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Guerre en Ukraine : derrière le dossier Patriot, Washington hésite encore à partager son avantage stratégique

Les discussions entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump semblaient ouvrir une nouvelle étape dans la coopération militaire entre Kiev et Washington. Le président ukrainien était ressorti de la Maison Blanche en affirmant avoir évoqué la production sous licence des missiles intercepteurs Patriot, un projet qui aurait permis à l’Ukraine de fabriquer elle-même une partie de l’armement indispensable à sa défense aérienne. Deux jours plus tard, Donald Trump a refroidi cet optimisme. Interrogé par le Financial Times, le président des États-Unis d’Amérique a déclaré qu’il n’était « pas sûr » d’accorder une telle autorisation, invoquant la sensibilité de cette technologie.

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À première vue, il s’agit d’une hésitation politique. En réalité, cet épisode met en lumière une question bien plus vaste : jusqu’où les États-Unis d’Amérique sont-ils prêts à partager leur supériorité militaire avec leurs alliés ?

Depuis le début de la guerre, l’Ukraine a demandé des armes, des munitions, des systèmes de défense aérienne et des renseignements. Aujourd’hui, elle réclame autre chose : le droit de produire elle-même une partie des équipements dont dépend sa survie. Ce changement est loin d’être anodin. Une armée qui reçoit des armes reste dépendante de ses fournisseurs. Une armée qui les fabrique acquiert une marge de manœuvre stratégique, industrielle et politique que les livraisons, aussi abondantes soient-elles, ne peuvent offrir.

Les missiles Patriot incarnent parfaitement cette évolution. Leur efficacité contre les missiles balistiques russes en fait l’un des piliers de la défense ukrainienne. Mais leur valeur dépasse largement le champ de bataille. Ils concentrent des décennies de recherche, des technologies classifiées et une chaîne industrielle que Washington considère comme un atout stratégique. Autoriser leur production sous licence ne reviendrait pas seulement à augmenter les capacités de Kiev ; ce serait accepter qu’une partie de ce savoir-faire quitte le territoire états-unien.

C’est là que le débat devient plus complexe qu’il n’y paraît.

Les États-Unis d’Amérique ont tout intérêt à empêcher une victoire russe. Ils souhaitent également que l’Ukraine puisse résister sur la durée. Pourtant, renforcer un allié ne signifie pas nécessairement lui transférer les technologies qui fondent sa propre supériorité militaire. Toutes les grandes puissances partagent cette prudence. Les avions de combat les plus avancés, les systèmes antimissiles ou certaines capacités de guerre électronique restent soumis à des restrictions particulièrement strictes, même entre partenaires.

Le cas ukrainien illustre ainsi une contradiction propre aux alliances contemporaines. Les États soutiennent leurs partenaires, mais cherchent aussi à préserver les avantages industriels et technologiques qui garantissent leur influence. Plus une technologie est décisive, plus son transfert devient un choix politique autant qu’un choix militaire.

Pour Kiev, cette distinction est lourde de conséquences. Chaque nouvelle livraison répond à une urgence immédiate. Elle ne résout cependant pas la question de l’après-guerre ni celle de l’autonomie stratégique. Produire localement des intercepteurs Patriot permettrait de réduire la dépendance vis-à-vis des calendriers de production étrangers, d’assurer un approvisionnement plus régulier et de consolider une industrie de défense appelée à jouer un rôle central dans la sécurité européenne.

L’hésitation exprimée par Donald Trump rappelle que cette ambition reste suspendue à une décision prise à Washington.

Cette prudence traduit aussi les limites du modèle occidental d’assistance militaire. Depuis le début du conflit, les alliés de l’Ukraine ont progressivement levé plusieurs lignes rouges : fourniture de chars lourds, d’avions de combat, de missiles à longue portée ou encore de systèmes de défense aérienne sophistiqués. À chaque étape, une même logique s’est imposée : répondre aux besoins du champ de bataille sans perdre le contrôle des technologies les plus sensibles. Les licences de production constituent une frontière différente. Elles ne concernent plus seulement l’utilisation d’une arme, mais sa fabrication, sa maintenance et, à terme, son évolution.

En ce sens, le débat dépasse largement l’Ukraine. Il touche à une interrogation qui concerne toutes les alliances militaires : jusqu’où une puissance accepte-t-elle de partager les outils qui fondent son avantage stratégique ? À l’heure où les guerres s’inscrivent dans la durée, la réponse dépend moins du nombre d’armes livrées que de la volonté de transmettre, ou non, les capacités industrielles qui permettent de les produire.

L’affaire des Patriot rappelle enfin une réalité souvent éclipsée par les combats. Les conflits contemporains ne se gagnent pas uniquement sur les lignes de front. Ils se jouent aussi dans les usines, les laboratoires, les bureaux où se négocient les licences industrielles et les transferts de technologies. En hésitant à ouvrir cette porte à l’Ukraine, Washington montre que le partage des armes est une chose ; le partage de la puissance qui les rend possibles en est une autre.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : Xenia Fedorova, l’expulsion d’une journaliste russe devenue un enjeu de sécurité nationale

Le mercredi 29 juillet 2026, Xenia Fedorova a reçu un arrêté ministériel d’expulsion du territoire français. La journaliste russe, ancienne responsable de RT France et aujourd’hui chroniqueuse dans plusieurs médias français, conteste cette décision et prévoit de saisir la justice. Pour les autorités françaises, sa présence en France représenterait une menace grave pour l’ordre public et les intérêts fondamentaux de l’État.

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Cette décision administrative place une professionnelle des médias au centre d’un affrontement qui dépasse son parcours personnel. Depuis la fermeture de RT France après l’invasion de l’Ukraine, les États européens cherchent à redéfinir leur réponse face aux médias qu’ils considèrent comme des instruments d’influence étrangère. Le dossier Fedorova concentre désormais une question délicate : comment protéger l’espace démocratique sans transformer la lutte contre les ingérences en restriction du débat public ?

Une journaliste face à une procédure exceptionnelle

Le courrier qui a changé la situation de Xenia Fedorova tient en quelques pages : un arrêté ministériel lui demandant de quitter le territoire français.

La décision, révélée par plusieurs médias et confirmée par le ministère de l’Intérieur, s’appuie sur une appréciation particulièrement sévère de son activité publique. Selon les éléments cités dans l’arrêté, son comportement porterait atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État et sa présence en France constituerait une menace grave et actuelle pour l’ordre public.

Les autorités françaises lui reprochent notamment de contribuer à la diffusion de récits qu’elles considèrent comme liés aux campagnes d’influence menées par les autorités russes.

Xenia Fedorova rejette cette lecture. Elle entend contester la décision devant les juridictions compétentes, dans une procédure qui devra déterminer si les arguments avancés par l’État français justifient une mesure aussi exceptionnelle.

De Moscou à Paris : le parcours d’une journaliste devenue une figure controversée

Avant que son nom ne soit associé à une procédure d’expulsion, Xenia Fedorova était d’abord une journaliste russe ayant construit une partie de sa carrière dans l’univers des médias internationaux.

Elle devient connue en France lorsqu’elle prend la direction de RT France, lancée en 2017 comme déclinaison française de Russia Today. La chaîne ambitionnait alors de proposer un regard russe sur l’actualité internationale et de s’installer durablement dans le paysage audiovisuel français.

Après le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, l’Union européenne interdit la diffusion de RT et de Sputnik sur son territoire, estimant que ces médias participent aux opérations d’influence de Moscou. RT France cesse alors ses activités.

Mais la carrière médiatique de Xenia Fedorova ne s’arrête pas avec la disparition de la chaîne. Elle poursuit son activité en France comme chroniqueuse, notamment dans des médias appartenant au groupe de Vincent Bolloré.

Ce nouveau chapitre de son parcours nourrit rapidement la controverse. Pour ses détracteurs, son passage de RT France vers des médias français pose la question de la continuité d’une influence russe sous une autre forme. Pour ses soutiens, il s’agit simplement de la poursuite d’une activité journalistique dans un cadre pluraliste.

Pourquoi Paris intervient aujourd’hui

La décision française intervient dans un climat où la question des influences étrangères occupe une place croissante dans les politiques de sécurité européennes.

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les gouvernements occidentaux ont renforcé leur surveillance des réseaux susceptibles, selon eux, de servir les intérêts d’États étrangers. L’information n’est plus considérée uniquement comme un espace de confrontation des idées : elle est également devenue un terrain stratégique.

