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Israël rejette le plan états-unien pour Gaza et pose une condition : le désarmement total du Hamas avant tout retrait

Le projet de Donald Trump devait permettre de franchir un cap dans la guerre à Gaza. Il se heurte désormais au refus de Benyamin Nétanyahou. Alors que le Hamas a accepté la nouvelle feuille de route en quinze points, le Premier ministre israélien affirme qu’Israël ne retirera pas ses forces avant le désarmement complet du mouvement palestinien.

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Le désaccord porte sur une question qui conditionne toute la suite du processus : dans quel ordre doivent s’effectuer le désarmement du Hamas et le retrait israélien ? La feuille de route élaborée sous l’égide du Conseil de paix de Donald Trump prévoit un désarmement progressif et vérifié, accompagné de mesures israéliennes correspondantes. Nétanyahou refuse cette logique. Pour lui, les armes du Hamas doivent disparaître avant que l’armée israélienne ne quitte ses positions dans la bande de Gaza. Cette divergence menace directement la deuxième phase du plan.

Nétanyahou ferme la porte au retrait sans désarmement

Le 9 août, devant son cabinet, Benyamin Nétanyahou a rejeté le document en quinze points présenté par le Conseil de paix. Le Premier ministre israélien a déclaré qu’Israël ne procéderait à aucun retrait de ses forces tant que le Hamas ne serait pas « véritablement désarmé ».

La déclaration ne laisse guère de place à une interprétation. Pour le gouvernement israélien, un retrait qui précéderait la disparition de la capacité militaire du Hamas exposerait Israël à la possibilité d’une reprise des hostilités. Nétanyahou refuse donc que le retrait israélien serve de contrepartie préalable à un désarmement qui resterait à accomplir.

La position israélienne se heurte pourtant à la mécanique prévue par le nouveau texte. Le document établit un processus par étapes : les armes et infrastructures militaires doivent être démantelées sous contrôle international, tandis que les forces israéliennes doivent effectuer un retrait progressif en fonction des progrès vérifiés du désarmement. Une force internationale de stabilisation doit également accompagner la transition.

Le Hamas accepte le principe, mais pas nécessairement toutes les conditions

Le Hamas a donné son accord au principe de la feuille de route états-unienne. Mais son acceptation ne signifie pas qu’il adhère sans réserve à chacune des modalités du désarmement.

Selon les éléments rendus publics, le mouvement palestinien accepte la remise de ses armes dans le cadre du dispositif proposé, tout en contestant certaines exigences ajoutées au processus, notamment celles concernant les armes légères. De son côté, Israël réclame une disparition complète de la capacité militaire du Hamas avant tout retrait.

La nuance est importante. Présenter la situation comme une simple opposition entre un Hamas qui aurait accepté de se désarmer et un Israël qui refuserait la paix serait trompeur. Les deux parties ne donnent pas le même contenu au mot « désarmement », et surtout, elles ne veulent pas le placer au même moment du calendrier.

Le problème tient à l’ordre des étapes

C’est là que se trouve le principal verrou.

La feuille de route prévoit que le désarmement soit vérifié au fur et à mesure et que le retrait israélien accompagne les progrès accomplis. Elle prévoit aussi la mise en place d’une administration palestinienne technocratique chargée des affaires civiles et le déploiement d’une force internationale de stabilisation.

Nétanyahou veut une autre séquence : d’abord le désarmement complet du Hamas, ensuite le retrait.

La différence peut sembler limitée sur le papier. Elle est en réalité décisive. Si Israël attend la fin du désarmement pour se retirer et que le Hamas considère que le retrait doit commencer en parallèle pour rendre son propre désarmement acceptable, chaque camp peut bloquer l’autre.

C’est précisément ce qui menace aujourd’hui la deuxième phase du processus.

Washington doit maintenant convaincre son propre allié

Pour Donald Trump, le problème est embarrassant. Le président des États Unis d’Amérique veut faire de son Conseil de paix le cadre de la sortie de guerre et de la reconstruction de Gaza. Or son initiative se heurte à une opposition venue d’Israël, alors même que le Hamas en a accepté le principe.

La difficulté ne consiste donc plus seulement à obtenir un engagement du Hamas. Washington doit désormais convaincre le gouvernement israélien qu’un désarmement progressif, contrôlé et accompagné d’un retrait progressif peut répondre à ses exigences de sécurité.

L’Allemagne a déjà affiché une position favorable au projet. Son ministère des Affaires étrangères estime que la proposition de Donald Trump peut ouvrir une voie vers le désarmement du Hamas, malgré les désaccords qui subsistent.

Cette réaction européenne ne règle cependant rien. La décision déterminante reste entre les mains des acteurs directement engagés dans le processus.

Une force internationale au cœur de la transition

Le dispositif proposé ne repose pas uniquement sur un face-à-face entre Israël et le Hamas. La feuille de route prévoit une force internationale de stabilisation chargée notamment d’accompagner la transition, de contribuer au contrôle des armes et de protéger les opérations humanitaires. Le retrait israélien doit, lui, être effectué progressivement en fonction des progrès constatés dans le désarmement.

Ce mécanisme répond à une difficulté majeure : qui garantirait la sécurité de Gaza après le départ des forces israéliennes ?

Sans force extérieure capable de surveiller les engagements et sans autorité palestinienne en mesure d’administrer le territoire, un retrait israélien pourrait laisser un vide sécuritaire. Mais si Israël conserve durablement ses positions au nom du désarmement, la transition politique et la reconstruction risquent de rester suspendues.

Le plan de Trump face à son premier véritable test

Le rejet israélien ne signifie pas nécessairement la disparition de la feuille de route. Les discussions se poursuivent. Mais le rapport de force est désormais clair : le gouvernement de Nétanyahou ne veut pas que le calendrier de son retrait soit dicté par un texte négocié sous l’autorité du Conseil de paix.

Le président des États Unis d’Amérique doit donc résoudre une équation difficile. Il lui faut obtenir du Hamas un désarmement suffisamment concret pour satisfaire Israël, tout en donnant aux Palestiniens des garanties crédibles sur le retrait israélien et la fin de la présence militaire dans la bande de Gaza.

La paix ne bute donc plus seulement sur la question de savoir si le Hamas déposera les armes. Elle bute sur une question plus précise : qui doit bouger en premier ?

