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    Droit du sol et du sang : que dit l’Histoire de France sur l’attribution de la nationalité française ?

    La question de l’attribution de la nationalité française, notamment à travers le droit du sol – qui n’existe, intégralement ou partiellement, que dans 32 pays à travers le monde -, est régulièrement débattue, tout particulièrement en cette période électorale

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  • Liban : en abolissant la peine de mort, Beyrouth retire à l’État le droit de tuer au moment où le Moyen-Orient multiplie les exécutions

    Liban : en abolissant la peine de mort, Beyrouth retire à l’État le droit de tuer au moment où le Moyen-Orient multiplie les exécutions

    Pendant vingt-deux ans, le Liban n’a plus exécuté personne tout en continuant à condamner des hommes à mort. Le vote du 11 août met fin à cette contradiction. Mais cette victoire des abolitionnistes raconte aussi autre chose : les difficultés d’une justice qui peine encore à juger dans des délais raisonnables, tandis que le Parlement vient, dans le même mouvement, d’adopter une amnistie générale très politique.

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  • Russie : Putin libère un ancien Marine états-unien détenu depuis 2022, un geste adressé à Trump

    Russie : Putin libère un ancien Marine états-unien détenu depuis 2022, un geste adressé à Trump

    Pendant plus de quatre ans, Robert Gilman n’était qu’un nom de plus sur la liste des citoyens états-uniens enfermés en Russie. Puis son état de santé s’est effondré. Lorsqu’il a finalement quitté le pays, le 11 août, ce n’est pas à la faveur d’un échange de prisonniers, comme cela s’était produit tant de fois entre Moscou et Washington. Putin l’avait gracié. Sans contrepartie annoncée. Après avoir parlé avec Donald Trump.

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    Dans les relations entre la Russie et les États-Unis d’Amérique, les prisonniers ont souvent une valeur diplomatique. On les échange, on les négocie, on les garde parfois pendant des années avant de les remettre contre un ressortissant russe détenu à l’Ouest. Robert Gilman est rentré chez lui sans que Moscou réclame officiellement quoi que ce soit en retour. Cette singularité donne à sa libération une portée qui dépasse largement son cas personnel : elle dit quelque chose du canal direct que Trump et Putin ont choisi de maintenir, malgré la guerre en Ukraine et les tensions entre leurs deux pays.

    Cette fois, il n’y a pas eu de marché

    La Russie et les États-Unis d’Amérique connaissent bien la diplomatie des prisonniers. Ces dernières années, plusieurs ressortissants détenus de part et d’autre ont retrouvé la liberté après des négociations longues et souvent secrètes.

    Robert Gilman n’a pas suivi ce chemin.

    Aucun prisonnier russe n’a été remis à Washington. Aucune concession états-unienne n’a été annoncée. Les autorités des États-Unis d’Amérique parlent d’une libération pour raisons humanitaires et d’un « geste de bonne volonté ». Trump, lui, affirme que la décision a été prise après ses discussions avec Putin.

    C’est ce détail qui distingue l’affaire Gilman des précédents dossiers.

    Dans une relation où chaque geste est habituellement pesé, Moscou a accepté de rendre un détenu sans exiger publiquement de contrepartie.

    Quatre ans derrière les barreaux

    Robert Gilman avait été arrêté en janvier 2022 à Voronej. Ancien Marine âgé de 32 ans, il était alors en Russie lorsqu’un incident avec la police avait conduit à son arrestation. Les autorités russes l’ont accusé d’avoir agressé un policier alors qu’il était ivre.

    Il a été condamné à quatre ans et demi de prison.

    Puis les années de détention ont ajouté d’autres accusations. Des violences contre des membres du personnel pénitentiaire lui ont valu de nouvelles condamnations. Sa peine a fini par atteindre dix ans.

    Sa famille conteste depuis longtemps la version russe des faits. Elle affirme que Gilman était malade au moment de son arrestation et que les accusations portées contre lui ne rendaient pas compte de ce qui s’était réellement passé. Les autorités états-uniennes ont, elles aussi, fini par le considérer comme injustement détenu.

    Le prisonnier que l’on craignait de perdre

    Au printemps, le dossier a pris une tournure dramatique.

    La santé de Gilman s’est rapidement dégradée. Ses proches ont parlé d’un homme devenu presque incapable de bouger ou de communiquer. Il a été transféré dans un établissement psychiatrique après avoir passé plusieurs semaines dans un état décrit comme proche de la catatonie.

    Sa famille craignait qu’il ne meure en Russie. Des organisations qui défendaient son dossier ont alerté les autorités états-uniennes sur l’urgence médicale.

    C’est à ce moment que Washington a intensifié ses démarches auprès de Moscou.

    Quelques semaines plus tard, Gilman était dans un avion à destination des États-Unis d’Amérique.

    Trump met en scène la diplomatie personnelle

    Donald Trump n’a pas laissé l’événement passer inaperçu.

    Sur son réseau Truth Social, il a expliqué avoir parlé avec Putin et obtenu la libération de Gilman. Il a ensuite raconté avoir échangé quelques mots avec l’ancien Marine pendant son voyage de retour.

    L’image a été soigneusement construite : un détenu amaigri, entouré de responsables états-uniens, puis la promesse d’un repas à son arrivée.

    Trump aime les résultats visibles. Un citoyen qui rentre chez lui après quatre ans de prison en Russie en offre un, immédiatement compréhensible.

    Mais derrière cette mise en scène se trouve une méthode diplomatique qu’il revendique depuis longtemps : privilégier les relations personnelles avec les dirigeants étrangers et chercher, par ce canal, à débloquer des dossiers que les administrations et les négociations classiques n’ont pas réussi à résoudre.

    Ce que Moscou y gagne

    Il serait naïf de considérer la décision russe comme un simple acte de compassion.

    La situation médicale de Gilman rendait évidemment sa libération plus facile à justifier. Sa mort en détention aurait créé une affaire embarrassante pour Moscou.

    Mais la décision intervient aussi alors que Putin continue de parler directement avec Trump, malgré les désaccords profonds entre les deux pays, notamment sur l’Ukraine.

    Libérer Gilman sans échange permet au Kremlin de montrer qu’un dialogue reste possible avec la Maison-Blanche, sans rien céder sur les dossiers stratégiques.

    Moscou ne modifie pas sa position sur la guerre. Elle ne retire aucune exigence. Elle accorde une grâce individuelle.

    C’est un geste limité, mais lisible.

    Une liberté qui ne change pas le rapport de force

    La libération de Robert Gilman ne marque pas un rapprochement entre la Russie et les États-Unis d’Amérique.

    Les tensions restent considérables. D’autres citoyens états-uniens sont toujours détenus en Russie. Marco Rubio a d’ailleurs demandé la libération de Stephen Hubbard et d’autres prisonniers que Washington considère comme injustement incarcérés.

    Mais l’affaire Gilman montre qu’au milieu des grandes crises, les relations entre Moscou et Washington ne sont pas entièrement figées.

    Il existe encore des dossiers sur lesquels les deux capitales peuvent parler. Et parfois, obtenir un résultat.

    Robert Gilman a retrouvé sa famille parce que sa santé ne permettait plus d’attendre. Mais sa libération restera aussi comme un épisode diplomatique singulier : dans une relation où les prisonniers servent presque toujours de monnaie d’échange, Putin a choisi d’en rendre un sans réclamer publiquement son équivalent.

    Pour Trump, c’est la preuve qu’un dialogue personnel avec le Kremlin peut produire des résultats.

    Pour Moscou, c’est une manière de rappeler qu’elle peut faire un geste envers Washington sans rien abandonner de l’essentiel.

    Celine Dou, pour la Boussole-Infos

  • Cuba : à 95 ans, Raúl Castro réapparaît à La Havane pour les 100 ans de Fidel, au moment où la révolution est confrontée à sa plus grave crise

    Cuba : à 95 ans, Raúl Castro réapparaît à La Havane pour les 100 ans de Fidel, au moment où la révolution est confrontée à sa plus grave crise

    À 95 ans, Raúl Castro a fait une rare apparition publique jeudi 13 août au théâtre Karl Marx de La Havane, lors de la cérémonie organisée pour le centenaire de la naissance de son frère Fidel. Accueilli par une longue ovation, l’ancien président cubain est venu honorer celui avec lequel il a construit la révolution de 1959. Mais l’image prend une autre dimension lorsque l’on regarde ce qui se passe autour d’elle : Cuba manque de carburant, d’électricité et de produits essentiels, tandis que le pouvoir entreprend les réformes économiques les plus importantes depuis des décennies.

