 2023 sous les couleurs du Bhumjaithai, le parti auquel appartient le Premier ministre Anutin Charnvirakul, sans toutefois être élu.

Anutin a demandé que la procédure soit menée sans tenir compte du passé politique de l’accusé. Le chef du gouvernement a déclaré que son ancien statut ne pouvait lui accorder aucun traitement particulier. Chalong ne détient aujourd’hui aucune fonction au sein du Bhumjaithai, a précisé le Premier ministre.

La police retient notamment l’usage d’une arme à feu et examine les circonstances exactes des tirs. Les enquêteurs doivent confronter le récit du suspect aux images de vidéosurveillance, aux constatations balistiques et aux déclarations du chauffeur blessé.

L’affaire aurait pu rester celle d’un conflit entre deux hommes. Sa proximité avec une autre fusillade meurtrière lui donne toutefois un écho particulier.

Vendredi 7 août, un élève de 14 ans avait tué ses grands-parents à leur domicile avant de prendre un bus pour rejoindre le lycée Debsirin Nonthaburi. Il y avait ouvert le feu avec une arme de poing.

Trois enseignants et deux responsables de l’établissement ont été tués dans le lycée. Le bilan est ensuite monté à neuf morts après le décès d’une jeune fille de 12 ans. Vingt-trois personnes ont également été blessées. Le tireur est mort après avoir retourné l’arme contre lui.

Les deux affaires sont géographiquement proches. Elles se sont produites dans la même province, à quelques kilomètres l’une de l’autre. Aucun élément communiqué par les autorités ne permet cependant de les relier.

La différence entre les deux auteurs est aussi frappante que la proximité des lieux. Dans le premier cas, un adolescent s’est emparé de l’arme de son grand-père. Dans le second, un ancien parlementaire a utilisé une arme dans le cadre d’un conflit personnel allégué. Deux parcours, deux histoires, mais la même question de l’accès aux armes.

Après la tuerie du lycée, le gouvernement thaïlandais avait promis de renforcer la surveillance des armes. Mardi 11 août, Anutin Charnvirakul est passé aux premières mesures.

La délivrance de nouveaux permis d’achat d’armes a été suspendue. Les autorisations existantes doivent être réexaminées. Les autorités veulent également accélérer l’adoption d’une nouvelle législation, avec des contrôles plus stricts et des sanctions plus lourdes.

Le gouvernement entend aussi s’attaquer aux armes détenues illégalement. Une procédure permettant leur remise aux autorités est à l’étude. Les autorités rappellent par ailleurs que les armes enregistrées doivent rester au domicile de leur propriétaire et ne peuvent pas être portées librement dans l’espace public.

Le problème est de taille. Selon une estimation du Small Arms Survey datant de 2017, les civils thaïlandais détenaient alors environ 10,3 millions d’armes à feu, soit près de 15 armes pour 100 habitants. Il s’agit d’une estimation ancienne, mais elle demeure l’une des principales références disponibles sur le sujet.

La difficulté pour Bangkok n’est donc pas seulement d’écrire de nouvelles règles. Il faudra savoir ce que deviennent les armes déjà présentes dans les foyers, vérifier les autorisations délivrées et empêcher le port illégal d’armes dans l’espace public.

L’affaire Chalong Riewrang ajoute une autre difficulté au dossier. L’homme soupçonné d’avoir tué le président de l’administration provinciale n’est ni un inconnu des autorités ni un jeune sans antécédent politique. Il a été parlementaire et a évolué dans plusieurs formations politiques.

Pour Anutin Charnvirakul, le choix est désormais simple : laisser l’affaire suivre son cours judiciaire, sans intervention politique, tout en démontrant que les nouvelles mesures annoncées après la tuerie du lycée ne resteront pas au stade des déclarations.

À Nonthaburi, les enquêteurs cherchent encore à établir ce qui s’est réellement passé entre les deux hommes et pourquoi une dette alléguée de plusieurs millions de bahts a fini par se régler à coups de feu.

La justice devra trancher cette question. Le gouvernement, lui, doit répondre à une autre : comment empêcher que des armes déjà présentes dans la société thaïlandaise ne transforment d’autres conflits en drames mortels ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Syrie : après la chute du régime Assad, Damas condamne Bachar al-Assad à mort et ouvre le procès de son passé

Le verdict est historique autant que symbolique. Vingt mois après la chute du régime Assad, un tribunal syrien a condamné mardi 11 août Bachar al-Assad, son frère Maher et leur cousin Atef Najib à la peine capitale pour des crimes commis pendant les quatorze années de guerre. Mais l’ancien président vit en Russie : pour la nouvelle Syrie, la question de la justice commence donc par un condamné que Damas ne détient pas.

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Il aura fallu attendre la disparition du régime qui avait gouverné la Syrie pendant plus d’un demi-siècle pour voir ses principaux responsables répondre devant une juridiction syrienne.

Mardi, le Quatrième Tribunal pénal de Damas a condamné par contumace Bachar al-Assad et son frère cadet Maher al-Assad à mort. Leur cousin Atef Najib, ancien responsable de la Sécurité politique à Deraa, a reçu la même peine, après avoir comparu devant la cour. Le tribunal les a reconnus coupables notamment de meurtre prémédité, de torture et de crimes contre l’humanité.

Le verdict vise directement le fonctionnement de l’ancien pouvoir. Selon le juge Fakhareddine al-Aryan, Bachar al-Assad s’est servi des institutions de l’État pour commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Ce n’est donc pas seulement un ancien chef d’État qui vient d’être condamné : c’est la responsabilité de tout un système de répression que la justice syrienne cherche désormais à établir.

Deraa, le point de départ d’une guerre qui a dévasté le pays

La condamnation d’Atef Najib donne au verdict une portée particulière. En 2011, il dirigeait la branche de la Sécurité politique à Deraa, dans le sud du pays. L’arrestation et la torture d’adolescents accusés d’avoir inscrit des graffitis hostiles au pouvoir sur les murs d’une école avaient alors déclenché une vague de manifestations.

La répression de ces protestations a rapidement transformé une contestation locale en soulèvement national, puis en une guerre qui allait ravager la Syrie pendant quatorze ans.

Environ un demi-million de personnes ont péri dans le conflit et des millions d’autres ont été déplacées. Les forces du régime ont été accusées de bombardements contre des zones civiles, de détentions arbitraires, de torture et d’autres violations graves du droit international. Des procédures judiciaires menées en Europe avaient déjà abouti à des condamnations de responsables du régime, mais jamais encore une juridiction syrienne n’avait condamné Bachar al-Assad lui-même.

Ce premier verdict national change donc la portée du dossier. La justice syrienne ne cherche plus seulement à documenter les crimes de l’ancien régime : elle entend désormais établir une responsabilité pénale au nom de l’État syrien lui-même.