Tant qu’Israël exigera le désarmement complet avant tout retrait et que le Hamas considérera le retrait comme une condition essentielle de son propre désarmement, la feuille de route de Donald Trump restera suspendue à un compromis que Washington doit encore obtenir.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Soudan : derrière l’échec des négociations sur une trêve humanitaire, la bataille pour le Soudan de l’après-guerre

Officiellement, les discussions portent sur une trêve humanitaire de quatre-vingt-dix jours. Officieusement, elles engagent déjà l’avenir politique et militaire du Soudan. Sous médiation des États Unis d’Amérique, les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide ne s’opposent pas seulement sur les modalités d’un cessez-le-feu. Elles cherchent à imposer leur vision du pays qui émergera lorsque les armes se tairont. C’est ce qui explique, bien davantage que les divergences de procédure, pourquoi les négociations peinent à avancer.

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À première vue, le désaccord paraît limité. Les Forces armées soudanaises exigent que les Forces de soutien rapide quittent les villes qu’elles contrôlent avant toute entrée en vigueur d’une trêve. La milice paramilitaire refuse cette condition, estimant qu’elle reviendrait à reconnaître sa défaite avant même le début d’un dialogue politique.

Mais réduire l’impasse à cette seule question reviendrait à passer à côté de l’essentiel.

Depuis le début de la guerre en avril 2023, le contrôle des villes est devenu bien plus qu’un enjeu militaire. Il conditionne l’accès aux administrations, aux axes routiers, aux ressources économiques et, surtout, à la légitimité politique. Celui qui contrôle un territoire au moment où s’ouvrira une véritable négociation sur l’avenir du pays disposera d’un poids considérable dans la définition des nouvelles institutions.

L’armée soudanaise en est pleinement consciente. En exigeant le retrait préalable des Forces de soutien rapide, elle cherche à empêcher que la milice transforme ses conquêtes militaires en acquis politiques. Accepter un cessez-le-feu sans modification des lignes de front reviendrait, à ses yeux, à reconnaître un rapport de force qu’elle juge inacceptable.

Les Forces de soutien rapide font exactement le raisonnement inverse. Elles savent que les territoires qu’elles occupent constituent leur principal levier de négociation. Les abandonner avant toute discussion sur la transition politique reviendrait à renoncer au seul moyen de peser sur l’organisation du Soudan de demain.

Autrement dit, les deux camps discutent d’une trêve, mais pensent déjà à l’après-guerre.

Cette logique explique aussi l’évolution récente des combats.

Dans la région du Kordofan, les Forces armées soudanaises ont repris plusieurs positions stratégiques et consolidé leur contrôle de l’axe reliant El Obeid à Khartoum. Cette progression ne représente pas seulement un succès militaire. Elle renforce la conviction de l’état-major qu’il peut encore améliorer sa position avant d’accepter un compromis.

Les Forces de soutien rapide, malgré ces revers, poursuivent leurs attaques, notamment à l’aide de drones. Elles estiment manifestement qu’elles conservent une capacité suffisante pour empêcher l’armée d’imposer seule les conditions d’un règlement politique.

Chaque camp continue donc de croire que le temps peut jouer en sa faveur.

C’est précisément ce calcul qui fragilise les efforts de médiation conduits par Massad Boulos, conseiller principal des États Unis d’Amérique pour l’Afrique. Washington ne cherche pas uniquement à obtenir une pause dans les combats. La trêve proposée doit permettre l’ouverture de couloirs humanitaires, le retour d’une partie des populations déplacées et la création d’un climat suffisamment apaisé pour engager des discussions sur les questions les plus sensibles : la transition politique, la réforme des forces de sécurité et la réunification des institutions.

Cette stratégie repose toutefois sur une condition essentielle : que les deux belligérants acceptent de suspendre, au moins provisoirement, leur logique militaire. Or rien n’indique, à ce stade, qu’ils y soient disposés.

Les analystes observent d’ailleurs que les récents affrontements ont produit l’effet inverse. Les succès de l’armée confortent son refus de toute concession immédiate, tandis que les Forces de soutien rapide considèrent qu’un retrait sans contrepartie politique consacrerait leur marginalisation.

L’urgence humanitaire, pourtant considérable, ne suffit pas à modifier ces calculs.

Selon les Nations unies, 33,7 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire au Soudan cette année. Des millions d’habitants ont été déplacés depuis le début du conflit et des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie. Malgré cette catastrophe, les considérations militaires continuent de l’emporter sur les impératifs humanitaires.

L’impasse actuelle ne traduit donc pas seulement l’échec d’une médiation. Elle révèle une réalité plus profonde : les deux principaux acteurs du conflit négocient déjà le Soudan de l’après-guerre sans être prêts à renoncer aux avantages qu’ils espèrent encore obtenir sur le champ de bataille. Tant que cette conviction guidera leurs décisions, chaque avancée militaire pèsera davantage qu’une proposition de paix, et la trêve humanitaire restera une perspective plus qu’une réalité.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Japon : Pékin et Moscou font le tour du pays avec leurs navires de guerre et adressent un avertissement à Tokyo et à Washington

Pendant près de deux semaines, des bâtiments de guerre chinois et russes ont contourné le Japon. Le parcours est inédit par son ampleur. Pour Tokyo, il ne s’agit pas d’une simple patrouille navale, mais d’une démonstration de force menée à quelques encablures de son territoire. Pour Pékin et Moscou, l’objectif est clair : montrer que leurs marines peuvent désormais évoluer ensemble autour du Japon et franchir sans difficulté la première chaîne d’îles, longtemps considérée comme l’un des principaux verrous stratégiques de la région.

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Le ministère japonais de la Défense a suivi chaque étape de cette opération. Le 16 juillet, des bâtiments de guerre chinois et russes ont franchi le détroit de Miyako, au sud d’Okinawa. Ils ont ensuite poursuivi leur route au large des îles Ogasawara avant de longer les eaux situées au sud puis à l’est du Japon. Le 27 juillet, ils ont atteint le détroit de La Pérouse, entre Hokkaido et l’île russe de Sakhaline. Quelques jours plus tard, le 3 août, trois autres navires chinois – deux destroyers lance-missiles de type 055 et 052D ainsi qu’un navire de soutien de type 903 – ont traversé le détroit de Corée, prolongeant cette présence navale autour du Japon.

Face à ces mouvements, les Forces maritimes d’autodéfense japonaises ont déployé des bâtiments et des avions de patrouille pour suivre les navires chinois et russes et recueillir des renseignements sur leurs activités. Les autorités japonaises ont également rendu publique une carte retraçant leur itinéraire, soulignant le caractère exceptionnel de cette navigation.

Pour Tokyo, le message ne prête pas à confusion. Le ministère japonais de la Défense considère que cette série d’opérations constitue une démonstration de force dirigée contre le Japon et une source de vive préoccupation pour la sécurité nationale. Ce n’est pas le passage d’un détroit qui retient l’attention des responsables japonais, mais l’ensemble de la manœuvre : des bâtiments chinois et russes naviguant de concert tout autour du pays.