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    Fidel Castro aurait eu 100 ans. Il est mort en 2016 après avoir dirigé Cuba pendant près d’un demi-siècle. Son frère Raúl, qui lui a succédé à la présidence, a depuis quitté les fonctions qui lui donnaient un pouvoir officiel. Sa présence au gala du 13 août rappelle pourtant que la révolution cubaine n’est pas seulement une page d’histoire : elle reste le socle politique sur lequel le régime actuel cherche à tenir. Le paradoxe est que, pour préserver ce système, ses héritiers sont désormais contraints d’en modifier une partie du fonctionnement économique.

    Le dernier témoin de la révolution

    Fidel Castro, né le 13 août 1926, est l’homme qui a renversé le régime de Fulgencio Batista en 1959 et dirigé Cuba pendant plusieurs décennies. Il a fait de l’île un État communiste à parti unique et l’un des principaux adversaires des États-Unis d’Amérique pendant la guerre froide. Son pouvoir s’est accompagné de politiques sociales qui ont profondément transformé l’éducation et la santé cubaines, mais aussi d’un système politique qui a supprimé le pluralisme et réprimé l’opposition.

    Raúl était à ses côtés dès le début. Commandant militaire de la révolution, ministre de la Défense pendant près d’un demi-siècle, il a finalement succédé à son frère à la présidence en 2008. Il a quitté la direction du Parti communiste en 2021, mettant fin à six décennies de direction par les deux frères Castro.

    Son entrée dans le théâtre Karl Marx, vêtu de son uniforme vert olive, avait donc une portée qui dépassait largement le cadre familial. À ses côtés se trouvait Dalia Soto del Valle, la veuve de Fidel. À la fin du spectacle, Raúl s’est levé et a invité le public à applaudir.

    Cette scène appartient à une époque qui disparaît. Fidel est mort depuis dix ans. Raúl a 95 ans. La génération qui a pris le pouvoir en 1959 n’est plus aux commandes. Pourtant, le pouvoir actuel continue de chercher dans cette génération une partie de sa légitimité.

    Célébrer Fidel pour parler du présent

    La Havane a consacré plusieurs jours au centenaire. Expositions, concerts, conférences et colloques ont réuni des participants cubains et étrangers. Quelque 1 500 personnes venues de plus de 60 pays ont participé aux différentes activités organisées autour de l’anniversaire.

    Le président Miguel Díaz-Canel continue, lui aussi, de présenter Fidel comme une référence politique pour le pays. La commémoration ne sert donc pas uniquement à rappeler le passé. Elle permet au pouvoir actuel d’affirmer une continuité : Fidel est mort, mais la révolution qu’il a dirigée demeure la référence du régime.

    C’est précisément là que la présence de Raúl devient intéressante. Il est l’un des rares hommes encore capables d’incarner physiquement cette continuité. Son visage rappelle que le pouvoir actuel descend directement de ceux qui ont fait la révolution.

    Mais cette continuité se heurte à une réalité que les cérémonies ne peuvent effacer.

    Une révolution obligée de changer son économie

    Cuba traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. Les pénuries de carburant ont paralysé une partie des transports et des activités économiques. Les coupures d’électricité peuvent durer plus de vingt heures dans certaines zones. L’approvisionnement en eau et en produits essentiels est également perturbé.

    La pression exercée par les États-Unis d’Amérique aggrave ces difficultés. Mais elle n’explique pas tout. L’économie cubaine souffre depuis longtemps d’une faible production, d’infrastructures vieillissantes, d’un manque de devises et d’une forte dépendance aux importations.

    La réponse de La Havane est particulièrement significative. En juin, l’Assemblée nationale a approuvé 176 mesures de transformation économique et sociale. Elles accordent davantage de place au secteur privé, facilitent certaines formes d’investissement étranger et modifient plusieurs règles qui encadraient strictement l’activité économique.

    Le changement est considérable pour un pays dont Fidel Castro avait placé l’économie sous un contrôle étatique étroit. Il ne s’agit toutefois pas, pour le gouvernement cubain, d’abandonner le socialisme. Les autorités parlent d’adapter le modèle, pas de le renier.

    C’est toute la difficulté de la période actuelle : le pouvoir veut sauver le système politique sans conserver intact le modèle économique qui l’a accompagné pendant des décennies.

    Raúl Castro, témoin d’un passage de relais

    La réapparition de Raúl intervient donc à un moment particulier. Celui qui a longtemps été le numéro deux de Fidel appartient désormais au passé, mais le système politique qu’ils ont construit doit répondre à des problèmes auxquels les anciennes recettes ne suffisent plus.

    Même le secteur énergétique donne une image saisissante de cette évolution. Ces derniers mois, des entreprises privées cubaines ont pu bénéficier d’exportations de carburant en provenance des États-Unis d’Amérique, alors que l’embargo reste largement en vigueur. Cette ouverture a créé un marché parallèle où le carburant se revend à des prix que la majorité des Cubains ne peut pas payer.

    La contradiction est difficile à ignorer. Le pays célèbre Fidel Castro, l’homme qui avait fait de l’indépendance économique vis-à-vis de Washington un principe politique, tandis que certaines entreprises cubaines cherchent aujourd’hui des solutions auprès de fournisseurs états-uniens.

    La révolution n’est donc plus dans la situation de 1959, ni même dans celle de l’époque de Fidel. Elle doit désormais composer avec un monde économique qu’elle avait longtemps tenu à distance.

    Une image avant le changement de génération

    Il serait pourtant prématuré d’interpréter ces réformes comme la fin du castrisme. Le Parti communiste conserve le pouvoir et les autorités ne parlent ni de pluralisme politique ni d’abandon du socialisme.

    Mais quelque chose a changé.

    Fidel pouvait encore incarner personnellement la révolution. Raúl pouvait ensuite en assurer la continuité. Díaz-Canel, lui, appartient à une génération qui n’a pas fait la révolution et qui doit désormais convaincre les Cubains que son système peut encore répondre à leurs besoins.

    C’est peut-être pour cette raison que l’apparition de Raúl, le 13 août, a autant compté. Pendant quelques instants, dans un théâtre de La Havane, le passé et le présent du régime se sont retrouvés dans la même salle.

    Raúl Castro, dernier grand témoin de la révolution au pouvoir, était là pour célébrer les 100 ans de Fidel. Dehors, Cuba affrontait ses pénuries et ses longues coupures d’électricité. Entre ces deux réalités se joue désormais l’avenir de l’héritage castriste : non plus savoir si la révolution peut survivre à Fidel, mais si elle peut encore survivre à ceux qui l’ont faite.

    Celine Dou, pour la Boussole-infos

  • Japon-Russie : après la première visite de Vladimir Putin à Iturup, les États-Unis d’Amérique reconnaissent la souveraineté japonaise sur les quatre îles disputées

    Japon-Russie : après la première visite de Vladimir Putin à Iturup, les États-Unis d’Amérique reconnaissent la souveraineté japonaise sur les quatre îles disputées

    Jeudi 13 août, Vladimir Putin s’est rendu à Iturup, l’une des quatre îles des Kouriles méridionales que la Russie contrôle et que le Japon revendique. Le lendemain, George Glass, ambassadeur des États-Unis d’Amérique à Tokyo, a déclaré que son pays reconnaissait la souveraineté du Japon sur les « Territoires du Nord », le nom utilisé par les autorités japonaises pour désigner ces quatre îles. Entre Moscou et Tokyo, les protestations ont immédiatement suivi.

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    La visite de Vladimir Putin à Iturup est une première pour un président russe. Tokyo y voit une provocation et a convoqué l’ambassadeur russe. Moscou affirme de son côté que sa souveraineté sur les quatre îles ne peut être contestée. La déclaration de George Glass, rendue publique le 14 août, ajoute les États-Unis d’Amérique à une dispute territoriale vieille de plusieurs décennies.

    Vladimir Putin est arrivé à Iturup jeudi 13 août. Il a visité une usine de transformation de produits de la mer, un hôpital et une école. Pour le président russe, le déplacement est aussi une manière d’affirmer la présence de la Russie sur une terre que le Japon considère comme sienne.

    Les quatre îles concernées sont Iturup, Kunashir, Shikotan et les îlots Habomai. Elles sont administrées par la Russie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tokyo les appelle les « Territoires du Nord » et demande leur restitution. La question empêche toujours la Russie et le Japon de signer un traité de paix définitif depuis 1945.

    La réaction japonaise n’a pas tardé. La Première ministre Sanae Takaichi a qualifié la visite de « absolument inacceptable ». Le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a convoqué l’ambassadeur russe à Tokyo pour lui transmettre une protestation officielle.

    Moscou a rejeté cette protestation. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a jugé les critiques japonaises infondées et réaffirmé que la Russie exerçait sa souveraineté et sa juridiction sur ces îles. Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité, a lui aussi assuré que les territoires resteraient russes.