Dans ce contexte, Paris affirme ne pas sanctionner une opinion politique, mais agir contre ce qu’il présente comme une activité de relais d’influence étrangère.

La nuance est au centre du débat. Une journaliste peut-elle être expulsée en raison du rôle qu’un État lui attribue dans une stratégie d’influence, même si elle affirme exercer simplement son métier ? C’est précisément cette frontière que la justice devra examiner.

Une vieille bataille avec de nouveaux outils

L’histoire des relations internationales est traversée par les affrontements autour de l’information.

Pendant la guerre froide, les grandes puissances utilisaient déjà les radios, les journaux et les agences de presse pour défendre leurs visions du monde. La différence actuelle tient aux moyens : une chaîne de télévision, une plateforme numérique ou une personnalité médiatique peuvent aujourd’hui toucher des millions de personnes en quelques heures.

La Russie n’est pas le seul État accusé de chercher à influencer les opinions étrangères. Les puissances internationales investissent toutes dans la bataille des récits, qu’il s’agisse de diplomatie publique, de médias internationaux ou de communication numérique.

Le cas Xenia Fedorova intervient donc dans un moment où les démocraties européennes cherchent à répondre à une nouvelle réalité : les affrontements entre États se déroulent aussi dans l’espace médiatique.

La liberté d’expression face au défi des ingérences

L’affaire divise parce qu’elle oppose deux principes difficiles à concilier.

D’un côté, les autorités françaises estiment qu’un État démocratique doit pouvoir se protéger contre des opérations destinées à fragiliser ses institutions et sa cohésion sociale.

De l’autre, les défenseurs de Xenia Fedorova rappellent qu’une démocratie se mesure aussi à sa capacité à accepter des voix contestées et des opinions minoritaires.

La question n’est donc pas seulement celle d’une journaliste russe et de son avenir en France. Elle touche à une interrogation plus large : jusqu’où un État peut-il aller pour se protéger sans affaiblir les libertés qu’il cherche à défendre ?

Avec l’arrêté d’expulsion visant Xenia Fedorova, la France ouvre un dossier où se rencontrent une trajectoire journalistique individuelle et une préoccupation devenue majeure en Europe : la maîtrise de l’espace informationnel.

La journaliste russe devra désormais défendre son maintien sur le territoire français devant la justice. Mais au-delà de son cas personnel, son dossier pourrait devenir un repère dans la manière dont les démocraties européennes traiteront demain les figures médiatiques associées à des puissances étrangères.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Le Tchad quitte la CPI, Washington applaudit : la bataille pour l’avenir de la justice internationale est ouverte

Après Bamako, Ouagadougou et Niamey, N’Djamena a choisi à son tour de prendre ses distances avec la Cour pénale internationale. La décision tchadienne aurait pu rester une affaire africaine parmi d’autres. Elle a changé de dimension lorsque Washington a décidé de la saluer et d’appeler d’autres États membres à suivre le même chemin. Deux critiques venues d’horizons différents se retrouvent désormais face à la même institution : des gouvernements africains qui dénoncent une justice qu’ils jugent déséquilibrée et une puissance mondiale qui refuse depuis plus de vingt ans de reconnaître l’autorité de la Cour.

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Le retrait annoncé par le Tchad ouvre une nouvelle séquence pour la Cour pénale internationale. La contestation qui visait déjà son fonctionnement en Afrique rencontre aujourd’hui l’opposition ancienne des États-Unis d’Amérique. Les deux dynamiques ne poursuivent pas les mêmes objectifs, mais elles placent la même question au centre : une justice internationale peut-elle durer sans le soutien politique des États qu’elle entend encadrer ?

N’Djamena ferme une porte ouverte depuis deux décennies

Le 27 juillet 2026, le Tchad a notifié aux Nations unies sa décision de se retirer du Statut de Rome, le texte fondateur de la Cour pénale internationale. Le départ ne sera pas immédiat : conformément aux règles prévues par le traité, un délai d’un an doit s’écouler avant que la sortie devienne effective.

Pendant cette période, le pays reste lié par ses obligations envers la Cour. Politiquement, toutefois, le message est déjà envoyé.

Pour N’Djamena, la CPI ne répond plus aux exigences d’une justice internationale équitable. Les autorités tchadiennes dénoncent une institution qu’elles accusent de concentrer son action sur le continent africain et de ne pas appliquer les mêmes standards à toutes les régions du monde.

Cette critique n’est pas nouvelle. Depuis les premières années d’activité de la Cour, plusieurs dirigeants africains ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un déséquilibre. Le reproche revient régulièrement : l’Afrique aurait été davantage exposée aux poursuites internationales alors que certains acteurs majeurs de la scène mondiale restent hors de portée de la juridiction.

Le Sahel avant le Tchad

Avant N’Djamena, d’autres capitales avaient déjà pris leurs distances.

Bamako, Ouagadougou et Niamey ont engagé des démarches de retrait de la CPI dans une période où ces pays cherchent également à redéfinir leurs rapports avec les institutions internationales et les puissances occidentales.

Ces décisions ne répondent pas toutes aux mêmes calculs politiques. Chaque gouvernement défend ses propres priorités. Pourtant, une même idée revient : la volonté de reprendre la maîtrise de choix considérés comme relevant d’abord de la souveraineté nationale.

Dans plusieurs pays africains, la CPI reste associée à une question plus large : qui décide de la justice lorsque les rapports de force internationaux entrent en jeu ?

Washington, l’étrange soutien d’un non-membre de la Cour

La réaction des États-Unis d’Amérique a donné une portée nouvelle au choix tchadien.

Washington a salué le retrait du Tchad et appelé les autres États parties au Statut de Rome à quitter eux aussi la CPI.

La scène contient un paradoxe : une puissance qui n’a jamais accepté la compétence de la Cour encourage aujourd’hui ceux qui l’ont reconnue à s’en éloigner.

Les États-Unis d’Amérique avaient pourtant participé aux premières discussions autour de la création de la CPI. Ils avaient signé le Statut de Rome en 2000 avant de retirer leur signature en 2002. Depuis, les administrations états-uniennes successives considèrent qu’aucune juridiction internationale ne doit pouvoir exercer son autorité sur leurs ressortissants sans leur consentement.

Pour Washington, la question est celle de la souveraineté. Pour les défenseurs de la CPI, elle est celle de la responsabilité : certains crimes, en raison de leur gravité, ne peuvent rester uniquement du ressort des États.

Deux conceptions de l’ordre international s’affrontent.

Une convergence sans alliance

Le rapprochement entre les critiques africaines et la position états-unienne pourrait sembler surprenant.

Les gouvernements africains qui contestent la CPI mettent en avant l’histoire d’une justice qu’ils considèrent déséquilibrée et insuffisamment représentative du monde actuel.

Les États-Unis d’Amérique défendent une ligne différente : ils refusent qu’une institution extérieure puisse limiter leur liberté d’action politique et militaire.

Les raisons ne sont pas les mêmes. Les trajectoires non plus.

Pourtant, le résultat produit une même pression sur la Cour : celle d’une remise en cause de son autorité.

C’est là que se trouve le véritable enjeu. La CPI ne dépend pas uniquement de ses textes juridiques. Son efficacité repose aussi sur la coopération des États, sur leur volonté d’exécuter ses décisions et sur leur confiance dans son impartialité.

La bataille autour de l’universalité

Créée en 2002, la Cour pénale internationale devait répondre à une ambition : empêcher que les auteurs de crimes parmi les plus graves puissent échapper à la justice en raison de leur position politique ou de leur puissance militaire.

Vingt-quatre ans plus tard, son ambition se heurte à une réalité plus difficile.

Ses défenseurs rappellent qu’elle n’a pas vocation à remplacer les tribunaux nationaux et qu’elle n’agit que lorsque les États ne peuvent ou ne veulent pas juger eux-mêmes les crimes relevant de sa compétence.

Ses critiques estiment, eux, que son fonctionnement reste marqué par les rapports de force internationaux et qu’une justice véritablement universelle ne peut ignorer les déséquilibres entre les États.

Le débat ne porte donc pas seulement sur la CPI. Il touche à une question plus vaste : le monde accepte-t-il encore de déléguer une partie de sa souveraineté à des institutions communes ?

Le retrait du Tchad ne provoquera pas, à lui seul, l’effondrement de la Cour pénale internationale. Il marque toutefois une étape dans une période où plusieurs institutions internationales sont confrontées à une défiance croissante.