Cette opération confirme le resserrement du partenariat stratégique entre Pékin et Moscou. Depuis plusieurs années, les deux puissances multiplient les exercices militaires conjoints. Les manœuvres navales « Joint Sea », organisées chaque année depuis 2012, ont progressivement changé d’échelle. Les zones d’entraînement se sont élargies, les déploiements se sont allongés et les scénarios sont devenus plus complexes. La coopération militaire entre les deux pays ne se limite plus à des exercices symboliques ; elle traduit une volonté d’agir ensemble sur les principaux théâtres maritimes de la région.

Pour Stephen Nagy, professeur de relations internationales à l’Université chrétienne internationale de Tokyo, cette patrouille poursuit un objectif politique autant que militaire. Pékin et Moscou veulent rappeler au Japon, mais aussi aux États Unis d’Amérique, qu’ils sont capables de coordonner leurs forces dans une zone où Washington demeure le principal garant de la sécurité japonaise. Selon lui, la Chine cherche également à accroître la pression sur les autorités japonaises en démontrant que sa marine peut évoluer librement dans des espaces qui limitaient autrefois son accès au Pacifique.

Cette démonstration vise aussi Taïwan. En parcourant les détroits qui jalonnent la première chaîne d’îles, Pékin cherche à montrer que cette barrière géographique ne constitue plus un obstacle à ses ambitions navales. Pour les stratèges chinois, la capacité à franchir cette ligne est un élément essentiel dans l’hypothèse d’une crise autour de Taïwan. La présence de bâtiments russes aux côtés de la marine chinoise renforce encore la portée politique de cette opération.

Benjamin Blandin, chercheur au Conseil de Yokosuka sur les études Asie-Pacifique, estime que les patrouilles conjointes sino-russes sont devenues plus longues, plus étendues et plus affirmées qu’auparavant. Selon lui, l’inquiétude de Tokyo ne tient pas uniquement à cette navigation autour du Japon. Elle résulte de l’accumulation d’exercices, de déploiements et de démonstrations militaires qui, année après année, modifient les équilibres de sécurité en Asie orientale.

Ce tour du Japon n’était pas une simple navigation. C’était un message. À Tokyo d’abord, à qui Pékin et Moscou montrent qu’ils peuvent évoluer ensemble tout autour du pays. À Washington ensuite, pour rappeler que la première chaîne d’îles n’est plus le verrou qu’elle représentait autrefois pour la marine chinoise. Derrière les bâtiments de guerre, c’est donc un nouveau rapport de force qui se dessine dans l’Indo-Pacifique.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Liban – Israël : les discussions de Rome sur le désarmement du Hezbollah se poursuivent sans le Hezbollah

À Rome, les délégations libanaise et israélienne tentent de donner une traduction concrète à un accord-cadre négocié sous médiation états-unienne. Au centre des échanges : le retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban, le déploiement de l’armée libanaise et le désarmement du Hezbollah. Mais le mouvement chiite, directement concerné par ce dernier point, refuse de reconnaître ce processus.

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La scène résume à elle seule la difficulté des discussions engagées à Rome : les acteurs chargés de négocier l’avenir sécuritaire du sud du Liban avancent sans la participation du mouvement dont les armes se trouvent au cœur du dossier. Entre exigences israéliennes, volonté de contrôle du territoire par Beyrouth et refus catégorique du Hezbollah, l’accord-cadre conclu fin juin cherche encore sa traduction sur le terrain.

À l’ambassade des États-Unis d’Amerique à Rome, les discussions se poursuivent autour d’une question qui concentre toutes les tensions : qui contrôlera les armes dans le sud du Liban ?

Depuis plusieurs mois, Israël et le Liban tentent de transformer une succession d’engagements politiques en mécanisme concret de sécurité. L’accord-cadre conclu fin juin prévoit notamment le retrait progressif des forces israéliennes de certaines zones du sud du pays, le déploiement de l’armée libanaise et le transfert des capacités armées sous l’autorité de l’État libanais.

Mais un acteur manque à la table des négociations : le Hezbollah.

Le mouvement, qui dispose de sa propre structure militaire, rejette l’accord et refuse toute discussion portant sur son désarmement. Son chef, Naim Qassem, a réaffirmé son opposition au processus engagé avec Israël et les États-Unis d’Amerique, estimant que le mouvement n’avait pas à renoncer à ses armes dans ces conditions.

Cette position place le gouvernement libanais face à une équation difficile. Beyrouth participe aux discussions et affirme vouloir renforcer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, notamment dans le sud du pays. Le Premier ministre Nawaf Salam a accusé ceux qui ont entraîné le Liban dans des affrontements passés d’avoir donné des arguments à Israël pour agir contre le pays.

Pour Israël, la question est avant tout sécuritaire. Les autorités israéliennes considèrent que la présence d’un groupe armé indépendant à proximité de leur frontière représente une menace persistante. La délégation israélienne présente à Rome comprend d’ailleurs des responsables militaires chargés de suivre les aspects liés à la sécurité et au retrait progressif.

Washington tente, de son côté, de maintenir le dialogue entre deux positions difficilement conciliables. Les États-Unis d’Amerique présentent ces discussions comme un moyen de garantir la sécurité d’Israël tout en permettant à l’État libanais de reprendre pleinement le contrôle du sud du pays.

Sur le terrain, les désaccords restent visibles. Alors que Beyrouth attend un retrait israélien progressif, Israël affirme vouloir des garanties concrètes avant d’aller plus loin. Des tensions persistent également autour des opérations militaires menées dans certaines zones du sud libanais, malgré le processus diplomatique engagé.

Le problème central reste donc inchangé : le désarmement du Hezbollah est inscrit au cœur des discussions, mais le mouvement refuse d’en faire un sujet de négociation.

Les réunions de Rome ne constituent pas encore un accord final. Elles montrent surtout la difficulté de trouver un compromis entre trois exigences qui ne coïncident pas totalement : la volonté israélienne d’obtenir des garanties de sécurité, celle du gouvernement libanais de restaurer son autorité sur son territoire, et le refus du Hezbollah d’abandonner son arsenal.

Tant que ces positions resteront éloignées, l’avenir du sud du Liban continuera de se jouer autant dans les salles de négociations que sur le terrain.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Azerbaïdjan : derrière la condamnation d’un Français pour espionnage, la bataille d’influence qui se joue dans le Caucase

Le 30 juillet, la justice azerbaïdjanaise a refermé une nouvelle page du dossier Martin Ryan sans mettre fin à la controverse. Condamné à dix ans de prison pour espionnage au profit de la France, ce ressortissant français a vu sa peine confirmée en appel. Pour Bakou, l’affaire est celle d’un réseau qui aurait cherché à obtenir des informations sensibles sur un pays devenu stratégique. Pour Paris, elle est celle d’une condamnation politique contre un Français dont la culpabilité n’a jamais été démontrée.