    Vendredi 14 août, George Glass a pris position à son tour. L’ambassadeur des États-Unis d’Amérique au Japon a écrit sur X que son pays maintenait son soutien au Japon, « son plus important allié », et reconnaissait la souveraineté japonaise sur les « Territoires du Nord ». Il a aussi déclaré que les deux pays s’opposaient à toute action susceptible de menacer la paix et la stabilité dans l’Indo-Pacifique.

    Il ne s’agit pas d’une nouvelle revendication territoriale étatsunienne. Les États-Unis d’Amérique avaient déjà exprimé leur position sur ces îles. La déclaration de George Glass intervient toutefois quelques heures après la protestation japonaise contre la visite de Vladimir Putin. Elle donne donc un écho supplémentaire au différend.

    La Russie et le Japon se disputent ces quatre îles depuis 1945. L’Union soviétique en avait pris le contrôle dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Le Japon affirme qu’elles lui appartiennent et continue d’en réclamer la restitution. La Russie refuse cette demande et considère les îles comme une partie de son territoire.

    Cette querelle a empêché les deux pays de conclure un traité de paix après la guerre. Des négociations ont pourtant connu des périodes de rapprochement, notamment sous Shinzo Abe. L’ancien Premier ministre japonais avait développé une relation personnelle avec Vladimir Putin et tenté de trouver un compromis sur les îles.

    La guerre en Ukraine a changé les rapports entre les deux pays. Tokyo a adopté des sanctions contre Moscou et renforcé son alliance militaire avec les États-Unis d’Amérique. La Russie a, de son côté, suspendu les négociations sur le traité de paix et renforcé sa présence militaire dans les Kouriles.

    Iturup occupe une position stratégique. L’île se trouve au nord-est de Hokkaido et contrôle un passage entre la mer d’Okhotsk et le Pacifique. La Russie y maintient des installations militaires et des moyens de défense côtière. Pour le Japon, la présence militaire russe dans les quatre îles est devenue un sujet de sécurité, au même titre que l’évolution militaire de la Chine et les programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.

    La visite de Vladimir Putin donne aussi à la dispute une forte portée symbolique. Il s’est rendu à Iturup quelques jours avant les cérémonies japonaises marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tokyo y voit un geste hostile. Moscou assume, au contraire, l’administration russe de l’île et refuse de considérer la question comme ouverte.

    La réaction de George Glass montre surtout que Tokyo peut compter sur son principal allié dans ce différend. Les États-Unis d’Amérique reconnaissent la souveraineté japonaise sur les quatre îles, tandis que la Russie affirme qu’elles sont russes. Entre les deux positions, aucune solution diplomatique n’a encore été trouvée.

    Le différend des Kouriles n’a donc pas changé de nature en quelques jours. Mais la visite de Vladimir Putin à Iturup, suivie le lendemain de la déclaration publique de l’ambassadeur des États-Unis d’Amérique, rappelle que cette vieille querelle territoriale reste un sujet sensible pour les trois puissances.

    Celine Dou, pour la Boussole-Infos

  • Éthiopie : au Tigré, des frappes de drones attribuées à l’armée fédérale font craindre une nouvelle guerre

    Éthiopie : au Tigré, des frappes de drones attribuées à l’armée fédérale font craindre une nouvelle guerre

    Trois ans après la fin de la guerre qui a ravagé le nord de l’Éthiopie, des combats ont repris début août et une frappe de drone a été signalée dans le sud du Tigré. Le Front de libération du peuple du Tigré accuse l’armée fédérale d’avoir franchi un nouveau seuil. Addis-Abeba n’a pas confirmé la frappe. Mais, sur le terrain, les signes d’une nouvelle confrontation militaire se multiplient.

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    Le 10 août, une frappe de drone a visé Merewa, dans le sud du Tigré, près de la frontière avec l’Amhara, selon les autorités tigréennes. Quatre combattants ont été blessés, d’après une source médicale citée par l’AFP. Quelques jours plus tôt, des combats avaient déjà opposé les forces fédérales et des combattants tigréens près de la frontière soudanaise. La succession de ces incidents inquiète d’autant plus que les deux camps ont recommencé à renforcer leurs moyens militaires après plusieurs mois de tensions politiques.

    La scène est devenue familière dans cette région qui espérait ne plus revoir la guerre : des positions militaires face à face, des tirs, des combattants déplacés et, désormais, des drones dans le ciel.

    Le 10 août, les autorités tigréennes ont accusé le gouvernement fédéral d’avoir mené une frappe de drone à Merewa, dans le sud du Tigré. Amanuel Assefa, numéro deux du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), a affirmé que l’attaque avait visé des troupes tigréennes et fait des victimes. Une source médicale de l’hôpital d’Alamata a fait état de quatre combattants blessés, dont une femme et trois hommes. L’un d’eux aurait déjà subi une intervention chirurgicale. L’armée fédérale n’avait pas répondu aux sollicitations de l’AFP. L’affirmation selon laquelle un lycée aurait également été touché n’a pas pu être vérifiée indépendamment.

    Cette frappe est survenue neuf jours après des combats dans l’ouest du Tigré. Le 1er août, des forces fédérales et des combattants tigréens se sont affrontés autour de Shererina, près de Sheraro et de la frontière avec le Soudan. Des tirs d’artillerie et des drones ont été signalés. Des centaines de personnes, dont des combattants blessés, ont ensuite franchi la frontière soudanaise. Les combats ont finalement cessé, mais l’épisode a constitué l’un des incidents les plus graves depuis l’accord de Pretoria de novembre 2022.

    Pour les habitants du Tigré, le souvenir de la précédente guerre reste pourtant très présent. Entre 2020 et 2022, le conflit entre le gouvernement d’Abiy Ahmed et le TPLF avait dévasté la région. L’accord signé à Pretoria, en Afrique du Sud, en novembre 2022, avait permis de faire taire les armes et prévu notamment le désarmement des combattants tigréens. L’Union africaine avait joué un rôle central dans sa négociation et continue de défendre sa mise en œuvre.

    Mais les dispositions de l’accord n’ont jamais réglé les principales querelles entre les deux camps. La question des territoires de l’ouest du Tigré, le retour des personnes déplacées, le désarmement et le partage du pouvoir régional restent particulièrement sensibles. À cela s’est ajoutée une rupture politique entre le TPLF et le pouvoir fédéral.

    Depuis le printemps, le TPLF a entrepris de reconstruire ses forces. Human Rights Watch affirme que les autorités tigréennes ont procédé depuis avril à des recrutements forcés de civils, parmi lesquels des mineurs âgés d’à peine 15 ans. L’organisation dit avoir documenté six cas à partir de 18 entretiens réalisés en juin. Le TPLF conteste ces accusations et affirme que les personnes mobilisées défendent volontairement la région.

    Début juin, le mouvement avait également adopté une proclamation imposant le service militaire et prévoyant de lourdes sanctions contre certaines personnes qui chercheraient à s’y soustraire. Pour Human Rights Watch, ce texte donne aux autorités tigréennes des pouvoirs excessifs et menace les libertés civiles.

    Addis-Abeba présente les choses autrement. Le gouvernement fédéral accuse depuis plusieurs mois le TPLF de reconstituer ses capacités militaires et de rechercher des alliances avec des forces hostiles au pouvoir central. Des responsables éthiopiens ont notamment dénoncé les liens entre le TPLF, certaines factions Fano de la région Amhara et l’Érythrée. Le conseiller du Premier ministre pour les affaires d’Afrique de l’Est, Getachew Reda, a récemment accusé le TPLF d’avoir choisi une voie qui pourrait conduire à une nouvelle confrontation.

    Washington a lui aussi durci le ton. En juin, le département d’État des États-Unis d’Amérique a annoncé des restrictions de visa visant des membres considérés comme des éléments durs du TPLF et leurs proches, en les accusant de compromettre la paix dans le nord de l’Éthiopie.

    Le problème dépasse désormais les frontières du Tigré. Les affrontements du début août se sont déroulés à proximité du Soudan, où des combattants et des civils ont trouvé refuge. Plus au nord, l’Érythrée entretient des relations de plus en plus tendues avec Addis-Abeba. La multiplication des acteurs armés dans cette partie de la Corne de l’Afrique donne donc à chaque affrontement local une portée qui peut dépasser largement les limites du Tigré.

    Les Nations unies avaient déjà tiré la sonnette d’alarme en janvier. Le secrétaire général Antonio Guterres s’était dit profondément préoccupé par la dégradation de la situation sécuritaire dans le Tigré et par le risque d’un retour à un conflit plus large. Il avait appelé toutes les parties à la retenue et demandé l’application complète de l’accord de cessation des hostilités.