À mesure que les États revendiquent davantage leur autonomie, la justice internationale doit relever un défi difficile : prouver qu’elle peut être universelle sans être perçue comme l’instrument d’un rapport de force entre puissants et moins puissants.

De N’Djamena à Washington, la CPI se retrouve au centre d’une bataille qui dépasse son fonctionnement juridique. D’un côté, des États qui veulent reprendre le contrôle de leur souveraineté judiciaire. De l’autre, ceux qui défendent l’idée qu’aucune frontière ne devrait protéger les auteurs des crimes les plus graves.

Le retrait tchadien n’est peut-être qu’une étape. Il pose déjà une question qui pourrait définir l’avenir de la justice internationale : une institution peut-elle rester universelle lorsque ceux qui la contestent deviennent de plus en plus nombreux ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

États-Unis d’Amérique : derrière l’« excellente » rencontre entre Trump et Netanyahu, l’alliance israélo-états-unienne change de rapport de force

Benjamin Netanyahu est arrivé à Washington avec une certitude : Donald Trump reste l’allié dont Israël a besoin pour poursuivre la confrontation avec l’Iran. Il est reparti de la Maison Blanche en assurant que leur rencontre avait été « excellente ». Pourtant, derrière les déclarations chaleureuses, une autre réalité apparaît. Après cinq mois de guerre, Donald Trump veut reprendre la main sur le calendrier diplomatique et sur la manière de sortir du conflit. Le Premier ministre israélien conserve l’accès au président états-unien. Il n’est simplement plus certain de pouvoir lui dicter la suite.

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Pendant des années, Benjamin Netanyahu a fait de sa proximité avec Donald Trump un atout politique et stratégique. Le 28 juillet, les deux hommes se sont retrouvés à la Maison Blanche pour leur premier entretien en face à face depuis le déclenchement de la guerre contre l’Iran. Officiellement, tout va bien : la Maison Blanche parle d’une rencontre « positive et productive », tandis que Netanyahu la présente comme l’une des meilleures qu’ils aient eues. Mais les sujets qui fâchent sont désormais nombreux : la poursuite des opérations contre l’Iran, les négociations avec Téhéran, Gaza, le Liban, la Syrie et même la volonté de Washington de vendre des F-35 à la Turquie. La presse israélienne elle-même reconnaît que les sourires du Bureau ovale cachent des choix difficiles.

Une rencontre officiellement réussie, mais peu de réponses

Pendant près d’une heure et demie, Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont discuté à huis clos. À leur sortie, chacun avait intérêt à présenter l’entretien sous son meilleur jour.

Le Premier ministre israélien n’a pas tardé à parler d’une rencontre « excellente ». Son entourage a évoqué un échange « très bon et très positif », avec l’Iran au premier rang des préoccupations. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté d’empêcher Téhéran d’acquérir l’arme nucléaire.

Mais le problème est justement là : les deux hommes peuvent partager le même objectif sans être d’accord sur la manière d’y parvenir.

Aucune annonce spectaculaire n’est sortie de leur entretien. Les détails des discussions sont restés largement confidentiels. Même en Israël, les responsables qui ont commenté la rencontre se sont surtout employés à expliquer ce qui n’avait pas été demandé à Netanyahu : pas de pression publique pour un retrait israélien de Gaza, du Liban ou de Syrie, selon les informations communiquées par son entourage.

Cette discrétion contraste avec l’importance des questions posées sur la table.

Trump ne veut plus seulement gagner la guerre, il veut savoir comment en sortir

La guerre contre l’Iran devait être courte. Elle dure depuis plusieurs mois et coûte désormais cher à Washington.

Donald Trump a commencé à manifester publiquement son impatience. Avant même de recevoir Netanyahu, il avait exprimé son irritation face à certaines informations israéliennes et minimisé l’importance d’un site nucléaire iranien présenté par Israël comme une menace. Le président états-unien a également insisté sur le fait que Washington disposait de ses propres renseignements.

Le changement est important.

Lorsque les États-Unis d’Amérique et Israël ont engagé ensemble la guerre contre l’Iran, leurs discours se rejoignaient largement. Il fallait empêcher Téhéran de disposer de l’arme nucléaire et réduire ses capacités militaires.

Mais une guerre n’est pas seulement une affaire d’objectifs militaires. Il faut décider quand frapper, quand attendre, quelles négociations accepter et jusqu’où aller.

Sur ces questions, Washington et Jérusalem ne regardent plus nécessairement dans la même direction.

Trump cherche désormais à donner une chance à la diplomatie. Des discussions impliquant notamment Oman et l’Iran tentent de trouver une issue au conflit. Téhéran reste cependant très éloigné des exigences états-uniennes, tandis que la question du détroit d’Ormuz complique encore les négociations.

Pour Netanyahu, le danger est différent : une négociation qui interromprait trop tôt la pression militaire pourrait laisser à l’Iran la possibilité de reconstruire ce qu’Israël cherche précisément à détruire.

C’est là que se situe le désaccord le plus sérieux.

Netanyahu peut-il encore entraîner Trump ?

La question est nouvelle parce que la relation entre les deux dirigeants a longtemps fonctionné dans l’autre sens.

Netanyahu a construit une partie de son image politique sur sa capacité à obtenir l’appui de Washington. Avec Trump à la Maison Blanche, cet avantage semblait presque garanti.

Aujourd’hui, Trump reste favorable à Israël, mais il entend décider lui-même de la politique états-unienne.

Le Wall Street Journal décrit une réception plus froide du Premier ministre israélien, dans une Maison Blanche préoccupée par l’enlisement du conflit. Le quotidien rapporte notamment que Trump a demandé des avancées vers des arrangements concernant le Liban et Gaza.

La nuance est essentielle : il ne s’agit pas d’un abandon d’Israël.

Trump ne remet pas en cause l’alliance stratégique. Il continue de considérer l’Iran comme une menace majeure et maintient l’objectif d’empêcher la République islamique d’acquérir l’arme nucléaire.

Mais il ne semble plus accepter que les priorités de Netanyahu déterminent à elles seules le calendrier de Washington.

Le rapport de force a donc changé sans que l’alliance disparaisse.

Gaza et le Liban compliquent encore le tête-à-tête

L’Iran n’est d’ailleurs pas le seul dossier sur lequel les intérêts des deux gouvernements peuvent diverger.

À Gaza, Donald Trump veut avancer vers une stabilisation du territoire et une solution politique. Israël veut conserver des garanties de sécurité et refuse que la reconstruction se fasse sans règlement de la question du Hamas.

Au Liban, Washington pousse également à des arrangements permettant de réduire les tensions. Israël considère pour sa part que le Hezbollah ne peut retrouver les moyens militaires qui lui permettraient de menacer son territoire.

À cela s’ajoutent la Syrie et l’avenir des accords d’Abraham.

Pour Trump, l’élargissement de ces accords demeure un objectif diplomatique majeur. Il veut également consolider une architecture régionale dans laquelle les États arabes auraient davantage de raisons de coopérer avec Israël.

Cela suppose toutefois des compromis que le gouvernement Netanyahu n’est pas toujours prêt à accepter.

L’alliance reste donc solide sur les grandes questions de sécurité, mais les intérêts ne se confondent plus à chaque étape.

La Turquie ajoute une autre ligne de fracture

Le dossier turc est moins visible, mais il dit beaucoup de la nouvelle relation entre Washington et Jérusalem.

Donald Trump envisage la possibilité de permettre à la Turquie d’acquérir des avions de combat F-35. Israël y voit un problème stratégique majeur : sa supériorité militaire dans la région repose notamment sur sa capacité à conserver certains avantages technologiques.

Là encore, Netanyahu doit convaincre Trump, et non simplement compter sur son soutien.

C’est une différence de taille.

Pendant longtemps, le Premier ministre israélien pouvait considérer la Maison Blanche comme un partenaire prêt à reprendre une partie des positions de Jérusalem. Désormais, il doit négocier avec un président qui poursuit ses propres objectifs régionaux.

À Jérusalem aussi, la rencontre est regardée autrement

Le titre de « douche froide » apparu dans la presse israélienne ne signifie pas que Trump et Netanyahu ont rompu.

Il traduit plutôt une inquiétude : la capacité de Netanyahu à obtenir de Washington exactement ce qu’il souhaite n’est plus aussi évidente.

Israel Hayom résume bien le paradoxe dans son analyse du 28 juillet : les deux dirigeants ont coordonné leur position sur l’Iran, mais les décisions les plus importantes n’ont pas été rendues publiques. La vraie question est désormais de savoir comment cette coordination se traduira sur le terrain.