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Entre les deux lectures, une certitude demeure : l’affaire Martin Ryan est devenue le symbole d’une relation franco-azerbaïdjanaise entrée dans une période de confrontation ouverte.

Depuis son arrestation en décembre 2023, l’homme d’affaires français est accusé par les autorités azerbaïdjanaises d’avoir recueilli des informations pour le compte de services français de renseignement. Le parquet de Bakou affirme qu’il aurait été approché par des membres de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) alors en poste à l’ambassade de France. Ces agents ont depuis été expulsés par les autorités azerbaïdjanaises.

Selon l’accusation, les informations recherchées concernaient notamment les relations de Bakou avec plusieurs pays, dont la Russie, la Chine, l’Iran, le Pakistan ou encore l’Algérie, ainsi que des données relatives à certains équipements militaires. Martin Ryan rejette ces accusations. La France également. Le Quai d’Orsay a dénoncé une « condamnation arbitraire » et demandé sa libération.

Mais cette affaire ne commence pas dans une salle d’audience. Elle trouve ses racines dans une région où les alliances se déplacent rapidement.

Le Haut-Karabakh, point de rupture entre Paris et Bakou

La relation entre la France et l’Azerbaïdjan s’est fortement dégradée après la reprise du Haut-Karabakh par Bakou en septembre 2023.

Pendant des décennies, cette région montagneuse, peuplée majoritairement d’Arméniens avant l’offensive azerbaïdjanaise, a été au centre d’un conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La victoire militaire de Bakou a entraîné le départ de plus de 100 000 habitants arméniens vers l’Arménie.

Paris a alors renforcé son soutien politique à Erevan, dénonçant la situation humanitaire et appelant au respect des droits de la population arménienne. À Bakou, cette position a été interprétée comme un alignement français contre les intérêts azerbaïdjanais.

La crise diplomatique s’est installée. Les déclarations hostiles se sont multipliées. Les expulsions de diplomates ont succédé aux accusations d’ingérence. Dans ce climat tendu, l’affaire Martin Ryan a pris une dimension qui dépasse largement son parcours personnel.

Un petit État devenu un grand enjeu

Pour comprendre pourquoi l’Azerbaïdjan attire autant l’attention des puissances étrangères, il faut regarder sa carte.

Coincé entre la Russie, l’Iran et la Turquie, bordé par la mer Caspienne, le pays occupe une position stratégique dans un espace où circulent hydrocarbures, marchandises et ambitions politiques.

Ankara voit en Bakou un allié privilégié. Les deux pays revendiquent une proximité culturelle et politique résumée par la formule « deux États, une nation ». La coopération militaire entre les deux capitales a joué un rôle important dans la montée en puissance de l’armée azerbaïdjanaise.

Moscou, malgré l’affaiblissement de son influence régionale depuis la guerre en Ukraine, reste un acteur incontournable dans le Caucase. L’Iran observe avec méfiance le rapprochement entre l’Azerbaïdjan et la Turquie. L’Union européenne, de son côté, cherche à renforcer ses relations énergétiques avec Bakou afin de diversifier ses approvisionnements.

Dans ce jeu d’équilibre, l’information devient une ressource stratégique.

Quand le renseignement devient une arme diplomatique

Les grandes rivalités internationales ne se déroulent pas uniquement sur les champs de bataille ou dans les négociations officielles. Elles passent aussi par les services de renseignement, les expulsions diplomatiques et les procès très médiatisés.

Les accusations d’espionnage sont souvent le reflet d’un affrontement plus large : celui de deux États qui cherchent à imposer leur propre récit.

Pour Bakou, la condamnation de Martin Ryan affirme la capacité de l’Azerbaïdjan à défendre ses intérêts face aux tentatives étrangères d’influence. Pour Paris, elle illustre l’usage de la justice comme instrument de pression politique.

La difficulté, dans ce type d’affaire, est précisément de distinguer l’opération de renseignement réelle de l’exploitation diplomatique qui peut l’accompagner. Les deux dimensions peuvent parfois se confondre.

Le Caucase, laboratoire des nouvelles rivalités

L’affaire Martin Ryan rappelle une évolution profonde des relations internationales : les puissances moyennes occupent désormais une place croissante dans les jeux d’influence.

L’Azerbaïdjan n’est plus seulement observé à travers le prisme du conflit du Haut-Karabakh. Il est devenu un acteur avec lequel il faut compter, capable de jouer entre plusieurs partenaires et de tirer profit de sa position géographique.

Pour la France, cette séquence pose une question plus large : comment maintenir une influence dans des régions où de nouveaux acteurs imposent leurs propres règles ?

Pour Bakou, elle confirme une stratégie déjà visible : défendre une souveraineté renforcée et ne laisser aucune puissance étrangère définir seule la lecture de ses affaires intérieures.

Derrière le destin judiciaire d’un Français, c’est donc une bataille plus vaste qui se joue. Celle d’un Caucase où chaque alliance, chaque accusation et chaque procès peuvent devenir les pièces d’un affrontement international.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Japon : ils avaient évacué le centre commercial après le séisme, puis l’explosion a transformé le refuge en piège

Ils avaient fait ce qu’il fallait. Après la violente secousse qui venait de frapper Kumamoto, les clients de l’Aeon Mall ont quitté le centre commercial et gagné le parking. Environ 3 000 personnes ont ainsi pu être évacuées. Puis, un peu plus d’une heure après le séisme, une explosion a dévasté une partie du bâtiment. Ceux qui étaient encore à l’intérieur se sont retrouvés pris au piège sous les décombres.

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Le Japon vient de connaître l’un de ces séismes auxquels il s’est préparé pendant des décennies. La secousse, de magnitude 7,1, a frappé mardi 28 juillet la préfecture de Kumamoto, dans le sud-ouest de l’archipel. Le bilan s’élève désormais à au moins 18 morts et 62 blessés. Mais l’histoire la plus saisissante s’est jouée dans un centre commercial qui venait tout juste de renaître après le séisme meurtrier de 2016. Une explosion, vraisemblablement liée à une fuite de gaz, a transformé en piège un bâtiment dont les occupants avaient pourtant commencé à évacuer.

Le séisme, puis le silence avant l’explosion

Il était 16 h 27 mardi lorsque la terre a violemment tremblé dans la région de Kumamoto. La secousse a atteint une magnitude de 7,1 et une intensité maximale de 7 sur l’échelle japonaise, le niveau le plus élevé. Les autorités ont rapidement appelé les habitants des zones touchées à gagner des lieux sûrs.