    Aujourd’hui, la question n’est pas encore de savoir si une nouvelle guerre a officiellement commencé. Rien ne permet de l’affirmer. Mais les événements des deux premières semaines d’août montrent que la frontière entre la crise politique et l’affrontement armé est redevenue très mince.

    La frappe de Merewa est, à ce titre, un signal sérieux. Elle intervient après des combats près du Soudan, alors que le TPLF reconstitue ses forces et que le gouvernement fédéral accuse le mouvement de préparer une nouvelle confrontation. Pour une population qui a déjà payé le prix d’une guerre dévastatrice, la perspective d’un retour des armes est lourde de conséquences.

    Le Tigré n’a pas encore replongé dans la guerre de 2020. Mais les armes ont recommencé à parler. Et cette fois, elles résonnent dans une région où la paix n’avait jamais complètement réglé les différends qui avaient conduit au conflit.

    Celine Dou, pour la Boussole-infos

  • Cisjordanie : de Taybeh à Qusra, quand l’armée israélienne doit contenir les colons qui veulent imposer leur retour par la force

    Cisjordanie : de Taybeh à Qusra, quand l’armée israélienne doit contenir les colons qui veulent imposer leur retour par la force

    À Taybeh, l’armée israélienne a fermé un village chrétien pour le protéger des attaques de colons. À Qusra, elle a envoyé des soldats dans des maisons palestiniennes encerclées par des colons. Et à Washington, Mike Huckabee, ambassadeur des États Unis d’Amérique en Israël et pourtant partisan déclaré de la colonisation, a parlé d’un « acte de terreur ». Deux villages, deux situations différentes, mais une même question : que se passe-t-il lorsque la revendication d’un retour sur une terre historiquement juive se transforme en violence contre ceux qui y vivent aujourd’hui ?

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    La réponse apportée ces derniers jours par l’État d’Israël est sans ambiguïté sur un point : les violences de certains colons ne constituent pas une politique que l’armée est chargée de laisser faire. À Taybeh, les militaires ont fermé le village pour empêcher de nouvelles attaques. À Qusra, ils ont démantelé des avant-postes et pris position autour des maisons assiégées. Cette réalité n’efface ni l’histoire des communautés juives chassées de plusieurs parties de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est en 1948, ni les controverses actuelles sur les implantations. Elle permet toutefois de distinguer une revendication historique, même radicale, de la décision de la faire respecter par la force.

    À Taybeh, un village chrétien placé sous protection militaire

    Taybeh n’est pas un village comme les autres.

    Situé à l’est de Ramallah, il est considéré comme le dernier village entièrement chrétien de Cisjordanie. Environ 1 150 habitants y vivent encore. Depuis plusieurs mois, la population est confrontée à des attaques attribuées à des colons.

    Le 23 juillet, l’armée israélienne a pris une mesure pour le moins singulière : elle a déclaré Taybeh zone militaire fermée afin d’empêcher de nouvelles incursions et de protéger ses habitants.

    La protection a toutefois un goût amer. Les habitants doivent désormais composer avec les restrictions d’accès qui accompagnent le dispositif militaire, notamment pour rejoindre leurs terres agricoles.

    Le père Bachar Fawadleh, curé de la paroisse latine, affirme que la situation demeure préoccupante. Le 10 août, des habitants bédouins auraient encore été agressés à proximité de l’entrée orientale du village, pourtant comprise dans la zone placée sous contrôle militaire.

    Le prêtre redoute surtout que l’insécurité accélère un mouvement déjà engagé : le départ des familles.

    Nadim Khoury, entrepreneur originaire de Taybeh, affirme que quinze familles ont quitté le village depuis octobre. Lui refuse de partir. Sa famille, explique-t-il, y est installée depuis environ six siècles.

    Derrière ces chiffres se trouve une inquiétude qui dépasse largement la question sécuritaire : si les familles partent, qui restera pour faire vivre le village ?

    À Qusra, des maisons encerclées

    À quelques dizaines de kilomètres de là, le scénario est différent.

    Dans le village de Qusra, au sud de Naplouse, des colons ont encerclé trois maisons palestiniennes. Des tentes ont été installées à proximité, les accès ont été bloqués et, selon les familles, l’eau et l’électricité ont été coupées.

    Les occupants se sont retrouvés pratiquement prisonniers de leurs propres maisons.

    L’une d’elles appartient à la famille d’un Palestinien possédant également la nationalité des États Unis d’Amérique. C’est notamment ce qui a donné à l’affaire une dimension diplomatique particulière.

    Mike Huckabee a alors rompu avec la prudence habituelle du langage diplomatique.

    L’ambassadeur a qualifié les agissements des colons d’« acte de terreur », dénonçant un « comportement de voyous ». Il a également confirmé que Washington avait demandé aux autorités israéliennes d’intervenir.

    Le choix des mots est d’autant plus frappant que Mike Huckabee est loin d’être un adversaire des implantations israéliennes. Il en est au contraire l’un des soutiens les plus connus au sein de l’administration des États Unis d’Amérique.

    Sa condamnation ne porte donc pas sur l’existence même des implantations. Elle porte sur la manière dont certains de leurs habitants cherchent à imposer leur volonté.

    L’armée israélienne intervient contre ceux qui prétendent défendre les terres juives

    C’est ici que l’affaire devient particulièrement révélatrice.

    L’armée israélienne a envoyé des renforts à Qusra. Elle a démantelé deux avant-postes et procédé à une arrestation. Jeudi, des soldats ont pris position dans les maisons encerclées.

    Mais l’intervention n’a pas été parfaitement linéaire.

    Certaines familles affirment avoir reçu l’ordre de quitter temporairement leur maison. L’armée a ensuite expliqué qu’il ne s’agissait pas de les expulser et qu’elle cherchait à assurer leur sécurité. Des images montrant par ailleurs des soldats en compagnie de colons ont suscité de nouvelles critiques et entraîné des mesures disciplinaires.

    Cette contradiction mérite d’être regardée en face.

    L’armée israélienne intervient contre des colons violents, mais son comportement sur le terrain n’est pas à l’abri des critiques.

    Il serait donc faux de transformer chaque soldat en complice des violences. Il serait tout aussi faux de présenter chaque intervention militaire comme une protection parfaitement exécutée.

    La réalité est plus inconfortable : l’État israélien doit parfois contenir des citoyens israéliens qui estiment que leur droit à cette terre leur permet d’aller plus loin que ce que la loi autorise.

    Pourquoi certains colons parlent-ils de « retour » ?

    Pour comprendre cette conviction, il faut revenir beaucoup plus loin que 1967.

    La présence juive dans cette partie de la région ne commence pas avec les implantations israéliennes apparues après la guerre des Six Jours.

    Jérusalem comptait une importante population juive avant 1948. Les archives du ministère israélien de la Défense indiquent qu’à la veille de la guerre, la ville comptait environ 100 000 Juifs pour 65 000 Arabes. Plusieurs quartiers juifs étaient toutefois isolés au milieu de zones arabes. Le quartier juif de la Vieille Ville constituait l’un de ces espaces.

    Il existait également des communautés juives à Hébron et dans le Goush Etzion, au sud de Jérusalem.

    La guerre de 1948 a bouleversé cette présence.

    Lorsque la Légion arabe jordanienne prit le contrôle de la Vieille Ville de Jérusalem, les habitants juifs du quartier furent évacués. Des documents diplomatiques américains de l’époque évoquent environ 2 000 femmes, enfants, personnes âgées et religieux évacués, tandis que des hommes furent faits prisonniers.

    Dans le Goush Etzion, la chute des implantations juives fut particulièrement sanglante. Kfar Etzion tomba le 13 mai 1948. Des dizaines de ses défenseurs furent massacrés après la reddition, tandis que les survivants des autres implantations furent capturés et leurs villages détruits ou abandonnés.

    Après la guerre, la Cisjordanie et Jérusalem-Est passèrent sous contrôle jordanien. La Jordanie annexa officiellement la Cisjordanie en 1950.

    Les communautés juives qui y subsistaient avaient pratiquement disparu.

    C’est dans cette histoire que certains habitants des implantations actuelles inscrivent leur propre revendication. Pour eux, 1967 ne représente pas le début d’une présence juive dans ces territoires, mais la possibilité d’y revenir après près de deux décennies d’absence forcée.

    Cette mémoire n’est donc pas inventée.

    Mais elle ne suffit pas à régler la question contemporaine.

    Une terre peut avoir plusieurs mémoires

    C’est là que le débat devient particulièrement difficile.

    Pour un Israélien dont les ancêtres vivaient à Hébron, à Jérusalem-Est ou dans le Goush Etzion avant 1948, l’histoire peut être vécue comme celle d’une expulsion suivie d’un retour.

    Pour une famille palestinienne installée depuis plusieurs générations dans le même secteur, l’histoire est évidemment racontée autrement.