Une condamnation qui se heurte à l’exil russe

Le principal obstacle est cependant évident. Bachar al-Assad n’était pas dans le tribunal.

Après la chute de son régime en décembre 2024, l’ancien président a fui vers la Russie avec sa famille. Moscou lui a accordé l’asile politique. Son frère Maher s’y trouve également.

La peine prononcée à Damas ne signifie donc pas que l’ancien président sera prochainement exécuté. Elle crée surtout une situation nouvelle : un tribunal syrien le reconnaît coupable et réclame sa condamnation, tandis que le pays qui l’accueille n’a, à ce stade, aucune raison apparente de le remettre aux nouvelles autorités syriennes.

C’est là que le dossier judiciaire rejoint la politique étrangère. Damas peut juger Assad, mais ne peut pas encore le faire comparaître physiquement. La portée réelle du verdict dépendra donc, en partie, de la capacité du nouveau pouvoir syrien à obtenir la coopération de Moscou.

Pour la nouvelle Syrie, rendre justice sans ouvrir une nouvelle fracture

Le procès intervient dans une période où les nouvelles autorités cherchent encore à reconstruire un État après quatorze années de guerre et plusieurs décennies de pouvoir autoritaire.

La justice constitue l’un des dossiers les plus sensibles de cette transition. Les victimes et leurs familles réclament des comptes, tandis que le nouveau pouvoir doit éviter que les procès ne soient perçus comme de simples règlements de comptes entre vainqueurs et vaincus.

La condamnation de Bachar al-Assad pose précisément cette question : comment juger les crimes d’un régime sans transformer la justice en instrument d’une nouvelle vengeance politique ?

Le choix d’une procédure judiciaire, avec des accusations précises et des audiences publiques, sera donc aussi important que la sévérité des peines. La Syrie ne pourra durablement tourner la page de l’ère Assad si la justice reste réservée à quelques figures emblématiques. Elle devra établir les responsabilités à différents niveaux, protéger les témoins et les victimes et traiter les crimes commis par l’ensemble des acteurs du conflit.

Le verdict du 11 août marque ainsi un début plus qu’un aboutissement. Pour la première fois, l’ancien dirigeant syrien est condamné par une justice de son propre pays. Mais tant que Bachar al-Assad restera en Russie, cette condamnation restera, dans les faits, suspendue à une question qui dépasse les murs du tribunal de Damas : la nouvelle Syrie pourra-t-elle un jour juger réellement ceux qui ont dirigé l’ancien régime ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Colombie : 224 morts après le séisme de 7,4, le nouveau président doit maintenant prouver sa capacité à gérer la crise

Un jour après le puissant séisme qui a frappé l’ouest de la Colombie, les secouristes continuent de fouiller les décombres à la recherche de survivants. Avec 224 morts, des centaines de blessés et près de 1 600 bâtiments détruits ou endommagés, la catastrophe est aussi le premier grand test auquel est confronté Abelardo de la Espriella, investi trois jours avant le tremblement de terre.

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La terre a tremblé lundi matin, mais c’est désormais contre le temps que la Colombie se bat. À Cali, Pereira, Manizales et dans le Chocó, les secouristes travaillent dans les ruines d’immeubles effondrés, tandis que des habitants leur prêtent main-forte. Certains utilisent des pioches et des outils rudimentaires ; d’autres dégagent les gravats à mains nues. Dans plusieurs endroits, les opérations se poursuivent malgré les répliques qui rendent les bâtiments fragilisés dangereux.

Le Service géologique colombien a enregistré le séisme à 7 h 34, avec une magnitude de 7,4 et une profondeur de 103 kilomètres. Son épicentre se trouvait près de San José del Palmar, dans le Chocó. La secousse a été ressentie bien au-delà de cette région et jusqu’en Équateur, au Panama et au Venezuela.

À mesure que les équipes avancent dans les zones sinistrées, le bilan s’alourdit. 224 personnes ont perdu la vie et au moins 570 ont été blessées, selon les autorités citées par Reuters. Cali compte à elle seule 95 morts, tandis que Pereira en déplore 72. Le Chocó, pourtant proche de l’épicentre, fait état de 13 décès. Près de 1 600 bâtiments ont été détruits ou endommagés.

Mais derrière ces chiffres, une autre réalité apparaît : dans plusieurs villes, les secours doivent intervenir alors que les hôpitaux, les logements et certaines infrastructures essentielles ont eux-mêmes été touchés. À Cali, des patients ont dû être évacués de parties endommagées d’un établissement hospitalier. Dans les quartiers les plus touchés, des familles attendent toujours des nouvelles de leurs proches.

Le Chocó, au cœur d’une catastrophe qui dépasse le séisme

L’épicentre se trouve dans le Chocó, l’un des départements les plus pauvres de Colombie. Cette donnée n’est pas secondaire. Elle explique en partie pourquoi une catastrophe naturelle prend ici une dimension particulière.

Dans cette région difficile d’accès, où les infrastructures sont déjà limitées, chaque route coupée, chaque bâtiment détruit et chaque interruption des services essentiels complique davantage l’intervention des secours. Le séisme n’a donc pas frappé une région disposant partout des mêmes capacités pour absorber le choc.

C’est aussi ce qui donne à cette catastrophe une portée politique. La question n’est plus seulement de savoir combien de bâtiments se sont effondrés, mais dans quel état se trouvait le pays au moment où la terre a tremblé.

La Colombie dispose d’une longue expérience des catastrophes naturelles et d’un dispositif national de secours. Mais aucun système ne peut être jugé uniquement sur les procédures prévues avant une crise. Il se mesure dans les heures qui suivent : capacité à localiser les disparus, à faire parvenir du matériel, à soigner les blessés, à protéger les populations déplacées et à maintenir l’ordre sans entraver les opérations de sauvetage.

Une première crise pour Abelardo de la Espriella

Le calendrier donne au séisme une dimension politique particulière. Abelardo de la Espriella venait à peine de prendre ses fonctions lorsque la catastrophe s’est produite.

Le nouveau président a déclaré l’état d’urgence et mobilisé les forces armées et la police pour participer aux secours et sécuriser les zones sinistrées. À Cali, un important dispositif de sécurité a été déployé alors que les autorités redoutaient des pillages.

Son premier défi est donc immédiat : faire parvenir l’État là où la population en a le plus besoin. Il lui faudra aussi éviter un autre piège, celui d’une réponse concentrée sur les grandes villes alors que des territoires plus isolés, notamment le Chocó, disposent de moyens beaucoup plus faibles.