À l’Aeon Mall de Kashima, la première réaction a été l’évacuation. Des milliers de clients se trouvaient dans le complexe. Ils sont sortis et ont rejoint le parking.

C’est ensuite que la situation a basculé.

Une explosion a retenti dans le centre commercial. Une partie du bâtiment s’est effondrée. Les secours ont découvert des personnes prisonnières des ruines et ont commencé à dégager les survivants. Huit personnes ont été sorties des décombres ; trois d’entre elles sont mortes. Quatre décès sont désormais associés au site du centre commercial selon les informations de l’Associated Press, tandis que trois employés restent recherchés.

L’origine exacte de l’explosion doit encore être établie. Les autorités privilégient cependant la piste d’une fuite de gaz. L’enquête devra déterminer comment les installations ont été endommagées et pourquoi l’explosion s’est produite après l’évacuation du public.

Ce détail change la lecture de la catastrophe. Le danger n’est pas venu uniquement de la secousse. Il a continué à produire ses effets après elle.

Un centre commercial qui venait de rouvrir

Le destin de l’Aeon Mall donne au drame une dimension particulière.

Le complexe avait déjà été durement touché par le séisme de Kumamoto de 2016. Dix ans plus tard, il venait de rouvrir après plusieurs années de travaux. La rénovation avait notamment intégré des renforcements antisismiques et des dispositifs destinés à améliorer la sécurité du bâtiment. Le centre comptait environ 200 commerces et un cinéma et était devenu l’un des grands pôles commerciaux de la région.

Sa réouverture, en juin 2026, devait marquer le retour à une vie normale après une décennie de reconstruction.

À peine quelques semaines plus tard, la terre a de nouveau frappé.

Le contraste est brutal. Un lieu reconstruit pour effacer les traces d’une catastrophe passée se retrouve au cœur d’une nouvelle tragédie.

Quand la prévention ne suffit plus à contenir le risque

Le Japon n’est pas un pays qui découvre les séismes. Il a construit une partie de sa législation, de son architecture et de sa culture collective autour de cette menace.

Les bâtiments doivent respecter des normes parasismiques strictes. Les populations sont régulièrement informées des comportements à adopter. Les autorités disposent de systèmes d’alerte et de moyens de secours considérables. La catastrophe de Kumamoto montre pourtant qu’une politique de prévention ne peut pas tout prévoir.

La question n’est plus seulement de savoir si un bâtiment résiste à la secousse.

Il faut aussi regarder ce que celle-ci peut provoquer après coup.

Une canalisation peut céder. Une installation électrique peut être endommagée. Une conduite de gaz peut fuir. Un incendie peut se déclarer. Un élément qui semblait tenir peut s’effondrer plusieurs minutes plus tard.

À l’Aeon Mall, c’est précisément cette succession qui intéresse désormais les enquêteurs : le bâtiment avait été évacué, mais le danger n’était pas terminé.

Il faudra donc déterminer si les dispositifs de sécurité ont fonctionné comme prévu et, surtout, si la fuite de gaz soupçonnée est bien la conséquence de la secousse.

Kumamoto replonge dans le souvenir de 2016

Pour les habitants de la région, cette nouvelle catastrophe fait remonter des souvenirs encore récents.

En avril 2016, Kumamoto avait subi une série de puissants séismes, dont deux avaient atteint le niveau 7 sur l’échelle japonaise. La catastrophe avait finalement fait 275 morts, en comptant notamment les décès indirects.

Les années suivantes avaient été consacrées à reconstruire, réparer et renforcer.

Le séisme du 28 juillet rappelle avec une violence particulière que la reconstruction ne signifie pas la fin du risque.

La terre, elle, ne tient aucun compte des calendriers de réouverture.

Une région économique également frappée

Les dégâts ne se limitent pas aux habitations et au centre commercial.

Des routes et des ponts ont été endommagés, des bâtiments se sont effondrés et des milliers de foyers ont été privés d’électricité. Les autorités ont également dû faire face à des perturbations dans les transports et dans les activités industrielles.

Kumamoto est devenue ces dernières années un important centre de production de semi-conducteurs. La présence de grandes entreprises comme Sony, Toyota, Honda, Renesas et TSMC donne à la catastrophe une dimension économique qui dépasse largement la seule préfecture.

Plusieurs groupes ont suspendu temporairement certaines activités afin d’inspecter leurs installations et de vérifier l’état de leurs équipements. La reconstruction devra donc concerner les logements, les infrastructures publiques et les commerces, mais aussi une région devenue stratégique pour l’industrie japonaise.

Les secours face à une course contre le temps

Mercredi, les sauveteurs continuaient de travailler dans les bâtiments endommagés.

Environ 4 500 militaires ont été mobilisés aux côtés des pompiers et des autres équipes de secours. La chaleur complique leur travail et augmente les risques pour les personnes qui pourraient encore se trouver sous les décombres. Les autorités japonaises restent également attentives aux nombreuses répliques qui suivent le séisme.

Dans le centre commercial, chaque minute compte.

Les sauveteurs doivent avancer dans une structure fragilisée tout en évitant de provoquer un nouvel effondrement. Ils travaillent avec l’espoir de retrouver des survivants, mais aussi avec la certitude que les conditions peuvent changer à tout moment.

Le véritable enseignement de Kumamoto

Il serait facile de regarder les images de l’Aeon Mall et de conclure que les normes japonaises ont échoué. Ce serait aller trop vite.

Le Japon reste l’un des pays les mieux préparés aux séismes. L’évacuation rapide des milliers de clients du centre commercial en est d’ailleurs une illustration. Ce qui s’est passé ensuite pose une question différente.

Comment protéger une population contre les conséquences d’un séisme lorsque celles-ci ne se manifestent pas toutes au même moment ?

C’est probablement là que se trouve la principale leçon de Kumamoto.

La prévention sismique ne peut pas se limiter à empêcher les immeubles de tomber. Elle doit aussi considérer la chaîne des événements qui peut suivre la secousse : réseaux de gaz, électricité, incendies, équipements industriels, infrastructures de transport et bâtiments déjà fragilisés.

Le Japon le sait mieux que beaucoup d’autres pays. Mais chaque catastrophe apporte ses propres questions.

Celle de Kumamoto en ajoute une particulièrement difficile : peut-on réellement parler de sécurité lorsque les survivants de la première catastrophe doivent encore affronter la seconde ?

L’enquête sur l’Aeon Mall sera donc suivie bien au-delà de Kumamoto. Si la fuite de gaz est confirmée et si un lien est établi avec le séisme, les autorités japonaises devront examiner à nouveau la sécurité des installations comparables.