    Ces deux mémoires existent.

    La difficulté commence lorsque l’une prétend supprimer l’autre.

    Le droit de revendiquer une terre ne donne pas le droit de terroriser son voisin. Le souvenir d’une expulsion ne transforme pas automatiquement une propriété ancienne en titre de propriété actuel. Et l’existence d’une population palestinienne depuis plusieurs générations ne fait pas disparaître l’histoire juive de ces territoires.

    C’est précisément parce que l’histoire est réelle des deux côtés que la violence ne peut pas devenir son arbitre.

    Le cas de Taybeh montre où mène cette logique

    Taybeh apporte un autre élément essentiel.

    Les habitants du village ne sont pas seulement des Palestiniens vivant dans une zone disputée. Ils appartiennent à une communauté chrétienne ancienne, dont l’existence même est aujourd’hui fragilisée par les départs.

    Lorsque l’armée ferme le village pour le protéger des colons, un paradoxe apparaît : une communauté chrétienne palestinienne doit être protégée par les forces israéliennes contre des Israéliens qui prétendent, eux aussi, défendre leur droit à vivre sur cette terre.

    Ce paradoxe devrait empêcher toute lecture trop simple.

    Il est possible de considérer que les Juifs ont des liens historiques profonds avec cette terre sans considérer que tous les moyens employés par certains colons pour s’y maintenir sont légitimes.

    Il est possible de reconnaître l’histoire des expulsions juives de 1948 sans nier les droits et la sécurité des habitants palestiniens actuels.

    Et il est possible de condamner les violences de certains colons sans transformer chaque Israélien vivant dans une implantation en auteur ou complice de ces violences.

    Le précédent de Qusra dépasse le seul village

    Qusra n’est pas un cas isolé.

    Au cours des derniers mois, les violences commises par certains colons ont touché plusieurs villages et communautés rurales. Dans la vallée du Jourdain, par exemple, des familles bédouines ont quitté leurs habitations après des actes d’intimidation et des intrusions répétées attribués à des colons installés dans des avant-postes voisins. À Ras Ein el-Auja, plus de vingt familles ont ainsi quitté leur village au cours d’une période récente.

    À Taybeh, des terres agricoles ont été incendiées en juin. Des habitants et des pompiers palestiniens ont affirmé que des colons avaient entravé les opérations visant à maîtriser le feu.

    Ces exemples donnent une autre dimension au dossier.

    Lorsqu’un groupe s’installe sur une terre avec l’ambition d’y rétablir une présence historique, il peut considérer les habitants voisins comme des obstacles à cette entreprise. Mais dès lors que l’intimidation, les destructions, le siège de maisons ou les agressions deviennent les instruments employés pour y parvenir, la revendication change de nature.

    Elle ne se limite plus à une revendication territoriale.

    Elle devient une question d’ordre public.

    Une ligne rouge que Washington vient de nommer

    C’est précisément ce qui explique la portée de la déclaration de Mike Huckabee.

    Un ambassadeur américain connu pour son soutien aux implantations vient de qualifier les auteurs du siège de Qusra de « terroristes ». L’administration des États Unis d’Amérique a parallèlement demandé à Israël d’assurer la sécurité des familles prises au piège.

    Ce n’est pas un détail.

    Depuis plusieurs années, les violences de certains colons alimentent une critique internationale croissante. Mais la question est devenue plus embarrassante encore pour Israël lorsque ses propres forces doivent intervenir pour protéger des Palestiniens contre des citoyens israéliens.

    À Qusra, l’armée a été appelée pour faire ce qu’une armée est censée faire : empêcher qu’un groupe impose sa volonté par la force.

    À Taybeh, elle est allée plus loin encore en fermant tout un village afin de prévenir les attaques.

    Cela ne signifie pas que le conflit territorial est réglé. Cela ne signifie pas non plus que toutes les critiques adressées à l’armée sont infondées. Les événements de Qusra montrent justement que les forces israéliennes peuvent à la fois intervenir contre des colons et être elles-mêmes accusées de comportements contestables.

    Mais une chose apparaît clairement : les violences commises par certains colons ne peuvent pas être automatiquement présentées comme l’expression de la volonté de l’État d’Israël.

    Le retour ne peut pas être confondu avec la conquête par la force

    Il existe une différence fondamentale entre dire : « cette terre appartenait à ma famille et je veux y revenir » et dire : « parce que cette terre appartenait à mes ancêtres, je peux en chasser ceux qui y vivent aujourd’hui ».

    La première affirmation relève de l’histoire, de la mémoire, parfois d’un droit de propriété qu’il faut établir au cas par cas.

    La seconde relève de la force.

    Et c’est précisément cette frontière que les événements de Taybeh et de Qusra viennent rappeler.

    Les Juifs expulsés de Jérusalem-Est, d’Hébron ou du Goush Etzion en 1948 n’ont pas disparu de l’histoire parce qu’ils ont été contraints de partir. Leur mémoire, leurs propriétés et leur attachement à ces lieux restent des réalités.

    Mais la mémoire d’une expulsion ne peut pas devenir une permission permanente d’expulser à son tour.

    C’est aussi pourquoi la réaction de l’armée israélienne mérite d’être regardée dans toute sa complexité. Elle ne consiste pas simplement à « protéger les colons ». Dans ces deux affaires récentes, elle est précisément appelée à contenir certains d’entre eux.

    À Taybeh, elle protège un village chrétien.

    À Qusra, elle intervient dans des maisons encerclées.

    Et à Washington, même un ambassadeur favorable aux implantations estime qu’une limite a été franchie.

    La véritable question n’est donc plus de savoir qui peut revendiquer cette terre au nom de l’histoire. Elle est de savoir si cette histoire peut servir à justifier la violence contre ceux qui y vivent aujourd’hui.

    C’est à cette frontière que se joue désormais une partie du destin de la Cisjordanie.

    Celine Dou, pour la Boussole-Infos

  • Venezuela : un chef indigène enlevé près de la frontière colombienne retrouvé mort, les groupes armés gagnent du terrain dans les zones minières

    Venezuela : un chef indigène enlevé près de la frontière colombienne retrouvé mort, les groupes armés gagnent du terrain dans les zones minières

    Julio Rodríguez, chef de la communauté Jivi Ekunay, dans l’État de Bolívar, a été retrouvé mort après huit jours de disparition. Selon l’ONG vénézuélienne Provea, il avait été enlevé le 2 août par des hommes armés présentés comme des membres présumés de dissidences des Farc.

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    Le meurtre de Julio Rodríguez met une nouvelle fois en cause l’emprise de groupes armés sur certaines communautés indigènes du sud du Venezuela. Dans le territoire ancestral Mapoyo, où vivent notamment des populations Jivi, la pression est aussi liée à l’exploitation minière illégale. Les communautés dénoncent une présence armée qui réduit leur capacité à contrôler leurs propres territoires.

    Huit jours entre le rapt et la mort

    Julio Rodríguez avait été emmené de force dans la nuit du 2 août, dans la communauté Jivi Ekunay, à Los Pijiguaos, dans l’État de Bolívar. Sa disparition avait été signalée par les autorités indigènes locales.

    Deux jours après son enlèvement, des responsables et de jeunes membres de la communauté partis à sa recherche ont été pris dans une embuscade dans le secteur de Vincler. Selon Provea, des drones ont survolé le groupe et largué des engins explosifs. Un homme âgé, Alirio Rodríguez, a été grièvement blessé.

    Le 11 août, Provea a confirmé la mort de Julio Rodríguez, qui était porté disparu depuis huit jours. L’organisation a demandé une enquête et des sanctions contre les responsables, ainsi que des mesures pour protéger les populations et les territoires indigènes.

    Les circonstances exactes de sa mort restent à établir. La responsabilité des dissidences des Farc repose, à ce stade, sur les accusations des autorités et organisations indigènes relayées par Provea.

    Dans les territoires miniers, les groupes armés imposent leur présence

    L’affaire dépasse le sort d’un seul chef communautaire. Los Pijiguaos se trouve dans une région riche en ressources minières, notamment en or, en coltán et en terres rares. L’exploitation clandestine y attire des groupes armés qui cherchent à contrôler les sites, les routes et les circuits de commercialisation.

    Provea et d’autres organisations de défense des droits humains dénoncent depuis plusieurs années la présence de groupes armés colombiens dans certaines zones minières vénézuéliennes. Le phénomène concerne notamment l’ELN et des dissidences des Farc. Des enquêtes ont également documenté les liens entre exploitation minière, groupes criminels et acteurs des forces de sécurité dans le sud du pays.