C’est probablement la partie la plus importante de l’histoire.

Une rencontre peut être excellente et laisser derrière elle de profondes divergences.

Il suffit parfois que deux alliés veuillent atteindre le même objectif avec des calendriers différents pour que leur relation change de nature.

Netanyahu joue aussi une partie politique en Israël

Le contexte intérieur israélien n’est pas secondaire.

Les élections législatives sont prévues le 27 octobre 2026. Netanyahu doit défendre son bilan sécuritaire et convaincre une opinion publique profondément marquée par la guerre.

Sa relation avec Trump compte donc aussi sur le plan électoral.

Pendant des années, la proximité avec Washington a constitué pour le Premier ministre un argument politique puissant. Elle lui permettait de se présenter comme l’homme capable de défendre les intérêts d’Israël auprès du président des États-Unis d’Amérique.

Cette image pourrait perdre de sa force si Trump commence à imposer ses propres choix sur l’Iran, le Liban ou Gaza.

Pour Netanyahu, il ne suffit plus de pouvoir entrer dans le Bureau ovale.

Il faut encore en sortir avec quelque chose.

Washington aussi commence à payer le prix de la guerre

Donald Trump n’a pas uniquement à gérer Netanyahu. Il doit répondre à une autre question : combien de temps les États-Unis d’Amérique peuvent-ils encore consacrer à une guerre dont l’issue reste incertaine ?

Le conflit pèse sur les prix de l’énergie et nourrit les critiques aux États-Unis d’Amérique. À l’approche des élections de mi-mandat, le président doit composer avec une opinion publique qui ne regarde pas nécessairement la guerre contre l’Iran avec les mêmes priorités que le gouvernement israélien. Le Monde souligne justement l’irritation croissante de Trump face à la durée du conflit et à ses conséquences économiques.

Un autre changement mérite d’être suivi : le soutien à Israël, longtemps largement partagé par les deux grands partis états-uniens, se fissure désormais davantage au sein du Parti démocrate. Reuters relève une opposition croissante chez les élus démocrates, notamment sur la guerre à Gaza et sur le soutien militaire à Israël.

Trump peut donc rester un soutien déterminé d’Israël tout en ayant intérêt à empêcher que la guerre ne devienne un fardeau politique durable pour Washington.

Une alliance qui ne disparaît pas, mais qui devient plus exigeante

Il serait donc faux de parler de rupture.

Trump et Netanyahu ont encore trop d’intérêts communs pour cela. L’Iran demeure leur principal adversaire stratégique. Israël a besoin du soutien militaire et diplomatique des États-Unis d’Amérique. Washington, de son côté, continue de considérer Israël comme un partenaire essentiel au Moyen-Orient.

Mais l’époque où l’on pouvait résumer leur relation à une parfaite convergence est peut-être révolue.

Trump veut négocier quand il estime que la négociation peut servir ses intérêts. Netanyahu veut continuer à exercer une pression maximale sur l’Iran tant qu’il considère la menace nucléaire insuffisamment neutralisée.

Trump regarde aussi Gaza, le Liban, la Turquie, l’Arabie saoudite et les accords d’Abraham comme les pièces d’un même échiquier régional.

Netanyahu, lui, doit d’abord répondre à une question plus immédiate : comment garantir la sécurité d’Israël sans laisser à ses adversaires le temps de se reconstruire ?

Les deux hommes restent alliés.

Ils ne jouent simplement plus exactement la même partie.

La suite de la guerre contre l’Iran permettra de mesurer l’ampleur réelle de cette évolution.

Si Trump poursuit les négociations avec Téhéran malgré les réserves israéliennes, Netanyahu devra s’adapter à une décision prise à Washington plutôt qu’à Jérusalem.

Si, au contraire, la diplomatie échoue et que les opérations militaires reprennent avec le soutien des États-Unis d’Amérique, le Premier ministre israélien retrouvera une marge de manœuvre plus importante.

Dans les deux cas, la rencontre du 28 juillet aura marqué un moment important : pour la première fois depuis le début de cette guerre, la question n’est plus seulement de savoir jusqu’où Israël veut aller, mais jusqu’où Trump est encore prêt à l’accompagner.

Benjamin Netanyahu voulait préserver une relation indispensable. Donald Trump voulait, lui, préserver sa liberté de décision.

Les deux hommes ont réussi à éviter l’affrontement public. Ils ont parlé d’une rencontre excellente. La Maison Blanche l’a qualifiée de productive. Mais derrière ces mots, une question demeure.

Qui conduira désormais la politique des États-Unis d’Amérique au Moyen-Orient : un président qui veut mettre fin à une guerre qui s’éternise ou un Premier ministre qui estime que le danger n’est pas encore écarté ?

La réponse ne se trouve pas dans la poignée de main du Bureau ovale.

Elle se jouera dans les prochains choix de Washington sur l’Iran, Gaza et le Liban.

Et c’est là que l’on saura si la « douche froide » évoquée par la presse israélienne n’était qu’une impression passagère ou le premier signe d’une relation devenue plus difficile à piloter pour Benjamin Netanyahu.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Colombie : pourquoi Bogotá ferme ses ambassades en Algérie et en Afrique du Sud au moment où ses relations avec Rabat se renforcent

En diplomatie, certains gestes parlent parfois autant que les discours. La décision de Bogotá de fermer ses ambassades en Algérie et en Afrique du Sud aurait pu n’être qu’une mesure administrative destinée à réduire les dépenses publiques. Mais le choix des deux pays concernés et le rapprochement parallèle avec Rabat donnent à cette annonce une dimension plus politique.

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À des milliers de kilomètres de l’Amérique latine, le Sahara occidental se retrouve une nouvelle fois au centre d’un jeu d’influences où chaque soutien international compte.

La Colombie réorganise son réseau diplomatique et réduit sa présence sur le continent africain. La fermeture annoncée de ses représentations à Alger et à Pretoria intervient alors que Bogotá développe des liens plus étroits avec le Maroc. Derrière cette décision se trouve un dossier qui oppose depuis des décennies Rabat et Alger : l’avenir du Sahara occidental.

Deux ambassades fermées, deux capitales au poids symbolique

La Colombie affirme vouloir revoir ses priorités diplomatiques et concentrer ses moyens sur les postes jugés les plus utiles à ses intérêts.

Mais le choix de fermer ses ambassades en Algérie et en Afrique du Sud attire immédiatement l’attention. Ces deux pays ne sont pas de simples partenaires diplomatiques parmi d’autres.

L’Algérie occupe une place centrale dans le dossier sahraoui. Depuis le retrait espagnol du Sahara occidental en 1975, Alger soutient le Front Polisario et défend l’organisation d’un processus permettant au peuple sahraoui de décider de son avenir.

L’Afrique du Sud adopte une position proche. Marquée par son histoire de lutte contre l’apartheid et les mouvements de libération nationale, Pretoria considère également que la question sahraouie relève du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Pour Rabat, au contraire, le Sahara occidental est une partie de son territoire et le plan d’autonomie proposé sous souveraineté marocaine constitue la solution réaliste au conflit.

C’est dans cette opposition diplomatique ancienne que prend place la décision colombienne.

Le Maroc avance ses pions en Amérique latine

Depuis plusieurs années, Rabat cherche à renforcer ses relations avec les pays d’Amérique latine.

La stratégie marocaine repose sur plusieurs leviers : coopération économique, investissements, échanges commerciaux, partenariats sécuritaires et diplomatie bilatérale.

L’objectif est aussi clair : obtenir davantage de soutiens à sa position sur le Sahara occidental.

Pendant longtemps, plusieurs pays latino-américains ont entretenu des relations avec la République arabe sahraouie démocratique proclamée par le Front Polisario. Mais cette situation évolue progressivement.

Certains États ont choisi de revoir leur position ou de renforcer leur coopération avec le Maroc.

Dans cette bataille diplomatique, chaque rapprochement compte.

Bogotá change-t-elle de ligne ?

La fermeture des ambassades en Algérie et en Afrique du Sud intervient après plusieurs années durant lesquelles la Colombie avait adopté une diplomatie particulièrement engagée sur les questions internationales liées aux droits humains, à l’environnement et aux relations avec les pays du Sud.

Le nouveau pouvoir colombien affiche une volonté de revoir ses priorités. L’objectif annoncé est de disposer d’un réseau diplomatique plus efficace et moins coûteux.

Mais au-delà de la justification financière, certains observateurs voient dans cette réorganisation un changement d’approche.