Il ne s’agira pas de savoir seulement pourquoi un bâtiment s’est effondré.

Il faudra comprendre pourquoi le danger a continué après l’évacuation, et ce qui pourrait être fait pour éviter qu’une situation semblable ne se reproduise.

À Kumamoto, mardi après-midi, des milliers de personnes ont échappé à la première secousse en quittant le centre commercial. Quelques dizaines de minutes plus tard, une explosion a changé le destin de ceux qui étaient encore à l’intérieur.

Le bilan humain continuera peut-être encore de s’alourdir. Les recherches ne sont pas terminées et l’enquête sur l’explosion ne fait que commencer.

Mais une chose est déjà certaine : le séisme du 28 juillet ne raconte pas seulement l’histoire d’une terre qui tremble.

Il raconte celle d’un pays qui sait depuis longtemps comment affronter la secousse, mais auquel Kumamoto vient rappeler une vérité plus difficile : une catastrophe peut continuer longtemps après que la terre a cessé de bouger.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Liban-Israël : à Rome, des pourparlers sous haute tension pour tenter d’amorcer un retrait israélien du Sud-Liban

À l’ombre du Vatican, Libanais et Israéliens se sont retrouvés mardi à Rome pour une nouvelle séquence de discussions. Objectif affiché : préciser les modalités d’un accord-cadre négocié sous égide Étatsunienne de visant à mettre fin aux hostilités et à organiser le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban. Dans les faits, la méfiance domine et les attentes restent mesurées.

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Le choix de la capitale italienne n’est pas anodin. Il permet aux deux délégations de rester en contact étroit avec leurs capitales tout en s’extrayant de la pression frontalière. Les échanges, prévus sur deux jours à l’ambassade des États-Unis d’Amérique, portent sur la mise en œuvre concrète d’un texte arrêté le 26 juin à Washington.

Ce texte prévoit trois axes : la cessation des combats, le désarmement des groupes armés, lecture implicite : le Hezbollah, le déploiement de l’armée libanaise dans le Sud et un retrait progressif de l’armée israélienne.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a posé le cadre dès mardi à Tel-Aviv : la mise en œuvre de l’accord est « la seule voie possible ». Israël, a-t-il assuré, fera « preuve de bonne volonté » et est prêt à tester deux « zones pilotes » où le désarmement du Hezbollah, le redéploiement de l’armée libanaise et le retrait israélien seraient expérimentés en parallèle.

Côté libanais, le ton est plus ferme. Le président Joseph Aoun a demandé à sa délégation d’exiger « un début immédiat » du retrait israélien de ces deux zones avant d’entrer dans le détail des autres dispositions.

Sur le terrain, rien n’a bougé. L’armée israélienne maintient une « zone tampon » d’environ 10 km à l’intérieur du territoire libanais, sur toute la longueur de la frontière. Accès interdit aux civils comme aux militaires libanais. Villages vidés, destructions contrôlées, démantèlement de tunnels : Tsahal justifie cette emprise par la nécessité de protéger le nord d’Israël d’éventuelles incursions du Hezbollah.

Le Hezbollah, de son côté, rejette l’accord et toute perspective de désarmement. Soutenu par Téhéran, il conditionne la fin des hostilités à une pression iranienne directe sur Washington. Or l’Iran lui-même, après avoir exigé la fin du conflit libanais dans le cadre de l’accord intérimaire conclu le mois dernier avec les États-Unis d’Amérique, voit ce compromis fragilisé par la reprise des tensions dans le Golfe.

La diplomatie Étatsunienne de tente donc d’avancer sur deux fronts à la fois. Selon un responsable étatsunien, la première zone pilote pourrait voir le jour « dans quelques jours ». Le CENTCOM coordonne avec Beyrouth et Jérusalem. Une délégation militaire Étatsunienne s’est d’ailleurs rendue au Liban ce week-end pour arrêter les détails techniques avec l’armée libanaise.

Depuis la reprise des affrontements le 2 mars, dans le sillage d’un conflit régional élargi, le coût humain s’alourdit. Plus de 4 000 Libanais tués et plus d’un million de déplacés, selon le ministère libanais de la Santé. Le décompte ne distingue pas civils et combattants ; le Hezbollah ne communique pas sur ses pertes. Du côté israélien, au moins 32 soldats et 4 civils ont été tués, la plupart dans le Sud-Liban.

Ces chiffres rappellent que la discussion de Rome ne porte pas seulement sur des cartes et des calendriers. Elle engage la possibilité pour des populations de revenir chez elles, et pour un État de reprendre le contrôle de son Sud.

Et maintenant ?

L’accord de Washington reste une coquille : les principes y sont, les mécanismes manquent. Les deux jours romains doivent donc servir à traduire l’intention politique en séquences vérifiables : où, quand, comment se retire Israël, comment l’armée libanaise prend la relève, comment le désarmement est constaté.

Israël lie explicitement son retrait au désarmement du Hezbollah. Le Liban exige un geste préalable pour enclencher la confiance. Entre les deux, les États-Unis d’Amérique jouent les garants techniques.

Dans un pays où les équilibres sont fragiles et la souveraineté contestée, chaque concession se paie cher. La réussite de ces « zones pilotes » dira si l’accord peut tenir. Leur échec le condamnerait avant même d’avoir commencé.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Guinée-Bissau : l’arrestation de Domingos Simões Pereira teste la crédibilité de la transition

Le verrou judiciaire s’est refermé sur Domingos Simões Pereira. Placé en détention provisoire depuis le 10 juillet dans un commissariat de Bissau, l’ancien Premier ministre et président du PAIGC est accusé d’avoir participé à deux projets de coup d’État, en 2023 et en 2025. Dans un pays habitué aux ruptures institutionnelles, cette décision place la justice militaire au cœur du débat politique, à moins de deux mois du référendum constitutionnel voulu par les autorités de transition.

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Une accusation lourde, un contexte plus lourd encore

Le tribunal militaire reproche à Domingos Simões Pereira d’avoir financé et logé des protagonistes d’un projet de renversement des institutions. D’après le dossier communiqué par les autorités, 300 millions de francs CFA auraient été mobilisés. L’intéressé conteste.

Depuis son transfert au deuxième commissariat de la Police de l’ordre public, ses proches disent ne plus avoir de nouvelles. Sa fille, Denise Pereira, a alerté sur l’état de l’établissement, régulièrement pointé pour ses conditions de détention. Les avocats dénoncent de leur côté une procédure irrégulière : un civil jugé par un tribunal militaire, et un mandat parlementaire qu’ils estiment toujours valable faute de nouvelle Assemblée depuis la dissolution de décembre 2023.