Cette crise donnera ainsi une première indication sur la manière dont le nouveau pouvoir entend gouverner. Une catastrophe ne laisse guère de temps aux discours. Elle oblige à décider vite, à coordonner les administrations et à rendre des comptes sur les résultats.

L’aide internationale entre en scène

La Colombie peut néanmoins compter sur le soutien extérieur. L’Union européenne a activé Copernicus, son service satellitaire d’urgence, afin de fournir aux autorités des cartes permettant d’identifier les zones les plus touchées et de faciliter la planification des secours. Les États Unis d’Amérique ont annoncé 15,5 millions de dollars d’aide d’urgence. D’autres gouvernements ont également exprimé leur solidarité.

Cette aide sera particulièrement utile dans les prochaines étapes. Une fois les recherches terminées viendra le temps des abris, de l’accès à l’eau, de la prise en charge des familles ayant perdu leur logement et de la remise en état des infrastructures. Le coût humain est déjà considérable ; le coût économique et social ne pourra être mesuré qu’une fois l’urgence passée.

Pour l’heure, cependant, la priorité reste sous les gravats. Les sauveteurs cherchent encore des signes de vie, alors que les répliques continuent et que chaque heure réduit les chances de retrouver des survivants.

Le séisme du 10 août restera donc dans les annales pour sa puissance et son bilan. Mais pour le nouveau président colombien, il pourrait surtout devenir le premier moment où les promesses de gouvernement sont confrontées à une réalité beaucoup plus brutale : celle d’un État attendu, dans l’urgence, par des citoyens qui ont tout perdu.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Madagascar : 66 ans après l’indépendance, la Haute Cour constitutionnelle valide le transfert de plein droit à l’État des terrains encore détenus par des étrangers pour achever la décolonisation foncière

Soixante-six ans après avoir recouvré son indépendance, Madagascar s’attaque à une partie du patrimoine foncier restée juridiquement rattachée à la période coloniale. La Haute Cour constitutionnelle a validé la loi qui prévoit le transfert de plein droit à l’État de certains terrains encore inscrits au nom d’étrangers. Une décision à forte portée historique, mais dont l’efficacité se mesurera moins dans les archives que sur le terrain.

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Adoptée par l’Assemblée nationale le 1er juillet 2026, la loi fixe au 26 juin 1960, date de l’indépendance, le seuil de référence pour les titres fonciers concernés. Le texte vise les terrains immatriculés au nom d’étrangers durant la période coloniale et qui n’ont jamais été transférés à un propriétaire malgache. Les biens des ambassades et consulats, ainsi que ceux de personnes ayant depuis acquis la nationalité malgache, sont exclus du dispositif.

Une survivance juridique de la colonisation

Le texte part d’un constat simple : l’indépendance politique de Madagascar n’a pas fait disparaître toutes les traces juridiques de la période coloniale dans le registre foncier.

Des terrains peuvent encore apparaître dans les documents officiels sous le nom de propriétaires étrangers enregistrés avant le 26 juin 1960. La nouvelle loi veut mettre un terme à cette situation en faisant entrer ces biens dans le patrimoine de l’État.

Pour les autorités malgaches, l’enjeu est d’abord celui de la souveraineté. Le législateur estime que des terres vacantes ou inexploitées, dont les titres remontent à la période coloniale, peuvent empêcher des projets d’intérêt public ou de développement.

La mesure ne revient donc pas à une simple révision administrative de vieux titres. Elle touche à une question particulièrement sensible à Madagascar : qui possède la terre, qui peut l’exploiter et au nom de quelle légitimité ?

Le 26 juin 1960 comme ligne de partage

La date choisie par le législateur n’est pas anodine.

Le 26 juin 1960 marque la fin de la domination française et l’accession de Madagascar à l’indépendance. En faisant de cette date le point de référence du dispositif, la loi cherche à séparer les situations foncières héritées de la colonisation de celles qui ont été régularisées après l’indépendance.

L’Assemblée nationale a présenté le texte comme un moyen de permettre le transfert immédiat à l’État malgache des terrains concernés. Elle a également insisté sur le cas des terrains vacants et non exploités.

Mais l’ancienneté d’un titre ne suffit pas à raconter l’histoire d’une terre.

Entre le propriétaire inscrit dans les archives et la réalité du terrain, plusieurs décennies ont pu passer. Une parcelle peut avoir changé d’occupant, être cultivée par une famille, être abandonnée ou faire l’objet d’un conflit. Le transfert juridique du titre ne fera donc pas disparaître automatiquement ces situations.

Une loi de souveraineté, mais pas encore une réforme agricole

C’est ici que la portée de la mesure doit être examinée avec prudence.

Le pouvoir présente cette réforme comme l’achèvement d’un processus de décolonisation foncière. L’expression a une force politique évidente : elle renvoie à une indépendance qui, dans le domaine de la propriété des terres, aurait laissé subsister des situations héritées de la domination coloniale.

Mais la question est de savoir ce que cette reconquête changera pour les Malgaches.

La principale difficulté foncière du pays ne se limite pas aux terrains encore enregistrés au nom d’étrangers depuis la colonisation. Elle concerne aussi la sécurisation des terres agricoles, l’accès des exploitants à la propriété, l’absence de titres pour de nombreux occupants et les conflits qui opposent régulièrement propriétaires, occupants et exploitants.

L’historien Solofo Randrianja, cité dans le dossier, invite précisément à ne pas surestimer la portée économique de la réforme. Selon lui, ces terrains ne représentent pas la majorité des terres utilisées par la population et la mesure ne touche pas le cœur des difficultés du secteur agricole.

Cette réserve est essentielle. Une réforme peut être historiquement symbolique sans être économiquement décisive.

Que fera l’État des terres récupérées ?

C’est probablement la question la plus importante après la décision de la Haute Cour.

Le transfert à l’État n’est qu’une première étape. Il faudra ensuite identifier les terrains concernés, vérifier les titres, déterminer leur situation réelle, traiter les éventuels occupants et décider de leur affectation.

Le choix sera politique.

Ces terres seront-elles attribuées à des agriculteurs malgaches ? Serviront-elles à des projets publics ? Seront-elles conservées dans le domaine de l’État ? Feront-elles l’objet de nouvelles concessions ?

Une mauvaise gestion pourrait transformer une mesure présentée comme une récupération du patrimoine national en une nouvelle source de contestations. À l’inverse, une redistribution transparente, accompagnée de titres sécurisés pour les bénéficiaires, pourrait donner à la réforme une portée bien plus large que celle annoncée aujourd’hui.

C’est à ce moment-là que la différence entre souveraineté foncière et politique foncière apparaîtra clairement.

La Haute Cour encadre le passage à l’État

Le texte ne prévoit pas un transfert sans distinction.