La Colombie cherche-t-elle à se rapprocher de pays considérés comme davantage compatibles avec ses intérêts économiques et stratégiques ?

Le rapprochement avec le Maroc alimente cette lecture.

Il reste toutefois difficile d’affirmer que Bogotá tourne définitivement le dos à Alger ou Pretoria. La fermeture d’une ambassade ne signifie pas automatiquement une rupture politique. Les relations entre États peuvent continuer à travers d’autres canaux diplomatiques.

Mais le signal envoyé n’est pas neutre.

Le Sahara occidental, un dossier qui dépasse le Maghreb

Le conflit du Sahara occidental ne se limite plus aux relations entre le Maroc et l’Algérie.

Au fil des années, il est devenu un sujet suivi par plusieurs puissances internationales.

Le Maroc a obtenu des soutiens importants, notamment après la reconnaissance par les États Unis d’Amérique de sa souveraineté sur le territoire sous l’administration de Donald Trump en 2020.

Plusieurs pays ont depuis affiché un soutien au plan d’autonomie marocain.

De son côté, l’Algérie continue de défendre la position du Front Polisario et refuse toute solution qui ne passerait pas par l’autodétermination.

Cette rivalité dépasse donc les frontières du Maghreb. Elle se joue désormais dans les enceintes internationales et dans les relations bilatérales avec des pays parfois éloignés géographiquement du conflit.

La décision colombienne montre une évolution importante des relations internationales : les alliances ne reposent plus uniquement sur des proximités historiques ou idéologiques.

Les États cherchent d’abord à défendre leurs intérêts.

Pour le Maroc, développer des liens avec l’Amérique latine représente une opportunité d’élargir son soutien diplomatique. Pour l’Algérie, maintenir ses positions auprès de partenaires internationaux reste un enjeu majeur.

La Colombie, elle, semble vouloir redéfinir ses priorités.

Cette affaire rappelle aussi une réalité : les dossiers africains occupent désormais une place croissante dans les stratégies diplomatiques mondiales. Les pays du continent ne sont plus seulement des acteurs régionaux ; leurs enjeux deviennent des terrains de compétition entre États venus d’autres continents.

La question sera désormais de savoir si la décision colombienne restera un choix isolé ou si elle annonce une évolution plus large de la politique latino-américaine à l’égard du Maghreb.

Car derrière les ambassades qui ferment et les partenariats qui se renforcent, c’est une question plus vaste qui se pose : dans un monde où les alliances évoluent rapidement, quels pays réussiront à convaincre de leur vision diplomatique ?

La fermeture des ambassades colombiennes en Algérie et en Afrique du Sud ne constitue pas, à elle seule, un bouleversement international. Mais elle intervient sur un terrain particulièrement sensible.

Entre le rapprochement avec Rabat, les positions d’Alger et de Pretoria et la place du Sahara occidental dans les relations internationales, Bogotá vient de poser un acte qui dépasse largement la simple gestion administrative de son réseau diplomatique.

Une décision qui confirme une chose : dans la diplomatie mondiale, même une fermeture d’ambassade peut devenir un message politique.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Moyen-Orient : les Houthis frappent des installations pétrolières saoudiennes, annoncent un blocus naval et poussent Washington à durcir le ton contre l’Iran

Les missiles et les drones houthis ne visent plus seulement les lignes de front du Yémen. En frappant des infrastructures pétrolières saoudiennes et en menaçant le trafic maritime en mer Rouge, le mouvement soutenu par l’Iran place désormais les routes énergétiques mondiales au cœur du bras de fer régional. À Washington, la réponse se durcit : Donald Trump affirme que Téhéran sera tenu responsable des actions de ses alliés et envisage des frappes plus larges contre l’Iran.

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Les dernières heures ont concentré plusieurs signaux inquiétants : attaques revendiquées par les Houthis contre des installations de Saudi Aramco, annonce d’un blocus naval visant les ports saoudiens, informations faisant état d’un appui iranien renforcé au mouvement yéménite et menaces de représailles militaires des États-Unis d’Amérique. Derrière l’affrontement entre les Houthis et Riyad apparaît une confrontation plus vaste autour de l’influence iranienne au Moyen-Orient et du contrôle des principales voies maritimes de la région.

Les Houthis déplacent le conflit vers le cœur économique saoudien

Les Houthis ont franchi un nouveau seuil en revendiquant des frappes contre deux installations stratégiques de l’Arabie saoudite : Yanbu et Jizan.

Ces deux sites ne sont pas des objectifs militaires ordinaires. Yanbu, situé sur la côte de la mer Rouge, constitue l’un des principaux points d’exportation du pétrole saoudien. Le terminal permet au royaume de transporter une partie de ses hydrocarbures sans dépendre exclusivement du golfe Persique. Jizan, proche de la frontière yéménite, accueille également d’importantes infrastructures énergétiques.

En visant ces installations, les Houthis cherchent à toucher un secteur vital de l’économie saoudienne. Leur stratégie vise aussi à envoyer un message aux acteurs internationaux : la guerre ne se limite plus au territoire yéménite, elle concerne désormais les axes commerciaux et énergétiques qui relient le Moyen-Orient au reste du monde.

Quelques jours après ces attaques, le mouvement a annoncé un « blocus naval » contre l’Arabie saoudite, appelant les compagnies maritimes à éviter les ports du royaume sur la mer Rouge.

Les Houthis ne disposent pas d’une marine capable de fermer physiquement ces espaces maritimes. Leur objectif est différent : rendre la navigation suffisamment risquée pour provoquer une hausse des coûts d’assurance, ralentir le trafic et contraindre les opérateurs économiques à revoir leurs itinéraires.

Une pression sur deux passages stratégiques : Bab el-Mandeb et Ormuz

Cette nouvelle offensive intervient dans une région où deux passages maritimes concentrent une partie des inquiétudes internationales.

Au sud de la mer Rouge, le détroit de Bab el-Mandeb relie l’océan Indien au canal de Suez. Des milliers de navires commerciaux y transitent chaque année.

Plus à l’est, le détroit d’Ormuz reste l’une des principales voies de sortie du pétrole produit dans le Golfe. Toute menace pesant sur cette zone provoque immédiatement des inquiétudes sur les marchés énergétiques.

La multiplication des tensions dans ces deux espaces crée une situation particulièrement sensible pour les pays importateurs d’énergie et pour les grandes compagnies maritimes.

Les Houthis savent que leur capacité de nuisance dépasse largement leurs moyens militaires. Leur force repose sur la vulnérabilité des routes commerciales modernes : quelques missiles ou drones peuvent suffire à modifier les calculs des armateurs et des investisseurs.

L’Iran accusé d’avoir renforcé son soutien militaire aux Houthis

Au même moment, des informations publiées par Reuters évoquent l’envoi présumé au Yémen de membres du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, ainsi que d’équipements liés aux missiles et aux drones.

Selon les sources citées, des spécialistes iraniens auraient rejoint les zones contrôlées par les Houthis pour apporter un soutien technique au mouvement.

Téhéran rejette ces accusations. Les autorités iraniennes affirment soutenir politiquement les Houthis mais nient toute implication militaire directe.

Depuis plusieurs années, les États-Unis d’Amérique et leurs alliés accusent pourtant l’Iran d’avoir contribué au développement des capacités militaires du mouvement yéménite. Les drones et missiles utilisés par les Houthis ces dernières années témoignent d’une évolution importante de leur arsenal.

La nouveauté actuelle réside moins dans l’existence supposée d’un soutien iranien que dans son ampleur présumée et dans le moment choisi : celui d’une confrontation croissante avec l’Arabie saoudite et Washington.

Donald Trump place directement Téhéran sous pression

La réaction étatsunienne ne s’est pas limitée à des avertissements contre les Houthis.

Donald Trump a affirmé que l’Iran serait tenu responsable des attaques menées par le mouvement yéménite et a menacé les Houthis d’une « punition militaire majeure » s’ils poursuivaient leurs opérations contre les navires ou les intérêts des alliés des États-Unis d’Amérique.

Le président états-unien envisage également des bombardements plus larges contre l’Iran. Aucun ordre définitif n’a encore été annoncé, mais cette possibilité traduit une volonté de ne plus seulement répondre aux actions des groupes alliés de Téhéran.

Washington considère désormais que les attaques des Houthis s’inscrivent dans une stratégie régionale iranienne visant à maintenir une pression sur ses adversaires.

Cette lecture est contestée par Téhéran, qui accuse les États-Unis d’Amérique de chercher un prétexte pour intervenir davantage au Moyen-Orient.