Cette arrestation intervient après une série de ruptures. En décembre 2023, le président Umaro Sissoco Embaló dissout l’Assemblée nationale à la suite d’affrontements impliquant la Garde nationale. En novembre 2025, le processus électoral est interrompu. Le 26 novembre, un Haut Commandement militaire prend les rênes du pays. Le PAIGC, principal parti d’opposition et héritier du mouvement de l’indépendance, avait déjà été écarté des scrutins organisés avant ce basculement.

La justice, arme politique ou instrument de stabilisation ?

Au-delà du cas personnel, c’est le sens de la transition qui est interrogé. Les autorités militaires ont fixé un calendrier : référendum constitutionnel le 30 août, élections générales le 6 décembre. Le texte soumis au vote doit renforcer les prérogatives du futur président. Pour Bissau, il s’agit de sortir d’un cycle où les interventions des forces armées ont trop souvent court-circuité le jeu démocratique.

Mais l’opposition fait valoir un autre principe : aucune réforme ne tiendra si elle est conduite sans l’ensemble des forces politiques. L’incarcération de Domingos Simões Pereira, figure historique du PAIGC et ancien chef de gouvernement, donne du poids à cet argument. Elle alimente le soupçon d’une transition à géométrie variable, où la compétition politique serait verrouillée avant même l’ouverture des bureaux de vote.

La réaction de la Communauté des pays de langue portugaise ne trompe pas. La CPLP a demandé la libération de l’opposant et rappelé l’exigence d’un État de droit. Plusieurs partis lusophones lient explicitement la sortie de crise à la capacité du pouvoir à rouvrir l’espace politique. Du côté du Haut Commandement, on répond que la justice suit son cours et que le calendrier sera tenu.

Une transition sous haute surveillance

La Guinée-Bissau n’en est pas à son premier sursaut institutionnel. Depuis l’indépendance, mutineries, dissolutions et coups d’État ont empêché toute consolidation durable. C’est ce passé qui rend chaque décision judiciaire si politique.

En plaçant Domingos Simões Pereira en détention provisoire, les autorités envoient un double signal. Vers l’intérieur : la tolérance pour les contestations sera faible. Vers l’extérieur : le pays entend reprendre la main sur son agenda. Reste à savoir si ces deux logiques sont conciliables.

Les semaines à venir seront décisives. Le référendum d’août doit donner une nouvelle architecture institutionnelle. Les élections de décembre doivent lui donner une légitimité. Entre les deux, le sort de l’opposant risque de devenir un baromètre. Si le procès s’ouvre, s’il est renvoyé, s’il est élargi, chaque scénario dira quelque chose de la nature réelle de cette transition.

Pour l’heure, Bissau joue gros. La crédibilité du processus ne se mesurera pas seulement à la tenue des dates, mais à la capacité du pouvoir à accepter que ses adversaires puissent y participer sans entrave. C’est à cette aune que la communauté internationale, et d’abord les voisins ouest-africains, jugeront la sincérité de la promesse de retour à l’ordre constitutionnel.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Ukraine : le remaniement de Zelensky marque-t-il un changement de stratégie politique ?

Le pouvoir ukrainien se réorganise alors que la guerre contre la Russie entre dans une phase où la résistance militaire ne suffit plus. Volodymyr Zelensky a annoncé un remaniement de son gouvernement avec le départ de la Première ministre Ioulia Svyrydenko. Derrière ce changement à la tête de l’exécutif, Kiev cherche à répondre à de nouvelles urgences : tenir face aux offensives russes, sécuriser l’économie et préparer l’avenir d’un pays profondément marqué par le conflit.

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Depuis le début de l’invasion russe en février 2022, l’Ukraine a adapté à plusieurs reprises son organisation politique et militaire. Le départ de Ioulia Svyrydenko intervient cette fois à un moment particulier : les combats se poursuivent, les besoins financiers restent élevés et les alliés occidentaux attendent de Kiev une gestion efficace des ressources mobilisées. Pour Volodymyr Zelensky, l’objectif affiché est de disposer d’une équipe capable de gérer une guerre qui s’inscrit désormais dans la durée.

Le 13 juillet, Volodymyr Zelensky a annoncé une réorganisation de son gouvernement. La Première ministre Ioulia Svyrydenko doit quitter ses fonctions après environ un an passé à la tête du cabinet ukrainien.

Son parcours explique l’importance de son rôle dans l’exécutif. Avant d’occuper la fonction de Première ministre, elle était ministre de l’Économie et Première vice-Première ministre. Elle avait notamment participé aux discussions avec les partenaires internationaux sur le soutien financier à l’Ukraine et aux dossiers liés à la reconstruction du pays.

Son départ ne signifie pas pour autant son retrait de la scène politique. Le président ukrainien souhaite lui confier une nouvelle responsabilité tournée vers les relations extérieures, alors que Kiev cherche à maintenir un soutien international indispensable à son effort de guerre.

Pour expliquer cette réorganisation, Volodymyr Zelensky a insisté sur la nécessité d’accorder davantage de poids aux priorités stratégiques du pays. Parmi elles figurent la préparation de la prochaine période hivernale, la protection des infrastructures énergétiques, le renforcement de la production nationale et une meilleure organisation de l’aide étrangère.

L’enjeu énergétique occupe une place centrale. Depuis plusieurs mois, les frappes russes visent régulièrement les installations ukrainiennes. À l’approche de l’hiver, la protection du réseau électrique devient une priorité pour éviter une nouvelle crise humanitaire liée aux coupures de chauffage et d’électricité.

L’économie constitue un autre défi majeur. La guerre a profondément bouleversé l’activité du pays. Une partie des infrastructures industrielles a été détruite, plusieurs régions restent touchées par les combats et les dépenses militaires représentent une charge considérable pour les finances publiques.

Le gouvernement ukrainien doit donc poursuivre deux objectifs difficiles à concilier : financer la défense tout en maintenant les services essentiels et en préparant la reconstruction.

Le remaniement de Volodymyr Zelensky intervient dans une période où la nature du conflit a évolué. En 2022, l’urgence était de stopper l’avancée russe et d’obtenir rapidement un soutien militaire international. Aujourd’hui, Kiev doit gérer un conflit long, avec des conséquences économiques, sociales et diplomatiques qui dépassent le champ de bataille.

Le changement de gouvernement semble répondre à cette nouvelle réalité. Le président ukrainien veut une équipe capable de gérer non seulement les opérations liées à la guerre, mais aussi les questions économiques et diplomatiques qui accompagnent un conflit prolongé.