Les terrains appartenant à des représentations diplomatiques ou consulaires étrangères sont exclus. Il en va de même pour ceux qui ont déjà été transférés au nom de ressortissants malgaches et pour les biens de personnes étrangères ayant ensuite acquis la nationalité malgache, selon les conditions prévues par le texte.

La procédure doit également tenir compte des situations individuelles et des éventuels litiges. Le contrôle constitutionnel constitue donc une étape importante : il ne donne pas carte blanche à une opération indistincte sur l’ensemble du patrimoine foncier ancien.

La décision de la Haute Cour intervient dans le cadre du contrôle préalable auquel sont soumises les lois avant leur promulgation à Madagascar. La Constitution confie à la juridiction constitutionnelle le soin de vérifier leur conformité à la Loi fondamentale.

Le passé colonial revient par les registres fonciers

La portée politique de cette affaire tient aussi à ce qu’elle rappelle une réalité souvent oubliée : la fin d’une domination coloniale ne signifie pas nécessairement la disparition immédiate de toutes les structures juridiques qu’elle a laissées derrière elle.

À Madagascar, une partie de cette histoire demeure inscrite dans les titres fonciers.

Soixante-six ans après l’indépendance, l’État veut désormais reprendre la main sur ces biens. Le geste est fort. Mais la véritable décolonisation foncière ne se mesurera pas au nombre de titres changés dans les registres.

Elle se mesurera à ce qui arrivera aux hommes et aux femmes qui vivent sur ces terres.

Si les parcelles récupérées restent simplement dans les mains de l’administration, la réforme aura surtout produit un changement de propriétaire juridique. Si elles permettent à des agriculteurs d’obtenir des droits sécurisés, à des terres abandonnées de retrouver une utilité et à des conflits anciens de trouver une issue, alors le texte aura changé davantage que des noms sur des documents.

Une victoire juridique, un test politique

La Haute Cour a donné son feu vert. Le pouvoir malgache dispose désormais de l’outil juridique qu’il réclamait pour traiter les titres fonciers hérités de la période coloniale.

Mais cette victoire juridique ouvre un chantier autrement plus difficile : faire de la récupération des terres une politique utile à la population.

Le recensement des parcelles, la vérification des titres, la protection des occupants de bonne foi, le règlement des contentieux et l’affectation des terrains seront les véritables épreuves de la réforme.

Madagascar peut donc parler de décolonisation foncière. Il lui reste à démontrer que cette décolonisation ne s’arrêtera pas aux registres.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : une plainte vise le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, soupçonné d’avoir cumulé un emploi à la RATP et plusieurs mandats publics

Pendant plusieurs années, Bally Bagayoko aurait cumulé un poste de cadre à la Régie autonome des transports parisiens (RATP) avec plusieurs mandats électifs. Aujourd’hui, cette situation est examinée par la justice après une plainte déposée auprès du Parquet national financier. L’association AC!! Anti-Corruption demande de vérifier si les règles encadrant le cumul d’activités publiques ont été respectées et si les rémunérations perçues correspondaient bien à un travail effectivement exercé.

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L’affaire a commencé avec une enquête du Canard enchaîné. L’hebdomadaire affirme que Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et membre de La France insoumise, formation politique française classée à gauche, aurait conservé un poste de cadre à la RATP alors qu’il exerçait parallèlement plusieurs responsabilités électives.

Selon les informations publiées par le journal satirique, l’élu aurait été recruté par la régie publique des transports franciliens en 2000 dans des conditions particulières, sans concours ni entretien. L’enquête évoque également des horaires de travail qualifiés d’« élastiques » et une rémunération qui aurait ensuite dépassé 6 000 euros mensuels, en incluant les primes et le treizième mois.

Au fil des années, Bally Bagayoko a occupé plusieurs fonctions politiques : adjoint au maire de Saint-Denis, vice-président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, puis maire de la commune en 2026. C’est l’association de ces responsabilités électives avec son activité professionnelle au sein d’une entreprise publique qui se trouve aujourd’hui au centre des interrogations.

Une question au cœur de la plainte : le travail était-il réellement exercé ?

La plainte déposée par AC!! Anti-Corruption ne demande pas à la justice de trancher une controverse politique, mais de vérifier des éléments précis. L’association souhaite notamment savoir si une autorisation de cumul avait été délivrée par la RATP ou par les autorités compétentes, et si l’activité professionnelle exercée pendant les différents mandats correspondait aux obligations prévues par son contrat.

En France, le cumul de plusieurs emplois publics à temps complet est encadré par la loi. Lorsqu’une personne perçoit une rémunération provenant d’une entreprise publique, la réalité du travail fourni et le respect des règles administratives doivent pouvoir être établis.

Pour AC!! Anti-Corruption, si des rémunérations avaient été versées pour un emploi qui n’était pas effectivement occupé selon les conditions prévues, les faits pourraient relever d’une utilisation indue de fonds publics. L’association a donc demandé au Parquet national financier, juridiction spécialisée dans les affaires de corruption et d’atteinte à la probité, d’examiner la situation.

Des précédents qui ont marqué la vie publique française

Cette affaire rappelle d’autres dossiers qui ont alimenté le débat sur l’utilisation des fonds publics et la réalité des fonctions rémunérées.

Les affaires d’emplois présumés fictifs ont régulièrement conduit la justice française à s’interroger sur une même question : une rémunération publique correspond-elle à un travail réellement effectué ? Le dossier concernant François Fillon et les emplois de collaboratrice parlementaire attribués à son épouse avait notamment placé cette problématique au centre du débat national.

Le cas de Bally Bagayoko est toutefois différent. Il ne concerne pas une collaboratrice parlementaire, mais un possible cumul entre un emploi dans une entreprise publique et des responsabilités politiques locales. La question posée est donc celle de la compatibilité entre une fonction professionnelle rémunérée et l’exercice simultané de mandats électifs.

Au-delà des situations individuelles, le sujet renvoie à un débat plus large en France : celui de la frontière entre engagement politique et avantages liés à une fonction publique. Les réformes successives sur la transparence de la vie publique ont cherché à renforcer les obligations des responsables politiques afin d’éviter les conflits d’intérêts et de garantir une utilisation rigoureuse de l’argent public.

La justice devra établir les faits

Éric Halphen, ancien juge et président d’honneur d’AC!! Anti-Corruption, affirme que l’association joue son rôle de lanceur d’alerte en transmettant à la justice des éléments qui lui paraissent nécessiter une vérification. Il précise que cette démarche vaut quelle que soit l’appartenance politique des personnes concernées.

Contacté par l’Agence France-Presse, Bally Bagayoko n’a pas souhaité réagir. La RATP indique, pour sa part, qu’elle se tient à la disposition de la justice et qu’elle fournira les documents nécessaires si une enquête est ouverte.