Le Hezbollah au Liban, autre pièce du bras de fer avec l’Iran

La pression étatsunienne sur les Houthis intervient alors que Washington pousse également le Liban à avancer sur la question du désarmement du Hezbollah.

Lors de sa rencontre avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a discuté du renforcement de l’armée libanaise et de la nécessité pour l’État de reprendre le contrôle exclusif des armes sur son territoire.

Le Hezbollah refuse de déposer son arsenal tant qu’il estime que les conditions de sécurité ne sont pas réunies, notamment en raison de la présence militaire israélienne dans certaines zones contestées.

Pour Washington, le mouvement chiite libanais reste toutefois l’un des principaux relais de l’influence iranienne dans la région.

Le dossier libanais et celui des Houthis répondent ainsi à une même préoccupation étatsunienne : réduire la capacité de Téhéran à agir indirectement contre ses adversaires par l’intermédiaire de groupes alliés.

Une confrontation qui pourrait dépasser les acteurs intermédiaires

Depuis plusieurs années, l’Iran et les États-Unis d’Amérique évitent une confrontation militaire directe. Leur rivalité passe principalement par des acteurs régionaux : Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen ou groupes armés proches de Téhéran en Irak et en Syrie.

Mais la situation actuelle réduit progressivement la distance entre les deux puissances.

En déclarant que l’Iran devra répondre des opérations des Houthis, Washington établit une nouvelle règle de confrontation. Une attaque menée par un allié de Téhéran pourrait désormais entraîner une réponse contre des intérêts iraniens.

Le risque est celui d’un engrenage : une frappe contre un navire, une attaque contre une infrastructure énergétique ou une opération militaire au Yémen pourrait provoquer une réaction dépassant largement le cadre initial.

Les Houthis au centre d’un nouveau rapport de force régional

Le mouvement houthi occupe aujourd’hui une place particulière dans la stratégie iranienne et dans la réponse étatsunienne.

Contrairement au Hezbollah, qui est profondément intégré au paysage politique libanais, les Houthis tirent une partie de leur influence de leur capacité militaire et de leur position géographique. Depuis le Yémen, ils peuvent menacer l’un des corridors maritimes les plus importants au monde.

C’est cette réalité qui explique l’attention croissante de Washington.

La question n’est plus seulement de savoir comment mettre fin à la guerre au Yémen. Elle concerne désormais l’équilibre régional entre l’Iran, les monarchies du Golfe et les États-Unis d’Amérique.

L’Arabie saoudite, qui avait engagé ces dernières années une politique de rapprochement et de désescalade avec Téhéran, se retrouve à nouveau confrontée à une menace venue de son voisin yéménite.

De son côté, l’Iran doit mesurer le risque d’une confrontation directe avec Washington alors que son soutien aux groupes alliés devient le principal sujet d’accusation américain.

Les frappes revendiquées par les Houthis contre l’Arabie saoudite, leur menace sur les routes maritimes et les accusations visant l’Iran ont transformé une crise régionale en un dossier international majeur.

Le Yémen reste le théâtre immédiat des affrontements, mais les enjeux dépassent désormais ses frontières. La sécurité énergétique mondiale, la liberté de navigation en mer Rouge et dans le Golfe, ainsi que l’équilibre entre Washington et Téhéran sont directement concernés.

Dans cette nouvelle phase de tensions, chaque attaque risque désormais de produire des conséquences bien au-delà de son lieu d’origine.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

ONU : six candidats, six visions pour succéder à António Guterres

La campagne pour la succession d’António Guterres est entrée dans une nouvelle phase. Réunis au siège des Nations unies à New York, les six candidats à la fonction de secrétaire général ont exposé publiquement leur vision de l’organisation. Au-delà de l’exercice, ces auditions offrent un aperçu des priorités qui pourraient façonner l’ONU après le départ du diplomate portugais, dont le mandat s’achèvera le 31 décembre 2026.

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Réformer une organisation fragilisée par les divisions entre grandes puissances, répondre à une crise de financement, restaurer la confiance des États membres et préserver le multilatéralisme : les défis qui attendent le prochain secrétaire général des Nations unies sont considérables. Les six personnalités en lice partagent le constat d’une institution sous pression, mais chacune propose sa propre méthode pour tenter de lui redonner de l’élan.

Le choix du prochain secrétaire général ne dépendra pas uniquement des qualités personnelles des candidats. Comme le veut la procédure, le Conseil de sécurité devra d’abord s’accorder sur un nom avant de le recommander à l’Assemblée générale. Les cinq membres permanents disposent chacun d’un droit de veto, ce qui fait de cette désignation un exercice où les équilibres géopolitiques comptent autant que les compétences des prétendants.

Dans ce contexte, les auditions publiques organisées cette semaine ont permis aux candidats de défendre leur projet devant les États membres et la société civile.

Michelle Bachelet : remettre les droits humains au cœur de l’action des Nations unies

Ancienne présidente du Chili et ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet est l’une des figures les plus connues de cette élection. Son expérience politique, comme son parcours au sein du système onusien, lui confèrent une solide crédibilité.

Elle estime que l’ONU doit retrouver une capacité d’initiative face aux crises internationales. Pour y parvenir, elle plaide pour une diplomatie plus active, un renforcement de la prévention des conflits et une défense constante des droits humains, qu’elle considère comme le socle de la légitimité de l’organisation.

Rafael Grossi : faire de l’efficacité une priorité

Diplomate argentin et directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi s’est imposé ces dernières années comme un acteur incontournable des négociations sur les questions nucléaires.

Sa candidature repose sur une idée simple : une organisation efficace inspire davantage confiance. Il souhaite moderniser le fonctionnement des Nations unies, accélérer les prises de décision et rendre l’institution plus réactive face aux crises sécuritaires, qu’il s’agisse des conflits armés ou des risques liés à la prolifération nucléaire.

Rebeca Grynspan : replacer le développement au centre du débat

Économiste costaricienne et actuelle secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), Rebeca Grynspan met en avant son expérience des questions économiques.

Selon elle, les inégalités, la dette et les difficultés de financement du développement alimentent une grande partie des tensions internationales. Elle souhaite que l’ONU joue un rôle plus affirmé dans la recherche de solutions économiques, notamment en faveur des pays à revenu faible ou intermédiaire.

María Fernanda Espinosa : redonner toute sa place au multilatéralisme

Ancienne ministre équatorienne des Affaires étrangères et ancienne présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, María Fernanda Espinosa connaît les rouages de l’organisation.

Elle défend une ONU plus représentative des équilibres actuels du monde et appelle à renforcer le dialogue entre les États membres. Son projet repose sur la conviction que les grandes crises contemporaines ne pourront être résolues que par une coopération internationale plus étroite.

Carolyn Rodrigues-Birkett : restaurer la confiance des États membres

Ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana et actuelle représentante permanente de son pays auprès des Nations unies, Carolyn Rodrigues-Birkett concentre son discours sur la crédibilité de l’institution.

Elle juge indispensable d’améliorer la gouvernance interne, de renforcer la transparence administrative et de mieux répondre aux attentes des États membres. À ses yeux, une organisation crédible est une organisation capable de tenir ses engagements.

Macky Sall : porter la voix du continent africain

Ancien président du Sénégal, Macky Sall est le seul candidat africain en lice.

Son projet s’appuie sur une réforme de la gouvernance mondiale qu’il juge devenue indispensable. Il défend une représentation plus équilibrée des différentes régions au sein des instances décisionnelles, tout en plaidant pour un meilleur financement du développement, une coopération accrue avec les pays du Sud et une attention particulière aux effets du changement climatique sur les économies les plus vulnérables.

Des priorités différentes, un même diagnostic

Les auditions ont fait apparaître des sensibilités distinctes. Michelle Bachelet met l’accent sur les droits humains, Rafael Grossi sur l’efficacité institutionnelle, Rebeca Grynspan sur le développement, María Fernanda Espinosa sur le multilatéralisme, Carolyn Rodrigues-Birkett sur la confiance des États membres et Macky Sall sur une gouvernance mondiale davantage ouverte aux pays du Sud.

Malgré ces différences, tous dressent le même constat. L’ONU traverse une période où les conflits se multiplient, où les rivalités entre grandes puissances paralysent régulièrement le Conseil de sécurité et où les ressources financières de l’organisation sont soumises à de fortes tensions.