La question du soutien occidental est également au cœur de cette réorganisation. L’Ukraine dépend fortement de l’aide financière et militaire de ses partenaires européens et des États Unis d’Amérique. La gestion de ces ressources est devenue un sujet majeur pour les alliés de Kiev, qui demandent régulièrement des garanties sur leur utilisation et sur la poursuite des réformes.

Ce remaniement intervient aussi alors que les perspectives diplomatiques restent incertaines. Les discussions visant à trouver une issue au conflit n’ont pas permis d’obtenir un accord durable entre Kiev et Moscou. L’Ukraine doit donc continuer à fonctionner dans une situation où aucune fin rapide de la guerre ne se dessine.

Mais cette concentration des efforts autour de la présidence ukrainienne nourrit aussi des débats internes. Depuis l’instauration de la loi martiale, le pouvoir exécutif a pris une place centrale dans la conduite du pays. Les partisans de cette organisation estiment qu’elle permet de prendre des décisions plus rapidement en période de guerre. Ses critiques mettent en garde contre un affaiblissement possible des contre-pouvoirs.

Cette question accompagnera nécessairement l’après-guerre : comment rétablir un équilibre institutionnel normal après plusieurs années de fonctionnement sous pression militaire ?

Un changement de cap ou une adaptation nécessaire ?

Il serait prématuré d’y voir une rupture complète avec la politique menée depuis 2022. Volodymyr Zelensky ne change pas de ligne sur la défense du territoire ukrainien ni sur la recherche d’un soutien international.

En revanche, la composition du futur gouvernement donnera des indications importantes sur les priorités des prochains mois. Les profils choisis permettront de savoir si Kiev veut renforcer davantage le volet économique, diplomatique ou industriel de sa stratégie.

Ce remaniement rappelle surtout une réalité : l’Ukraine ne mène plus uniquement une guerre de positions sur le front. Elle doit aussi faire fonctionner un État soumis à une pression exceptionnelle.

Les prochains mois seront décisifs pour mesurer l’efficacité de cette nouvelle organisation. La capacité du gouvernement ukrainien à protéger ses infrastructures, stabiliser son économie et conserver le soutien de ses partenaires pèsera directement sur la suite du conflit.

Au-delà du changement de ministres, c’est la capacité de l’État ukrainien à durer dans une guerre longue qui sera observée.

Avec ce remaniement, Volodymyr Zelensky tente d’adapter son gouvernement aux exigences d’une guerre qui ne se limite plus aux combats sur le terrain. La défense reste la priorité, mais elle doit désormais s’accompagner d’une gestion économique solide, d’une diplomatie active et d’une préparation à la reconstruction.

Reste à voir si cette nouvelle équipe permettra à Kiev de franchir cette nouvelle étape sans fragiliser l’équilibre institutionnel du pays.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Cuba : cinq ans après les manifestations historiques, l’île demeure l’un des derniers fronts de la rivalité entre Havane et les grandes puissances

Le 11 juillet 2021, des milliers de Cubains descendaient dans les rues de La Havane, Santiago, Matanzas et d’autres villes pour dénoncer les pénuries, les coupures d’électricité, l’inflation et l’absence de perspectives. Cinq ans plus tard, les causes profondes de cette colère n’ont pas disparu. Pourtant, au-delà de la crise intérieure, Cuba continue d’occuper une place singulière sur l’échiquier mondial. Cette île de onze millions d’habitants demeure un point de convergence des intérêts des grandes puissances, où s’entremêlent sécurité, influence et rivalités diplomatiques.

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Les manifestations du 11 juillet ont marqué une rupture dans l’histoire contemporaine de Cuba. Jamais depuis la révolution de 1959 le pouvoir n’avait été confronté à une contestation d’une telle ampleur. La réponse des autorités a été rapide : arrestations massives, procès, lourdes condamnations et surveillance renforcée des voix dissidentes. Les organisations de défense des droits humains continuent de dénoncer des restrictions aux libertés publiques, tandis que le gouvernement cubain affirme agir pour préserver la stabilité du pays face à des tentatives de déstabilisation soutenues de l’extérieur.

Sur le plan économique, la situation reste particulièrement difficile. Les coupures d’électricité rythment encore le quotidien, les pénuries de produits de première nécessité persistent et l’émigration atteint des niveaux inédits. Le gouvernement attribue une large part de ces difficultés à l’embargo imposé depuis plusieurs décennies par les États unis d’Amérique et aux sanctions renforcées ces dernières années. Ses détracteurs estiment, eux, que les blocages tiennent également aux limites du modèle économique cubain et au retard des réformes.

Cette fragilité intérieure n’a toutefois pas réduit l’importance stratégique de Cuba. À moins de 150 kilomètres des côtes de la Floride, l’île conserve une valeur géopolitique considérable. Pour Washington, elle demeure un voisin dont l’évolution politique et sécuritaire reste un sujet de vigilance. Les relations bilatérales continuent d’osciller entre sanctions, pressions diplomatiques et dialogue limité, sans qu’un véritable rapprochement ne se dessine.

Dans le même temps, la Russie a renforcé ses contacts avec La Havane. Les échanges politiques se sont intensifiés depuis le début de la guerre en Ukraine et Moscou voit dans Cuba un partenaire capable de rappeler que son influence peut aussi s’exercer aux portes des États unis d’Amérique. La Chine, de son côté, poursuit une stratégie plus discrète, fondée sur les investissements, les télécommunications, les infrastructures et la coopération technologique. Pékin ne cherche pas à reproduire le modèle soviétique, mais à consolider sa présence dans une région traditionnellement considérée comme une zone d’influence états-unienne.

L’Union européenne, quant à elle, tente de préserver un dialogue avec les autorités cubaines tout en exprimant régulièrement ses préoccupations concernant les libertés fondamentales. Plusieurs gouvernements latino-américains adoptent également des positions nuancées, partagés entre la défense du principe de non-ingérence et les inquiétudes suscitées par la situation économique et sociale de l’île.

Cinq ans après le 11 juillet 2021, Cuba demeure ainsi confrontée à un paradoxe. Les difficultés qui avaient provoqué les manifestations restent largement présentes, tandis que le pouvoir continue de miser sur un contrôle politique étroit pour préserver sa stabilité. Dans le même temps, la position géographique de l’île et son poids symbolique dans l’histoire des relations internationales lui confèrent une importance qui dépasse largement ses frontières.

Le destin de Cuba ne dépend donc pas uniquement de ses choix internes. Il s’inscrit aussi dans un contexte mondial où les rivalités entre les grandes puissances redessinent les équilibres stratégiques. Tant que cette compétition perdurera, l’île continuera d’occuper une place particulière dans les calculs diplomatiques, bien au-delà de son territoire et de sa population.

Celine Dou, pour la Boussole-infos