À ce stade, aucune procédure judiciaire n’a été engagée contre le maire de Saint-Denis et aucune infraction n’est établie. Le Parquet national financier devra désormais examiner les éléments transmis et décider des suites à donner.

Cette affaire ne se résume pas au cas personnel de Bally Bagayoko. Elle pose une question centrale de la vie publique française : lorsqu’un élu perçoit une rémunération issue d’une entreprise publique tout en exerçant des responsabilités politiques, comment garantir que chaque fonction est réellement exercée et que chaque euro public est justifié ? La réponse appartient désormais à la justice.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Australie : accusés de menaces judéophobes envers des patients israéliens, deux anciens infirmiers verront la vidéo finalement examinée par le jury

Pendant un temps, elle semblait condamnée à rester hors du prétoire. En décidant finalement de réintégrer la vidéo au dossier, la Cour d’appel de Nouvelle-Galles du Sud ne s’est pas prononcée sur la culpabilité de deux anciens infirmiers de Sydney. Elle a choisi de remettre entre les mains des jurés la pièce que l’accusation considère comme indispensable pour raconter les faits.

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À la fin du mois d’août, Sarah Abu Lebdeh et Ahmad Rashad Nadir comparaîtront devant la justice australienne pour répondre d’accusations liées à des propos présumés menaçants tenus lors d’un échange vidéo avec un influenceur israélien. Quelques semaines avant l’ouverture des débats, la Cour d’appel a annulé la décision qui écartait cette séquence du dossier. Un revirement procédural qui redéfinit les contours d’un procès déjà suivi de près en Australie.

Il arrive qu’un procès bascule avant même que le premier témoin ne soit appelé à la barre.

Celui des deux anciens infirmiers de l’hôpital de Bankstown pourrait bien appartenir à cette catégorie. Non parce que les charges retenues contre eux ont changé, ni parce que de nouveaux faits ont émergé, mais parce que la principale pièce sur laquelle repose l’accusation retrouvera finalement sa place devant le jury.

La décision rendue le 31 juillet par la Cour d’appel de Nouvelle-Galles du Sud marque un tournant procédural. Les juges n’ont pas examiné la véracité des propos attribués aux deux prévenus. Ils avaient à répondre à une question préalable, souvent décisive dans les dossiers pénaux : la preuve centrale peut-elle être légalement produite devant un tribunal ?

Pour le parquet, l’enjeu était considérable.

La vidéo enregistrée lors d’une conversation sur la plateforme Chatruletka constitue bien davantage qu’un simple document versé au dossier. Selon l’accusation, elle permet de restituer l’intégralité de l’échange : les paroles, mais aussi les intonations, les silences, les réactions, les gestes et les expressions des deux interlocuteurs. Devant la Cour d’appel, le procureur n’a d’ailleurs pas caché que son dossier serait sérieusement fragilisé si cette pièce demeurait irrecevable.

Quelques semaines plus tôt, le tribunal de première instance en avait pourtant décidé autrement.

Les avocats de la défense soutenaient que l’enregistrement avait été obtenu en violation de la législation de Nouvelle-Galles du Sud relative à la surveillance des communications. Leur démonstration reposait sur un élément en apparence anodin : le microphone ayant capté les échanges se trouvait dans une salle de l’hôpital de Bankstown, où travaillaient alors les deux infirmiers. Dès lors, estimaient-ils, l’enregistrement relevait du droit australien et devait être exclu.

Le ministère public défendait une lecture opposée. L’enregistrement, plaidait-il, avait été réalisé en Israël par l’influenceur Max Ilinsky, connu sous le pseudonyme de Max Veifer, depuis son propre ordinateur. La localisation de l’appareil qui crée la vidéo, et non celle des personnes filmées, devait selon lui être retenue.

La Cour d’appel a finalement suivi cette argumentation et autorisé l’utilisation de la vidéo au procès. Les motifs détaillés de sa décision demeurent toutefois soumis à des restrictions de publication afin de préserver le bon déroulement des audiences à venir.

À l’origine de cette affaire se trouve une conversation diffusée en février 2025 sur Chatruletka, une plateforme de discussions vidéo entre inconnus. Au cours de cet échange, Sarah Abu Lebdeh et Ahmad Rashad Nadir auraient tenu des propos menaçants visant des Israéliens. Tous deux contestent les accusations et ont plaidé non coupable. Mme Abu Lebdeh répond en outre d’un chef supplémentaire pour menace de violence contre un groupe de personnes.

La diffusion de la vidéo avait rapidement provoqué une onde de choc en Australie. Les deux soignants avaient été licenciés, tandis que les autorités sanitaires ouvraient une enquête afin de vérifier si des patients avaient subi un traitement discriminatoire. Les investigations n’ont pas établi qu’un patient israélien avait été privé de soins ou traité différemment en raison de son origine.

C’est désormais devant un jury que le dossier sera examiné.

L’audience ne devra pas répondre aux réactions suscitées par la diffusion de la vidéo, mais à une question beaucoup plus précise : les éléments produits par l’accusation permettent-ils d’établir, au-delà du doute raisonnable, les infractions reprochées aux deux anciens infirmiers ?

Au-delà de cette affaire, la décision de la Cour illustre les défis auxquels les juridictions sont confrontées lorsque les échanges numériques traversent les frontières. Une conversation peut être tenue depuis Sydney, enregistrée en Israël, hébergée sur des serveurs installés dans un troisième pays et produire des effets juridiques dans plusieurs États à la fois. Le droit est alors contraint de déterminer où commence et où s’arrête sa propre compétence.

Pour l’heure, une seule certitude s’impose. Le procès qui s’ouvrira à la fin du mois d’août ne sera pas celui qu’envisageaient encore les deux parties il y a quelques semaines. En réintégrant la vidéo dans le dossier, la Cour d’appel n’a ni condamné ni disculpé les prévenus. Elle a simplement considéré que les jurés devaient pouvoir examiner eux-mêmes la preuve la plus discutée de toute cette procédure avant de rendre leur verdict.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Japon : ils avaient évacué le centre commercial après le séisme, puis l’explosion a transformé le refuge en piège

Ils avaient fait ce qu’il fallait. Après la violente secousse qui venait de frapper Kumamoto, les clients de l’Aeon Mall ont quitté le centre commercial et gagné le parking. Environ 3 000 personnes ont ainsi pu être évacuées. Puis, un peu plus d’une heure après le séisme, une explosion a dévasté une partie du bâtiment. Ceux qui étaient encore à l’intérieur se sont retrouvés pris au piège sous les décombres.