    Le territoire ancestral Mapoyo se trouve précisément au milieu de cette pression. Les communautés y font face à l’exploitation illégale de plusieurs minerais et à la présence d’hommes armés. La disparition puis l’assassinat de Julio Rodríguez montrent jusqu’où cette situation peut aller : un responsable indigène peut être enlevé au sein même de sa communauté, tandis que ceux qui partent à sa recherche sont eux-mêmes attaqués.

    Un problème qui dépasse la frontière

    La présence de guérilleros colombiens au Venezuela n’est pas nouvelle. Des groupes comme l’ELN ont développé des implantations dans plusieurs secteurs du pays, particulièrement dans les zones frontalières et les régions riches en ressources. Leur présence s’appuie notamment sur les revenus tirés des activités minières et d’autres trafics.

    La frontière entre la Colombie et le Venezuela constitue ainsi un espace où se croisent plusieurs enjeux : circulation des groupes armés, exploitation clandestine des minerais, contrôle des territoires et faiblesse de la protection des populations isolées.

    Pour les peuples indigènes, le problème est aussi territorial. Le territoire Mapoyo est officiellement délimité, mais la reconnaissance juridique ne suffit pas à garantir son contrôle lorsque des groupes armés peuvent y imposer leurs propres règles.

    La mort de Julio Rodríguez rappelle brutalement cette contradiction : un territoire peut être reconnu par l’État et rester, dans les faits, soumis à d’autres rapports de force.

    Celine Dou, pour la Boussole-infos

  • Niger : l’Algérie offre quatre hélicoptères militaires à Niamey et renforce son alliance militaire avec son voisin

    Niger : l’Algérie offre quatre hélicoptères militaires à Niamey et renforce son alliance militaire avec son voisin

    Deux Mi-24V et deux Mi-171 ont quitté le sud de l’Algérie le 9 août pour rejoindre Niamey. Alger a également fourni des pièces de rechange et du matériel de maintenance. Pour l’armée nigérienne, ce don apporte quatre appareils supplémentaires, destinés à des missions de combat, de transport et de soutien.

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    Le Niger reçoit quatre hélicoptères militaires offerts par l’Algérie. Le ministère algérien de la Défense nationale a annoncé le 9 août que deux Mi-24V et deux Mi-171 avaient été acheminés vers Niamey depuis In Guezzam, dans l’extrême sud du pays. Des équipements et accessoires militaires ont accompagné les appareils, tandis qu’une partie du matériel a été transportée séparément par un avion des Forces aériennes algériennes. Le don a été effectué sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, dans le cadre du renforcement de la coopération entre Alger et Niamey.

    Deux Mi-24V pour le combat, deux Mi-171 pour le transport

    Les quatre hélicoptères n’ont pas le même emploi.

    Le Mi-24V est un appareil d’attaque conçu pour appuyer les forces terrestres. Armé, protégé et capable d’emporter des troupes dans certaines configurations, il a été développé pour accompagner les unités engagées au sol.

    Le Mi-171 appartient à une autre catégorie. Dérivé de la famille Mi-8/Mi-17, il est principalement utilisé pour transporter des soldats, du matériel et du ravitaillement. Il peut également remplir différentes missions de soutien.

    Pour Niamey, le choix de ces deux modèles apporte donc deux capacités complémentaires. Les Mi-24V peuvent renforcer l’appui aérien des unités au sol. Les Mi-171 peuvent faciliter le déplacement des militaires et du matériel sur un territoire où les distances compliquent les opérations terrestres.

    Le don ne s’arrête pas aux quatre appareils. Alger a fourni des équipements et accessoires militaires ainsi que du matériel destiné à leur exploitation. Une partie des fournitures a été acheminée par un avion de transport militaire algérien.

    Le ministère algérien de la Défense nationale précise que l’opération a été réalisée sur instruction de Abdelmadjid Tebboune. Les appareils ont quitté In Guezzam, à proximité de la frontière nigérienne, avant leur arrivée à Niamey.

    Un renfort pour une armée engagée sur plusieurs fronts

    Les nouveaux appareils arrivent dans un pays confronté depuis plusieurs années à des attaques de groupes armés. Dans le nord-ouest, l’ouest et le sud-est du Niger, les forces gouvernementales doivent couvrir de vastes zones et répondre rapidement aux mouvements des groupes djihadistes.

    La capacité aérienne joue dans ce contexte un rôle particulier. Elle permet de surveiller des zones difficiles d’accès, de transporter des soldats et du matériel, mais aussi d’apporter un appui aux unités terrestres.

    Les moyens aériens nigériens ont eux-mêmes été pris pour cible. Le 18 juin, des assaillants ont attaqué l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey. Onze militaires nigériens et deux civils ont été tués, selon l’Associated Press. L’attaque a également visé les installations militaires présentes sur le site. En janvier, une autre attaque avait déjà touché l’aéroport et avait été revendiquée par l’État islamique au Sahel.

    Ces événements montrent les risques auxquels sont exposées les infrastructures et les moyens aériens du Niger. Ils ne permettent toutefois pas d’affirmer que la livraison algérienne a été décidée en réaction à ces attaques. Alger présente officiellement le don comme une mesure destinée à renforcer la coopération avec Niamey.

    Alger transforme ses engagements en aide concrète

    La livraison des hélicoptères prend davantage de relief lorsqu’elle est replacée dans l’évolution récente des relations entre les deux pays.

    Depuis plusieurs mois, Alger et Niamey cherchent à accélérer la mise en œuvre de leurs accords bilatéraux. La coopération touche la défense et la sécurité, mais aussi l’énergie, les transports, les infrastructures et les échanges économiques.

    Le 12 juillet, Abdelmadjid Tebboune a chargé son ministre d’État et ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, de superviser une commission consacrée au suivi des projets de coopération avec le Niger et le Tchad. La présidence algérienne voulait ainsi accélérer la réalisation des engagements pris avec les deux pays.

    Quelques semaines plus tard, l’Algérie fournit quatre hélicoptères aux forces nigériennes.

    Le rapprochement ne reste donc pas au niveau des déclarations. Alger apporte désormais des moyens militaires directement utilisables par l’armée de son voisin.

    Pourquoi l’Algérie mise sur le Niger

    L’Algérie et le Niger partagent une frontière saharienne de près de 950 kilomètres. Les deux pays ont donc un intérêt commun à surveiller cette vaste zone et à limiter la progression des groupes armés qui évoluent dans l’espace sahélien.

    Pour Alger, le Niger occupe aussi une position particulière dans une région dont les équilibres ont profondément changé depuis 2023. Le retrait progressif des forces occidentales du Sahel, la création de l’Alliance des États du Sahel par le Mali, le Burkina Faso et le Niger et la recherche de nouveaux partenaires militaires ont modifié les rapports entre les capitales de la région.

    L’Algérie n’appartient pas à l’Alliance des États du Sahel. Elle conserve toutefois une frontière directe avec le Niger et entend maintenir un dialogue étroit avec les autorités de Niamey.

    Le don de quatre hélicoptères donne un contenu militaire à cette proximité.

    Pour le Niger, l’intérêt est également concret. Le pays peut compter sur un voisin disposant d’une industrie et d’une expérience militaire importantes, notamment dans l’utilisation d’appareils de conception russe. Les Mi-24 et Mi-171 font depuis longtemps partie de l’environnement aérien algérien. Le choix de ces modèles peut faciliter leur intégration au sein des forces nigériennes, même si leur disponibilité dépendra ensuite de la maintenance, des pièces et de la formation des équipages.

    Quatre hélicoptères ne changent pas à eux seuls la guerre au Sahel

    Il faut garder la mesure de ce que représente le don.

    Quatre appareils constituent un renfort, mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, modifier le rapport de forces entre l’armée nigérienne et les groupes armés. Leur utilité dépendra de la capacité de Niamey à les maintenir en état de vol, à disposer d’équipages formés et à les intégrer efficacement dans ses opérations.

    Le matériel de maintenance fourni par Alger mérite donc autant d’attention que les hélicoptères eux-mêmes. Sans pièces de rechange et sans soutien technique, une flotte militaire peut rapidement perdre une partie de sa valeur opérationnelle.

    Le choix de fournir à la fois des appareils d’attaque et des appareils de transport est aussi révélateur des besoins auxquels Niamey doit répondre. La guerre contre les groupes armés ne se limite pas aux combats. Elle exige de déplacer des hommes, d’acheminer du ravitaillement, d’évacuer des blessés et de soutenir des unités éloignées des grands centres urbains.

    Un rapprochement désormais visible

    Avec ces quatre hélicoptères, la coopération militaire entre l’Algérie et le Niger prend une forme très concrète.

    Alger fournit du matériel à l’armée nigérienne au moment où les deux pays cherchent à accélérer leurs projets communs. Niamey obtient des moyens supplémentaires pour ses forces aériennes. Pour l’Algérie, le geste permet de consolider sa relation avec un voisin stratégique sans déployer directement ses propres forces au Niger.