Le prochain secrétaire général héritera ainsi d’une institution confrontée à des attentes immenses. Son identité sera connue dans les prochains mois, à l’issue des consultations du Conseil de sécurité puis du vote de l’Assemblée générale. D’ici là, la campagne continuera de mettre en lumière deux questions qui dépassent les candidatures elles-mêmes : quelle ONU les États membres souhaitent-ils pour les années à venir, et jusqu’où sont-ils prêts à lui donner les moyens d’agir ?

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Russie : derrière le 21ᵉ train de sanctions, l’Union européenne cherche à refermer les brèches exploitées par Moscou

Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, l’Union européenne continue de renforcer son arsenal de sanctions contre la Russie. Mais cette vingt-et-unième salve marque une évolution : il ne s’agit plus seulement de frapper l’économie russe, mais de neutraliser les moyens que Moscou a progressivement mis en place pour contourner les précédentes restrictions.

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Adopté le 23 juillet par les vingt-sept États membres, le nouveau paquet de sanctions cible notamment des banques, des plateformes de cryptomonnaies et la « flotte fantôme » utilisée pour exporter le pétrole russe. Derrière ces mesures se dessine une guerre économique où chaque décision de Bruxelles entraîne une stratégie d’adaptation du Kremlin.

Lorsque les premières sanctions occidentales ont été décidées en 2022, l’objectif était clair : priver la Russie des ressources financières, technologiques et industrielles susceptibles d’alimenter son effort de guerre. Les premières mesures ont visé les banques, les réserves de la Banque centrale, les exportations de technologies sensibles, les oligarques proches du pouvoir et, progressivement, le secteur énergétique.

Quatre ans plus tard, le contexte n’est plus le même. L’économie russe ne s’est pas effondrée, contrairement à ce qu’anticipaient certains observateurs au début du conflit. Elle s’est transformée.

Privée d’une partie de ses débouchés européens, Moscou a réorienté une grande partie de ses exportations vers la Chine, l’Inde, la Turquie et plusieurs pays du Moyen-Orient. De nouveaux intermédiaires commerciaux sont apparus. Des sociétés écrans ont pris le relais de certaines entreprises sanctionnées. Les circuits financiers se sont diversifiés, tandis que les cryptomonnaies ont offert de nouvelles possibilités pour certaines transactions. Sur les mers, une flotte de pétroliers vieillissants, souvent enregistrés sous des pavillons de complaisance et opérant à travers des montages complexes, a permis de poursuivre une partie des exportations de pétrole en échappant aux contrôles occidentaux.

C’est précisément cette capacité d’adaptation que l’Union européenne cherche désormais à affaiblir.

Le 21ᵉ train de sanctions ne repose donc pas sur une logique de rupture. Il vise à combler les failles révélées par les vingt précédents. Trente-deux établissements bancaires russes supplémentaires sont concernés par de nouvelles restrictions. Plusieurs plateformes de cryptomonnaies sont placées sous surveillance renforcée afin de limiter leur utilisation dans le contournement des sanctions financières. La liste des navires appartenant à la « flotte fantôme » est également élargie, tandis que les entreprises qui leur fournissent des services logistiques, commerciaux ou d’assurance font, elles aussi, l’objet d’une attention accrue.

Le pétrole demeure l’une des principales cibles de Bruxelles. Les hydrocarbures représentent encore une source essentielle de revenus pour l’État russe. En prolongeant le mécanisme de plafonnement du prix du pétrole exporté par Moscou, les Européens cherchent moins à interrompre les ventes qu’à limiter les recettes qui en découlent. L’équation est délicate : réduire les ressources de la Russie sans provoquer une flambée des prix sur les marchés mondiaux.

Cette nouvelle stratégie révèle aussi les limites de l’unité européenne.

Les discussions qui ont précédé l’adoption de ce paquet ont été parmi les plus difficiles depuis le début du conflit. Les débats autour du gaz naturel liquéfié ont illustré les intérêts parfois divergents des États membres. La Grèce, dont les armateurs occupent une place importante dans le transport maritime international de GNL, craignait que certaines mesures ne pénalisent davantage les entreprises européennes que la Russie elle-même. D’autres États plaidaient au contraire pour un durcissement des restrictions. Le compromis finalement trouvé montre que maintenir une position commune exige désormais des arbitrages de plus en plus complexes.

Ces divergences rappellent une réalité souvent éclipsée par les annonces de nouvelles sanctions : celles-ci produisent aussi des effets au sein de l’Union européenne. Depuis 2022, les États membres ont dû accélérer la diversification de leurs approvisionnements énergétiques, développer de nouvelles infrastructures d’importation de gaz naturel liquéfié et absorber une hausse durable des coûts de l’énergie pour plusieurs secteurs industriels. La guerre économique engagée contre Moscou a donc également un prix pour ceux qui la conduisent.

Reste la question de l’efficacité de cette stratégie.

Pour la Commission européenne, chaque nouveau paquet réduit un peu plus les marges de manœuvre économiques de la Russie et complique le financement de son appareil militaire. À Moscou, le discours est tout autre. Le Kremlin affirme que les sanctions occidentales ont échoué à isoler le pays et souligne la progression des échanges commerciaux avec les puissances asiatiques et plusieurs partenaires du Sud.

Entre ces deux lectures, de nombreux économistes dressent un constat plus nuancé. Les sanctions n’ont pas provoqué l’effondrement de l’économie russe, mais elles en renchérissent le fonctionnement. L’accès à certaines technologies reste limité, les coûts logistiques augmentent, les circuits commerciaux sont plus complexes et le financement de plusieurs secteurs devient plus onéreux. En d’autres termes, la Russie continue de s’adapter, mais cette adaptation mobilise des ressources croissantes.

Le 21ᵉ train de sanctions illustre ainsi l’évolution d’un affrontement qui dépasse désormais largement le champ militaire. Au fil des années, la guerre en Ukraine s’est aussi transformée en une bataille économique où chaque camp ajuste continuellement ses méthodes. L’Union européenne cherche à refermer les brèches que Moscou exploite ; la Russie s’efforce d’en ouvrir de nouvelles. Ce jeu d’adaptation permanente laisse entrevoir que, même en l’absence d’avancées décisives sur le terrain, le bras de fer économique entre Bruxelles et Moscou est appelé à se poursuivre.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Mali : les soldats exécutés par le JNIM après l’embuscade de Tabrichat fragilisent la promesse sécuritaire de la junte

L’embuscade tendue le 18 juillet contre un convoi des Forces armées maliennes (FAMa) entre Anéfis et Gao, suivie de l’exécution présumée de soldats capturés, compte parmi les épisodes les plus marquants de ces derniers mois au Mali. Au-delà du bilan humain, cette attaque remet au premier plan une question qui accompagne le pays depuis les coups d’État de 2020 et 2021 : la stratégie adoptée par les autorités de transition est-elle en mesure d’inverser durablement le rapport de force face aux groupes armés ?

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Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA) revendiquent conjointement l’embuscade contre un convoi militaire dans la région de Gao. L’armée malienne confirme l’attaque mais ne communique aucun bilan détaillé. Des sources sécuritaires évoquent plusieurs dizaines de soldats tués ainsi que des militaires faits prisonniers, dont certains auraient ensuite été exécutés. Si ces faits étaient établis, ils constitueraient des crimes de guerre. L’épisode intervient alors que les autorités maliennes poursuivent une politique de reconquête du territoire engagée après leur arrivée au pouvoir.

Le convoi avait quitté Anéfis en direction de Gao lorsqu’il est tombé dans une embuscade dans la zone de Tabrichat. Le JNIM et le FLA affirment avoir participé à l’opération. Les autorités maliennes indiquent que des frappes aériennes ont permis au convoi de poursuivre sa route, sans préciser le nombre de victimes ni celui des soldats portés disparus.

Quelques jours plus tard, des vidéos diffusées par le JNIM montrent des hommes en uniforme, désarmés, recevant des tirs à bout portant. Plusieurs sources sécuritaires citées par RFI estiment qu’il s’agit de militaires maliens capturés au cours de l’embuscade. L’authenticité des images n’a pas été confirmée par une expertise indépendante, mais leur diffusion a provoqué une vive émotion. En droit international humanitaire, un combattant capturé cesse d’être une cible légitime. Son exécution constitue un crime de guerre.

Le Front de libération de l’Azawad adopte une position différente. Le mouvement affirme avoir combattu le même convoi, tout en soutenant que les prisonniers exécutés relevaient du JNIM. Ses responsables assurent détenir d’autres soldats maliens et disent être disposés à permettre à des organisations internationales de vérifier leurs conditions de détention. Cette distinction n’est pas anodine. Depuis plusieurs mois, le FLA cherche à se présenter comme un acteur politique engagé dans un conflit territorial, et non comme une organisation djihadiste.