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Le Japon vient de connaître l’un de ces séismes auxquels il s’est préparé pendant des décennies. La secousse, de magnitude 7,1, a frappé mardi 28 juillet la préfecture de Kumamoto, dans le sud-ouest de l’archipel. Le bilan s’élève désormais à au moins 18 morts et 62 blessés. Mais l’histoire la plus saisissante s’est jouée dans un centre commercial qui venait tout juste de renaître après le séisme meurtrier de 2016. Une explosion, vraisemblablement liée à une fuite de gaz, a transformé en piège un bâtiment dont les occupants avaient pourtant commencé à évacuer.

Le séisme, puis le silence avant l’explosion

Il était 16 h 27 mardi lorsque la terre a violemment tremblé dans la région de Kumamoto. La secousse a atteint une magnitude de 7,1 et une intensité maximale de 7 sur l’échelle japonaise, le niveau le plus élevé. Les autorités ont rapidement appelé les habitants des zones touchées à gagner des lieux sûrs.

À l’Aeon Mall de Kashima, la première réaction a été l’évacuation. Des milliers de clients se trouvaient dans le complexe. Ils sont sortis et ont rejoint le parking.

C’est ensuite que la situation a basculé.

Une explosion a retenti dans le centre commercial. Une partie du bâtiment s’est effondrée. Les secours ont découvert des personnes prisonnières des ruines et ont commencé à dégager les survivants. Huit personnes ont été sorties des décombres ; trois d’entre elles sont mortes. Quatre décès sont désormais associés au site du centre commercial selon les informations de l’Associated Press, tandis que trois employés restent recherchés.

L’origine exacte de l’explosion doit encore être établie. Les autorités privilégient cependant la piste d’une fuite de gaz. L’enquête devra déterminer comment les installations ont été endommagées et pourquoi l’explosion s’est produite après l’évacuation du public.

Ce détail change la lecture de la catastrophe. Le danger n’est pas venu uniquement de la secousse. Il a continué à produire ses effets après elle.

Un centre commercial qui venait de rouvrir

Le destin de l’Aeon Mall donne au drame une dimension particulière.

Le complexe avait déjà été durement touché par le séisme de Kumamoto de 2016. Dix ans plus tard, il venait de rouvrir après plusieurs années de travaux. La rénovation avait notamment intégré des renforcements antisismiques et des dispositifs destinés à améliorer la sécurité du bâtiment. Le centre comptait environ 200 commerces et un cinéma et était devenu l’un des grands pôles commerciaux de la région.

Sa réouverture, en juin 2026, devait marquer le retour à une vie normale après une décennie de reconstruction.

À peine quelques semaines plus tard, la terre a de nouveau frappé.

Le contraste est brutal. Un lieu reconstruit pour effacer les traces d’une catastrophe passée se retrouve au cœur d’une nouvelle tragédie.

Quand la prévention ne suffit plus à contenir le risque

Le Japon n’est pas un pays qui découvre les séismes. Il a construit une partie de sa législation, de son architecture et de sa culture collective autour de cette menace.

Les bâtiments doivent respecter des normes parasismiques strictes. Les populations sont régulièrement informées des comportements à adopter. Les autorités disposent de systèmes d’alerte et de moyens de secours considérables. La catastrophe de Kumamoto montre pourtant qu’une politique de prévention ne peut pas tout prévoir.

La question n’est plus seulement de savoir si un bâtiment résiste à la secousse.

Il faut aussi regarder ce que celle-ci peut provoquer après coup.

Une canalisation peut céder. Une installation électrique peut être endommagée. Une conduite de gaz peut fuir. Un incendie peut se déclarer. Un élément qui semblait tenir peut s’effondrer plusieurs minutes plus tard.

À l’Aeon Mall, c’est précisément cette succession qui intéresse désormais les enquêteurs : le bâtiment avait été évacué, mais le danger n’était pas terminé.

Il faudra donc déterminer si les dispositifs de sécurité ont fonctionné comme prévu et, surtout, si la fuite de gaz soupçonnée est bien la conséquence de la secousse.

Kumamoto replonge dans le souvenir de 2016

Pour les habitants de la région, cette nouvelle catastrophe fait remonter des souvenirs encore récents.

En avril 2016, Kumamoto avait subi une série de puissants séismes, dont deux avaient atteint le niveau 7 sur l’échelle japonaise. La catastrophe avait finalement fait 275 morts, en comptant notamment les décès indirects.

Les années suivantes avaient été consacrées à reconstruire, réparer et renforcer.

Le séisme du 28 juillet rappelle avec une violence particulière que la reconstruction ne signifie pas la fin du risque.

La terre, elle, ne tient aucun compte des calendriers de réouverture.

Une région économique également frappée

Les dégâts ne se limitent pas aux habitations et au centre commercial.

Des routes et des ponts ont été endommagés, des bâtiments se sont effondrés et des milliers de foyers ont été privés d’électricité. Les autorités ont également dû faire face à des perturbations dans les transports et dans les activités industrielles.

Kumamoto est devenue ces dernières années un important centre de production de semi-conducteurs. La présence de grandes entreprises comme Sony, Toyota, Honda, Renesas et TSMC donne à la catastrophe une dimension économique qui dépasse largement la seule préfecture.

Plusieurs groupes ont suspendu temporairement certaines activités afin d’inspecter leurs installations et de vérifier l’état de leurs équipements. La reconstruction devra donc concerner les logements, les infrastructures publiques et les commerces, mais aussi une région devenue stratégique pour l’industrie japonaise.

Les secours face à une course contre le temps

Mercredi, les sauveteurs continuaient de travailler dans les bâtiments endommagés.

Environ 4 500 militaires ont été mobilisés aux côtés des pompiers et des autres équipes de secours. La chaleur complique leur travail et augmente les risques pour les personnes qui pourraient encore se trouver sous les décombres. Les autorités japonaises restent également attentives aux nombreuses répliques qui suivent le séisme.

Dans le centre commercial, chaque minute compte.

Les sauveteurs doivent avancer dans une structure fragilisée tout en évitant de provoquer un nouvel effondrement. Ils travaillent avec l’espoir de retrouver des survivants, mais aussi avec la certitude que les conditions peuvent changer à tout moment.

Le véritable enseignement de Kumamoto

Il serait facile de regarder les images de l’Aeon Mall et de conclure que les normes japonaises ont échoué. Ce serait aller trop vite.

Le Japon reste l’un des pays les mieux préparés aux séismes. L’évacuation rapide des milliers de clients du centre commercial en est d’ailleurs une illustration. Ce qui s’est passé ensuite pose une question différente.

Comment protéger une population contre les conséquences d’un séisme lorsque celles-ci ne se manifestent pas toutes au même moment ?

C’est probablement là que se trouve la principale leçon de Kumamoto.