    La portée du don dépasse donc la valeur de quatre appareils. Il montre surtout que le rapprochement entre Alger et Niamey ne repose plus seulement sur des rencontres diplomatiques et des accords. Il commence à se traduire par des moyens militaires livrés sur le terrain.

    Dans un Sahel où les alliances se recomposent, l’Algérie choisit ainsi de renforcer sa relation avec le Niger par une coopération dont les effets sont désormais visibles.

    Celine Dou, pour la Boussole-infos

  • Nouvelle-Zélande : Ikea porte son domaine forestier à 43 000 hectares, au cœur d’un conflit sur les terres agricoles

    Nouvelle-Zélande : Ikea porte son domaine forestier à 43 000 hectares, au cœur d’un conflit sur les terres agricoles

    En Nouvelle-Zélande, le groupe suédois Ikea est devenu en quelques années un important propriétaire forestier. Son bras d’investissement, Ingka Investments, détient désormais environ 43 000 hectares de terres forestières dans le pays. Près de 24 000 hectares étaient auparavant des terres agricoles. Une expansion qui nourrit depuis plusieurs années les inquiétudes du monde rural sur la disparition des exploitations, l’emploi et l’avenir des territoires concernés.

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    L’affaire avait été révélée en 2024 par une enquête de Disclose, qui faisait état de plus de 23 000 hectares acquis depuis 2021. Depuis, le portefeuille d’Ingka s’est encore agrandi. L’entreprise affirme investir avant tout dans la production de bois et non dans la seule compensation carbone. Mais son implantation intervient dans un pays où la conversion des pâturages en plantations de pins est devenue un sujet politique majeur. Depuis octobre 2025, les autorités néo-zélandaises ont d’ailleurs renforcé les restrictions visant la transformation de terres agricoles productives en forêts exotiques.

    De 23 000 à 43 000 hectares

    Le chiffre de 23 100 hectares, largement repris depuis l’enquête de Disclose publiée en février 2024, ne décrit plus la situation actuelle.

    À cette date, Ingka avait acheté en Nouvelle-Zélande plus de 23 000 hectares de prairies et de terres agricoles depuis 2021. Dans la seule région de Gisborne, au nord-est du pays, son portefeuille atteignait environ 6 000 hectares. L’enquête avait notamment documenté les projets de transformation de propriétés agricoles à Huiarua et Matanui en plantations de pins radiata.

    Deux ans plus tard, l’échelle n’est plus la même. Ingka indique aujourd’hui posséder 43 000 hectares de terres forestières en Nouvelle-Zélande. L’entreprise y a planté près de 6,9 millions de plants au cours de son exercice 2025 et affirme que 22 % de sa superficie forestière est intégrée à des dispositifs de conservation, notamment au titre de zones à haute valeur écologique. Elle dit également employer directement ou indirectement environ 800 personnes dans le pays.

    Selon les données communiquées en juillet 2026, environ 23 838 hectares de terres agricoles ont été convertis en forêt depuis le début de l’opération, tandis que 17 175 hectares étaient déjà boisés au moment de leur acquisition. Environ 31 500 hectares du portefeuille sont aujourd’hui consacrés à la production forestière, le reste étant notamment constitué de zones de conservation, de végétation indigène et d’infrastructures forestières.

    Le changement est donc considérable : Ikea n’est plus seulement un investisseur étranger ayant acheté quelques exploitations. Ingka est désormais devenu un acteur important du secteur forestier néo-zélandais.

    À Gisborne, l’inquiétude avait pris un visage concret

    C’est dans la région de Gisborne que l’enquête de Disclose avait donné une dimension humaine à cette expansion.

    À Huiarua, une importante exploitation avait été vendue à Ingka pour environ 88 millions de dollars néo-zélandais, soit près du double du prix moyen alors observé pour les terres agricoles traditionnelles dans le pays, selon l’enquête.

    Pour les exploitants voisins, le problème n’était pas seulement celui d’une transaction foncière.

    La disparition d’une ferme signifie aussi celle des activités qui gravitent autour d’elle : bergers, conducteurs d’engins, salariés agricoles, entretien des pâturages et services locaux. Kerry Worsnop, une éleveuse voisine de Huiarua, expliquait à Disclose qu’une école de bergers et plusieurs emplois dépendaient de cette activité agricole. Elle craignait de voir progressivement disparaître une communauté rurale entière.

    C’est cette dimension qui rend le dossier plus sensible qu’une simple opération immobilière. Une terre agricole n’est pas seulement une valeur inscrite dans un registre foncier. Dans certaines régions, elle constitue aussi le support d’un tissu économique et social.

    Ikea répond : il s’agit d’abord de produire du bois

    Ingka conteste toutefois l’idée selon laquelle son implantation néo-zélandaise serait principalement destinée à fabriquer une image « verte » ou à accumuler des crédits carbone.

    Le groupe affirme aujourd’hui que son objectif premier est la production de bois. Il achète des forêts existantes mais également des terres anciennement déboisées ou utilisées pour l’élevage, sur lesquelles il développe des plantations.

    La société explique privilégier des terrains moins adaptés aux cultures et à l’horticulture et affirme ne pas planter sur les terres agricoles les plus productives. Elle indique également conserver des zones de végétation indigène et aménager des bandes de protection autour des cours d’eau.

    Cette mise au point est importante. L’enquête de Disclose de 2024 présentait les plantations néo-zélandaises notamment comme un moyen pour Ikea de développer ses réserves de carbone. Depuis, Ingka insiste davantage sur la vocation industrielle de son portefeuille.

    Le groupe affirme que les arbres sont destinés à être récoltés, transformés et vendus. Une partie du bois produit en Nouvelle-Zélande est destinée au marché intérieur, tandis qu’environ 60 % est exportée, notamment vers la Chine, l’Inde et la Corée du Sud.

    Le débat ne disparaît pas pour autant.

    Le pin plutôt que la ferme

    Le choix du modèle forestier reste au centre des critiques.

    Le pin radiata, essence dominante des plantations néo-zélandaises, pousse rapidement et possède une forte valeur commerciale. Pour un investisseur institutionnel, il offre donc un actif susceptible de produire du bois sur plusieurs décennies.

    Mais remplacer une exploitation d’élevage par une plantation signifie aussi modifier durablement l’usage du territoire.

    C’est précisément ce que dénoncent des organisations agricoles. Le débat porte moins sur l’existence de la forêt que sur la vitesse et l’ampleur des conversions.

    Les organisations représentant les éleveurs estiment que plus de 300 000 hectares de terres consacrées à l’élevage ovin et bovin ont été convertis en forêts depuis 2017. Elles redoutent que la disparition de ces exploitations entraîne mécaniquement une diminution du nombre d’animaux, mais aussi des emplois, du transport, de l’activité des abattoirs et des services dont dépendent les petites villes rurales.

    Ingka affirme, de son côté, que son activité crée elle aussi des emplois. L’entreprise indique employer environ 250 personnes de manière permanente et mobiliser jusqu’à 800 travailleurs pendant les périodes de plantation.

    Les deux visions ne s’excluent d’ailleurs pas totalement : une plantation peut créer de l’activité tout en faisant disparaître une partie de l’économie agricole qui existait auparavant. C’est précisément ce qui rend la transformation difficile à mesurer uniquement en hectares ou en emplois.

    La Nouvelle-Zélande a fini par intervenir

    L’ampleur prise par les conversions agricoles a contraint le gouvernement néo-zélandais à revoir les règles.

    Depuis le 31 octobre 2025, les nouvelles plantations de forêts exotiques sur certaines terres agricoles productives ne peuvent plus être enregistrées librement dans le système national d’échange de quotas d’émission. Les terres classées dans les catégories 1 à 6 de l’échelle néo-zélandaise de capacité d’utilisation sont concernées, avec plusieurs exceptions et des mécanismes transitoires.

    Cette réforme ne signifie pas que toute conversion d’une ferme en forêt est désormais interdite. Elle vise surtout à empêcher que des terres agricoles productives soient massivement converties en plantations exotiques pour bénéficier du régime climatique.

    Le changement est révélateur : Wellington considère désormais que la lutte contre le changement climatique ne peut pas être pensée indépendamment de la sécurité alimentaire et de l’organisation des territoires ruraux.

    Et les populations māories ?

    À cette question agricole s’ajoute une autre dimension, liée aux populations māories et à leur rapport à la terre.

    L’enquête de Disclose avait recueilli le témoignage de membres de la communauté Ngāti Porou, dans la région de Gisborne. Renee Raroa dénonçait ce qu’elle décrivait comme une nouvelle forme de dépossession des territoires à travers les décisions prises par de grandes entreprises sur les terres de la région. Elle avait parlé d’une « forme de colonisation » des forêts.