Cette coopération entre le FLA et le JNIM mérite une attention particulière. Les deux mouvements poursuivent des objectifs distincts. Le premier défend les revendications politiques de plusieurs composantes touarègues du nord du Mali. Le second appartient à la mouvance d’Al-Qaïda et entend étendre son influence au Sahel. Leur rapprochement répond avant tout à des considérations militaires. Tous deux considèrent l’armée malienne comme leur adversaire immédiat. Cette convergence suffit aujourd’hui à coordonner certaines opérations.

L’embuscade de Tabrichat montre également que les groupes armés restent capables de frapper sur des axes considérés comme essentiels pour les mouvements de troupes entre Gao et les positions avancées du nord. Les convois militaires constituent des cibles privilégiées. Les neutraliser ralentit les ravitaillements, complique les rotations des unités et affaiblit la présence de l’État dans des secteurs déjà disputés.

Lorsque les militaires renversent le président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, ils justifient leur intervention par l’aggravation de la crise sécuritaire. Quelques mois plus tard, un second coup d’État porte définitivement le colonel Assimi Goïta à la tête de la transition. Le message est alors simple : reprendre le contrôle du territoire et restaurer l’autorité de l’État.

Cette orientation entraîne une transformation profonde des partenariats militaires du Mali. Les autorités mettent fin à la coopération avec la France, obtiennent le départ de l’opération Barkhane puis celui de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). La coopération avec la Russie devient l’un des piliers de la nouvelle stratégie sécuritaire. Les mercenaires du groupe Wagner, puis les éléments de l’Africa Corps, participent désormais aux opérations menées aux côtés des FAMa.

Ces choix ont permis à Bamako de reprendre certaines positions et de démontrer une plus grande liberté d’action. Ils n’ont cependant pas modifié l’équation de fond. Les groupes armés conservent leur mobilité, connaissent parfaitement le terrain et disposent de relais locaux qui compliquent les opérations militaires. Dans le nord comme dans le centre du pays, les affrontements ne se limitent plus à une confrontation entre l’État et des organisations djihadistes. Ils mêlent rivalités communautaires, contrôle des routes, économie des trafics et compétition pour l’influence locale.

L’embuscade du 18 juillet rappelle aussi qu’une victoire militaire ne se mesure pas uniquement au contrôle d’une ville ou d’une base. Elle dépend de la capacité à sécuriser durablement les axes de circulation, à protéger les populations civiles et à empêcher les groupes armés de reconstituer leurs forces. Sur ces différents plans, les résultats demeurent contrastés.

Les exécutions présumées de prisonniers ajoutent une autre dimension au conflit. Elles rappellent que la guerre au Mali ne se joue pas seulement sur le terrain militaire. Elle engage également le respect du droit international humanitaire. Les violations commises par les groupes armés alimentent un climat de peur, tandis que plusieurs organisations de défense des droits humains ont également documenté des exactions attribuées à des forces régulières et à leurs partenaires étrangers. Dans ce type de conflit, chaque abus nourrit les rancœurs qui prolongent la violence.

Le Mali n’est pas le seul pays confronté à cette réalité. Le Burkina Faso et le Niger, également dirigés par des autorités militaires, poursuivent une stratégie fondée sur la reconquête militaire du territoire. Malgré des contextes nationaux différents, les trois États continuent de faire face à des attaques de grande ampleur. Cette situation alimente un débat qui dépasse désormais les frontières maliennes : la réponse militaire, à elle seule, peut-elle mettre fin à une crise dont les causes sont aussi politiques, économiques et sociales ?

L’embuscade de Tabrichat ne résume pas à elle seule la guerre au Mali. Elle rappelle cependant une réalité que les autorités, les groupes armés et les partenaires du pays ne peuvent ignorer : six ans après les coups d’État qui avaient placé la sécurité au premier rang des priorités nationales, le conflit demeure loin d’être maîtrisé. Les opérations militaires continuent de rythmer le quotidien du nord malien, tandis que les populations civiles restent prises entre des acteurs dont aucun ne semble aujourd’hui en mesure d’imposer une paix durable.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Liban-Israël : à Rome, des pourparlers sous haute tension pour tenter d’amorcer un retrait israélien du Sud-Liban

À l’ombre du Vatican, Libanais et Israéliens se sont retrouvés mardi à Rome pour une nouvelle séquence de discussions. Objectif affiché : préciser les modalités d’un accord-cadre négocié sous égide Étatsunienne de visant à mettre fin aux hostilités et à organiser le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban. Dans les faits, la méfiance domine et les attentes restent mesurées.

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Le choix de la capitale italienne n’est pas anodin. Il permet aux deux délégations de rester en contact étroit avec leurs capitales tout en s’extrayant de la pression frontalière. Les échanges, prévus sur deux jours à l’ambassade des États-Unis d’Amérique, portent sur la mise en œuvre concrète d’un texte arrêté le 26 juin à Washington.

Ce texte prévoit trois axes : la cessation des combats, le désarmement des groupes armés, lecture implicite : le Hezbollah, le déploiement de l’armée libanaise dans le Sud et un retrait progressif de l’armée israélienne.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a posé le cadre dès mardi à Tel-Aviv : la mise en œuvre de l’accord est « la seule voie possible ». Israël, a-t-il assuré, fera « preuve de bonne volonté » et est prêt à tester deux « zones pilotes » où le désarmement du Hezbollah, le redéploiement de l’armée libanaise et le retrait israélien seraient expérimentés en parallèle.

Côté libanais, le ton est plus ferme. Le président Joseph Aoun a demandé à sa délégation d’exiger « un début immédiat » du retrait israélien de ces deux zones avant d’entrer dans le détail des autres dispositions.

Sur le terrain, rien n’a bougé. L’armée israélienne maintient une « zone tampon » d’environ 10 km à l’intérieur du territoire libanais, sur toute la longueur de la frontière. Accès interdit aux civils comme aux militaires libanais. Villages vidés, destructions contrôlées, démantèlement de tunnels : Tsahal justifie cette emprise par la nécessité de protéger le nord d’Israël d’éventuelles incursions du Hezbollah.

Le Hezbollah, de son côté, rejette l’accord et toute perspective de désarmement. Soutenu par Téhéran, il conditionne la fin des hostilités à une pression iranienne directe sur Washington. Or l’Iran lui-même, après avoir exigé la fin du conflit libanais dans le cadre de l’accord intérimaire conclu le mois dernier avec les États-Unis d’Amérique, voit ce compromis fragilisé par la reprise des tensions dans le Golfe.

La diplomatie Étatsunienne de tente donc d’avancer sur deux fronts à la fois. Selon un responsable étatsunien, la première zone pilote pourrait voir le jour « dans quelques jours ». Le CENTCOM coordonne avec Beyrouth et Jérusalem. Une délégation militaire Étatsunienne s’est d’ailleurs rendue au Liban ce week-end pour arrêter les détails techniques avec l’armée libanaise.

Depuis la reprise des affrontements le 2 mars, dans le sillage d’un conflit régional élargi, le coût humain s’alourdit. Plus de 4 000 Libanais tués et plus d’un million de déplacés, selon le ministère libanais de la Santé. Le décompte ne distingue pas civils et combattants ; le Hezbollah ne communique pas sur ses pertes. Du côté israélien, au moins 32 soldats et 4 civils ont été tués, la plupart dans le Sud-Liban.

Ces chiffres rappellent que la discussion de Rome ne porte pas seulement sur des cartes et des calendriers. Elle engage la possibilité pour des populations de revenir chez elles, et pour un État de reprendre le contrôle de son Sud.

Et maintenant ?

L’accord de Washington reste une coquille : les principes y sont, les mécanismes manquent. Les deux jours romains doivent donc servir à traduire l’intention politique en séquences vérifiables : où, quand, comment se retire Israël, comment l’armée libanaise prend la relève, comment le désarmement est constaté.

Israël lie explicitement son retrait au désarmement du Hezbollah. Le Liban exige un geste préalable pour enclencher la confiance. Entre les deux, les États-Unis d’Amérique jouent les garants techniques.

Dans un pays où les équilibres sont fragiles et la souveraineté contestée, chaque concession se paie cher. La réussite de ces « zones pilotes » dira si l’accord peut tenir. Leur échec le condamnerait avant même d’avoir commencé.

Celine Dou, pour la Boussole-infos