La prévention sismique ne peut pas se limiter à empêcher les immeubles de tomber. Elle doit aussi considérer la chaîne des événements qui peut suivre la secousse : réseaux de gaz, électricité, incendies, équipements industriels, infrastructures de transport et bâtiments déjà fragilisés.

Le Japon le sait mieux que beaucoup d’autres pays. Mais chaque catastrophe apporte ses propres questions.

Celle de Kumamoto en ajoute une particulièrement difficile : peut-on réellement parler de sécurité lorsque les survivants de la première catastrophe doivent encore affronter la seconde ?

L’enquête sur l’Aeon Mall sera donc suivie bien au-delà de Kumamoto. Si la fuite de gaz est confirmée et si un lien est établi avec le séisme, les autorités japonaises devront examiner à nouveau la sécurité des installations comparables.

Il ne s’agira pas de savoir seulement pourquoi un bâtiment s’est effondré.

Il faudra comprendre pourquoi le danger a continué après l’évacuation, et ce qui pourrait être fait pour éviter qu’une situation semblable ne se reproduise.

À Kumamoto, mardi après-midi, des milliers de personnes ont échappé à la première secousse en quittant le centre commercial. Quelques dizaines de minutes plus tard, une explosion a changé le destin de ceux qui étaient encore à l’intérieur.

Le bilan humain continuera peut-être encore de s’alourdir. Les recherches ne sont pas terminées et l’enquête sur l’explosion ne fait que commencer.

Mais une chose est déjà certaine : le séisme du 28 juillet ne raconte pas seulement l’histoire d’une terre qui tremble.

Il raconte celle d’un pays qui sait depuis longtemps comment affronter la secousse, mais auquel Kumamoto vient rappeler une vérité plus difficile : une catastrophe peut continuer longtemps après que la terre a cessé de bouger.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Venezuela : fixé à 2027, le procès de Nicolás Maduro ouvre une bataille judiciaire aux répercussions internationales

Le tribunal fédéral du district sud de New York a fixé au 1er juin 2027 l’ouverture du procès de Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Cette échéance donne le temps aux deux parties de préparer un dossier particulièrement volumineux. Mais elle annonce surtout des débats qui dépasseront les accusations de narcotrafic. Les juges devront également se prononcer sur la légalité de l’arrestation de l’ancien président vénézuélien et sur la possibilité, pour la justice des États-Unis d’Amérique, de juger un ancien chef d’État étranger dans de telles circonstances.

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Poursuivi pour narcoterrorisme, trafic international de cocaïne et infractions liées aux armes, Nicolás Maduro comparaîtra devant la justice fédérale états-unienne en juin 2027. Derrière ce calendrier judiciaire se joue une confrontation entre deux lectures du droit : celle des procureurs, qui défendent la compétence des juridictions des États-Unis d’Amérique face à des crimes transnationaux, et celle de la défense, qui invoque l’immunité souveraine et conteste les conditions de l’arrestation de l’ancien dirigeant vénézuélien.

Fixer une date de procès ne signifie pas que l’affaire est prête à être jugée. Dans ce dossier, les mois qui précèdent l’ouverture des audiences seront presque aussi importants que le procès lui-même. Les procureurs doivent communiquer des milliers de pages de documents, des interceptions de communications, des expertises et des renseignements provenant de plusieurs agences fédérales. Une partie de ces éléments est soumise à des règles particulières en raison de leur caractère sensible.

La défense dispose, de son côté, d’un calendrier lui permettant de déposer plusieurs requêtes préalables. L’une des audiences les plus attendues est prévue en novembre 2026. Les avocats de Nicolás Maduro y développeront les arguments sur lesquels repose l’essentiel de leur stratégie : ils soutiennent que leur client bénéficiait de l’immunité attachée à sa fonction de chef d’État et que son arrestation, réalisée lors d’une opération menée à Caracas en janvier 2026, ne respecte ni le droit international ni les principes qui encadrent les extraditions.

Le ministère public présente une lecture radicalement différente. Selon les procureurs, les faits reprochés relèvent d’une organisation criminelle qui aurait utilisé les plus hautes structures de l’État vénézuélien pour faciliter l’acheminement de cocaïne vers l’Amérique du Nord. Les chefs d’inculpation pour narcoterrorisme, trafic de stupéfiants et infractions liées aux armes s’appuient sur une enquête ouverte depuis plusieurs années et enrichie par des témoignages, des interceptions et des renseignements recueillis auprès de différents services fédéraux.

Cette confrontation dépasse le seul sort de Nicolás Maduro. Le tribunal devra déterminer jusqu’où peut s’étendre la compétence de la justice états-unienne lorsqu’elle poursuit un ancien dirigeant étranger accusé de crimes transnationaux. Les réponses apportées à cette question intéresseront bien au-delà du Venezuela, car elles pourraient être invoquées dans d’autres procédures impliquant des responsables politiques étrangers.

Le dossier comporte également une dimension diplomatique. Depuis l’arrestation de Nicolás Maduro, les rapports entre Washington et Caracas ont évolué. Les autorités états-uniennes ont engagé des échanges avec les nouvelles autorités vénézuéliennes et assoupli certaines sanctions, notamment dans le secteur pétrolier. Dans le même temps, la justice poursuit son instruction sans modifier les accusations retenues contre l’ancien président. Cette coexistence entre dialogue politique et procédure pénale illustre la séparation que Washington cherche à établir entre ses objectifs diplomatiques et le travail des juridictions fédérales.

L’affaire rappelle aussi que les procès de dirigeants étrangers sont rarement de simples dossiers pénaux. Celui de Manuel Noriega, ancien dirigeant du Panama, avait déjà soulevé la question de l’intervention des États-Unis d’Amérique sur le territoire d’un autre État. Les procédures engagées contre Charles Taylor devant la justice internationale ou contre Hissène Habré devant les juridictions africaines avaient, quant à elles, posé celle de la responsabilité pénale d’anciens chefs d’État. Le cas de Nicolás Maduro présente une configuration différente : il ne relève ni d’un tribunal international ni d’une juridiction créée spécialement pour juger des crimes contre l’humanité, mais d’une cour fédérale nationale appelée à examiner des infractions de droit commun ayant, selon l’accusation, des effets au-delà des frontières du Venezuela.

C’est ce qui confère à cette affaire une portée particulière. Si les juges estiment que la procédure respecte les règles du droit, la justice des États-Unis d’Amérique confortera sa capacité à poursuivre des dirigeants étrangers pour des crimes transnationaux. Si, à l’inverse, les arguments de la défense prospèrent, la décision pourrait redéfinir les limites de cette compétence et nourrir un débat appelé à dépasser largement les frontières vénézuéliennes.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Royaume-Uni : la police antiterroriste reprend l’enquête sur le meurtre d’Ann Widdecombe

L’enquête sur la mort d’Ann Widdecombe a pris une nouvelle dimension. Alors que les premiers éléments laissaient penser à un homicide isolé, les autorités britanniques ont confié le dossier à la police antiterroriste. Ce changement intervient après la découverte de nouveaux éléments dont le contenu n’a pas été rendu public.