    Ingka affirme aujourd’hui chercher à travailler avec les iwi et les hapū, les tribus et sous-groupes māoris, notamment dans des programmes de plantation d’espèces indigènes et de restauration des écosystèmes. L’entreprise cite des collaborations avec Hokonui Rūnanga et Ngāti Awa et reconnaît explicitement le statut des Māori comme tangata whenua, le peuple autochtone de Nouvelle-Zélande.

    Il existe donc un contraste entre deux réalités : celle d’une entreprise qui présente ses investissements comme une gestion forestière à long terme et celle de communautés qui s’interrogent sur la concentration du foncier et la transformation de paysages auxquels elles sont historiquement liées.

    Le carbone ne peut pas tout justifier

    C’est peut-être là que le dossier Ikea dépasse le seul cas néo-zélandais.

    Planter des arbres permet de stocker du carbone. Mais une plantation commerciale n’est pas nécessairement l’équivalent d’un écosystème naturel. Elle répond à un objectif de production, avec des essences choisies, une période de croissance et, à terme, une récolte.

    La question devient alors celle de la place accordée à la compensation dans les politiques climatiques des grandes entreprises.

    Ikea a annoncé depuis plusieurs années vouloir réduire son empreinte climatique. Ingka affirme aujourd’hui que ses plantations néo-zélandaises sont avant tout destinées au bois et qu’aucun arbre n’a été planté uniquement pour générer des crédits carbone. L’entreprise n’exclut toutefois pas de recourir à l’avenir à une forme de compensation.

    La nuance compte. Il serait donc excessif de présenter aujourd’hui l’ensemble du portefeuille néo-zélandais d’Ingka comme une immense réserve destinée à compenser les émissions d’Ikea.

    Mais il serait tout aussi réducteur d’ignorer la dimension climatique qui a contribué à rendre les plantations forestières financièrement attractives en Nouvelle-Zélande.

    Une puissance foncière qui change de nature

    Le plus intéressant dans cette affaire n’est finalement pas le seul chiffre de 23 000 hectares révélé en 2024. C’est ce qu’il est devenu.

    En un peu moins de cinq ans, Ingka est passé de l’achat de premières propriétés agricoles à la constitution d’un portefeuille forestier d’environ 43 000 hectares. L’entreprise indique désormais vouloir poursuivre son développement en Nouvelle-Zélande et évoque un objectif pouvant atteindre 100 000 hectares à terme.

    Dans le même temps, le gouvernement a commencé à fermer certaines portes aux conversions agricoles les plus productives.

    Le paradoxe est là : l’État accepte les investissements étrangers et reconnaît la valeur économique de la sylviculture, tout en cherchant désormais à empêcher que la forêt commerciale ne gagne trop rapidement du terrain sur l’agriculture.

    Ikea n’est donc pas en train de « prendre » illégalement 43 000 hectares à la Nouvelle-Zélande. Ses acquisitions sont passées par les procédures prévues par le droit néo-zélandais, et plusieurs autorisations récentes ont encore été accordées à Ingka. En mai 2026, par exemple, une acquisition d’environ 774 hectares a été approuvée par l’autorité chargée du contrôle des investissements étrangers.

    Mais la question que pose cette expansion est plus profonde.

    À partir de quel moment l’accumulation légale de terres par de grands investisseurs finit-elle par transformer la structure même d’un territoire ?

    En Nouvelle-Zélande, le débat est désormais ouvert. Il porte sur les forêts, mais aussi sur l’agriculture, les emplois ruraux, la biodiversité, les intérêts māoris et la place du capital international dans l’utilisation des terres.

    Ikea n’est ici que l’un des visages d’une transformation beaucoup plus vaste.

    Celine Dou, pou la Boussole-Infos

  • Libye : à Benghazi, le chef du renseignement de Haftar assassiné dans une attaque soupçonnée d’être jihadiste

    Libye : à Benghazi, le chef du renseignement de Haftar assassiné dans une attaque soupçonnée d’être jihadiste

    Le général Fauzi al-Mansouri, chef des services de renseignement militaire de l’Est libyen, a été tué lundi 11 août à Benghazi par l’explosion de son véhicule. Les autorités du camp Haftar soupçonnent une attaque jihadiste. La mort de cet officier, ancien acteur de la guerre contre les groupes armés à Benghazi, frappe l’appareil sécuritaire du maréchal au moment où celui-ci cherche à consolider son pouvoir au-delà de l’Est.

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    La voiture de Fauzi al-Mansouri a explosé alors qu’il quittait une mosquée après la prière du soir, dans un quartier résidentiel de Benghazi. Le général de brigade, âgé d’une cinquantaine d’années, a été tué sur le coup. L’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par Khalifa Haftar, a dénoncé un « acte lâche et criminel ».

    Un haut responsable militaire de l’Est cité par l’Agence France-Presse (AFP), agence de presse internationale française, a indiqué que les autorités soupçonnaient une attaque jihadiste, tout en attendant les conclusions de l’enquête. Khaled Haftar, fils du maréchal et l’un des principaux responsables de l’ANL, a lui aussi parlé d’une attaque « terroriste ».

    Les autorités de l’Est ont annoncé, par ailleurs, l’arrestation à Benghazi d’une cellule qualifiée de « terroriste », qui aurait préparé des actes de sabotage. Elles n’ont pas établi publiquement de lien entre cette cellule et l’assassinat du général.

    L’homme qui traquait les jihadistes

    Le choix de la cible donne un relief particulier à l’affaire. Fauzi al-Mansouri dirigeait le renseignement militaire de l’ANL. Entre 2014 et 2017, il avait participé aux opérations conduites par les forces de Haftar contre les groupes jihadistes qui avaient pris pied à Benghazi.

    À cette époque, la ville était devenue l’un des principaux champs de bataille de la guerre libyenne. Ansar al-Charia et l’organisation État islamique y affrontaient les forces de Haftar. Après plusieurs années de combats, l’ANL avait repris le contrôle de Benghazi en 2017.

    Depuis, le camp Haftar présente la ville comme l’un des symboles de la stabilité retrouvée dans l’Est. Le général al-Mansouri vient pourtant d’y être tué dans une attaque à l’explosif.

    Si la piste jihadiste se confirme, le message serait difficile à ignorer : les réseaux combattus par Haftar ne seraient pas complètement éliminés et conserveraient une capacité à atteindre un haut responsable militaire dans le principal bastion du maréchal.

    Une faille dans le dispositif de Haftar

    L’assassinat soulève aussi une question plus immédiate : comment un responsable placé à la tête du renseignement militaire a-t-il pu être pris pour cible dans une ville aussi étroitement contrôlée par les forces de Haftar ?

    Pour Hamish Kinnear, analyste du cabinet Verisk Maplecroft cité par l’AFP, la sophistication de l’attaque et son déroulement à Benghazi constituent un sérieux revers pour le dispositif de sécurité du camp Haftar.

    La difficulté est aussi politique. Le pouvoir de l’Est s’appuie fortement sur les structures militaires contrôlées par la famille Haftar. Khaled Haftar occupe une place centrale dans le commandement de l’ANL et son frère Saddam, vice-commandant, est considéré comme l’un des principaux successeurs possibles de leur père.

    Les deux hommes ont assisté aux funérailles de Fauzi al-Mansouri à Benghazi.

    Washington veut rapprocher l’Est et Tripoli

    L’assassinat survient à un moment délicat pour la Libye. Le pays reste partagé entre le gouvernement installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et le pouvoir de l’Est soutenu militairement par Haftar.

    Les États Unis d’Amérique cherchent actuellement à rapprocher les deux camps. Leur émissaire Massad Boulos défend un projet de réunification des institutions libyennes. Selon les éléments rapportés par plusieurs médias, ce projet prévoit notamment une nouvelle organisation du pouvoir autour de Syrte, avec Saddam Haftar appelé à jouer un rôle central dans le futur exécutif.

    Cette stratégie repose en partie sur la capacité du clan Haftar à garantir la sécurité de la zone qu’il contrôle.

    L’attentat de Benghazi complique cette démonstration. Il ne frappe pas seulement un homme : il touche l’appareil chargé précisément d’empêcher ce type d’attaque.

    Pour Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye au Royal United Services Institute, la mort d’al-Mansouri risque de perturber le projet porté par Massad Boulos. L’un de ses postulats était que Benghazi offrait une sécurité suffisamment solide et que les responsables militaires proches de Haftar pouvaient y être protégés.

    La question qui se pose désormais au clan Haftar est donc simple : peut-il continuer à présenter l’Est comme la partie la plus sûre et la mieux contrôlée de la Libye si un responsable aussi important de son appareil sécuritaire peut être assassiné au cœur de Benghazi ?

    Celine Dou, pour la Boussole-infos

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