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Ancienne ministre conservatrice et figure de Reform UK, Ann Widdecombe a été retrouvée morte à son domicile dans le Devon. Un homme de 28 ans, déjà arrêté pour meurtre, est désormais également interrogé pour des infractions liées au terrorisme. Les enquêteurs cherchent à établir si l’attaque était motivée par des considérations idéologiques ou politiques.

La mort d’Ann Widdecombe continue de susciter une vive émotion au Royaume-Uni. Connue pour ses prises de position sur l’immigration, la souveraineté nationale et son soutien à Nigel Farage, l’ancienne députée occupait encore une place importante dans le débat public britannique malgré son retrait de la vie gouvernementale.

Les circonstances de son décès restent entourées de nombreuses interrogations. Les services de police ont confirmé qu’un suspect de 28 ans avait été interpellé dans le Yorkshire du Sud avant d’être placé en garde à vue. Initialement poursuivi dans le cadre d’une enquête pour meurtre, il fait désormais aussi l’objet d’investigations pour des infractions relevant de la législation antiterroriste.

Ce transfert du dossier vers les unités spécialisées constitue le principal développement de l’affaire. Les autorités expliquent que de nouveaux éléments recueillis au cours de l’enquête justifient désormais l’intervention de la police antiterroriste. Elles n’ont toutefois communiqué ni sur la nature de ces éléments ni sur le mobile retenu à ce stade.

Les enquêteurs examinent plusieurs hypothèses. Ils cherchent notamment à déterminer si la victime a été choisie en raison de son parcours politique ou si d’autres motivations sont à l’origine de l’attaque. Aucune qualification définitive n’a encore été retenue et les investigations se poursuivent.

Cette affaire ravive le souvenir d’autres attaques ayant visé des responsables politiques britanniques ces dernières années. En 2016, la députée travailliste Jo Cox avait été assassinée en pleine campagne sur le référendum du Brexit. Cinq ans plus tard, le député conservateur David Amess avait lui aussi perdu la vie lors d’une permanence parlementaire, dans une attaque qualifiée de terroriste.

Dans ce contexte, la sécurité des élus et des personnalités politiques revient au centre des préoccupations. Plusieurs responsables de Reform UK, dont Nigel Farage, ont appelé à faire toute la lumière sur les circonstances de la mort d’Ann Widdecombe, tout en demandant que les conclusions de l’enquête soient établies sur la base des faits.

Pour l’heure, les autorités britanniques restent prudentes. Si la police antiterroriste dirige désormais les investigations, rien ne permet encore d’affirmer que le meurtre relève d’un acte terroriste. Les prochains jours devraient permettre de préciser les motivations du suspect et les circonstances exactes de cette affaire, qui dépasse désormais le cadre d’un simple homicide.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : un incendie ravage 800 hectares dans la forêt de Fontainebleau, la piste criminelle à l’étude

L’un des plus importants incendies jamais enregistrés en Île-de-France continue de mobiliser d’importants moyens de secours. Alors que près de 800 hectares ont déjà été ravagés dans la forêt de Fontainebleau, les autorités françaises s’orientent désormais vers l’hypothèse d’un acte volontaire.

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Déclenché dimanche après-midi près de Noisy-sur-École, en Seine-et-Marne, le sinistre a rapidement pris une ampleur inhabituelle, favorisé par des températures élevées, une végétation desséchée et des vents favorables à la propagation des flammes. Plus de 400 sapeurs-pompiers, épaulés par des renforts venus de plusieurs départements ainsi que par des avions bombardiers d’eau, restent mobilisés pour empêcher le feu d’atteindre de nouvelles zones habitées.

Le spectacle est inédit pour cette région habituellement peu confrontée à des incendies de cette intensité. Un immense panache de fumée est resté visible à plusieurs dizaines de kilomètres, tandis que plusieurs communes ont vécu une nuit sous haute surveillance. Une quinzaine d’habitations ont été évacuées au Vaudoué et les secours ont dû protéger plusieurs autres secteurs menacés par la progression du brasier. Les perturbations ont également touché les transports, avec des coupures temporaires sur l’autoroute A6 et d’importants retards ferroviaires, avant un retour progressif à la normale sur la ligne à grande vitesse Paris-Lyon.

En déplacement sur place lundi matin, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a indiqué que les premiers éléments recueillis orientaient les enquêteurs vers une possible origine criminelle. Selon lui, une dizaine de départs de feu ont été recensés sur un périmètre d’environ un kilomètre, une configuration qui « pourrait » traduire un incendie volontaire. Les investigations devront toutefois confirmer ou infirmer cette hypothèse avant toute conclusion définitive.

Face à la violence du sinistre, les autorités ont pris une décision exceptionnelle : l’engagement de deux Canadair en Île-de-France, une première dans cette région. Ces appareils, habituellement mobilisés dans le sud du pays durant la saison estivale, illustrent la gravité de la situation. Les opérations devraient encore se poursuivre plusieurs jours afin de traiter les nombreux points chauds et d’éviter toute reprise du feu.

Au-delà de l’urgence, cet incendie relance le débat sur la vulnérabilité croissante des massifs forestiers français. Longtemps relativement épargnée par les grands feux estivaux, l’Île-de-France connaît désormais des épisodes qui étaient jusqu’ici davantage associés au pourtour méditerranéen. Les épisodes répétés de chaleur et de sécheresse allongent la période de risque et rendent combustibles des espaces autrefois moins exposés.

Les autorités rappellent également que l’activité humaine demeure la première cause des incendies de forêt en France. Négligence, imprudence ou actes malveillants sont à l’origine de la grande majorité des départs de feu. Dans ce contexte, l’hypothèse d’un incendie volontaire à Fontainebleau, si elle était confirmée, constituerait un facteur aggravant dans une saison déjà marquée par une multiplication des sinistres. Le ministre de l’Intérieur a d’ailleurs indiqué que près de 25 000 hectares avaient déjà brûlé en France depuis le début de l’année, soit environ deux fois plus qu’à la même période en 2025.

Symbole du patrimoine naturel français, la forêt de Fontainebleau attire chaque année des millions de visiteurs pour ses paysages, sa biodiversité et ses célèbres chaos rocheux. L’ampleur des dégâts écologiques ne pourra être évaluée qu’une fois le feu totalement maîtrisé, mais les conséquences sur la faune, la flore et les activités touristiques s’annoncent déjà importantes.

Celine Dou, pour la Boussole-Infos